‹ Le Japon contemporainChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les gouverneurs. — Terreur qu'inspirent les princes

de Satsouma,

lyéyas , le fondateur de la dynastie et de la constitution actuelles , a multiplié les gouverneurs afin d'empêcher qu'aucun d'entre eux ne devînt trop puissant. A ceux dont il se défiait le plus, il a donné pour voisins des princes ses créatures, chargés de les surveiller : il avait su, préalablement, attacher leur intérêt au sien. Chacun des princes gouverneurs doit passer une moitié de l'année à Yédo et l'autre dans ses domaines ; les voyages obligatoires et annuels de ces princes à la cour sont réglés de manière qu'ils ne puissent jamais se rencontrer, soit à la cour, soit en route, soit dans leurs gouvernements. L'almanach» officiel leur dicte nonseulement leur itinéraire , mais leur arrivée dans

la résidence impériale, leur première audience, celle de congé et l'époque du départ. On les empêche aussi de communiquer avec l'empereur spirituel; car, si l'on rappelait à ce monarque dépossédé les droits de ses ancêtres, équivalant à ceux des rois fainéants de France sous les maires du palais, il pourrait bien prétendre à la couronne temporelle. Ce pontife, dépouillé de toute influence directe, mais comblé d'ailleurs des plus pompeuses marques d'honneur, est donc consulté seulement pour la forme; et son sort est assez semblable à celui des princes pensionnés de l'Inde , qui laissent les Européens gouverner librement chez eux sous leur nom.

Dans cet empire où tous les pouvoirs sont équilibrés, toutes les influences classées, toutes les forces pesées en vue du tout; dans ce laboratoire de chimie politique, si le siogoun s'aperçoit qu'un des princes devient par trop riche , il le revêt aussitôt d'un titre nouveau, que celui-ci n'ose refuser, et qui l'oblige à des présents d'un grand prix. Par une adroite tactique , la division est maintenue entre tous les vassaux. Cette situation , jointe aux soucis que leur donnent leurs femmes et leurs enfants retenus en otage à la cour, semble mettre un obstacle insurmontable à toute révolte et à toute conspiration.

Si l'on se demande pourquoi les princes de Sat-

souma se sont rendus si redoutables et ce qui soutient leur audace , je répondrai que l'explication la plus répandue est qu'il existe auprès d'eux des descendants directs du prédécesseur d'Iyéyas, jeune empereur sur lequel celui-ci usurpa l'autorité suprême dans les premières années du xvn e siècle.

L'histoire officielle nous apprend que ce fameux législateur, à qui l'empereur défunt, dont il était le ministre , avait confié la tutelle de son fils, s'empara de la couronne du jeune prince et tenta de le faire brûler lui-même avec sa famille dans son palais; mais la tradition ajoute mystérieusement que le souverain légitime s'est réfugié dans les domaines du prince de Satsouma, et que là sa race existe encore. Depuis lors, ce vassal tient pour ainsi dire les empereurs en alerte. On traite avec lui de puissance à puissance, et l'avant-dernier siogoun avait épousé sa fille.

Loi contre les Japonais qui communiquent avec les étrangers.

Si le gouvernement japonais ne désire pas recevoir d'étrangers, il ne permet pas non plus que ses sujets voyagent au dehors ; et, comme nous le verrons, la construction des vaisseaux est réglée de telle manière qu'il leur est impossible de quitter les eaux

environnantes. Ceux même qui font naufrage commettent un délit quand ils acceptent le secours d'un navire étranger ; et , si la loi leur était appliquée à la rigueur de la lettre, ils seraient punis de mort. Il y a quelques années, un vaisseau des États-Unis rencontra, le lendemain d'une tempête effroyable, un bateau pêcheur du Japon sans mât, sans voiles et chassant sur ses deux ancres. Le vent P éloignait de plus en plus du rivage. On mit aussitôt une chaloupe à la mer ; le capitaine y descendit lui-même, et ce ne fut qu'après des efforts inouïs qu'il put atteindre les naufragés. Ces malheureux , sauvés ainsi d'une mort certaine , le reçurent avec des transports de joie. Us ne se dissimulaient certes pas l'impossibilité de regagner le port avec leur coque désemparée et faisant eau de toutes parts; mais toutefois ils ne consentirent à l'abandonner qu'après que le capitaine américain , à leur instante prière , y eut fait un large trou dans la cale. Il fallait que le vaisseau coulât pour que ces pauvres pêcheurs se pussent décider à rentrer au pays sur un navire étranger; car, si les vents avaient jeté à la côte leur carène abandonnée , on aurait pu douter de l'imminence du péril qu'ils avaient couru, et leur conduite n'aurait pas été justifiée aux yeux des autorités.

La loi japonaise est formelle : elle punit de mort quiconque se met , sans un ordre exprès, en coin-

munication avec des étrangers, et n'excepte que les interprètes et les hommes de police désignés à cet effet. Souvent, néanmoins, des habitants de Nagasaki, poussés par le désir de s'instruire, fréquentent en secret les employés de la factorerie sous la connivence des agents du gouverneur. Pendant le voyage que les Hollandais font tous les quatre ans à Yédo, ils ont, dans beaucoup de villes, avec les notables, des entrevues mystérieuses dont une nation plus entreprenante ne manquerait pas de tirer bon parti.

Hérédité des emplois.

