‹ Le Japon artistiqueChapitre 20 sur 43 · Voir livraison III · texte numérisé non relu

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béatitude l’ample ration de saké * dont il vient d'arroser son repas. — Après avoir passé derrière le dos d’un brave pâtissier philosophiquement assis sur le pavé de la rue pour exposer ses petits gâteaux de crème, nous sommes sollicités par la réunion d'une nombreuse famille, accroupie en rond, et célébrant à leur manière les funérailles d’un des leurs. Le prêtre, qui se tient au centre, tape à tour de bras sur une plaque de métal, accompagnant d un glas tapagcui son cantique monotone que toute 1 assistance reprend en refrain, pendant quede main en main glissent les grains d’un immense chapelet. C’est un concert, peu harmonieux a toute oreille non japonaise, qui se donne dans 1 excellente intention de procurer un instant d’agrément au pauvre trépassé avant de l’escorter à sa dernière demeure, et aussi dans le pieux espoir d’appeler sur son âme les faveurs célestes. — Plus loin, deux lutteurs, en présence de leur juge du camp, se font le salut d’usage avant d’en venir aux mains, et puis, c’est un ouvrier en tapisseries penché sur son métier. — Voici un assidu liseur, couché dans une pose assez' nonchalante, à côté d’une scène qui figure le prêtre de l’antique légende, voyant, avec un ébahissement aussi manifeste que bien compréhensible, son vieux chaudron se transformer en vivant quadrupède pour prendre son élan et s’enfuir allègrement .

L’autre division de la feuille est principalement consacrée aux artisans : constructeurs de bateaux, coupeurs de planches à gravures, dégrossissant le bois ou sculptant les finesses, vanniers, fabricants de mottes, tous paraissent animés d’une ardeur fébrile. Tout en bas de la page le marchand d’huile ambulant débite sa marchandise; le facteur aux lettres avec, sur l’épaule, un joug pour accrocher sa haute boîte quadrangulaire et sa lanterne; enfin la série est close par un personnage dont l’espèce abonde au Japon; c’est un des nombreux aveugles, pour la plupart masseurs de leur état, qui s’acheminent d’un pas assuré, isolément ou par bandes, à travers les encombrements de la rue. Ils sont invariablement munis d’un sifflet, dont le son strident, bien familier à tous ceuxqui connaissent le Japon, estune requête adressée aux passants de s’écarter du chemin.

Voilà quelques-unes des multiples silhouettes avec lesquelles le livre de la Mangaa nous familiarise. Et tout ce petit monde se meut dans l’étroit espace d’un feuillet qu’on dirait arraché à un carnet de poche !

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La Planche HJ nous fait faire connaissance avec un autre ouvrage de llokusaï, dont elle reproduit une page : c’est le Sautai Guafou , i volume 1 8 1 6 , mélanges défigurés, de plantes et d’animaux. — L’esprit du livre est d’une nature un peu différente, en ce que son ordonnance est réglée d’après une classification des sujets plus méthodique. C’est ainsi que cette feuille offre des études de quatre variétés différentes des iridées de, la Chine , dont un spécimen de l’iris proprement dit. On trouvera à louer dans leur exécution une facture libre, simple et large qui met en valeur toute l’élégance de la plante avec une parfaite netteté.

Les Planches DB, EB et la feuille aux Papillons bleus offrent des spécimens de dessins industriels. La première tire ses motifs des fibres perpendiculaires ou transversales qui forment la contexture du bois. La seconde présente une alternance delà fleur de chrysanthème échevelée avec des troncs de bambou, mêlée à un dessin de rosaces dont 1 idée paiaît empruntée à certains flocons de neige vus au microscope. Enfin la feuille aux papillons est une composition complexe, inspirée sans doute par la vue des ruisseaux jaillissant des flancs rocheux de quelque montagne fleurie.

i . Eau-de-vie de riz.

D. nrh HE exiae peu de commentaires. Ce sont trois vases de bronze datant du

„„£££ que nous donnons pour f.ire suire à U série des modèles dès, Inès à Pé.ude des lignes. Sera continuée. t * '

Planche HC 4 tardes de sabre. On a suffisamment démontré la perfection que les Japonais déploient dans la reproduction des œuvres de la nature avec toutes les conditions de là vie et du mouvement. Mais cette extrême consctence appliquée a l imitation fidcle des choses a pu donner le change sur la portée véritable d’un art qui, en réalité a des visées beau-

1 plus hautes; là où l’on est simplement tenté d’adm.rer la merve, lieuse cop.e d'une rhose vue parce qu’elle paraît aussi logiquement construite et aussi vraie que dans la grande nature, on sera souvent surpris de découvrir une composition sortie de toutes pièces du

cerveau et de la main d’un artiste de mérite.

La sarde aux souris qui figure ici fournit une preuve concluante a 1 appui de cette these. Ne devrait-on pas croire d’abord que chacune des petites bêtes rongeuses a été saisie sur le vif à les voir dans leurs attitudes diverses toutes si naturelles, si alertes et si souples? Et pourtant, impossible de le contester : tout est invention dans cette petite composition où le don de l’observation a dû se compléter par un art consommé des arrangements. Les souris qui courent ou se pelotonnent tout juste de la manière qu’il faut pour les besoins de la cause, sont faites chacune d’une matière différente pour offrir à l’œil une grande diversité de tons et constituer la palette si bien décrite dans la chronique de M. Falize en tète du présent numéro. Elles sont de shakudo, d’or, d’argent, de shibuitshi ou de bronze rouge. Des incrustations de métaux divers contribuent encore à varier les effets, à donner un accent de vie aux yeux, du relief aux fines moustaches des museaux. Cet objet ne porte aucune signature.

La garde qui montre une chimère debout sur un socle, et paraissant se couvrir de la plaque centrale comme d’un bouclier héraldique, sort, d’après la signature qui s’y trouve gravée, de la main cFOumétada, célèbre armurier du xvic siècle. Elle est ornée d’incrustations d'or, représentant des taches sur le dos de la bête, et simulant des nervures de bois dans le

tabouret qui la supporte.

Une autre garde, représentant le vol d’une troupe compacted’hirondelles de mer (tshidot it, est exécutée en shibuitshi, les yeux incrustés d’une minuscule pointe dor. Le travail en est souple et doux comme une maquette de cire, et le style imité de celui que Kônn avait créé dans l’interprétation donnée à ces sortes d’oiseaux. Les compositions de Kôrin sont devenues si populaires que leur souvenir est presque inséparable de certains de ses sujets de prédilection. C’est ainsi qu’on ne se figure plus, pour ainsi dire, les hirondelles d eau autrement que sous cette forme particulière, et on leur a donné, ainsi représentées, le nom de Koi in no

tshidori 1 . La pièce est signée Hirotshika, nom d’un artiste du xvmc siècle.

La quatrième garde est formée par un tigre dont la queue se replie de manière à donner le contour circulaire de l’objet, une branche de bambou garnissant le vide intei leur, ciselé à jour et incrusté d’or. Signé Ikkin, d'après le dessin de Massayosln (commencement du xixe siècle).

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i. Voir la note sur Kôrin à la page 59.

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• Tiré du « ^OSHIVARA, » par- OUTAMARO. Fin du xvnr siècle.

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