‹ Le Japon artistiqueChapitre 23 sur 43 · LIVRAISON VI · texte numérisé non relu

LIVRAISON VI

L’histoire des 47 ronins, en outre des gravures dans le texte, est représentée en couleurs parles Planches H I et IJ dues au pinceau de Hikoshigué, le peintre dont nous avons déjà donné un paysage (dans le n° 1). Elles sont détachées d’une suite de 1 1 gravures reproduisant autant de scènes de l’histoire des 47 ronins.

Dans la Planche H I , les conjurés gagnent, au petit jour, l’endroit où ils doivent attaquer; ils passent un pont couvert de neige, pendant que deux des leurs, toujours reconnaissables au surtout noir et blanc, les attendent dans un bateau qui les portera vers un des points moins gardés du palais de Kotsuké.

Dans la Planche IJ, Kotsuké est saisi dans les jardins du yashki, où il a tenté de s’enfuir, pendant qu’à l’arrière-plan les Fidèles continuent la lutte avec les gardes du palais.

jff & M

La Planche DA est la reproduction d’un écran en bronze, de patine claire, d’une fabrication assez récente, et qui n’a guère dû servir à agiter l’air au visage d’un Japonais. L’objet, en effet, pèse près de deux kilogrammes : la planche le représente aux trois quarts de sa grandeur réelle; il est formé de deux plaques de bronze si habilement rapprochées sur les bords que la jointure est imperceptible. Cependant ces deux plaques figurent bien les deux feuilles qui dans les écrans ordinaires sont collées sur les fibres séparées du bambou servant de manche, et peut-être les plus habiles de nos ouvriers européens seraient embarrassés de dire quel procédé a été employé pour diviser ainsi le cylindre de bronze qui forme la poignée, pour disposer les fibres en éventail et engager leur extrémité entre les deux plaques.

L’artiste qui signe Kôoun s’est uniquement préoccupé de plier le métal en une forme nouvelle, car il serait difficile d’assigner un emploi pratique à cet écran. Appuyé contre un des montants en bois de l’habitation, sa patine faisait probablement une tache heureuse dans l’ensemble du décor, et si quelque visiteur s’approchait, les hôtes devaient s égayer à voir le

bâillement qui ne tardait pas à échapper aux curieux.

Le personnage coulé en relief avec la plaque même dans laquelle le buste vient se fondre, et retouché ensuite vigoureusement avec l’outil, représente un prêtre mendiant, las d avoir pendant de longues heures frappé sur son tambour pour attirer 1 attention des passants charitables.

La Planche BD reproduit un masquede danseur de Fô (voir dans le n° 2 les notes sur la dixième planche du n° 1), eji bois laque, aux rides violemment accentuées, a la bouche édentée. Nous donnerons de temps en temps une planche représentant un de ces masques : ils contribueront pour une grande part à établir ce point important de 1 esthétique japonaise, que la beauté des êtres ne réside pas toujours dans la régularité des lignes ou des formes, mais encore — mais surtout — dans l’intensité avec laquelle est rendue la vie intérieure, l’expression énergique du caractère. Chez nous, beaucoup de personnes se récrient lorsque à ce genre de figuration on ose appliquer la qualification dê beau . il y a la un giand contraste entre la manière de voir japonaise et celle qui est admise par notre grand public. Il est bon de remarquer d'ailleurs que sous l exagération violente des traits demeure toujouis une charpente de la face humaine très consciencieusement établie, et tels de ces masques, à l’aspect hideusement fantaisiste, pourraient servir à un ethnographe pour l’étude des caractères distinctifs de la race.

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Dans la Planche B A ont été réunis plusieurs motifs de décor dont l’allure n’est certes pas trop exotique; l’encadrement, formé de fleurs de clématite, est celui d’une page d’un roman de Hokusaï.