De temps immémorial , les hauts et bas emplois sont héréditaires au Japon ; mais le père peut se donner indifféremment pour successeur l'un ou l'autre de ses fils. De plus , s'il n'a point d'enfant mâle, il peut, comme autrefois chez les Romains, faire choix d'un étranger qui renonce alors au nom de sa famille pour prendre celui de son père adoptif. L'anecdote suivante fera voir combien cette renonciation est rigoureuse , et combien les Japonais respectent la légalité , même aux dépens des droits de la nature.

L'un des derniers siogouns, ayant perdu son fils unique, se vit dans la nécessité de pourvoir à

sa succession en adoptant un enfant qui, après sa mort, monta effectivement sur le trône. Empereur, il s'oublia une fois jusqu'à donner publiquement le nom de père au véritable auteur de ses jours. Cette inconvenance fit le plus grand scandale. Le doyen des conseillers d'État fit entendre immédiatement une protestation énergique contre cette violation des anciennes coutumes; mais comme il est d'ailleurs établi qu'en aucune circonstance l'inférieur ne doit exprimer le plus léger blâme, ni présenter la plus modeste observation à son supérieur, le conseiller , pour rendre hommage à ces mêmes lois dont il s'était fait le défenseur à ses risques et périls , se constitua tout aussitôt prisonnier dans sa propre maison. Vaincu par ce procédé, l'empereur s'abstint, à partir de ce jour, de donner à son père , en dehors de l'intimité de la vie privée , un nom qui ne lui appartenait plus devant les hommes, et le rigide conseiller fut, plus tard, honorablement rétabli dans ses fonctions.

La garde nationale. — La police. — Les quartiers et les rues. — Les déménagements. — Les rixes ; solidarité des voisins.

L'institution, moderne chez nous, de la garde nationale, existe dans toutes les villes du Japon,

Chaque rue forme un bataillon se partageant en compagnies de cent hommes. Les simples locataires ne sont pas dispensés de monter la garde et de faire des patrouilles ; mais les propriétaires seuls peuvent concourir à l'élection du chef, Vottona , qui est en môme temps le directeur de la police municipale. C'est un crime capital d'insulter la garde nationale. ou de lui faire la moindre résistance.

La police , au Japon , est divisée en deux corps , qui se font une active concurrence. Chacun d'eux cherche à surpasser l'autre. Us se surveillent et se dénoncent mutuellement par émulation, et le résultat de ce système est de porter tout ce qui se passe à la connaissance des autorités.

Cette police veille à la stricte observation des lois et, des usages. Elle censure impitoyablement tout prévaricateur, fût-ce l'empereur lui-même. Une telle étendue d'attributions était indispensable dans un . empire où gouvernent tant de petits princes, tous maîtres dans leurs fiefs, et qui ne demanderaient qu'à se rendre tout à fait indépendants , fûtce même aux dépens de l'unité nationale , comme les grands vassaux. français du moyen âge. Il fallait employer contre eux un système d'espionnage; et cela se pratique avec tant d'adresse et d'activité, que le premier pas fait par quelqu'un d'eux pour s'affranchir du joug impérial , ou des anciennes

termes qui en sont là consécration, serait immédiatement connu.

Souvent un agent de là police secrète, appelé frUtmké) dtl tég ardeur, ta dans quelque province, écoutant le* conversations du peuple. 11 prend des notes et poursuit ses observations jusqu'à ce qu'il reçoive un signal convenu pour retourner à têdcL Ce mot d'ordre, c'est le bruit dé quelque événement

extraordinaire que ses collègues de la police tout

courir. Aûésitôt qu'il en entend parler, le f-rf^ôr— àenr se retire, sachant que ce bruit Convenu n'a pu être répandu que par l'agent choisi pour le remplacée

Ces sorte* d'emplois Soin ë*ttàmemeiit dangereux : si l'espibU est reconnu, ââ mort est certaine. Il ft'? a pas d'exemple qu'il en toit revenu iih setll de la province dé Sàtedtimà. Tous y ont été découverte et thés. Ceux qui sont envoyés dans cette partie de l'empiré se considèrent donc comme condamnés* a mort ; et tel efct le pouvoir des gouverneurs de provinces , grands vas*auï , et surtout celui du prince

de Satsouma , que l'empereur est Obligé de laisser tous ces assassinats impunis.

Les nies sont clbsës toUtë la fttift; qUèlqtitfbfe oh en ferme aussi lès portes pendant le jour. C'est ce qui arrive à Nagasaki , par exemple , au départ d'un navire étranger. OU a tellement peut* que des habitants ne cherchent à s'enfuir, que les recher-

ehês les plus rigoureuses sont faites sans discontittuêi', même datls l'intérieur des maisons, jus- (jti'à ce qu'on ait pefdti le vaisâêati de vue. Dans éêB occasions, tous les habitants sont obligés de descendre dans là rue. On fait l'appel. Si quelqu'un tetit sortir de son quartier pour affaires urgentes, il doit se munir d'un laissëz-passer de l'ottona.

• Il né faudrait pas croire qu'an Japon l'on peut dêmênagél* comme ici quand on a payé son pro* pfiéttiré et seô impositions ; il fâtit bieh d'autres fôfcftalités. On est obligé de S'adféëàfer à l'ottona de te Nouvelle rue où Ton désire d'établir, et de lui indiquer les motifs qu'on a pour vouloir changer de domicile* Il fierait incivil j eh présentant sa requête, de ne pas y joindre un plat de poisfcon rare/ L'officier de police, avant d'accorder l'autorisation, prend l'avis des habitants de la rue, et, si le pdftttthtft passé pour un voisin incommode ou pour itf malhonnête homme y il est refusé. Même dans le cas contraire, son admission est toujours stfbofdoîifrée & là jwéséfrtffUoflt d'un certificat de bmtié Conduite, sigtié par ses anciens voisins.

