‹ Le Japon contemporainChapitre 3 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

IV

Métaux précieux. — L'île d'Or et l'île d'Argent. — Minéraux. — Llle des Déportés. — L'écorce du papyrus. — Le thé, le coton , le camphre. — Paysage.

Quelques trésors que l'archipel japonais ait déjà livrés autrefois à l'Europe , tout fait présumer, cependant , qu'il renferme encore des gisements de métaux précieux au moins aussi riches que ceux de la Californie et de l'Australie. Depuis Yedso jus-

qu'au groupe des Lioukiou, à travers tout le dédai des îles orientales et vers les terres de l'Indo-Chine, se prolongent de fortes veines d'or et d'argent. Toutes les formations primaires du sud-est de l'Asie sont plus ou moins métalliques. Mais les mines du Japon ne sont presque plus exploitées. Est-ce uniquement par l'effet du système politique des empereurs, qui ne jugent pas que l'abondance de ces matières soit nécessaire ou môme favorable au bonheur de leurs sujets et à la prospérité de leurs États? Est-ce aussi le résultat de l'ignorance où sont demeurés les Japonais en fait de géologie ? On peut admettre ces deux causes, Tune autant que l'autre.

Du reste, les traditions et les on dit populaires sur ces trésors cachés ne manquent pas dans le pays. Depuis plusieurs siècles , on y parle mystérieusement de Vile d'Or et de Y île d'Argent, situées dans les régions les plus reculées du nord-est, et dont les savants japonais se seraient abstenus à dessein d'indiquer la position sur leurs cartes géographiques. On leur donne les noms de Kinsima et d'Yinsima. Les Espagnols et les Hollandais ont fait de nombreuses et infructueuses expéditions à la recherche de ces îles fortunées, dont les premiers revendiquaient d'avance la possession exclusive en vertu des fameuses bulles politiques des papes Martin V et Alexandre VI.

A Yedso, les mines de métaux précieux et autres

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se trouvent en quantité. Le sable aurifère y existe en profusion dans les lits des fleuves et sur le bord de la mer. Ce fait avait déjà frappé le P. Jérôme des Anges, le premier Européen qui visita cette lie. Mais le gouvernement japonais , de crainte , sans doute, que, le bruit de cette richesse venant à se- répandre, Yedso, vu sa position isolée, ne lui soit enlevée, s'abstient de toute recherche.

Dans la partie nord -ouest de Nipon, plusieurs mines sont en exploitation depuis des centaines d'années. L'empereur, qui les fait valoir, se réserve les deux tiers du produit et laisse le reste aux proprié-* taires. A Sador, petite lie fort riche, s'élevant au milieu d'une baie que bordent les provinces de Noto et de Déoua, une livre de minerai donne une quantité d'or estimée de quatre à huit florins d'Allemagne. Autrefois, c'étaient la province de Sourounga, toujours dans l'Ile de Nipon , et celles de Satsouma et de Boungo , dans l'Ile de Kiousiou , qui renfermaient les mines d'argent les plus fécondes* Il a été impossible de savoir si elles sont ou non épuisées aujourd'hui. D'autres fouilles n'ont été abandonnées que parce qu'on ne pouvait réussir à empêcher l'irruption des eaux. Presque tous les fleuves du Japon charrient de For; et souvent, à la marée basse, le rivage en est parsemé.

Des minéraux d'une nature différente , fort recherchés aussi, existent abondamment dans ce pays :

ce sont le soufre , le cuivre , la houille , le sel , la naphte. Les mers voisines et le flâne des baleines recèlent de grands blocs d'ambre.

La richesse végétale n'est pas moindre. La soie , fort belle par elle-même , n'est point généralement aussi bien travaillée qu'en Chine. Toutefois , le Japon produit en ce genre quelques tissus admirables, comme l'attestent les robes du Musée royal de la Haye. lissant l'ouvrage des prinees et des courtisans disgraciés que la cour déporte à Fatsiaio. Cette tle pénitentiaire, privée de terre végétale , n'eBt qu'Un rocher volcanique, dont les bords, semblables à des murailles escarpées , se dressent h cent mètres audessus du niveau de la mer. Les navires qui vont approvisionner les captifs sont hissés et redescendus au moyen de poulies.

