‹ Le Japon contemporainChapitre 11 sur 19 · FL0RICHR0N0MÈTRE D'YÉDO · texte numérisé non relu

FL0RICHR0N0MÈTRE D'YÉDO

Premier mol**

Le prunier, prunus Moumé.

Le saule , salix Japonicus.

L'adonis , adonis prœcox.

Deuxième mol».

Le coing, cydonia Japonica.

Le magnolier, magnolia kobous.

Le pêcher , amygdalus Persica.

Troisième mois.

Le cerisier, cerasus.

L'arum , arum r ingens.

Le poirier, pyrus baccata.

Quatrième moU.

La paullinie , paulownia imperialis.

La clématite , clematis azurea et clematis bkolor.

Le lis , lilium longi/lorum.

Cinquième mol**

L'iris, tris.

Les nymphoïdês , nymphxa [nyphar) Japonica.

L'ipomée , ipomœa triloba.

Sixième mola*

Le lotus , nelumbium speciosum.

La globa , globba Japonica.

La balsamine, impatiens balsamina.

Septième mois.

L'eupatoire , eupatorium Chinoise.

Le haricot, dolichos hirsutus.

La guimauve, hibiscus mutabilis.

Huitième mois*

Les orchidées , epidendrum ensatum.

Le dracocéphale , dracocephalum.

Les polygonées, polygonum.

neuvième mois*

Le chrysanthème , chrysanthemum Indicum.

Les gentianées , gentiana.

Les ligulaires, ligularia Ka&mpferi.

Dixième mois*

Le narcisse , narcissus tazetta.

Le cornouiller, camellia Japonica* Le néflier , mespylus Japonica.

clergé les contrôle : lui seul a le droit de les faire imprimer et de les mettre en circulation. C'est le privilège des prêtres du temple dise. Ils les expédient à leurs correspondants sur tous les points de l'empire, et ceux-ci les distribuent aux habitants de la localité , qui leur font un présent en retour.

Voilà comment l'almanach passe dans tontes les mains et sous toutes les formes : feuille légère , quand il doit entrer dans l'étui de parfumerie des dames ; livre volumineux , lorsqu'il est destiné aux hommes graves , et tous d'un âge avancé , qui sont chargés des fonctions de maîtres des cérémonies, si difficiles et si importantes dans ce pays. D'ailleurs , ce vade-mecum commence invariablement, comme chez nous , par des indications d'astronomie et de météorologie. Il donne ensuite le tableau des principales fêtes de la religion nationale , de «celle de Bouddha , et force observations astrologiques.

Chacun des quatre éléments de la nature , 'qui sont le bois , le feu , le métal et Veau , est censé dominer l'un des points cardinaux du ciel et l'une des saisons de l'année. Le bois gouverne l'orient et le printemps ; le feu règne sur le sud et l'été ; le métal , sur l'occident et l'automne ; l'eau préside à la région du nord et aux événements qui s'accomplissent pendant l'hiver. Quant à la terre , base et principe des autres éléments , elle occupe le centre dans ce système; et, pour qu'elle eût part égale avec

ses enfants , on lui a donné l'empire des quatre arcs zodiacaux , servant à diviser l'horizon et l'é* cliptique, et qui comprennent la moitié des signes du taureau, du dragon, du bouc et du chien. L'énergie terrestre et l'énergie céleste prédominent tour à tour. Cette théorie» se combinant avec celle des sexes appliquée à la nature inanimée , produit des fêtes aux noms les plus singuliers , telles que la fête de la Souris du bois mâle et celle du Serpent de la terre féminine. Le jour du signe du Métal mêle, tout le peuple japonais se met en prières. Le quatrième jour du onzième mois est propice aux entreprises des personnes d'un caractère ardent. Il y a des époques astrologiques fixées pour la récolte des céréales , d'autres pour celle du m , d'autres encore où l'on sert dans les repas des g&teaux auxquels on attribue le pouvoir de conjurer toutes les maladies. A l'approche des équinoxes , Mahé Souara , le souverain du monde des formes, juge impartialement le bien et le mal. Alors on fait une retraite générale de sept jours , pendant laquelle les prêtres de Bouddha assemblent leurs fidèles dans les temples, pour soulager les âmes des morts par des prières et des sacrifices.

Tous les premiers jours de l'an, les Japonais vont en famille offrir des fleurs et des aliments à l'un des huit enfants du Prince de la lune et de la Terre déesse, qui protègent annuellement, à tour

Onzième mois 1 .

Le chèvrefeuille, daphne papyrifera.

Les orchidées, epidendrum.

Le prunier , prunus Jabai.

Douzième mois*

Le pompadour , calycanthus prœcox.

Le chèvrefeuille, daphne odora.

Le prunier , prunus Kanbai.

La plupart de ces plantes ont été importées en Europe, soit du Japon, soit delà Chine. Un grand nombre s'y sont déjà acclimatées. Sous l'influence d'un autre soleil, elles fleurissent chez nous à d'autres époques de l'année ; et, si nous voulions à notre tour les faire entrer dans un calendrier, dont la régularité , d'ailleurs , ne pourrait pas être bien complète, nous serions obligés de les placer à des dates entièrement différentes.

Dans une autre ville du Japon , plus éloignée de Téquateur qu'Yédo, on a très-élégamment gravé sur bois une autre Flore chronologique , ne comprenant que douze figures, et qui, par le choix des plantes comme par leur ordre de succession , s'écarte de la précédente. Nous allons donner la composition de ce petit calendrier.

1 . On voit apparaître aussi , dès le onzième et le douzième mois, de nombreuses variétés de fleurs de prunier et d'abricotier , simples et doubles , roses et blaoches , qui relèvent quelque peu la pauvreté du bouquet d'hiver.

FLORKeONOMÈTRE D'OOSÀEA.

Premier mois.

Le prunier, prunus Moumé.

Deuxième mots*

Les orchidées , epidcndrum.

Troisième mol»»

Le poirier, pyrus baccata.

quatrième mol».

Le lis, Ulium longiflorum.

Cinquième mokk

Le magnolier, magnolia.

Sixième mets*

L'hémérocalle , hemerocallis Skboldii,

Septième mois*

La guimauve, hibiscus mutabilis.

Huitième mois*

Les polygonées, polygonum barbatum.

neuvième mois.

Le chrysanthème, chrysanthemum Indicum.

Dixième mois»

L'oranger, citrus Daïdaï.

Onzième mois.

La musa, musa.

Douzième mois.

Le cornouiller, camellia Japonica

L'auteur du calendrier d'Oosaka, en tète de son travail, le dédie aux fleuristes et aux poètes, et le leur offre comme cadeau iïétrennes, absolument comme pourraient le faire Susse ou Alphonse Giroux. C'est qu'en effet là culture de la poésie et celle des fleurs sont au Japon des compagnes inséparables. Lorsque, au printemps, pruniers et cerisiers se couvrent de leur blanche parure, et que le multiflore foudsi, l'eupatoire aux flosculeuses corolles , se détachent de tous côtés sur le fond vert du feuillage, alors le poète japonais vient rêver sous cet ombrage vraiment délicieux , et qu'il préfère à tout autre. S'armant du pinceau qui lui tient lieu de plume, il le trempe dans celte belle encre, dite de Chine, que produit aussi son pays natal; puis, avec tout l'art d'un calligraphe consommé, il peint, sur des feuillets dorés et de plusieurs couleurs, des vers tout imprégnés de l'admiration que lui inspirent les beautés d'une nature à laquelle nos froides contrées ne pourraient rien opposer. Enfin , son œuvre achevée, il la suspend , en guise d'offrande, à l'arbre même ou au rameau dont elle chante les perfections.