Le nouvel habitant du quartier doit commencer par donner un banquet à tout le corps dont il devient membre. Ensuite, s'il est propriétaire y il vend son ancienne maison * sauf l'acceptation dé : l'acquéreur par les habitants de la rue ; et ceux-ci

ne recevraient pas facilement un inconnu ou un homme de mauvaise réputation. La loi municipale met à la charge du nouvel habitant un droit d'entrée variant de huit à douze pour cent, suivant les localités et les quartiers. Cette redevance est versée dans le trésor de la rue; une partie en est attribuée aux habitants,. et l'autre employée aux dépenses communes.

D'après ces obligations, que l'on juge de celles qu'il faut remplir avant de pouvoir se mettre en voyage. Certificat du propriétaire de la maison, si l'on est locataire; autre certificat du chef de la compagnie ; attestation portant qu'un tel se dispose à partir pour telles affaires et pour tel laps de temps; ratification et visa de la plupart des officiers de la ville ; enfin , ce sont des formalités interminables.

S'élève-t-il une rixe parmi les habitants d'une rue ? Les plus proches voisins sont obligés de séparer les combattants. Si l'un des adversaires a tué l'autre, il est puni de mort, lors même qu'il l'aurait fait en cas de légitime défense ; et les trois familles les plus voisines du lieu où le meurtre a été commis sont condamnées aux arrêts pour plusieurs mois.

Voici comment s'exécute cette dernière disposition de la loi. On laisse aux personnes que l'on met aux arrêts un certain temps pour faire leurs

provisions; puis on barricade toutes les portes et fenêtres donnant sur le devant. Les autres habitants du quartier ne sont pas tous non plus tenus pour innocents : les magistrats évaluent la facilité qu'ils auraient eue d'empêcher la catastrophe, et leur imposent en conséquence des corvées plus ou moins longues. Le plus sévèrement puni, c'est le chef du bataillon. La loi le rend responsable de ceux de ses administrés qui se soustrairaient aux châtiments par la fuite; et, connaissant le caractère impétueux des Japonais, elle veut que tout individu qui, dans une querelle particulière, aura mis le sabre ou le poignard à la main , soit, par cela seul, passible de la peine capitale.

La justice. — Les exécutions capitales.

Tous les Japonais sont égaux devant la loi. Elle protège le petit comme le grand et s'applique avec rigueur. Les procès sont promptement jugés. Un coupable, reconnu pour tel, ne trouve aucun appui. Il est condamné et puni , sans égard à sa fortune ou à son rang; et personne ne se hasarderait à intercéder pour lui.

Lorsqu'un Japonais de distinction a mérité le dernier supplice, le suzerain immédiat du

70 LE JAPON CONTBMPOlUft.

condamné , que ce soit le siogoun ou le prince gouverneur de la province, lui fait remettre un petit sabre avec les cérémonies qui pourraient accompagner l'offre d'un présent ordinaire. Celui gui doit mourir reçoit ayec beaucoup de respect; la visite et l'arme fatales, flans un coutume que tout gentilhomme doit aypir dans sa garde-robe, et qui n'est porté qu'à cette occasion ; puis , d'une main ferme , il s'éventre devant les envoyé? de son maître , et, s'il est prince régnant, à la vue de toute sa cour. A l'instant même, un soldat, un ami ou un serviteur du condamné, lui coupe la téte^vec un long sabre. Cette décapitation aurait également lieu , s'il ne pouvait ou ne vqulait pas exécuter §a sentence; mais l'histoire du Japon n'offre pas d'exemple d'un gentilhomme qui ait manqué de se donner la mort après sa condamnation juste ou non.

On choisit quelquefois, pour ces suicides légaux, des temples de Bouddha. Au sortir d'un dernier festin, le condamné s'arrache au* adieux de ses parents, de ses amis, et se rend au temp}p 0an? un norimono couvert d'un filet, ^'extérieur, du Sftm* édifice est alors tendu de blanc. A l'intérieur, §uf un fond de nattes , les prêtrçs étendent un linceul dont ils ornent de fleurs les quatre extrémités, Là vient s'asseoir la victime dans sa blanche robe de deuil, pile reçoit l'arme meurtrière , et s'ouvre le

INSTITUTIONS POLITIQUES fiT CIVILES. ?f

corps de deu* coups de sabre croisés. S'il lui reste encore de la force, elle se coupe la gorge après, et rtttfrç ainsi, par °e surcroît de mvm W&W ëUrhumfttn, l?ne prande célébrité.

iMmpm ft»B*br»f , feUIt, dfnwèrt» VQlfl»tt|. n- ft*gf*ts. fréj»n$fs ffes foB$raiU«J- - Pejjutre toibtte. - Convois; sépultures. — Fête çonunémorative des morts. — Entretien

■4e*v eews^e*^ejep«

Dans la description de cette partie des UgfÇ4ft» 90U9 prendrons pour guidç un puvrege japonais en deyi volumes traitant la question aveo pleine autorité. U est intitulé : P<m çértmonfa funètyre*

Lorsqu'une personne d'up certain rang est $tr teints d'une maladie grave , gt que tput espoir de rttlWwpnent s'est éwuQui, qr lui enlève ses véti* jpepts pour les remplacer pe* d'autres entièrement neufc. Pans ce moment suprême et solennel, les parents ou les amis qui assistent le mourant doi? vent s'informer discrètement de P*s der^res vq?

tentés, qui sont aussitôt mises par tarit.