L'écorce du papyrus du Japon n'est pas seulement employée à la confection d'un excellent papier imperméable, propre à mille objets ; tels sont les vitrages et les cahiers de poche, mouchoirs volants ; mais elle fournit encore la matière légère et solide des véte?ments les plus utiles et les plus divers ; citons les manteaux et les chapeaux pour la pluie. Nulle part la terre à porcelaine et l'arbre à vernis ne sont d'une qualité aussi belle ; et tout le monde connaît le merveilleux parti que les Japonais savent en tirer pour l'ébénisterie, la poterie et tous ces petits chefsd'œuvre dont nous faisons nos curiosités. Depuis la

plus humble cabane jusqu'au palais du Siogoun , tous les vases et tous les meubles sont enduits du jus laiteux de cet incomparable végétal.

Le thé et le coton ne sont , pour les cultivateurs japonais , que des accessoires, quoique l'un soit la boisson la plus commune , et l'autre, avec le papyrus, le vêtement ordinaire du pays. Mais, sur un sol fertile, tous les deux exigent peu d'espace. On les plante à la bordure des champs et en d'autres lieux inutiles. On en fait aussi des haies et des treillages.

Cette terre est celle qui produit le plus de camphre , ce médicament si recherché dans l'Occident, presque recommandé comme une panacée par une méthode curative très en vogue , et dont l'usage , nous allions dire l'abus, ne fait que se répandre de plus en plus.

Mais c'est surtout pour le coloriste que cette nature possède un inépuisable attrait. La mer, d'un bel azur foncé , forme le plus ravissant contraste avec la verte robe des monticules, avec les fraîches cultures produites par la main de l'homme, avec l'éclatante blancheur des sables du rivage que le soleil change en poussière de. diamant , avec les nobles masses de granit rose au travers desquelles les flots de la mer se sont taillé des grottes majestueuses , arceaux altiers qui, lorsqu'ils sont éclairés par les rayons de midi, font penser, avec leurs sombres profondeurs, à nos sublimes cathédrales gothiques.

Le rivage est semé partout d'admirables moules aux cent couleurs. On devine que l'huître à perle n'est pas loin de là. Dans le frais royaume neptunien, des milliards d'insectes infusoires ont créé une végétation de corail , dont les branches pétrifiées , avec leurs teintes si riches, semblent vouloir cacher leur mystérieuse beauté sous les nappes mouvantes de l'eau. La main divine est dans les merveilles de ces abîmes; elle est encore sur la terre, où la luxuriante végétation de l'équateur, dorée par le soleil couchant , étale d'autres prodiges. Elle est dans les plaines du ciel, quand la nuit a répandu son voile féerique sur les rochers, sur les collines , sur la mer, et quand le disque rougeâtre de la lune, surgissant du miroitement des vagues, marie ses fortes clartés à la douce et limpide lumière que la planète Jupiter laisse -tomber d'en haut.

Enfin, le littoral japonais est d'une pittoresque beauté. Les grandes élévations s'abaissent à pic vers la côte. Ces hauteurs sont en partie boisées ; mais s'offre-t-il soit un plateau , soit un versant moins rapide que les autres, on peut être certain qu'il sera paré d'une belle végétation cultivée. Pardessus les sommets des montagnes moins considérables , qui néanmoins s'élèvent encore à six ou sept mille pieds plus haut que le niveau de la mer, les voyageurs aperçoivent la cime du gigantesque Fousi.

Épouvantables éruptions volcaniques.— L'Esprit de la Montagne.

— Tremblements de terre.

Aucune des régions du globe n'est aussi violemment désolée par le feu vulcanien que cette partie du Pacifique , bien peu digne de ce nom , et dont l'archipel japonais est le centre. Autrefois, c'était le Fousi qui avait la primauté de ces redoutables éruptions, auprès desquelles celles de nos volcans d'Europe ne sont que des feux d'artiiice. Aujourd'hui , c'est le Wountsendake , le pic des sources thermales. Cet ignivome, haut de 1253 mètres, toujours couvert de neige , est situé sur un promontoire de la grande île de Kiousiou. Les derniers voyageurs hollandais qui le visitèrent ont trouvé que sa force de projection était loin d'être épuisée. Il a la forme d'une pyramide tronquée. Terreur des populations, son aspect âpre et menaçant, son vaste cratère écroulé d'où sort sans cesse une épaisse fumée qui se dilate en nuages vaporeux , dénotent clairement que cette immense fournaise a dû causer jadis d'affreux ravages et qu'elle peut en exercer encore d'autres tous les jours. Cette appréhension paraît d'autant plus fondée, qu'en approchant du rivage anguleux qui entoure son foyer de lave, on voit des

