CC. Trois dessins industriels
gi. Vue de Fouji-Yama, par hokusaï.
ha. Quatre gardes de sabre.
EJ. Motif de décor.
CJ. Etude de vigne sauvage.
bc. Masque bouddhique.
La Livraison IX contiendra la fin de l’étude
sur la Mangua de Hokusaï, par M. Ary Ri
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« MANGUA » DE HOKUSAÏ
(Suite et fin)
Hélas! rénumération des Feuillets de la Mangua ne saurait être que bien sèche et bien abrégée sous notre plume. La Mangua , c est un monde. On se demande en vérité ce que Hokusaï peut avoir oublié. Point de redites, point de défaillances. Le rouleau se déplie à perte de vue, toujours égal.
Comme il y paraît bien, tout du long, que Hokusaï a le souci d'être utile! Il consacre plusieurs pages à chercher le rendu de la pierre effritée, du granit, de la rocaille; ailleurs, il s'intéresse aux remous de l’eau, à la manière dont les feuilles s'attachent à la tige, aux nervures de ces feuilles. Il dessine des armes à feu européennes, des caronades, des pistolets. 11 consigne sur ses tablettes des effets de glace, des grottes curieuses, des dots poussés par la marée. Il lutte de rapidité avec la nature en peignant des geysers, un
cyclone, des nuages, des flammes, et même un éclair!
Comme on voit c[u il aime le mouvement, lui cjui taisait le vœu de donner de la vie «.soit à un point, soit à une ligne» ! Rendre le mouvement, c’est sa grande ambition ; ce n'est pas la correction, l’effet, l’arrangement, l’harmonie, c'est le mouvement qu’il recherche dans une poursuite acharnée, sacrifiant tout
pour atteindre ce but.
Là est en réalité la caractéristique du dessin de Hokusaï : c’est par là qu’il nous frappe et, — il faut 1 avouer, qu il nous déso- Z:ïenfant- riente parfois. Tout notre art est opposé à cette doctrine. Il est bâti sur l’absence de mouvement, sur une sorte de retouche perpétuelle à la nature. Le mouvement nous paraît une charge du vrai; nous le redoutons comme un excès, un danger, un blasphème1...
Le mouvement !... Il est partout, dans 1 art japonais, dans 1 architecture, dans la sculpture, dans le dessin. Il n’y a que le Daibouts qui soit calme, il est vrai qu’il l’est infiniment. Mais à ses pieds, la vie se multiplie, s’agite en efforts désordonnés. Une fourmilière de pygmées grouille autour de lui, on dirait d’un vol insensé d insectes dansant, dans un rayon de soleil, autour d une fieur de lotus. Les artistes japonais chérissent 1 agitation. La rectitude, la pondération, la ligne droite, l’ordonnance logique et balancée leur répugnent. Ils se jettent à corps perdu dans la ronde; ils ne s’arrêtent que quand l’haleine leur manque. Leurs moyens d’expression, simplifiés à l’excès, se prêtent admirablement à rendre le mouvement instantané, la spontanéité du geste. Kt comme ce sont de profonds observateurs, ils décomposent le mouvement; ils connaissent des rythmes, des temps que nous ne connaissons pas. Là, ils oublient toute convention; ils sont prime-sautiers ; ils luttent de vérité, sinon de vraisemblance, avec l’objectif de nos appareils.
Nulle commune mesure entre les arts de rKxtrême-Orient et les nôtres. Les matières premières sont différentes, les lignes courbes abondent; surtout l’asymétrie domine; l'asymétrie,
i. Je me suis expliqué sur ces questions dans Y Art Japonais , Paris, Chamerot, 1884.
qui est un puissant moyen décoratif, qui est la vie, qui est le mouvement, l'imprévu, le naturel.
Les Japonais peignent la partie physique de l'univers, indifférents qu'ils sont à la partie morale. Ils ne peignent pas la Joie, la Douleur, l'Amour, la Foi, comme nous faisons; ils peignent la lutte, l'excitation, la grimace comique et tragique. L'humour est, chez nous, réservé à l'art de bas étage; là-bas, c'est un des éléments du grand art, parce que l'humour c'est encore le mouvement. Les héros des
Japonais, les personnages de leurs romans, comme les dieux de leur panthéon. ont le geste démesuré, la face décomposée, les nerfs tendus; toute leur
machine animale participe a 1 action.