Gel* se lait de la manière la plus wcuattHe *t h plus Imposante. Un profond silence règne dans tenta la maison, Les ordres se donnent à vei* feaia*, et un m de denil est déjà répandu dans

l'atmosphère. L'événement fatal arrivé, lorsque le malade a cessé de vivre et de souffrir, tout prend un aspect plus lugubre encore. Les sanglots et les gémissements des parents sont le seul bruit que l'on entende. Le maintien désolé de la famille, la tristesse des serviteurs, l'aspect général des lieux, expriment avec éloquence le moment douloureux de la séparation et des larmes, et disent que la mort a enlevé à chacun une portion de sa vie dans la personne aimée. Des pleurs, des soupirs, voilà les seuls discours par lesquels la douleur s'épanche.

Ce premier orage passé , on s'occupe des prépa*ratifs de la sépulture. Le corps, porté dans une autre pièce , est placé la tête vers le nord et le visage à l'ouest. Tout à l'entour on dresse des paravents, et l'on étend une pièce de gaze sur la figure. du défunt, afin de ne pas l'empêcher* de respirer et de revenir à la vie, si sa mort n'était qu'apparente et qu'il ne fût qu'en léthargie. Il est couvert de sa robe ordinaire d'apparat; mais on la place à contre-sens, la bordure inférieure à la tête et les manches aux pieds.

Quelques heures après la mort , le corps est lavé et nettoyé par celui des domestiques que le défunt préférait. On ne fait pas chauffer l'eau dont on se sert à cet effet sur le foyer ordinaire, mais sur un autre foyer établi, exprès pour cette triste ci r-

constance, dans un' des lieux les plus honorables et, religieusement parlant, les plus purs de la maison.

Ces préparatifs continuent par une toilette minutieuse. On coupe au mort les ongles d % es pieds et des mains. Tous les vêtements qu'il portait avant et pendant sa maladie sont serrés, ainsi que la couverture du' lit mortuaire. Ensuite, on* apporte une iiatte que l'on couvre d'un suaire , pièce de toile à six lés, longue de trois mètres, sur laquelle on dépose le corps. On le pare, suivant la saison, de deux ou trois vêtements de dessous et de dessus ; mais en été, d'une robe de toile seulement. Si c'est une femme , on l'habille de ses plus beaux vêtements, de ses plus brillantes parures; mais les robes, pour les femmes comme pour les hommes, sont fermées le côté gauche en dessus, contrairement à ce qui a lieu pendant la vie. Les ceintures non plus que les rubans ne sont point attachés par un simple nœud , mais fortement serrés de nœuds doubles, pour indiquer qu'ils ne seront plus déliés.

Cette dernière toilette achevée , le mort est transporté sur sa natte dans la salle des repas, la tête tournée vers le sud. Là, on lui présente une table chargée de ses aliments favoris, en ayant soin que parmi les ustensiles il n'y ait rien de doré, d'argenté, ni même rien qui soit verni ou enrichi d'ornements quelconques.

lk W JAPON CONTEMPORAIN.

Oit s'occupe alors des apprêt^ du convoi.

Quatre commissaires gont préposés k 4Wfrpn*$$ fonctions. Le premier prépare tous les objejs $£*

pessaire$ fc la cérémonie &$$¥?• fce gecend reçoit Jes visites 4e condPlé&uce avec 1$ prinôpnl héritjpr, qui garde le plus profond silenpe. Le troisième tient note des achats indispensables et des présent* envoyés par les amis. Quant au quatrième, i} est chargé de régler le compte exact des pièces d'or, d'argent et de cuivre que l'on dépense, et de s'ocgrçper du repas pour les invités,

Les Japonais, soit & l'état de santé ? soit pendant le cours d'une maladie ? font connaître à Jew principal héritier ou Jt un am| intime la manière dont ils désirent être inhumés ; car U y a che? eux le simple enterrement et }e$ (unéraUies par le feu*

Danç les hautes classas , on garde le corps deux (pis vingt-quatre heures ; dans les autres , pendit flU jour seulement , et l'pn n'est poipt obligé à porter le deuil,

Autrefois, pour les personnes de faut r$ng 9 le fleuij des vassaux était de çept jours; jnais copine U obliges k rester chez soi, à s'abstenir 4e l'usage des viandes, du poisson, 4e la yplaille et de tout

cç fui » vécu, il », PWr plusfeuft FaiSQPS, 4tè #-

4uH * eingwwtp Jours , et w$m * traite* ipq 4w$

la ville de Nagasaki.

(lorsque tout est préparé pour le cortège, |e w» Mu, c'est ainsi qu'on appelle le principal héritier, «'approche du cercueil où le mort a été déposé, ty s'adresse à lui et lui annonce qu'oq va le eondqjft } «a dernière demeure, Toys les parents prepnftitt solennellement congé de celui qui n'est plus qu'un cprpfi inanimé, Mors le *osou, en Jiabit de dftuii* portant & la pain une longue canne, et, suivant

l'usage , ayant m frères à m côtés, wmmp étaut leur aîné, se met en marche fr la tète du CQftylge, Les autres parents suivent \p percueil ; après eu* viennent les ami*» qui, parfois aussi, devaWPUt le convoi pour aller attendre le mort au tomheau.

