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Dans la Relation de l’Empire du Japon, comprise dans les réponses de François Caron, président de la Compagnie hollandaise en ces pays (revue, augmentée et publiée par Melchisedech Thévenot, 1696), le trait suivant est donné comme preuve du mépris que ces hommes ont de la mort, et de leur amour de la gloire :
« Monsieur Caron dit que deux gentilshommes japonois s’étant rencontrés dans un escalier du palais de l’Empereur, leurs épées se froslèrent l’une contre l’autre.
Celui qui descendoit s’ol-
apon artistique.
fença que l’autre l'eût froslé de son espée, et luv en dit quelques paroles : l'autre s’en excusa sur le hazard, et adjouta qu’enfin c’estoit deux espées qui s’estoient froslées, et que Tune valoit bien l’autre. — Je vais vous taire voir, respond ce querelleur, la différence qu'il y a de l'une à l’autre. — Et il s’en ouvrit le ventre sur-lechamp. L’autre, piqué de cet avantage que l’autre prenoit sur luy, se haste de monter pour servir sur la table de l’Empereur un plat qu’il avoit entre les mains, et revient trouver celuy qui luy avoit fait la querelle, expirant du coup qu’il s'estoit donné, et après luy avoir demandé s’il vivoit encore, il s’ouvrit aussi le ventre, luy disant qu'il
Shô-ki, héros chinois. D'après Hokusaï.
ne bauroit pas prévenu s’il ne l'eust pas trouvé occupé à faire le service de son Prince, mais qu’il mourroit satisfait, puisqu’il luy avoit assez tait voir que son espée valoit bien la sienne. »
L histoire, racontée ici même récemment des « Quarante-sept Cœurs fidèles de Assano », confirme cette tradition de susceptibilité téroce dans les temps héroïques.
De nos jours, ou du moins avant des décrets récents, la vue des armes exaspérait les samuraïs. « Dans le Satzuma, province dont les habitants passent pour avoir le caractère ardent et querelleur, si un homme, en public, pour n'importe quel motif, a tiré son sabre contre quelqu un, il ne lui est pas
permis de le remettre au fourreau avant d’avoir terminé un combat a mort .
d'après la loi, il doit lutter jusqu’à ce qu'il tombe ou qu'il tue son adversaire... C'est en vertu de ces injonctions rigoureuses que, même en paix, il est détendu d'exposer au jour une arme quelconque : les fers de lance et de pique hono rifiques doivent porter des étuis, les canons de fusil sont enveloppés soigneu sement; on ne les ôte qu'en cas d’expédition militaire en pays ennemi, ou lorsqu’il s'agit d'escorter un criminel au lieu de l'exécution. Aussi sir Ruthei tord Alcock, le ministre anglais, qui avait l'habitude de se taire accompagner, à Yeddo, par des lanciers de sa propre nation, lut-il invité par le goiuer
ne ment japonais à dissimuler les fers de lance de son escorte, pour éviter de faire naître chez les habitants la supposition de sentiments hostiles »
Un iCLine JaPonais> PaBe chez Lln prince avant la révolution de 1868, me racontait que parfois un homme en vêtements usés et tachés se présentait aux portes du château et demandait à être entendu. Il retirait de sa ceinture ses deux sabres, les remettait aux mains des pages, et était tout aussitôt introduit. Les jeunes gens riaient de sa mine misérable, puis ils se hâtaient de visiter les sabres, posés en travers du porte-sabre en laque armorié. Quand l’hommesortait, il 1 epi enait ses aimes, qui lui étaient tendues très respectueusement ! leur haute qualité faisait reconnaître qu’elles avaient survécu à la position perdue de le ui maîtie, a sa loi tune passée, souvent au nom dissimulé de ses ancêtres.
On n aurait point osé tricher. Des légendes circulaient sur les sabres des nobles indûment portés : ils étaient cause de malheur, infailliblement. 11 était même dangereux de les posséder : ils avaient une âme vindicative.
L est pendant les interminables et sanglantes péripéties des guerres féodales engagées, du xnf au xvi° siècle, entre la famille des Taira et la famille des Minamoto, que le Japon affirma ce goût passionné; ce culte pour ses armes. Les lorgeurs revêtaient, pour travailler, des vêtements d’apparat, et suspendaient à des cordes tendues des papiers pour conjurer les mauvais esprits ; ils faisaient consacrer leurs œuvres d’élite par les prêtres de Bishamon.
Le dieu Inari, qui habite les forêts de sapins, et dont, pour cette raison, l'image est souvent accompagnée de celle d'un renard, venait parfois aider l’armurier à forger des lames.
Elles avaient des noms, comme elles en ont dans le Ramanaya, et aussi étaient fées. Elles s’appelaient, par exemple, « le petit corbeau ». Un jour, un prince est serré de près par ses ennemis; ils ont mis le feu aux herbes d’un tertre sur lequel il a cherché son dernier refuge; le cercle de 1 incendie se resserre, mais la lame divine sort du
lourreau, fauche l'herbe sèche et en dé-