Indicateurs du temps. — Cadrans solaires. — Clepsydres ou horloges hydrauliques. — Horloges ignées. — Montres japonaises.

Comment s'y prennent les Japonais pour reconnaître la marche du temps ? Chez les Chinois, on se

servait, dès les siècles les plus reculés, de l'horloge solaire. C'est un fait parfaitement démontré par le P. Gaubil, le plus savant de tous les historiens européens du Céleste Empire. Au moyen d'un style sciatérique, établi verticalement sur son disque, les plus anciens empereurs de ce pays déterminaient déjà les temps du jour , les parties du monde , et fixaient même les saisons d'après la longueur croissante et décroissante de l'ombre à midi. Nos astronomes modernes ont profité, pour apprécier plus exactement la diminution séculaire de l'inclinaison de l'écliplique , des observations que le prince Tscheu-Koung fit, ou que probablement il fit faire, à l'aide d'un gnomon octopède , afin de déterminer les solstices, vers l'an 1100 avant Jésus-Christ.

Les quatre anciennes fêtes nationales des Chinois, qui répondent aux quatre temps cardinaux de Tannée, ne sont, au fond, que des époques solennelles d'observations astronomiques. Alors on voit

le style et le disque entre les mains du chef de l'État, remplissant les fonctions de souverain pontife ; de là, peut-être, sa qualification héréditaire de Fils du Ciel. Le style représente sa suprême domination sur le firmament; le disque, sa prétendue autorité sur toute la terre. Ainsi donc, ces attributs et ces symboles de puissance ont été pour les descendants d'Yao, et pour les nombreuses dynasties qui leur succédèrent, ce que furent, au moyen âge, le sceptre et le globe pour les Césars d'Allemagne , chefs aussi d'un empire qui s'intitulait Saint et Universel.

On sait que les Grecs avaient reçu le gnomon des Babyloniens, et l'on en connaît le caractère et l'usage. Le polos, qui leur venait de la même source, et qui a été si longtemps une énigme pour nos antiquaires, n'était autre chose que le disque appartenant au gnomon, et faisant l'office de cadran. En Chine, le stylé sciatérique a pris le nom de sceptre terrestre. « C'est avec le sceptre terrestre , dit le Livre des Usages , que le second Ministre sonde la profondeur de la terre, règle le soleil, et cherche la ligne qui divise la terre en deux parties égales (le méridien). » Puisque cet instrument règle V ombre du soleil 7 il indique aussi, par conséquent, le cours des heures.

Dans ce genre d'observations, Ton peut prendre pour guide soit la longueur , soit la direction de l'ombre solaire. De là, chez les Japonais, et proba-

blement aussi chez les Chinois , deux sortes de cadrans , dont la description détaillée ne serait pas d'un grand intérêt pour ceux de nos lecteurs qui ne s'occupent pas spécialement d'astronomie.

Dans les Livres de voyage , dont on fait un grand usage au Japon , se trouve presque toujours un de ces cadrans solaires dessiné sur le côté intérieur de la couverture. Le style est remplacé par des bandes de papier collées au cadran par un des bouts et que l'on peut dresser à volonté. Elles sont toutes de longueur égple, et numérotées dans l'ordre des mois auxquels s'adapte le mètre sciatérique marqué sur la planche.

Pour savoir l'heure , le voyageur n'a qu'à déployer le gnomon en papier de son livre de voyage et à,poser la planche horizontalement. De cette manière, l'ombre du style se projette sur un cerclé horaire tracé alentour , et la seule étendue de cette ombre donne l'indication de l'instant de la journée où l'on se trouve, sans qu'il soit nécessaire de recourir au procédé de l'orientation.

Cette méthode d'horlogerie métrique est aussi populaire dans l'extrême Orient que l'était, chez les anciens Grecs et Romains, l'usage de déterminer les heures du jour en observant la longueur de sa propre ombre ; et quand on veut exprimer un court espace de temps, on dit : « Un petit morceau d'ombre solaire» »

Véritable Salomon japonais , l'auteur du livre de maximes Les Mille Mots s'est servi de cet instrument primitif pour faire une comparaison heureuse et fort sage, destinée à rappeler à ses compatriotes le prix du temps. « Le style et le disque, dit-il, malgré leur grande utilité, ne sont pas aussi précieux qu'un pouce d'ombre. Mon fils, rivalise de vitesse avec celle-ci ! »

Afin de déduire l'heure de la direction de cette ombré, il fallait nécessairement établir le style sur une méridienne ; et , pour y parvenir, on a eu recours à l'aiguille aimantée, transmise au Japon, comme tant d'autres découvertes, par la Chine, qui, on le sait, en a eu connaissance de temps immémorial. L'adjonction de celte aiguille au cadran solaire a produit la boussole chinoise. Elle n'est pas un instrument de marine, mais, suivant l'étrange définition qu'en donne X Encyclopédie japonaise , • un guide qui nous indique les côtés et les angles du monde, ainsi que les fentes des heures. » Laissons aux savants du Japon la responsabilité de leur cosmogonie.

On se demandera comment ces peuples déterminent les heures nocturnes. Comme toutes les nations de l'antiquité , ils interrogent , à cet effet , la position des astres à l'égard de l'horizon, et, de tout temps, la constellation de la Grande-Ourse a été pour eux l'indicateur de l'horloge sidérale des

nuits. Ils lui donnent le nom de Boisseau du Nord, parce que le carré formé par les quatre premières étoiles de ce signe céleste, lorsqu'on les suppose réunies deux à deux par des lignes droites , offre une assez grande ressemblance avec l'ancien boisseau chinois. Les étoiles e, Ç et yj en représentent le manche; aussi leur donne-t-on collectivement cette dénomination.

C'est en voyant les résultats défectueux de ce système que l'on apprécie toute l'importance de l'admirable invention des mouvements d'horloges fondés sur le balancier, qui nous a donné nos montres et nos pendules. Malgré la grande justesse de leurs observations et l'adresse avec laquelle ils savent employer les procédés astronomiques, les Japonais, lorsqu'ils consultent leur constellation du Boisseau, sont obligés de se contenter d'une exactitude qui laisse subsister un à peu près d'une heure.

Soyons juste : depuis nombre de siècles, on a pourvu en quelque sorte à cet inconvénient , dans l'Asie orientale , par l'invention de la clepsydre , ce fameux horologium ex aqua , dont nous avions t jusqu'à ce jour, attribué la découverte, ou du moins l'établissement à Ktésibios. Soit que les beaux esprits se soient rencontrés, et que l'ingénieur alexandrin, qui vivait environ 140 ans avant Jésus-Christ, ait inventé, de son côté, cet ingénieux mécanisme , soit qu'il en ait reçu la révélation des bords dé la

mer Jaune, force nous est de restituer aux Chinois la priorité de l'horloge hydraulique. Elle date chez eux du siècle de Hoang-ti , qui monta sur le trône 2679 ans avant notre ère.