Toute* les femmes, l'épouse, la mèrp, lass^urSi sont Jes prejpières 4 ptëfl du côté droit de la bière- Us fcmmeg des amis de la femiUs suivent leurs m»r ris dat$ des palanquins ; mais les ascendant* et le? ntnég insistent jamais au* funérailles 4^ parents d'uu degré inférieur*

Les corps des personnes d'un certain rang sept pprtég par Jsurs domestiques. Les pprfcqrs, les parents et les nmis sont entièrement vêtus dfi W&nç,

Lorsqu'il g'agit d'URfi qérémPPie important , Ip çqnypi ge compose d'un gnwd PPmbre 4fi personnes. J£n tète marche le porteur des tréteau* sur lesquels on doit poser la bière ; suit un autre porteur qui, selon un antique usage des tejnps primitifs , où l'on ne s'était pas epcore avisé d'enterrer les

morts, tient une botte de paille destinée ou censée destinée à allumer le bûcher; après, viennent deux serviteurs favoris du défunt; puis le porteur de la grande oriflamme de famille où est inscrit le nom d'une divinité préférée; ensuite, des porteurs de fleurs artificielles placées au bout de grandes piques, et parmi lesquelles on distingue des nénufars blancs; enfin, c'est le tour des oriflammes sur lesquelles sont inscrites des sentences morales anciennes , et des lanternes dont on allume les bougies , même en plein jour.

A cette partie de la procession succèdent d'anciens serviteurs du défunt, chargés de vases de fleurs, les uns de nénufar, les autres de matricaire, et d'un vaste réchaud sur lequel brûle de l'encens ; le prêtre avec ses acolytes et ses suivants, et enfin le cercueil entouré des plus proches parents. Après eux viennent les parents de degrés inférieurs, auxquels se joignent encore les amis de la maison. A la suite, on aperçoit le médecin et le chirurgien, des personnes de connaissance, les norimonos des dames, et en dernier lieu les spectateurs et les curieux qui veulent suivre le convoi.

L'attitude des assistants est toujours pleine de recueillement dans ces graves circonstances , et tout en eux annonce les sentiments les plus profonds de convenance et de respect.

Le deuil des veuves est de trois ans, comme celui

des pères et des mères. Celui des parenls.de second degré dure treize, mois ; et, pour des parents plus éloignés, il est de cinq, sept ou neuf mois. On porte aussi publiquement le deuil des . fonctionnaires. Celui du siogoun est obligatoire pour les grands dignitaires et les nobles ; celui des gouverneurs de provinces, pour les employés et les mili-, taires. Les élèves, de leur côté, portent le deuil de leurs professeurs. Dans toutes ces diverses relations naturelles et sociales, il consiste toujours en vêtements blancs, avec suppression rigoureuse de toute espèce d'ornements.

Comme en Chine , il y a tous les ans, au Japon, une fête pieuse de commémoration des morts, dans laquelle ces peuples célèbrent la mémoire, nonseulement des décédés récents, mais encore de leurs aïeux, par des offrandes et des sacrifices. On s'y prépare par la retraite, la prière et les abstinences, ainsi que par une purification religieuse de l'âme et du corps.

Pendant ce temps , on ne peut ni faire usage de viande ou de poisson, ni prendre aucun divertissement, ni s'abandonner à aucun plaisir; mais il est également défendu de s'exposer à quelque chagrin que ce soit, tous les sentiments violents devant être étouffés pour ne songer qu'à ses parents, aux bienfaits que l'on a reçus d'eux et à la reconnaissance qu'on leur doit.

M fcE JAPON CONTEMPORAIN.

Les familles considérable* dût leur dimetièrè particulier* Pour les autres, il y a des lieux publies dé sépulture.

Le monumerit funéraire s'élève su centre d'un emplacement carré qu'entourent des balustrades. On y inscrit les noms, titres et qualités et l'épitaphe du défunt. Devant le tombeau, à l'entrée de la galerie extérieure qui y conduit , sont deux laiiternes et un réchaud où l'on fait inéessammèttt brûler de l'encens, k droite et à gauche se trouvent dès vases dé fleurs. Eu dèhoM j et tout ptëê aussi de la porté de la galerie, est une petite table dé pierre ayant la formé d'un banc* destinée à recevoir les ëffifendéâ, et, à Certaines époques * les ftiete que préffi* rtit la personne défunte*

Les cérémonies funèbres recommencent lé cen* tiétaé jour et à l'anniversaire dé la mort* Elles se renouvellent aussi longtemps que subsiste la fitmille, qui ne iïianque jamais de concerter avec àè± votion le souvenir de ses ancêtres.

tiHÀttT&Ë V.

loi saliqûe du Japon. — Entourage militaire ié V empereur.

Batte ta dyfiâStitJ de§ sldgotins, te ifcëpttëi tdut militaire, ne passe jamais qti'atit enfanta fttâlëS. Sont-ils trop jeunes pour le porter? on désigne un régent. Le fils aîné paraît-il indigne, faible de constitution , ou d'un esprit inhabile aux affaires? Pautbrritê paternelle, qui est ffitotitêé, résigitt H couronné à iln puîné.