montagnes affaissées sorties du sein de la mer, et de nouveaux cratères qui se sont formés là où la terre n'était pas assez dense pour comprimer l'expansion du fluide volcanique bouillonnant dans ses entrailles; que Ton aperçoit aussi les sources nombreuses qui répandent de différents côtés, sur les flancs du Wountsendake, leurs eaux toujours en pleine ébullition. Des tremblements continuels > qui souvent de* viennent très-forts et qu'accompagne l'explosion d'anciens et de nouveaux cratères, rendent encore plus évident le danger d'une nouvelle catastrophe» Il y a plus de mille ans qu'on a bâti, près de ce volcan, une chapelle consacrée à Y Esprit de la Montugne* Là, les cultivateurs, pour désarmer la colère de cette cruelle divinité, viennent lui offrir les prémices des moissons.

La presqu'île de Wountsendake et la plus grande partie de Kiousiou sont hérissés de monts igni<vomes, les uns éteints, les autres lançant encore tous les ans des matières enflammées. Hais de toute* les bouches de ce puissant fleuve de fôu 90u terrain dont nous avons parlé * aucune , depuis plusieurs siècles, n'avait jeté dans le pays une désolation pareille à celle que causa la première éruption moderne du Woutsendake , en 1792.

* Le dix*huitième jour du premier mois de cette année, disent les Annales du Japon, on vit le sommet du volcan s'écrouler subitement et une épaisse

fumée s'élever dans l'air. Le sixième jour du* mois suivant, eut lieu l'éruption d'une montagne située sur le versant oriental de la grande masse. Elle fut suivie, le deuxième jour du troisième mois, d'un fort tremblement de terre qui se fit sentir dans toute l'Ile. À Simabara, la ville la plus voisine du volcan, toutes les maisons furent renversées. L'épouvante et la consternation devinrent générales. Les secousses se succédèrent avec une effrayante rapidité. Le Wountsendake jeta sans interruption une grêle de pierres et des flots de cendre et dt lave qui dévastèrent la contrée à plusieurs lieues à la ronde. Enfin, le premier jour du quatrième mois, survint une nouvelle commotion, qui, de moment en moment, se répéta avec plus d'intensités

« Déjà Simabara ne présentait plus qu'un vaste amas de ruines. D'énormes quartiers de rocé , se précipitant du haut de la montagne , écrasaient tout ce qui s'opposait à leur passage, On entendait le tonnerre gronder simultanément sous ses pieds et au«detsu& de fia tête. Tout à coup, après un temps de calme où l'on croyait déjà le fléau passé, le Miôkenyamà, le bras septentrional du Wountsendake, éclate avec une épouvantable détonation.

« Une grande partie de eette montagne saute en l'air. Des masses colossales retombent dans la mer.

Un fleuve d'eau bouillante s'échappe eu éeuinant des crevasses de ce nouveau volcan et bondit vers l'Océan, qui, en même temps, inonde la campagne. »

Alors apparut un phénomène sans exemple , qui ajouta encore à l'effroi des innombrables témoins de ce bouleversement de la nature. Du choc des eaux brûlantes que vomissait le cratère avec les eaux glacées que la mer furieuse amoncelait sur ses bords, naquirent des trombes, qui, tourbillonnant dans la plaine , ravagèrent tout ce qui se trouvait à leur portée. Les désastres que cette accumulation de malheurs, tremblements de terre, éruptions volcaniques, trombes, inondations, exerça sur l'infortuné pays de Simabara et sur les côtes prochaines, passent toute croyance. Pas un bâtiment de la ville et des environs ne fut épargné, hors la citadelle, dont les murs, formés, d'après le système cyclopéen, de blocs de pierre gigantesques, échappèrent à la destruction générale. Le déchaînement des feux souterrains avait changé le littoral au point de le rendre méconnaissable à l'œil des marins les plus expérimentés.

Cinquante-trois mille personnes périrent, dit-on, dans cette fatale journée.

Et maintenant , aurons-nous besoin d'expliquer pourquoi les habitants du Japon, quoique possédant d'admirables pierres de taille, quoique fort habiles

dans l'art des constructions, comme en témoignent ces châteaux géants qui parfois résistent aux plus terribles révolutions du sol , ne confient cependant leur sûreté qu'à de légères maisons de boisî L'écroulement en est à la fois plus difficile et moins dangereux que celui des bâtiments en pierre ; mais ils ne manquent pas d'employer cette dernière matière pour l'érection de la muraille placée à distance de la demeure du maître et qui sert à défendre l'approche de son jardin.

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