Les clepsydres des Grecs et des Romains ont dis* paru dans Forage qui engloutit toute l'antiquité , comme leurs tableaux et la plus grande partie de leurs monuments littéraires ; nous ne les connaissons plus quç par une description assez incomplète de Vitruve. Mais, lorsqu'on compare cette description aux horloges mêmes qu'aujourd'hui encore nous trouvons dans les pays du Grand-Orient , le texte de Vitruve s'éclaircit, ses lacunes se remplissent , et l'identité fondamentale des deux chronomètres devient un fait irrécusable,

La marche de l'un et de l'autre se fonde sur ce principe que l'eau, lorsqu'elle coule dans un canal dont la largeur est partout la même, fait, en montant, s'élever aussi un objet qui flotte à sa surface. On comprend dès lors qu'il suffit de régler le cours de l'eau pour faire remplir à l'objet qu'elle supporte le rôle d'indicateur ou d'aiguille.

« Ktésibios, dit Vitruve, commença par faire un conduit en or ou en pierre fine * ; car il lui fallait une matière qui ne pût ni s'user par le passage de

1. C'était évidemment un tamis fin dont on pouvait boucher plus ou moins les orifices pour accélérer ou ralentir le passage de l'eau.

l'eau, ni se boucher par l'encombrement des immondices. L'eau traverse régulièrement ce conduit en descendant d'un réservoir supérieur dans un réservoir inférieur. Arrivée là , elle soulève une coupe , nommée , en terme d'art, phellos (bouchon) ou bien encore tympanum (bassin). Sur cette coupe se dresse un arbre à dents auquel s'engrènent des roues mobiles et légères qui se poussent entre elles. D'autres arbres et d'autres rouages, mis en mouvement par la même force et d'après le même système , tournent également en exécutant diverses évolutions. Des figurines s'agitent ; des pyramides tournent sur leur axe ; il en tombe de petites pierres; des automates jouent du cor (c'est-à-dire, sans doute, qu'ils embouchaient cet instrument).; les heures , inscrites sur cette partie de la machine ou sur une colonne, sont indiquées de bas en haut par une verge montant avec la figurine (qui probablement la tenait à la main).

« L'indication des heures s'étend à toute une journée. Quand le mécanisme va trop lentement ou trop vite , on le fait avancer ou retarder, soit de jour en jour , soit de mois en mois , par l'introduction ou l'enlèvement de quelques coins *.«

En quel endroit ces coins étaient-ils placés? L'auteur ne le dit pas. Il passe tout aussitôt à un autre

1 . Terme sous lequel il faut peut-être entendre des bourres.

genre d'obstacle également employé contre l'eau et formé de deux cônes, dont l'un s'adaptait complètement dans l'autre, qui était creux et ouvert au sommet.

Qui le croirait? Les doctes commentateurs de Vitruve ont pris toute cette description pour celle d'un moulin à eau. Les savants n'en font jamais d'autres ! Mais ce qui n'est pas moins curieux , c'est que Perrault, l'immortel auteur de la colonnade du Louvre , de la chapelle des Petits-Pères et des plus beaux dessins des vases de Versailles, a partagé cette plaisante opinion. 11 s'est même chargé d'une gravure qui, depuis, a passé d'une édition dans une autre , à la faveur de la recommandable suscription : Perraultius invertit et feeit. Boileau! si spirituellement et si injustement acharné contre le grand artiste, quelle aubaine pour vous si vous aviez eu vent de son interprétation de la clepsydre de Vitruve ! Quelle belle occasion de lancer quelques traits satiriques de plus contre ce pauvre homme de génie , dont le seul crime était d'avoir été mauvais médecin et de porter un nom prêtant à la rime, comme son compagnon d'infortune l'abbé Cotin!

L'horloge hydraulique décrite et figurée dans Y Encyclopédie japonaise est donc pareille, dans son organisation , à celle du mécanicien d'Alexandrie. Seulement les récipients changent de nom : ils s'ap-

pellent le bassin du ciel nocturne , le bassin du ciel diurne , le vase d'équation , le vase aux dix mille compartiments. On y remarque ensuite le lac ou la mer, les flèches flottantes, au nombre de quarantebuit, sur lesquelles ont été entaillées, avec une prodigieuse patience , les deux millions cent soixante mille fentes de Tannée, et d'autres combinaisons d'un genre ultra-oriental. Le filtre régulateur de la chute de l'eau devient un cœur de lotus. Dans une autre horloge, analogue à la clepsydre égyptienne dont parle Horus- Apollon, et dont il existe un exemplaire au Muséum antiquarium de Leyde , cette pièce est appelée le vase de filtration du ministre d'État, parce que ce dernier chronomètre, comme à Rome, était réservé à la détermination de certaines heures choisies pour l'expédition des affaires publiques.

Il est à remarquer qu'au Japon, comme ailleurs, ce sont les moines qui se sont occupés les premiers de la construction des horloges et des cloches. La vie claustrale en tout pays est très-sédentaire, ou du moins très-localisée. Quelle que soit l'étendue d'un couvent, c'est toujours dans un seul édifice et dans les cours et les jardins dont il est immédiatement environné, qu'ont lieu les travaux et môme les distractions, les promenades, les jeux de ses habitants. Offices, méditations, prières, occupations de toutes sortes, repas des religieux et jusqu'aux plaisirs

qu'autorise la règle , tout est soumis à l'heure , à la minute. Aussi trouve-t-on cloches et horloges dans tous les monastères bouddhiques du Japon, absolument comme dans une abbaye de France ou d'Italie.

Autrefois, c'est-à-dire très-anciennement, on faisait usage, dans ce pays, d'horloges ignées. On les entretenait au moyen d'une poudre fulminante extraite de l'écorce de Yillicium religiosum. Les gardiens répandaient cette substance dans une série d'enrayures disposées sur une couche de cendres ; et c'était l'incandescence progressive de la poudre enflammée qui leur indiquait le cours des heures qu'ils devaient annoncer au son de la cloche. Afin de régulariser le mouvement autant que possible , toute la machine était enfermée dans une botte aérée seulement par un petit nombre de trous. Mais, vers la moitié du vu' siècle, cet ingénieux procédé fut remplacé par la clepsydre, reconnue plus exacte.

Aujourd'hui , cependant , les Japonais possèdent nos mouvements d'horloge , quoiqu'ils soient encore peu répandus chez eux. Les missionnaires du xvii siècle leur ont fait faire connaissance avec le coucou , cette montre d'appui sonnante , à poids de plomb et à balance, dont tout le monde se servait en Europe avant l'invention des pendules. Ils ne sont guère allés plus loin. Quelques habitants

du Japon, toutefois, mais en très-petit nombre, ont été pourvus par les Hollandais de la montre portative et de la pendule de Sehwartzwald à deux poids. Eux-mêmes en ont fabriqué d'après notre système ; mais quelles montres ! On voit au Musée royal de la Haye plusieurs de ces échantillons de l'industrie japonaise. La forme en est des plus bizarres. Elles ont un coq pour indicateur, et les chiffres du cadran sont inscrits sur un écusson de métal glissant dans une rainure , afin d'établir les heures mobiles dont nous avons parlé.

Si vaguement qu'ils aient connu cet état de choses 9 le parti à tirer de l'horlogerie, comme branche de commerce avec le Japon, n'a pas échappé cependant aux entreprenants spéculateurs des États-Unis,

A New-York, on a déjà construit un modèle de pendule destiné aux marchés de cet empire et à ceux de la Chine. Cette pendule marque les heures de la manière dont elles sont comptées dans les deux pays. Les aiguilles font une révolution diurne de douze heures , et les heures sont tracées sur le cadran en caractères chinois. Sur le cercle le plus rapproché du centre du cadran, on remarque, également en caractères chinois , les heures du soleil levant , de midi , du soleil couchant et de minuit. Le cercle suivant , plus étendu , montre les heures paires et impaires. Les premières sont indiquées

par de petites figures mouvantes > et les secondes par d'autres moins jolies et plus petites. Les minutes se trouvent, comme d'ordinaire, à l'extrémité du cadran , ainsi que le nombre des heures , d'une & douze, le tout en caractères de l'empire du Milieu.