Une garde d'honneur de mille hemtttef ; relevés d'heure en heure, est établie à l'entrée du palais du *iôgoiiii. Lé èérémofiM de fêftttftfrâgë militaire de 1& pë^trtine Impériale eat si eoûsîdéfàMè, cju'tln tomfftét d'État M extrèMémëtif scanéalMê torëh «jfïi'tto directe^ dé h fcéiorerië hollandaise lui *** ctffilà cjttê le foi deè Pays-Bas n'était gardé èmê son pdkiS que par deu* sentinelles à cheval , et que sou*

vent même il se promenait dans les rues de la Haye, sans escorte, comme un simple particulier. L'étranger avait beau lui représenter la simplicité des mœurs de son pays, et lui assurer que Guillaume III pouvait parcourir tout son royaume seul et à'pied, sans s'exposer au moindre danger : « Vous me direz tout ce qu'il vous plaira , lui répondait le fonctionnaire japonais ; je vous soutiens, moi, que c'est là une grave imprudence de la part de votre souverain. » Il ne faudrait pas conclure de là que le pouvoir soit détesté ou que les siogouns ne soient pas populaires; mais seulement que, chez un peuple aux passions ardentes, des erreurs ou des abus , d'administration pourraient leur attirer des inimitiés dangereuses.*

Réceptions. — La. salle des Mille Nattes. — Présentation de l'ambassadeur. — Intérieur du palais. — Aspect général. — Dames du palais. — Cortège de l'empereur en voyage; préparatifs,* prévoyance. k

Nous avons abandonné notre ambassadeur aux portes d'Yédo. ,11 . est temps de , le rejoindre , si nous voulons assister à son audience de réception. Installé dans son .. hôtel, il a déjà reçu les visites des savants et des docteurs. Le jour, de l'audience publique, couvert de ses riches vêtements , d'éti-

quelte brodés et galonnés d'or ou d'argent, l'épéc au côté, un ample manteau de soie assez semblable à celui des bonzes attaché aux épaules, l'ambassadeur se fera porter, dans sa plus somptueuse voiture , au palais impérial. Là , les présents destinés à l'empereur, au prince héréditaire, aux sénateurs et à d'autres personnes en place, auront, d'après les règles du cérémonial, précédé son arrivée , et seront rangés sur son passage dans les salons qu'il devra traverser. A cette solennité, comme à toutes les plus grandes de l'empire , les personnages de haut rang se rendent dans leur norimono d'apparat. Ils s'y font transporter de la manière la plus étrange, mais qui a quelque chose de transcendant. Pour cette circonstance, les domestiques tiennent, les bras tendus en l'air, et le plus haut qu'ils peuvent, les bâtons de la litière. Alors ils courent de toutes leurs forces , faisant des enjambées comme un cheval lancé ventre à terre. Cette course furieuse a la rapidité d'une flèche; aussi ne pourrait-elle durer longtemps et n'a-t-elle lieu que dans les fêtes publiques.

Lorsque tous les sénateurs et conseillers d'État seront assemblés, on introduira les étrangers dans la salle d'attente. Des pages à la tête rasée viendront s'asseoir près d'eux après les y avoir conduits. Peu de temps après, le gouverneur de Nagasaki et le commissaire des étrangers les introduiront dans la

vaste salle des Mille Nattes , et de là dans la salle d'audience, où il leur sera permis de saluer l'empereur à la mode orientale, comme le font les princes eux-mêmes, c'est-à-dire ep se prpsternant jusqu'à terre. Après cette salutation incommode» un des conseillers d'État présentera l'ambassadeur à Sa Majesté en criant : Kapitan Ol^a ! La présentation terminée, Son Excellence pourra parcourir le palais impérial, dont les salles sont soutenues du haut en bas par des colonnades dorées.

Les plafonds sont lamés d'or émattlé 4f figures et de paysages. La couverture extérieure, composée $e tuiles d'or, jette, sous les rayons du soleil, le plus éblouissant éclat, et le trône, étincelant d'or, est mrichi de pierreries d'un prix immense. Donc, U pompeuse description de Marcp Polo , accusée d'exagération, se trouve presque entièrement justifiée. La fortune personnelle de l'empereur, prqvenant de ses domaines, ne s'élève pas à moins de qwtre ou cinq cents millions de revenu annuel, qu'il 46pense pour sa maison , ses officiers et sa garde. Mais , dans ce temple de la richesse et 4u pouvoir, rien pour la mollesse , pour le luxe efféminé- Le visiteur n'y trouvera pas le moindre ornement, n\ même aucun meuble , sauf les nattes moelleuses sur lesquelles on s'assied. Toutes les salles ont des portes à coulisses peintes à la façon du pays et tapissées de. papier doré. Les boutons des portes

L'EMPEREUR ÇT LES VJLLES IMPÉRIALES. 83

sont également garnis (Tor t ainsi que toutes les ferrures. La grandeur des salles et de l'édifice entier, la tristesse sévère qui régne dan* ce séjour, et, plq^ encore, le silence gardé par un si grand nombre d'hommes, tout cela semble plus imposant que la magnificence flea demeures le« plus somptueuses, On entend, derrière les paravents fc jour, les wh clamatiws contenues des dames et des enfants qui sont veww mystérieusement examiner les voyageurs, ^'étiquette ne leur défend pas de se «îontrer dans le palais et dans la salle d'audience; mais* à. l'abri de m élégants paravents pu d'un rideau très-clair, leur curiosité se satisfait plus à l'aise , et rien ne d'OQpQse fiu témoignage de leur surprise rçWI rtW p'* VélW dç Iepr§ observations.