Le poncif en deux tons représentant les feuilles rongées du Potamogeton fluitans, qui croît, ainsi que son nom l’indique, dans les lieux bas et humides, où l’abondance des limaces est cause des déchiquetüres qui entament la plupart des feuilles. L’artiste n’a pas craint de pousser l’exactitude jusqu’à laisser à la plante l’aspect sous lequel elle se rencontre le plus souvent; il a eu ainsi la double satisfaction de rester fidèle à la nature, en même temps qu’au point de vue décoratif, cette note nouvelle, imprévue, amuse 1 œil et rompt la monotonie : dans ce but poursuivi sans relâche, le Japonais ne croit jamais aller assez loin.

Enfin la série des modèles décoratifs de cette livraison estcomplétée par la Planche FC, qui donne un arrangement fort simple de quelques écrans jetés comme au hasard, sur un fond quadrillé de treillis où gisent déjà quelques feuilles de roseau desséchées. Ces écrans présentent eux-mêmes des motifs variés, dessins géométriques, oiseaux voletant dans les branches.

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La Planche CA est composée de deux parties, extraites toutes les deux du Hokusaï Sogoua , ouvrage où nous avons déjà puisé.

Nous retrouvons, sous un coloris très discret, la même conscience et le même amour de la plante et du petit animal que nous avons déjà si souvent rencontrés. Sur un fond gris le grand artiste a reproduit le chrysanthème et l’œillet double, dontil aime les pétales découpes et les grêles feuilles autant, plus même, que la jolie couleur rose. Au sommet de la touffe s’épanouissent deux chrysanthèmes, tandis qu’au-dessous, plus modestes, les fleurettes de l’œillet doublent le nombre de cinq pétales qui est le type de l’espèce. Deux abeilles au cor selet tigré, aux gros yeux si véridiquement rendus, animent ce tout petit coin de nature.

La partie droite est plus mouvementée, on pourrait presque dire plus bruyante. L execu tion très large de Hokusaï est remarquable surtout dans les études d’oiseaux : largement étalée, très nourrie, elle est tout le contraire de la gracilité, et exige, pour né pas verser dans la lourdeur, toute la maëstria du grand artiste.

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La Planche FA est une élude d iris, d après une aquarelle sans signature, mais qui remonte très probablement au xvme siècle.

L'artiste, ayant cherché à rendre le velouté et la souplesse de la fleur au moyen d’une grande simplicité de moyens qui l'obligeait à négliger les détails de la structure, s’est ensuite attaché à reproduire exactement les moindres nervures, d’où l’étude au trait qui’ accompagne l’aquarelle

J& JG

La Planche IA reproduit une pièce de céramique due au célèbre Kf.nsan (1663-1743) qui exerça son industrie d'abord à Kioto, puis à Yédo, où il fonda la fabrique d'Imado, qui existe encore aujourd’hui. Kensan a donné aux nombreux objets sortis de ses mains un caractère très personnel, non par l’emploi de matières premières nouvelles, mais par une ornementation au dessin robuste et large, bien différente du décor plus délié que l’on appliquait avant lui.

Le vase de la Planche IA figure parmi les pièces du service de la table japonaise; c’est le dombri , où Ton dresse des fruits, et quelquefois du poisson. Il est en terre recouverte d'un émail vert, parsemé de fleurettes; la partie supérieure est découpée à jour.

Sommaire

du N

UNE ÉCRITOIRE DE POCHE, par Edmond de Goncourt. NOS GRAVURES.

PLANCHES HORS TEXTE

hi. Scène de l’Histoire des 47 Ronins, par hjroshigué. da. Écran en bronze, par KOOUN.

A. Céramique, par KENSAN.

fa. Étude d’iris.

IJ. Deuxième scène de l’Histoire des 47 Ronins, par hiroshigl'É.

FC. Modèle pour décor.

CA. Fleurs, insectes, oiseaux, par HOKUSAÏ. J

BD. Masque de danseur.

ha. Modèle industriel.

Feuilles et fleurs (Poncif).

DA

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