Le récent traité des États-Unis avec le Japon leur fait espérer de pouvoir y expédier en grande quantité des pendules sorties de leurs fabriques , surtout si, comme on le croit possible au nord de l'isthme de Panama, le Japon suit la politique de l'Angleterre, s'il réduit les droits d'entrée ou s'il ouvre un plus grand nombre de ports aux navires américains.

L'horlogerie est un élément important de fabrication dans la grande confédération du Nouveau- Monde. On y évalue à cinquante millions de francs la valeur des pendules exportées chaque année. Un quart au moins de ces produits, remarquables par leur beauté , leur variété et leur bon marché , est transporté sur les marchés anglais, soit pour la consommation locale , soit pour la réexportation. Les fabricants horlogers de New-York ont enlevé à l'Angleterre, pour cet article, presque tout l'approvisionnement de l'Allemagne .

Calendrier des aveugles. — Les confréries d'aveugles. — Caractères idéologiques. — Écriture symbolique : le lion, l'âne. — Hiéroglyphes égyptiens. — Écriture hiéroglyphique des Japonais.

11 ne s'agit point ici, comme on pourrait le croire, de ces impressions en relief et blanc sur blanc, que tout le monde a vues aux Quinze-Vingts , et dont l'ingénieuse philanthropie de Valentin Haiiy dota les aveugles de naissance, leur permettant d'apprécier les signes avec le doigt, triomphant ainsi des injustices de la nature,"et mettant la lumière de la science au. service de ceux qu'elle avait privés de la lumière physique.

Les belles méthodes d'enseignement introduites depuis plus de soixante ans à l'Institut des jeunes aveugles de Paris, ont , il est vrai, été adoptées depuis par les écoles privées répandues sur divers points de la France , et par bon nombre d'établissements publics ou particuliers des autres États de l'Europe et de l'Amérique; mais elles n'ont pas encore pénétré jusqu'au Japon. Je ne sache même pas qu'on ait fait jusqu'aujourd'hui le recensement de la cécité dans ce pays pourtant si avancé , plus avancé même que nous sous le rapport de la statistique. Personne peut-être n'y soupçonne le

nombre des malheureux atteints de cette cruelle infirmité.

On ne s'en doutait pas non plus en France, lorsque les recherches de la science furent dirigées sur ce point vers la fin du dernier siècle. On croyait beaucoup faire en portant le nombre des aveugles à quatre mille pour tout le royaume. Ce n'est que par la multiplicité des demandes d'admission à l'établissement parisien, que l'on a reconnu conh bien on était resté au-dessous de l'estimation vraie. Mais on était loin encore de connaître toute l'étendue du mal ! Il a fallu les beaux travaux du docteur Lachmann pour apprendre à l'Europe que, sur une population totale de 287 millions d'habitants, elle comptait plus de 250000 aveugles. Un aveugle par 1143 habitants 1 La France, à elle seule, dont la population n'est pas supérieure à celle du Japon, en renfermerait donc de 34 à 35000. L'immense majorité > là comme partout, appartient à des familles pauvres.

Mais, quoique les Japonais ne se soient point encore avisés d'instruire les aveugles de naissance; quoiqu'ils n'aient point fondé d'hospices pour eux et pour ceux qui , par suite d'accidents ou de maladies , leur sont devenus semblables ; quoique ce pays n'ait pas encore , comme l'Angleterre , son Magazine for the blind , journal écrit par des aveugles et pour des aveugles , ils ne les ont cependant

pas oubliés. On trouve chez eux deux confréries d'aveugles associés. Les membres de ces étranges mais utiles institutions sont fort nombreux. Us vivent» pour la plupart , de leur travail. Beaucoup d'entre eux sont employés aux fêtes publiques , aux processions et aux mariages. Dans les cérémonies , ils précèdent les cortèges et font écarter la foule, une baguette à la main. Aussi les rencontre-t-on sur toute l'étendue de l'empire. Comme nos ordres religieux , ils ont un général et des administrateurs qui résident dans la capitale ecclésiastique.

L'une de ces confréries doit son origine à Senminar, jeune homme d'une grande beauté , pour lequel , il y a nombre de siècles , une princesse du sang des- empereurs avait conçu la plus violente passion. Senminar partagea sa tendresse et l'obtint en mariage. Qu'il ait été le fils de l'empereur, comme l'assurent certains historiens, ou seulement l'un de ses officiers , ce que prétendent d'autres , l'infériorité du rang n'est point un obstacle aux unions des princes dans les pays d'Orient. Ils ne contractent pas volontiers d'alliances matrimo niales avec des personnes appartenant aux familles souveraines d'autres États. Ils craindraient, en agissant ainsi, d'établir chez eux une influence étrangère. De là ces mariages entre les enfants des empereurs ou des rois et ceux de leurs généraux, de leurs grands prêtres ou de leurs ministres, qui,

au premier coup d'œil, semblent incompatibles avec l'esprit de caste et la fierté orientale.

Une félicité trop grande est rarement de longue durée. La princesse mourut bientôt dans tout l'éclat de la jeunesse. Son époux pensa expirer de douleur. Une grave maladie, causée par l'excès de son chagrin , ne termina point cependant ses jours ; mais elle lui fit perdre la vue.

Ce fut pour perpétuer la mémoire de ses amours et de son infortune , que cet amant inconsolable fonda la confrérie d'aveugles qui porte son nom. Instituée sous d'aussi touchants auspices et revêtue du sceau des lettres impériales, cette société obtint un grand succès. Elle dure , comme lout dure dans ce pays, et se compose principalement de gens d'Église.

La seconde confrérie , celle de Féki , n'a pas un point de départ moins singulier que sa rivale. Yoritomo , le chef de la dynastie actuelle , était parvenu au pouvoir en pacifiant, les armes à la main, deux partis qui se disputaient la suprématie et dont il recueillit l'héritage après s'être servi de l'un pour écraser l'autre. Il voulut s'attacher Kakékigo , l'un des plus braves défenseurs du parti vaincu, auquel, par clémence ou par politique, il avait laissé la vie. Dans cette pensée, il lui fit les offres les plus séduisantes. Mais rien ne put ébranler la fidélité de Kakékigo. Non-seulement il refusa de servir le nouvel

empereur, mais, tout en l'estimant, il lui garda une haine involontaire. Un jour, enfin, il fut le trouver, t Puisque je rie puis tourner les yeux vers vous , lui dit-il, sans concevoir le désir de venger le malheur de mon prince et le mien par la mort d'un vainqueur qui fut aussi généreux pour moi, recevezles donc, ces yeux qui vous veulent tant de mal. Au moins , je ne serai plus tenté d'être ingrat ! » Làdessus, ce héros sauvage s'arracha les yeux en présence d'Yoritomo, qui, sentant croître son admiration pour un tel caractère, le combla d'honneurs et de présents. Le général aveugle fit comme le jeune seigneur désespéré de la mort de sa dame : il créa, lui aussi, sa société d'aveugles, et, du nom de cette famille déchue à laquelle il était demeuré si dévoué , il l'appela la confrérie de Féki. Les plus grands seigneurs du Japon , lorsqu'ils se sont vus atteints de cécité, ont toujours tenu à honneur d'en faire partie.