Il serait difficile de se figurer la splendeur de* réceptions, flps cérémonie iç nowhre et le liqrç du personnel de cour ne peuvent non plus s'iu$- ©»?r- y WJ!W*W V différait aucunement dçs no- ]}le§ # Ôe$ ^impies particuliers par le costume t il *S titîftiQgVt 4W? l e § tëfÇÇi les cérémonies et les *Ç¥*£<8lt P*? l'apparat d'une suite nombreuse de Igioçeg, dç sénateurs, de factionnaire et de toutaç le§ paonnes que leur emploi appelle aupré$ de lffl- fQW compléter le cortège , lorsqu'il s'agit d'une absence d'une ou de plusieurs journées % outre les officiers et les valets de surcroît, il s'y trouve même des bourreaux pour les cas d'exécutions sponta-

nées, des cercueils avec leurs porteurs pour celui de mort imprévue ; car rien n'échappe au génie précautionneux des ordonnateurs impériaux. Cette suite se grossit encore de troupes de vieillards des deux sexes et de mendiants; sans doute afin que tous les ordres sociaux soient représentés dans cette population ambulante.

Il est aisé de comprendre la complication des préparatifs d'un voyage dans de telles conditions. Longtemps à l'avance , on fait construire des maisons sur la route et envoyer dès provisions à tous les relais. L'empereur et chacun des princes de sa suite doivent avoir leur état-major et leurs plus proches fonctionnaires logés à proximité pour se rendre exactement à leur emploi. Le gouverneur d'Yédo et quelques sénateurs ont la garde du palais, ou plutôt de la citadelle, dont un des princes les plus puissants a la surveillance.

La veille du départ de Sa Majesté Japonaise , des corps de troupes en grande tenue stationnent le long du chemin à parcourir, à moins d'une demiheure de marche l'un de l'autre. Les ordres lès plus précis sont expédiés dans tout le pays pour surveiller les incendies, empêcher les attroupements et prévenir tous les accidents* capables de troubler le voyage.

in.

Les ailles impériales. — Miako. — Yédo et le palais de l'empereur. — Nagasaki.— Detsima , l'île artificielle.— Oosaka.

On appelle villes impériales celles qui , soustraites au régime de la féodalité , relèvent directement de l'empereur. De ces cinq villes, deux, Miako et Yédo, sont considérées comme les capitales de l'empire.

Miako est, des deux capitales, la plus ancienne. Située dans une vallée de près Je huit kilomètres de longueur sur quatre de largeur, la nature y a répandu tous ses bienfaits. Le climat, l'air, l'eau, la végétation, tout cela y rend la vie délicieuse. Cette antique cité est la première de l'empire dans l'ordre légitime, la deuxième dans l'ordre usuel. Plusieurs rivières la traversent ou Pavoisaient, et se répandent au milieu d'un charmant pays et de verdoyantes collines.

En total y la population de Miako se compose de 486 000 laïques et de 52 000 prêtres , sans y comprendre la cour fort nombreuse du mikado, dont nous parlerons plus loin.

Yédo est située sous le 35° 32' de latitude septentrionale, au centre d'une vaste plaine, dans le fond d'un golfe qui produit abondamment du poisson,

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des crabes et des coquillages , mais qui manque de profondeur, en sorte que les grands navires ne peuvent pas arriver devant la ville. On les décharge done à une ou deux lieues de distance.

H est difficile dé prêfciier l'êtëhdué de cette capitale ; mais les Japonais n'exagèrent probablement paé en disant qull faudrait marché? pendant Vingt ëk une heures pattf en faire le tour, ce qui lui àoûher&it vingt et uUé lieues de circônférehdë , fait très-admissible , vu le peu d'élévation des maisons. La multitude qui circule incessamment datte lès tmes dépassé tôUt éé qu'on pourrait imaginer. Le bruit qu'y fôit cette population remuante eét assourdissant* Vue dé la mer, la Ville se déroulé éii demi-cfcrcle. Elté n'a ni mûrs ni rémpartâ. fille êàt coupée d'un grand nombre de canaux à parupets élevés et plantés d'arbres. Ceci n'a pas été ftdt précisément potiT la défense de la cité , mais plutôt pour diminuer lé danger dés incendies. La grande rivière qui traverse Yêdo y entre par l'ouest et va se jeter dans le port. Un bras assez considérable de té fleuve serpente autour du château impérial et s'écoule également dans le golfe par cinq embouchures sur lesquelles on a bâti des pôttts. Là quantité d'employés et de personnes attachées au Serticé dés princes contribue & l'animation et à la prodigieuse population d'Yèdo , Relevant à 1 &00 000 habitants.

Cette capitale est moins régulièrement bâtie que les autres villes japonaises , et surtout que Miako ; car elle ne a'e&t agrandie que successivement et à (Tassez lôhgs intervalles. Dans certains quartiers ; Reconstruits à nelif depuis les incendies qui dévorent souvent des centaines d'habitations , les rues se croisent par angles droits. Dès lors, les propriétaires incendiés peuvent relever leurs maisons dans le* espaces libres , à la seule condition d'observer l'alignement. Comme dans les autres localités de l'empire , toutes les maisons à Yédo sont petites et basses; inàts on y compte un grand nombre dé superbes palais.

Celui de l'empereur offre , du dehors , un coup dVéil fèritâblemetit féerique. Il fait partie du char tèàto , gigantesque fcèrail de cinq lieues de circonférence, entouré de fossés et situé en haut de la ville. C'est dâné la partie intérieure de cette résidence que se trouvent, non-sfeulement les palais du SiôgOun et du prince héréditaire, mais tous ceux des Conseillers d'État , des princes gouverneurs et de leurs familles. Celui de l'autocrate, le Fonmatz, situé Sur une émineftce, domine tous les édifices environnants. Il est surmonté d'une tour carrée â plusieurs étages, et d'un blanc éclatant. Les toits en sont aU&î très-élégants, et couronnés de dragons dorée. Derrière s'étendent de beaux et vastes jardins, des vergers et des bosquets. Rien ne

manque à ce luxe de haut goût oriental et civilisé.