11 est évident qu’il y a deux hommes dans l’auteur de la Mangua : le naturaliste et l’idéaliste. Il ne faut pas s’étonner de ce dernier terme. Hokusaï
n’est pas seulement un amant de la nature visible; il est aussi un re\eur, un peintre imaginatif.
On est tenté, lorsqu’on connaît superficiellement les arts de 1 Orient, de considérer les grands peuples orientaux comme des ruches travailleuses, mais d'intelligence bornée. Un instinct commun, pensons-nous, anime chacun des individus ; mais il n’y a pas d’individus hors rang. Les artistes, là-bas, doivent produire leur art comme les abeilles produisent leur miel : d’une façon anonyme. Cependant, la où une v olonté personnelle apparaît, elle est le reflet d'une pensée. Les arts de l’Orient sont naturalistes, et surtout décorants.
Et pourtant il intervient, en certains cas, une part imaginative.
Dans la Mangua , il y a, nous le répétons, à côté d’œuvres réalistes, des scènes imaginées.
La part imaginative a deux sources :
i° Les anciennes théogonies. Il existe, autour de la religion bouddhique, si sereine belle, un nombreux peuple de démons dieux,
Nota. - Les vignettes de cette page représentent la margelle et le seau d’un puits, par Hokusaï-
un panthéon monstrueux hanté par des diableries infinies.
2° Le besoin artificiel, général à toutes les races, mais très développé chez les races jaunes, d'égaler la nature dans ses productions, ne pouvant 1 égaler dans ses forces. Telle est, il semble, l'origine de la caricature, qui est une manifestation idéaliste de l’art. Par un puissant effort psychologique, les hommes jaunes ont créé le laid en s’inspirant des lois du beau. Ils ont rêvé le monstre, et l'on créé aussi; ils se sont complu dans leur œuvre comme dans un défi à la Nature; ils ont eu l’orgueil de donner la vie de l'art à ce qui n'a jamais existé, à des animalités fantastiques, a une humanité convulsée par des passions plus fortes que les naturelles.
Hokusaï a peint des rêves, des visions, des cauchemars.
L’opium est étranger à de telles évocations.
Par-ci, par-là, nous rencontrons
de si étranges tableaux dans la Mangua que nous les aurions attribués aux réminiscences d'une imagination troublée, si nous ne connaissions la tempérance des
Japonais. I out ce que l’ivresse révèle aux cerveaux tourmentés, toutes les formes que la fumée peut prendre
pour une pupille impressionnée par les vapeurs du poison, toutes les extases surnaturelles, tous les « paradis artificiels » dont Quincey. Poë et notre
Pignon <le toit en bronze, sur le sommet duquel s’est posé un oiseau.
Baudelaire se sont institués gardiens, se déroulent en volutes insensées, pleines de grâce ou chargées de terreurs. N est-ce pas une chose remarquable que de trouver chez un artiste de 1 Extrême- Orient la réalisation plastique de ces rêves d'« au-delà », de ces songes nostalgiques que
Troupe de voy3oeur5‘
l’école la plus avancée de la littérature anglaise et française a cru être seule à entrevoir? Quel est, nous le demandons, l'artiste européen qui a poussé un pareil voyage dans le monde irréel — nous allions d i re d a n s le m o n d e suggéré ?
Cependant, Hokusaï doit rester pour nous ce qu'il est avant tout: un sténographe de la nature. Lorsqu'on se contente du pur dessin, sans modelé intérieur, sans clair-obscur, sans artifices plastiques ; lorsqu'on réduit, comme le font les Japonais, ses moyens au minimum, on doit triompher doublement. Il faut
faire parler le trait . Voilà la magie dans laquelle Hokusaï est un maître. Ingres disait qu'il fallait «dessiner avec un clou»; mais il avait le secret de varier, d'engraisser, de
filer, de ralentir le trait. Le pinceau des Japonais a, lui aussi, des pleins et des déliés signi-
ficatifs. C’est même, parfois, un instrument plus docile que le crayon; il peint véritablement, sans couleur; il accentue, il caresse, il frôle, il aborde brutalement, il s’écrase, il ondoie, il fuit, il se
rassemble pour se disperser ensuite.