Pour le Calendrier des aveugles, les Japonais ont pris le contre-pied de Haûy. La cécité à laquelle ils ont voulu venir en aide n'est point celle des yeux, mais celle de l'esprit. Les aveugles auxquels est destiné leur calendrier, ce sont les aveugles de l'intelligence, c'est-à-dire les hommes dépourvus des premiers éléments de l'instruction. L'ouvrage dont nous allons parler est donc fait, non pour celui qui ne peut pas, mais pour celui qui ne sait pas lire.

Ces classes illettrées sont peu nombreuses. On ne les trouve plus guère que dans quelques provinces montagneuses du Nipon méridional, d'où la barbarie primitive n'a pu encore complètement disparaître. Il faut cependant que ces pauvres cultivateurs connaissent les dates importantes de l'année religieuse et civile, tout aussi bien que les habitants riches et polis d'Yédo, la capitale politique, ou de Hiako , la ville sainte.

Comment se faire lire de qui n'a pas appris à déchiffrer les caractères idéologiques dont se composent l'écriture et par conséquent l'impression de tous les peuples de l'extrême Orient, comme les nôtres se composent de lettres alphabétiques? Quand on ne peut parler à l'esprit, il faut s'adresser aux yeux. C'est aussi ce qu'on a fait dans tous les temps et dans toutes les contrées. L'écriture symbolique se retrouve, et sous des formes très-analogues entre elles, dans un grand nombre de pays de l'ancien et du nouveau monde , soit comme un monument du passé, soit à l'état d'institution actuellement existante. On la découvre jusque dans les lies incultes et reculées de la Polynésie.

Une objection a été faite contre l'emploi des symboles. On a prétendu que leur valeur ne pouvait être qu'arbitraire. Le lion, par exemple, a-t-on dit, est pour nous le symbole du courage, pour nous qui n'avons vu de lions que dans nos ménageries,

et qui, frappés par leur aspect Imposant, supposons que leur bravoure doit répondre à la majesté de leur face. Mais pour l'Africain, voisin du lion, ce n'est que le type de la poltronnerie ; car ce roi des forêts, si vigoureux et si puissant, fuit toujours à l'aspect de l'homme, à moins qu'une faim ou une fureur violente ne le presse, et les cris d'une femme ou d'un enfant suffisent pour l'épouvanter. Quelle sera donc la valeur symbolique du lion, si nous consultons, pour la déterminer, les qualités morales de ce quadrupède? Sera-t-il l'emblème du courage, ou celui de la poltronnerie?

J'ai un âne doux et obéissant, j'en ferai le symbole de la patience. L'âne de mon voisin est rétif, il en fera l'image de Y entêtement. Vous avez une bote qui rue et qui mord, vous lui ferez signifier méchanceté dans vos caractères hiéroglyphiques. Comment alors pourrons-nous nous entendre ?

Les anciens et tous les peuples qui employèrent ou emploient les hiéroglyphes ont évité ce! écueil et rendu toute incertitude impossible , en ne basant la valeur symbolique des différents animaux que sur leurs habitudes caractéristiques et sur leurs qualités prédominantes. Ainsi, chez les Égyptiens, comme on l'a justement observé, l'âne , qui a la manie de tourner toujours le dos au vent , fut le symbole du vent. Le chacal, qui ne vague que pendant la nuit» devint celui des ténèbres. Le lièvre, dont

l'ouïe est d'une extrême finesse , exprima Y audition; tandis que chez nous, l'âne, le chacal et le lièvre auraient appelé les idées de stupidité , de ruse et de peur.

Mais la représentation exacte de ces animaux, comme celle de la plupart des autres symboles, demande une étude assez approfondie du dessin, et occasionne une grande perte de temps. Les hiérogrammates ont dû par conséquent chercher le moyen d'abréger ces expressions figurées ; et, pour cela , ils se sont encore appuyés sur l'observation de la nature. L'âne étant le seul quadrupède qui ait une croix sur le dos , le chacal étant de tous les animaux celui dont la queue est la plus touffue , et le lièvre, celui qui a les plus longues oreilles , une croix , une queue touffue et une oreille pointue devinrent l'abréviation naturelle de l'âne , du chacal, du lièvre, et chaque abréviation eut, dans l'écriture symbolique de l'ancienne Egypte , la même valeur que le symbole dont elle dérivait.

Les Japonais ont suivi le même système , et par les mêmes raisons. Mais ce qu'il y a de particulier chez eux, et, pour autant que nous sachions, d'unique , c'est d'avoir composé à l'usage des populations ignorantes des calendriers en écriture hiéroglyphique !

Les signes qu'ils emploient à cet effet sont quelquefois des images complètes d'objets de la nature

ou de l'art , comme les animaux , les fleurs , les instruments de toute espèce. D'autres fois ce ne sont que de grossières esquisses des choses qui frappent les sens. Ainsi, pour représenter une rivière, ils tracent un carré long onde; tandis qu'un carré ouvert sur une de ses faces, devant laquelle se trouve la porte d'un temple , signifie la demeure du dieu de l'année*

Il arrive aussi , quoique plus rarement , que ces signes sont tropiques , n'exprimant les choses que par figures , ou même énigmatiques, à la façon de nos rébus. Mais ce qui est assez commun, c'est d'en voir de phoniques, c'est-à-dire désignant, non l'objet qu'ils représentent, mais son homonyme. Pour en eiter un exemple : dans la langue japonaise, un tamis et une année s'appellent l'un et l'autre tosi. Or, l'idée d'année étant immatérielle et ne pouvant se. réduire sous une forme visible , on s'est servi, pour l'exprimer, de la figure d'un tamis.

Nous sommes redevables de la possession d'un de ces calendriers au médecin japonais Nankéisi, de la famille des princes de Tatsibana , et qui cependant n'est pas un médecin amateur; car il a visité, dans l'exercice de son art, la plus grande partie de son pays natal. Les observations géographiques et ethnographiques de cet intelligent voyageur remplissent deux volumes intitulés par lui

Toyouki et Saïyouki, c'est-à-dire Pérégrinations orientales et Pérégrinations occidentales. Dans le premier, il reproduit le calendrier pittoresque en usage dans plusieurs localités écartées de l'île de Nipon, dont les habitants, qui sont de l'antique race des Aïno , ne savent ni lire ni écrire ; et il y ajoute des commentaires explicatifs.

Citons-en quelques figures, pour donner une idée de ce genre de langage.

11 fallait déterminer là partie du monde dans laquelle se trouve le siège du génie de l'élément qui prédominait pendant l'année pour laquelle était fait ce calendrier. Comment s'y est pris l'auteur? Il a tracé un carré représentant la terre, qui, d'après les anciennes idées japonaises , est quadrilatérale ; puis, afin d'indiquer la région Est de notre planète, il a mis sur la droite un petit cercle. Dès lors, chacun pouvant s'orienter, il devient facile d'appliquer l'indication md-md-e$t à une ouverture ménagée dans le carré, et devant laquelle se trouve une porte de temple, qui fait voir de quelle région la bénédiction du ciel descendra sur l'année.

Une autre figure indique le côté de l'horizon soumis au génie de l'année de Jupiter, l'Étoile de bois. Ce côté, c'est l'Est, et là se voit aussi dans le calendrier une marque noire contre laquelle est tourné le tranchant d'une hache. C'est un aver-

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tissement donné aux bûcherons de ne pas faire tomber dans cette direction les arbres qu'ils abattent. En astrologie japonaise, une marque noire signifie malheur, une marque blanche bonheur, et une marque moitié noire moitié blanche, veut dire un état mélangé d'infortune et de prospérité. Ce dernier signe est attaché au 9* jour du deuxième et au 17* jour du huitième mois.