Sur la côte occidentale de la grande île de Kiousiou, s'élève Nagasaki. Il s'y fait un commerce animé. Les habitants sont fort industrieux. Cette ville, unique lien entre le Japon et l'étranger, voit constamment arriver des négociants, des savants et des curieux de tous les points de l'empire.

Au fond de la baie spacieuse et remplie de vaisseaux qui lui sert de port , on remarque une petite île en forme d'éventail. Entourée d'un mur de basalte, elle communique avec la ville par un pont toujours gardé. Sa largeur est de plus de 70 mètres, et sa longueur moyenne de 185 mètres. Sur cet espace étroit, se pressent les maisons, les magasins, les bâtiments de service des employés hollandais. Une rue qui traverse l'île dans sa longueur, un jardin botanique, la petite place du Drapeau, c'est là toute leur promenade. Sous aucun prétexte, ils ne peuvent entrer dans la ville, à moins d'y être appelés par un ordre exprès du gouvernement. Môme à Detsima, nul Japonais ne peut leur parler, s'il n'est accompagné d'un agent de police.

Detsima ne doit rien à la nature. C'est une île artificielle que l'empereur lyémits fit construire à ses frais, en 1635, pour y loger les Portugais, dont on commençait à se défier. Leur expulsion cepen-

dant n'avait pas encore été résolue. Là ; ces remuants étrangers se trouvaient réunis sous les yeux d'un gouverneur fidèle, et rien n'était plus facile que de les surveiller. Plus lard, quand ils furent convaincus d'avoir, du fond de la baie de Nagasaki, fomenté la guerre civile, on les chassa de ce dernier refuge, et les Hollandais durent prendre leur place. Ces derniers avaient occupé jusque-là l'île de Firato , et d'un misérable village pêcheur ils avaient fait une ville élégante , où de belles maisons dans le goût européen dénotaient l'aisance de leurs habitants. Mais un jour arriva Tordre au directeur hollandais de faire démolir tous ces bâtiments avant le coucher du soleil. Ils portaient sur leurs pignons la date de leur construction d'après l'ère chrétienne; et l'empereur, l'ayant appris, avait ordonné cette mesure rigoureuse en haine de la religion qu'il venait de proscrire. C'est à partir de ce jour que les Hollandais furent relégués à Detsima.

Lorsque les architectes s'étaient enquis auprès de l'empereur de la forme qu'il fallait donner à cette île, lyémits, pour toute réponse, leur avait montré son éventail. Au Japon, ce gracieux jouet fait pour ainsi dire partie intégrante du costume. Dans la main des femmes, des prêtres, des soldats, des laboureurs et des marchands, comme dans celle des empereurs, on le voit changeant de cou-

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tëtir et de foftne; iselôti le ftng dé ècllii qui 18 porte. En dohnant te siéh pour modèle de là rtMttWifce dëS êtratigëh, 11 ne serait pas ètotiiiabt qùé lWttbtàte eût eu l*îHtentiôti d'établir qu'il ne ièttf àecôMait pas uh domaine indépendant, mais setilëtiiëht un àsilë temporaire. C'est ehcoré pour taèttïè éê poitit à i'âbri de tôùté équivoque, et Hbti par des motife d'àVàrice qui seraiëtit opposés à fcbti caractère, que le gouvernement exigé uti %er dé ftlè dès Fàctëui-s. îl est si irrévocableiïieht dânà ses principes de né pas sotlttVir que des ètràbgféh, morts bu Vivants, possèdent un pouce de teitè japonaise que , pendant longteinps , le§ lîbltatidafë h'ëùf ënt , dans cet exil Volontaire , que là taefr pour sépulture. Ce h ; est qu'à force de supplications qu'ils ont fini par obtenir un petit cimetière pour lequel , toujours dans la ttlêbie Intention de maintenir le droit de propriété, oh letri fait payer une redevance annuelle très-minime.

Oosaka dépend , comme Nagasaki , de l'administration de jfëmperettf civil. î/empereutf ecclésiastique possède Miako et ses dépendances. Oosaka à déut gouverneurs qui se relèvent et résident àltèrfaâtivëmeht dans leur ville et à la cbtir. Sa situation, &ùr le bord de la mer et en même temps ail centre de l'empire , en a fait une des places les plus commerçantes du Japon, tout y abonde et à très-bon marché, denrées et marchandises de toutes

sortes. La rivière Yédogaoua traverse la ville dans toute sa longueur , et y circule au moyen de canaux dont l'extension favorise le commerce. Des ponts élégants, en bois de cèdre, servent à la circulation. Quelques-uns de ces ponts ont jusqu'à cinquante ou soixante brasses dé parcûute.

Comme Paris, Oosaka reçoit une foule de visiteurs plus ou moins sédentaires, beaucoup d'entre les plus riches s'y fixent définitivement. L'attrait des plaisirs les y retient. Les arts , le luxe , tout y excite le mouvement et la dépense. La ville est Mg&ifiqùefoëttt déféndUë {mi* une Citadelle batte à l'une de ses extrémités , et dont l'étendue peut être d'un mille carré. Elle compte jHtts de 80G 900 habitants. Deux préfets ou gouverneurs municipaux, pàrtàitentent indépendante dès dent chefs politique!), i'admihistrent àlteftiativteiheht pendant trois Smttlëg , Aptèé lesquelles chacun d'eu* va fendre compte de sa gëstlotl à l'empereur.

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