C'est un miracle de notre temps, — on peut dire des dernières années, d’avoir fait preuve d’un éclectisme qui nous permette de saisir ces plastiques lointaines et étranges. Nous sommes très susceptibles en matière de plastiques, et passablement conservateurs encore; nous avons en partie raison dêtie
Par Siii MBOKor
ainsi.
Mais voici un véritable nouveau
monde qui nous donne quelques-uns
des trésors qu'il recèle. Lorsque l’Europe les connaîtra tous et les appréciera mieux, on dira si nous nous sommes trompés.
La leçon qu’on peut retirer de la Man gu a s’adresse surtout aux laborieux artisans qui ali-
Motif pour laqueur. Par Issaï.
mentent .nos arts industriels. Pourquoi s’éloignent-ils du ruisseau, de la prairie, de la mer, de la rue meme?
Pourquoi ne s'entourent-ils pas de modèles naturels, vivants et colorés? C’est assez d'une algue, d'un pillon, d’une clématite pour leur technique forcement bornée. S’ils aiment leurs modèles comme le vieillard
fou de dessin aimait les siens,' ils passeront du rang d’artisans à celui d’artistes.
J’ai rêvé une chose cjui est probablement ii i éalisablc .
C’était au printemps dernier, à l'Exposition d horticulture, en regai dant les bégonias et les orchidées. Je pensais à ce qui arriverait si M. Bing ou\ lait un concours aux dessinateurs, aux décorateurs français. \ oila de délicieux modèles, leur aurait-il dit, des plantes pleine degrâceet de sève. 1 irez-en quelque chose. Ciseleurs, orfèvres, dessinateurs en étoffes, ornemanistes en tout genre, servezvous de ceci. La naturevous offre d’adorables harmonies; semez, semez de belles fleurs, des fleurs odorantes sur la soie, sur le papier,surle bronze, sui la faïence...
C’est ce que Hokusaï disait, à sa manière, à ses compatriotes, et ce qu’il nous prêche encore à travers le temps et pardessus la distance. Il y a une différence immense entre l’âme européenne et l’âme des races jaunes. — C’est un abîme plus profond que le Pacifique. — Mais quelques esprits volent par-dessus les mers, comme' certains oiseaux, et le pollen des
^ plantes voyage sur l'aile des vents. La plante japonaise, — s'il m'est permis de poursuivre cette comparaison, — est aussi différente de la plante européenne i que le chêne est différent du palmier ou de l'araucaria. Chacune est l’œuvre naturelle et fatale de certaines circonstances: ces circonstances, ces coefficients, se chiffrent par milliers.
Le Japonais est artiste comme un doux entant, comme un entant bien né, candide et joyeux. Il a la faculté d’aimer, d’observer et de rire que les races vieilles ou usées perdent dans la préoccupation des siècles. Un fétu l’amuse, — et nous, nous marchons dessus sans le voir. Il ouvre de grands
yeux intelligents devant la splendeur de la Nature. A quatre-vingts ans,
Hokusaï n'était-il pas aussi réceptif , — pour employer un vilain mot delà
philosophie moderne, — qu une créature neuve et tendre? L’exubérance de
ce vieillard nous surprend; elle doit aussi nous toucher. Rien n’a terni la pureté de sa gaieté et de son expansion. Le monde est un grand jardin dans lequel il joue sans souci, en faisant de jolis bouquets v. et en regardant attentivement les papillons voler. v
Ne peut-on, en tout cas, tirer de la Mangua , les deux \ \
enseignements suivants :
i° L’union entre les grands arts et les arts d'application industrielle doit être étroite et n'a rien d’humiliant pour le peintre.
2° L’amour de la nature et un contact perpétuel avec les plus humbles objets du monde
extérieur fécondent l’art et le rendent infini. Un
quart d'heure d’émotion vaut une journée d’application méticuleuse. Une fleur vaut un homme.
ARY RENAN
NOS PLANCHES
En môme temps que M. Renan poursuit ses études sur la Mangua de Hokusaï, nous continuons à reproduire quelques-unes des mille images reflétées par ce miroir de la vie japonaise.