Le génie de la nature féminine est exprimé , à sa place, par un torse de femme, dont les seins, comme signe distinctif du sexe, sont fortement accusés.

J'ai dit tout à l'heure que la notion S année est rendue par la figure d'un tamis, en raison de l'analogie phonique existant entre ces deux mots dans la langue japonaise. Or, l'année pour laquelle devait servir le calendrier dont nous parlons était, d'après les divisions du cycle sexagésimal , placée sous le signe du lièvre. En conséquence, au lieu du millésime 1856, ou de tout autre que nous aurions inscrit en tête d'un calendrier européen , le chronologiste japonais a marqué le sien de la double figure d'un lièvre et d'un tamis.

Les signes numériques, depuis un jusqu'à neuf, sont formés par de simples traits. Le nombre dix est exprimé par une croix entourée d'un cercle* Remarquable analogie avec le chiffre X des Romains] Est-ce le hasard seul qui en serait Fauteur?

Chaque jour est ainsi numéroté, puis encore pourvu d'une image empruntée à la ménagerie zodiacale et expliquant son caractère sous le point de vue agricole et religieux. On précise aussi , par ces sortes de nombres, les périodes climat ériques.

Lorsqu'une de ces périodes commence avec la pluie, le deuxième jour sera beau. S'ouvre-t-elle, au contraire, par un temps serein ? On verra, dans le milieu de cette série de jours, des pluies continuelles.

Le diable aussi a sou jour dans ces calendriers d'illettrés. Il est bien entendu que ce jour n'est pas fixé pour le fêter, mais afin de le chasser par des exorcisrnes. Sous quelle forme l'esprit malin est-il représenté? bizarrerie! Ce peuple si respectueux pour les cheveux blancs a donné à son Satan les traits réunis d'un vieillard et d'une vieille. Peutêtre aura-t-on voulu montrer par là que les vices, comme les vertus, augmentent avec l'âge.

Ce jour sinistre, sinon néfaste, est le dernier de l'hiver.

Deux anneaux d'égale grandeur indiquent la parité du jour et de la nuit aux époques équinoxiales.

Une corbeille à semence renversée annonce au laboureur le temps où les graines doivent être confiées à la terre.

A la quatre-vingt-huitième nuit de Tannée so-

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lahe, celle qui, daps le calendrier grégorien, se trouve entre le 1 er et le 2 mai , nous remarquons une flèche plantée au milieu d'une cible. Ce qu'il faut traduire ainsi : « Cette époque est un but que la flèche du temps doit atteindre ayant qu'il soit permis de procéder aux semailles du coton. »

L'ouverture de la saison pluviale est marquée par une fleur d'arbre fruitier. C'est alors que mûrissent la prune et l'abricot, que les fleurs du châtaignier tombent, et que celles de l'oranger s'épanouissent.

Une gerbe d'épis désigne le jour propice pour l'extraction du riz printanier ; une faux, celui qu'on doit choisir pour la récolte d'hiver.

On sait que les peuples de cette partie de l'Asie ont l'habitude de perforer leurs monnaies et de les enfiler par des cordons. Dès lors, pour symboliser le jour de la convocation devant les autorités, où il est rendu compte au gouvernement des actions les plus distinguées de ses hauts fonctionnaires et où aussi les employés de toutes classes reçoivent leur traitement, on n'a rien trouvé de plus ingénieux que de dessiner deux cordons chargés de numéraire.

Les prêtres de Bouddha rédigent aussi dans cette écriture symbolique les prières et les psaumes destinés aux classes populaires.

Il se peut que cette application particulière des hiéroglyphes soit une invention moderne dans

l'empire japonais ; mais elle ne ferait cependant que renouveler un usage de la plus haute antiquité : car on trouve encore çà et là des signes idéographiques et des chiffres de la même nature dans les cavernes qu'occupèrent jadis des habitants de ce pays, dont l'existence est antérieure au temps où commence son histoire.

Lingues du Japon. — Multiplicité des mots. — Difficulté pour les étrangers. — Écriture ; quatorze sortes différentes de lettres. — Style épistolaire.

Ce qui prouve incontestablement l'incomparable richesse de l'idiome des Japonais, c'est qu'ils parlent tout autrement qu'ils n'écrivent, et qu'ensuite, dans l'écriture, ils ont des termes différents de ceux dont ils se servent lorsqu'ils impriment leurs ouvrages. Nous n'avons rien en Europe qui puisse nous donner l'idée d'un semblable luxe de vocabulaires, d'une abondance pareille de styles et de langages.

Ce n'est pas tout : au Japon, Ton trouve de simples lettres qui ont toute la force d'un mot, et qui renferment un sens parfait, de même que les fameux hiéroglyphes des Égyptiens et ceux, moins connus, des Chinois.

On conçoit que les étrangers qui veulent s'initier

à la vie intime des Japonais par la puissante et incessante communion de la parole, soient fort embarrassés devant cette grande variété de mots et, plus encore , devant le tour différent que les indigènes leur donnent, suivant la qualité des personnes auxquelles ils s'adressent. Rien n'est donc plus difficile aux visiteurs, aux Chinois même, que de s'approprier le dialecte , nous pourrions dire, les divers dialectes des habitants de l'Empire du Soleil.

D'un autre côté, si les étrangers n'ont pas entièrement approfondi toutes les finesses de la langue, ils ne peuvent ouvrir la bouche, surtout en public, sans s'exposer, dès les premiers mots, à la risée de leurs auditeurs, par quelque grosse inconvenance ou quelque bonne sottise bien involontaire. Ce qu'ils ont appris, pour l'avoir entendu dire dans un lieu, n'aura plus du tout le même sens dans un autre. L'expression qu'ils ont entendu employer devant des personnes de qualité, signifiera peut-être le contraire lorsqu'ils voudront s'en servir avec le peuple. Prononcée d'un ton bas, ou d'un ton élevé, par un étranger ou par un homme du pays, elle changera complètement de valeur. Les Japonais eux-mêmes sont fort longtemps à apprendre leur grammaire, et c'est principalement aux progrès qu'ils ont faits dans cette étude que l'on reconnaît les savants et les personnes de haute éducation.

Pour l'écriture, ils ont deux sortes d'alphabets : celui qui ne comprend que les seules lettres, comme le nôtre ; celui qui est composé de figures, à la façon des Chinois.

Les alphabets littéraux sont assez nombreux, et les enfants des notables, qui vont à l'école des bonzes jusqu'à l'âge de quatorze ans, y apprennent à lire et à écrire quatorze sortes de lettres parfaitement distinctes, non-seulement par leur forme, mais aussi par leur signification. Les unes s'emploient pour écrire à l'empereur ou au prince provincial ; les autres sont réservées pour les particuliers. Les caractères d'un acte public, encore que manuscrit, ne sont plus les mêmes que ceux des écritures privées.

Mais , quoi que les Japonais écrivent ou impriment, leur style est toujours prompt, ferme et laconique. Ils réfléchissent longtemps avant d'exprimer leur pensée sur le papier. En effet, c'est pour le Japon que semble avoir été fait ce mot attribué au cardinal de Richelieu : « Donnez-moi quatre lignes de l'écriture d'un homme, et je le ferai pendre! » Aussi les habitants de cet empire des siogouns, où nul n'est jamais certain d'avoir sa tête bien assurée sur ses épaules, mettent-ils la plus grande circonspection dans la rédaction du moindre écrit, de la plus simple lettre. Us se donnent tellement garde de commettre la plus insignifiante distraction, qu'on

sent bien que dans leur pays une imprudence, même légère, peut avoir des suites très-graves.