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La Planche DF comprend deux pages de la Mangua. Celle de gauche présente tout le caractère d’un feuillet arraché d’un carnet de poche où l’on aurait jeté pêle-mêle, au hasard de la rencontre, l’image de tous les petits êtres observés pendant quelque promenade champêtre : C’est le grillon arc-boutant ses longues pattes pour prendre un vigoureux élan, et la forficule dont l’abdomen démesuré se cambre dans un mouvement d’élasticité. Dans un coin de la page se groupent l’araignée tachetée’, un bourdon aux courtes ailes bruissantes et un grêle coléoptère. Le ver à soie allonge son corps annelé, en attendant sa transformation prochaine. Plus bas c’est la punaise des bois, une chrysalide, une fourmi, la salamandre aquatique ou triton. Et, dominant tout cela, le déroulement d’un long serpent marque la page d une arabesque ondulée et puissante. Enfin, un espace a été ménagé pour permettre à un
gros crapaud de se montrer dans un raccourci bizarre, une patte levée, et découvrant ainsi son ventre lisse et gluant par dessous.
Si, dans la peinture des animaux, Hokusaï ne permet aucun écart à son pinceau et ne croit jamais serrer d assez près la nature, il en est tout autrement lorsqu’il s’attaque à la figuration de son prochain. Volontiers il laisse alors la bride sur le cou à ses fantaisies mordantes et à son esprit le plus caustique. Le second panneau de la présente page nous en fournit de réjouissants exemples. Nous sommes dans le monde des mai grès, où, par dérision, figure un groupe de lutteurs. Il y a là une boutade d un comique irrésistible, étant donné que les lutteurs japonais (Sumos) sont tous remarquables par une carrure et une obésité colossales, la pesanteur du corps formant un appoint formidable dans les chances de la lutte. Cependant on jugerait . mP^ramen^ de Hokusaï en supposant que, même dans une charge de cette nature, il P croire dispensé d une conscience rigoureuse pour le rendu de ses sujets. Les per¬
sonnages sont construits, malgré leur maigreur invraisemblable, avec une absolue logique • q „ Cr! acement ^es corps enchevêtrés est parfait, et sous l’étreinte acharnée les os le siprmTrl T? a CraqUer* Le iuge du camP> reconnaissable à l’écran traditionnel qui donne
spectacle ^ * P3rah SC diVertir à
es lutteui s, non moins décharnés que les premiers,
attendent leur touren dehors de l'arène sablée que borde, comme toujours, un cercle de paille
Tout aussi désopilante est la scène suivante où se continue la série des maigres La zizanie s’est glissée entre mari et femme et elle a dégénéré en une bataille féroce Chacun des combattants s'est armé d'un ustensile de ménage ; déjà le sol est jonché de vaisselle brisée et les choses pourraient tourner au tragique sans l’intervention de deux officieux voisins accourus pour séparer les furieux. Leur tache ne parait guère facile au milieu de la raae des deux tendres époux La mêlée est devenue générale, chacun tirant de son côté, et il en résulte des effets de groupements et de contorsions tout à fait fantastiques.
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Planche CF. Est-ce encore de la caricature que cette page curieuse, où Hokusaï nous présente vingt-quatre types d’aveugles?
On pourrait être tenté de le croire à première vue, si l’on jugeait superficiellement les choses. M. Renan a proclamé cette grande vérité, qu’habitués à une trop sage réserve dans les pratiques de notre art, nous avons tout naturellement la tendance de prendre faussement pour des exagérations caricaturales ce qui n'est, chez les Japonais, que l’expression vigoureusement rendue d'un mouvement rapide. Il en va de même lorsque nous nous trouvons en présence d'une accentuation fortement caractérisée dans l’expression bien vivante des traits d’un visage. Gardons-nous donc de méconnaître l'intention de l’artiste, qui s'est évidemment livré ici à une étude des plus sérieuses. C’est celle de noter la trace que la cécité — cette infirmité si fréquente au Japon — imprimesur des individualitéstrès différentes, selon qu elles se distinguent par leur tempérament particulier, leur âge, leur caractère ou même leur position sociale. Il y avait là en effet un champ d’observations bien curieux, et propre à tenter le génie d’un Hokusaï non moins habile à percevoir les plus subtiles nuances qu à les rendre avec une prodigieuse vérité. Aussi quelle amusante variétédans lestypesreprésentés et comme dans chacun on discerne clairement l’attitude, l’expression, le caractère de physionomie que leur a imposés la maladie, en transformant la nature originaire de chaque personnalité. Chez quelques-uns cette influence est restée presque nulle, car ils paraissent prendre jovialement la chose ; chez d’autres, à défaut de la gaieté, l'intelligence est pourtant restée vi\ace, à \oir la fine malice de leurs traits. D'autres visages expriment la tristesse résignée, 1 hébètement, voire même l’idiotisme; cela est impressionnant, mais c est le tableau véridique de toute une classe intéressante, malheureusement trop nombreuse.