Du reste, la diplomatie fait le fond de leur caractère ; et s'ils font manœuvrer la plume avec beaucoup d'effort et d'application d'esprit, en revanche, ils ont des tours de phrases -épistolaires singulièrement ingénieux et spirituels, à tel point que souvent ils exprimeront par écrit une idée délicate ou subtile qu'ils ne seraient pas parvenus à rendre de vive voix.

Les marchands hollandais et les missionnaires portugais. — Quiproquo religieux. — Embarras des Pères jésuites lors de leurs prédications.

Habitués à fréquenter le Japon et à se transmettre leurs observations des uns aux autres, les Hollandais, d'ailleurs nés linguistes et naturellement doués d'une incroyable aptitude pour l'intelligence et le maniement des langues étrangères, sont parvenus à se reconnaître assez bien dans ce dédale philologique. Hais il n'en fut pas de même des missionnaires portugais et espagnols. Leur séjour au Japon, orageux et de courte durée, n'était nullement propre à des études approfondies sur le pays ou sur la langue. À chaque instant, dans leurs prédications, le sens équivoque d'un mot, dont ils se ser-

vaient sans précaution, rendait leur discours ou ridicule ou incompréhensible. Ainsi, par exemple : jonmougi signifie tout à là fois une croix et le nombre dix. Lors donc que les bons Pères voulaient dire que Jésus-Christ était mort sur la croix, comme ils ne savaient pas tourner leur phrase de manière à éviter toute double entente, les Japonais entendaient que le dieu qu'on leur annonçait était mort dix fois ; ce qui donnait lieu à des confusions inextricables.

C'était pire encore, quand les missionnaires voulaient parler de l'âme. Leurs auditeurs croyaient qu'ils parlaient du diable, parce que le mot et le caractère dont ce peuple fait usage pour exprimer la partie immatérielle de notre être lui sert également à désigner le prince des ténèbres. Ici, la méprise était trop forte, et pouvait avoir de trop grandes conséquences : on risquait de plaider la cause de Satan en croyant travailler pour celle de Dieu. Après d'aussi dangereux quiproquos, les jésuites furent donc obligés de conserver dans leurs prédications ces mots et autres pareils en portugais , au lieu d'employer les équivalents japonais , et de dire, de faire dire aussi par leurs adeptes indigènes, Dios , Aima , Crus , lors même qu'ils se servaient de la langue du pays.

Ces termes sont restés. Aujourd'hui encore, essayez de débarquer sur les côtes du Japon, et les autorités, dans l'enquête dont vous deviendrez

aussitôt l'objet, tous demanderont si vous croyez à Cristo et à Santa Maria.

Histoire chronologique. — Histoire merveilleuse. — L'héroïne Zingou. — Isora et les génies. — Conquête de la Corée ; défaite de Basankin, roi de Sinra.

Les Tacites japonais écrivent l'histoire tantôt avec le merveilleux des contes d'Hoffmann , tantôt avec la simplicité des chroniqueurs du moyen âge, suivant une nomenclature chronologique des faits. Ainsi, par exemple, ils disent : « LIX* mikado ; Ouda (4 e année de son règne). Ouda s'appelait, pendant sa vie, Sada-Yosi; il était fils du mikado Kono-Ko. — (Neuvième mois). Le peintre Kose- Kanoaka, qui s'est aussi distingué comme poète, depuis longtemps, orne de ses tableaux la façade méridionale du Daïri (palais du mikado). — (Dixième mois.) Mort de rO/ufofemMinamoto-Ofosi. — Le mets des sept herbes (nana housano kayou) est servi pour la première fois devant le mikado. — Mort du prêtre bouddhiste Fen-Zeo, etc. »

Telle est la récapitulation officielle des événements importants, écrite sous le titre & Annales de l'Empire ou Tables historiques du Japon, figurant dans les archives générales d'Yédo. En un mot, tel

est le Moniteur Universel des deux empereurs. Passons maintenant à l'histoire merveilleuse. Il s'agit de la conquête de la Corée (200 ans ap. J. C.) par la célèbre amazone Zingou , arrière-petite-fille du mikado Kaikona , fille du prince Okinaga Soukoune, et leur succédant.

ZingoU ayant résolu de faire une campagne au Sinra, en Corée, fit convoquer, pour en arrêter le plan, les génies du ciel et de la terre. C'était dans un temple de Kasima, ville du pays de Fidatsi. Seul entre tous, Isora, le pèlerin du fond des mers (Neptune japonais), n'avait pas répondu à l'appel. Alors , les génies rassemblés allumèrent les feux des cours, suspendirent aux rameaux du sakak (arbre sacré) des bandelettes blanches et vertes, et chantèrent des hymnes et des cantiques, jusqu'à ce qu'Isora parût dans la cour du temple. Lorsqu'on l'aperçut, il n'avait plus forme humaine : de jeunes huîtres, des moules à perles, et grand nombre de ces insectes qui vivent dans la mousse des rivages, couvraient son corps jusqu'à ses pieds et ses mains.

Les génies lui ayant demandé pourquoi il était dans cet état , il leur répondit : « Je vis avec les poissons de l'immense Océan , et j'ai ainsi changé pendant mon long séjour dans son lit. Craignant de mal faire en me montrant sous un pareil aspect aux génies supérieurs, j'ai hésité longtemps à sortir de ma retraite. Mais j'ai fini par tout oublier

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en entendant votre musique joyeuse et légère , et je suis venu enfin tel que vous me voyez ici. »

Aussitôt les génies lui ordonnèrent d'aller chercher dans le château des dragons, au sein de l'abîme des eaux, les perles du flux et du reflux. Isora obéit , et remit à la princesse ces perles magiques, ainsi qu'un plan de campagne en écriture secrète. Zingou partit alors pour le Sinra, avec trois mille birèmes à deux ponts, marchant deux à deux , guidées par le génie radieux qui protège la ville de Soumioso, dans la province de Soua, et par les autres grands et petits génies du ciel et de la terre.

Lorsque les habitants du Sinra virent approcher cette flotte redoutable , ils s'élancèrent à sa rencontre sur plusieurs milliers de jonques, afin de s'opposer au débarquement. Dès lors , le combat ne tarda pas à s'engager; mais la victoire était encore indécise, quand Zingou, autre Moïse, jeta dans la mer la perle du reflux. Aussitôt, l'eau, s'écoulant avec rapidité, laissa" la plage entièrement à nu. Les Sinranais, d'abord tout joyeux de l'avantage que le ciel semblait leur donner , se précipitèrent à bas de leurs vaisseaux pour attaquer l'armée japonaise et combattre à terre. Zingou laissa alors tomber la perle du flux , et la mer, remontant de toutes parts, les engloutit tous ensemble jusqu'au dernier. Un courant rapide entraînant

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vers le rivage et jusque dans la ville les flols tumultueux de l'Océan, les eaux et les navires vainqueurs inondèrent alors le pays.