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La Planche IB, par Hokusaï, représente un faisan de superbe allure, portant beau et se rengorgeant fièrement dans la conscience de ses ruisselants atours. C est une pa^e tirée du célèbre Shashin Gaafou, dont nous avons déjà parlé (livraison VII). Nous avons dit combien étaient rares les épreuves de ce maître album, dont quelques grandes collections européennes peuvent seules se glorifier de posséder un exemplaire. Citons la Bibliothèque royale de Leyde (à qui le baron Siebold légua sa bibliothèque japonaise au moment meme où le Shashiîi venait de paraître), la Bibliothèque Nationale de Paris, ainsi que les collections particulières si choisies et si complètes de MM . Louis Gonse et 1 h. Duret. Nos grands amateurs considèrent ce livre comme le plus remarquable spécimen de 1 œùvre gravé de
. • Act instifiée par l’ampleur grandiose avec laquelle les sujets très Hokusaï, et cette opinion est justihce par h
différents de ce recueil ont été traites.
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. „ Planche AJC reproduit Le sujet d’un kakémono dû au pinceau de Tého-Soui, qui app„ il i l'école de Shoo, comme ['..Mo. d'uo .»» repcc.em.n, des moi-
neaux dans les bambous qui a figuré dans la hviaison V .
Est-il besoin de faire ressortir à nouveau avec quelle virtuosité es art.stes japonais savent exprimer le charme éternellement contenu dans un tel sujet . Est-i necessaire de démontrer une fois de plus la variété et l'imprévu des aspects différents sous lesquels un meme coin de la nature cent fois traité se présente toujours aux regards rêveurs et sousle pinceau de l’artiste) Ici contrairement à la scène analogue dont nous venons de parler, ce n est plus le spectacle de la bénigne tombée de neige qui, au Japon, escorte la venue du printemps et y précède la m-ande poussée du renouveau. Il fait sérieusement froid dans cette atmosphère grise, et ce n-est pas sans dessein que l’artiste a choisi un tel décor. Il s’agit pour lut de peindre le moineau, oubliant l’espièglerie de ses ébats ordinaires et prenant de curieuses poses d'effarement pour’chercher un abri contre les rigueurs d’une température hivernale.
C’est en grappe serrée que la compagnie d’oiselets se rassemble sur la branche neigeuse, se pelotonne, et se livre des combats pour la bonne place.
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La Planche BE porte un portrait d’acteur dans un rôle de femme, peint par Shunyei, de l’école de Katsukava. Nous avons fait remarquer précédemment que tous les membres de cette lignée d’artistes avaient emprunté la syllabe Shun à son fondateur, Katsukava Shunsho Shunyei fut un des meilleurs disciples de cet atelier, dans la spécialité des portraits d’acteurs où il excellait. Nous ne croyons pas trop nous hasarder en disant que parmi les artistes d’aucune école, nul mieux que lui n’a su pratiquer l’art d'habiller un personnage . Les plis du vêtement tombent avec une aisance accomplie, et souvent le rendu même des tissusest poussé jusqu’au trompe-l’œil. Nous aurons l’occasion d’appuyer cette affirmation par des exemples plus concluants que celui d’aujourd’hui. — Il est à peine besoin sans doute d’expliquer la présencede la pipe entre les mains d’un personnage travesti en femme. Fout le monde connaît ces mignons ustensiles, indispensables à tout Japonais de l’un ou l’autre sexe. Indispensables, en effet, au milieu d’une vie insouciante où le travail manuel ne tenait qu’une place secondaire : sans cesse rallumée pour en tirer les quelques bouffées de fumée que l’extrême exiguïté de ses dimensions peut donner* tapotée ensuite pour en faire tomber les résidus de tabac, la pipette est réintégrée chaque fois dans son étui, d’où elle est tirée de nouveau au bout de peu d instants. Il n est pas jusqu’à l’ouvrier des villes ou le laboureur dans la cam¬
pagne qui ne s adonne à ce petit passe-temps national et ne cherche un adoucissement à 1 aridité de son travail dans cette courte interruption cent fois répétée qui procure la jouissance de quelques rêveries fugitives.
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Le Dessin pour impression d’étoffe se compose de branches de chrysanthème es variétés di\ erses, depuis l’espèce vulgaire, nourrie et ramassée, jusqu’à la fleur 1 p us echevelee, dont les pétales recroquevillés ou embroussaillés étendent leurs languette pittoresquement et fournissent un motif de décor élégant et imprévu.
Les Planches BI et DC présentent des modèles d’une nature analogue Le premier frappe par la solidité et la puissance décorative d’un décor emprunté aux larges fleurs de pivoine, dont deux fragments suffisent seuls à couvrir une page entière
La planche DC a pour thème une nappe d’eau, sillonnée de quelques branches de roseau, au-dessus de laquelle voltige un essaim de papillons irrégulièrement groupés.
Dans la Plcinche HD, trois nouvelles formes de vases de bronze sont reproduites d’après nature.
Celui de droite, d*e forme fuselée, est à décor de palmettes, gravées d’après un style archaïque de la Chine, et il se trouvecurieusement pourvu d’une seule anse de style similaire.
Le vase de gauche élève sur une panse inférieure un col élégamment cintré, où s’amorcent par des têtes de chimères deux anses coudées, très graciles.
Enfin la pièce de milieu tranche par la hardiesse de ses contours, qui vont s’évasant jusqu’à l’orifice, très largement ouvert. Le vase ne porte ni anse, ni ornement d’aucune sorte.
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Planche FE reproduit de vieux échantillons de cuir. Le livre gravé d’où ces spécimens sont tirés a été composé en 1844 par un amateur du nom delkéda Yoshinobou , d’après des fragments authentiques en sa possession, et remontant à des périodes qui vont de l’an 1000 jusqu’aux xmc et xive siècles. Ces cuirs se sont de tous temps fabriqués comme bulfleteries d’armures, et l’on est étonné de voir combien cette industrie était avancée à une époque aussi reculée. I l est non moins intéressant de noterle style du dessin qui lut en usage pour ces sortes d’accessoires. Une certaine régularité géométrique y paraît prépondérante et s’associe à la représentation desanimauxdela légende, génies tutélaires des braves. 1 el le grand dragon à corps de serpent garni d’écai lies, émergeant d’un motil d ondes stylisées et portant sur le sommet de la tête, pourvue de cornes puissantes, la perle sacrée des bouddhistes. 1 el aussi le traditionnel « Chien de Fô )), tantôt présenté dans une attitude de calme, et d auties fois gambadant sur un lit de feuillages de pivoine. Tout cela est naif comme composition, mais d’un style sévère et puissant, et bien en harmonie avec 1 usage qui devait en être fait. L’auteur de l’ouvrage va jusqu’à citer les noms des héros qui ont porté les armures dont ces fragments proviennent, et nous notons entre autres que le cuirorné de chimères dans les pivoines aurait appartenu aux lameux Minamoto Yoshitsuné (xn siècle).
Sommaire du N ()
LA MANQUA DE HOKUSAÏ ( suite et tin), par Ary Renan NOS GRAVURES .
Pages.
PLANCHES HORS TEXTE
AJC. Kakémono (Moineaux et Bambous sous la neige), par TEHO-SOUI.
DF. Deux pages de la Mangua, par HOKUSAÏ.
BE. Acteur en costume de femme, par SHUNYEI.
HD. Trois Vases de bronze.
Dessin pour l’impression sur étoffes.
DC. Motif industriel (Papillons sur les eaux).
FE. Fragments de cuir ancien.
CF. Types d’aveugles, par HOKUSAÏ.
Hl Motif industriel (Fleur de pivoine).
IB. Faisan, par HOKUSAÏ.