A cette vue, Basankin , le roi du Sinra , fut saisi d'épouvante. Son armée était engloutie , sa flotte était conquise, et les navires japonais couvraient les maisons. « Jamais, s'écria-t-il , jamais de mémoire d'homme l'eau de la mer n'a parcouru mon royaume ! Malheur à nous ! De tels prodiges s'accomplissent par la volonté des dieux de cette terre qui s'étend là-bas sous le soleil levant ! Marcheraije contre eux avec mon peuple? Non ; qu'on arbore le drapeau blanc au faîte de mon palais, et que l'on me conduise enchaîné devant le vaisseau de cette princesse , à qui les cieux et les eaux obéissent! » Il jura d'être toujours l'esclave du Japon et de lui donner tous les ans, en gage de paix, un tribut de garçons et de fdles.

La princesse détacha les liens du roi, rappelant à l'armée, qui demandait sa mort, la promesse qu'elle avait faite d'épargner celui qui se rendrait. En mémoire de ce triomphe , elle planta sa lance dans la porte du château royal, et repartit après avoir écrit sur les murs avec le bout de son arc : «Basankin , le roi du Sinra, est le chien du Japon. »

Un prince, otage du roi, et quatre-vingts navires chargés d'or, d'argent et de soieries multicolores , suivirent l'armée japonaise.

Tels sont les contes des Mille et une Nuits de l'histoire merveilleuse du Japon. Le canevas sur lequel est brodée cette légende est toutefois entièrement du domaine de la réalité. L'héroïne Zingou défit les tribus rebelles de Kioûsiou , détruisit le brigand Kouma-Ouasi, toute sa bande, et rétablit complètement Tordre dans cette lie. La conquête du Sinra, l'un des trois États dont se composait alors la Corée, est un des grands faits militaires de son règne. Les deux autres royaumes de la presqu'île, le Kaoli et le Petsi , firent aussi leur soumission, et la souveraine laissa pour héritier un fils qui lui succéda sur le trône des mikados.

La médecine et les médecins.

Au Japon, la médecine est simple comme l'hygiène. Elle ne saurait pourvoir à des maladies compliquées.

Un voyageur européen vient-il à se trouver indisposé? a-t-il, par exemple, quelques coliques? deviennent-elles intenses? Vite, les Japonais accourent avec leur spécifique unique, leur remède universel, l'acupuncture, que l'on applique aussitôt. En dépit de l'apparence , celte cure n'a rien d'aussi cruel

que Ton pourrait se l'imaginer. On introduit adroitement dans la partie du corps qui correspond au siège du mal une aiguille, de l'or le plus fin, enfermée dans un petit étui que Ton enlève dès que l'instrument à traversé Tépiderme. Alors, on enfonce encore l'aiguille en la faisant rouler dans les doigts. A ce moment, l'opérateur comprime entre ses deux mains la tète du patient, qui n'éprouve d'autre douleur qu'une légère irritation nerveuse, car il sent à peine la piqûre et ne perd pas une seule goutte de sang. L'emploi de cette sorte d'homœopathie produit généralement un bon résultat, et donne au moins un soulagement momentané.

Que le voyageur, au contraire, rencontre sur son chemin ou visite en passant quelque personne malade , il la trouvera traitée d'une manière bizarre et tout opposée à la nôtre. Là, jamais de saignée; liberté absolue de suivre l'appétit: car on prétend que la nature, dans ces moments-là, ne désire rien qui ne lui soit favorable; et puis, pour tisane, au lieu de médecines douces, de décoctions bien achevées , de bouillons forts et nourrissants à la volaille ou à la viande , ce sont des boissons salées, aigres, crues et piquantes. Avec ce régime médical qui , à l'avis de beaucoup de nos docteurs, devrait tuer les malades, il arrive que les Japonais se guérissent fort bien et vivent plus longtemps que nous.

Que par hasard on assiste à la visite du médecin, on le verra arriver suivi de son valet, portant une large cassette. A cette cassette il y a douze tiroirs; dans chacun de ces douze tiroirs il y a quarantequatre petits sachets pleins d'herbes et de drogues différentes. Maintenant , commençons. Le docteur, comme tous ceux du Japon , a une excellente connaissance du pouls, et dès lors, sans rien demander au malade , il juge , par le battement , des causes , du progrès ou de la décroissance de la maladie. Il est en même temps apothicaire et médecin : aussi n'y a-t-il nulle part de pharmaciens au Japon. Quand donc il s'est suffisamment consulté avec lui-même , il prend parmi les drogues de sa cassette celles qui conviennent, et les fait cuire , séance tenante , ensemble ou séparément. Le malade a-t-il la fièvre ? arrive l'aiguille d'or qui la poursuit agilement sous la peau dans cinq ou six parties du corps. Se produit-il un cas de recrudescence ? il y pourvoit par l'application de légères ventouses, au moyen de petites boules d'herbe sèche prenant facilement feu. La brûlure les tient deux ou trois jours attachées à la peau , et leur nombre peut aller jusqu'à vingt.

L'art dramatique. — La danse. — La musique.

L'art dramatique du Japon se borne , hélas ! à peu près à la pantomime, et le voyageur trouvera des danseuses et des bayadères dans toutes les hôtelleries de son passage. Richement habillées, elles sont quelquefois secondées par de jeunes garçons. Leurs exercices ressemblent plutôt à nos danses de salon qu'à nos ballets d'Opéra. Leurs pantomimes expriment généralement des actions héroïques ou des transports amoureux, thèmes ordinaires de nos théâtres, avec différentes modifications. Espérons que l'amour de la nouveauté ne leur fera pas créer le genre camélia, malgré l'origine toute japonaise de la fleur qui lui a donné son nom.

Pour les danses , un orchestre règle les pas et la mesure. Les inflexions du corps sont infinies, et le bouquet de la représentation se termine souvent par une scène aussi gracieuse qu'originale. Les danseuses ont sur elles, comme les grandes dames, une vingtaine de robes de soie fine et légère, fermées à la taille, ainsi que nous l'avons dit, par une ceinture. Au milieu des poses les plus orientales , se détachent facilement un à un les corsages

de ces robes dont elles dépassent prestement les manches. Ils retombent ensuite et pendent autour de la ceinture. Ce déshabillement partiel s'arrête à temps ; et ces manches, ces corsages flottant autour de la taille, rendent les danses encore plus animées , excitant par leur mouvement la course légère et les gambades ondoyantes , quelquefois un peu hasardées, qui distinguent l'école espagnole du Japon.

Le jeu de cartes est sévèrement défendu par le gouvernement. Aussi ne se le permet-on quelquefois que sur les vaisseaux ; mais on ne peut pas dire qu'il y soit une passion comme dans la noblesse de Russie, par exemple. En revanche, le goût de la poésie est général. Ce peuple aime à chanter ses dieux, ses héros et ses amours. Mais la musique est peu développée. Ce sont des flageolets, des espèces de violons, des sonnettes, des grelots et des tambours. Les femmes s'accompagnent en chantant. Elles le font de préférence avec le luth à quatre cordes, sur lequel on frappe en jouant. Le koto est le plus harmonieux de leurs instruments. Il ressemble au psaltérion grec. De cinq à six pieds de long sur un à peu près de large , il est garni de treize cordes dont on tire le son en les ébranlant avec un petit crochet.

Si Fart n'a pas plus de raffinement et ne dépasse pas le besoin d'une distraction vulgaire, la pompe

des cérémonies supplée à cette simplicité; et, chez ce peuple sérieux et philosophe , le fond l'emporte sur les perfections de la forme. Le respect des traditions, le culte du courage et de l'honneur, la vénération, l'amour des enfants envers leurs parents, tels sont les motifs des cérémonies, des fêtes et des solennités de tous genres. Les tombes sont fréquemment visitées et ornées de fleurs, et une fête mortuaire annuelle, pompeuse et grave, est un deuil public dans l'empire.

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