‹ Le Japon contemporainChapitre 7 sur 19 · CHAPITRE yi · texte numérisé non relu

CHAPITRE yi

Le pape ou mikado. — Son revenu. — Respects gui lui sont rendus. — Sa vaisselle, ses vêtements. — Ses femmes, sa cour. — Son souper. — Costumes du mikado. — Ses prêtres. — Les hommes du ciel.

Le pape, que les Japonais nomment leur mikado , habite , vers le nord de Miako , un quartier complètement séparé du reste de la ville par des remparts et des fossés. Dans ce même quartier est un grand palais en briques où le siogoun, empereur temporel, séjourne quand il vient visiter le descendant des anciens monarques, l'empereur spirituel. Sous prétexte de veiller à sa conservation, le siogoun entretient constamment autour de son palais, édifice d'une immense étendue, formant à lui seul un quartier, entouré de murailles, de larges fossés et contenant douze rues, une forte garnison chargée de le garder. Mais, d'un autre côté, si la politique

s'oppose à ce qu'il laisse au souverain pontife d'autres domaines, le siogoun'se croit, par compensation, obligé de fournir magnifiquement à sa subsistance, et lui abandonné le revenu de la vaste et riche cité de Miako avecses'dépendances. Une forte somme est encore tirée de son trésor impérial pour' les besoins de ce pape et* ceux de sa cour; et il possède exclusivement le droit' de vendre ou de consacrer les titres d'honneur, fût-ce à l'empereur Iui : même, ce qui constitue pour lui une autre source très-considérable de revenu '.

Rien n'est comparable aux respects qui lui sont rendus^ C'est véritablement un culte; et ce descendant des dieux et des demi -dieux' est traité comme un être supérieur à la nature humaine. Il se respecte lui-même tout autant, et croirait profaner sa sainteté s'il touchait seulement la terre de ses pieds; car « le soleil n'est pas digne de luire sur sa tête. » Il est donc, comme le pape aux grandes cérémonies religieuses de notre capitale catholique, porté dans une chaise sur les épaules des serviteurs'. Ses cheveux; sa barbe et ses ongles, coupés pendant son sommeil vrai ou simulé, sont soigneusement conservés pour en faire des reliques. Comme les anciens empereurs du Mexique, avec lequel le Japon a souvent de l'analogie dans lefc mœurs et lés usages, le mikado ne* voit paraître sur sa table que' de la vaisselle entièrement neuve.'

9t LE JAPON CONTEMPORAIN.

Cette vaisselle est #g$ièreu*ent brisée apr& chaque jepas, C'est ufl<* WW&* fa fe^fi fdlw Je cçpmer^, Elle $ pour $utrç fWfltyge de flatter sa mainte vanité % et de çonsqliflcff J$ m$w\ de ^aç pie^ çutourçge, Maftsur à qui , npçè§ ^ lèyr^s 4tWVtb oserait poser Jes #*Wft stft quelque *çprç qu quelque tasse, toucher à une a^ette* ^ un platl U bo\icha et la gc^ge dq téméraire, s'çiiflçraieut tyentût 4oulQurçus^mept % tf la mort ftttàwiratt peut-être. Telle est du «loius ty croyance,^ |1 en est de même pour lç$ yête^euts du çlieu ; celui qui

terrait de le* porter ?^s §$ permi^iw ^xprçise serait puiy de *çw s$çrifêgg BW H». PW^yâ* MWdl^pç ou {out au îaoius par une ^me epflurf ,

Dçirçej çQncybipçs dç prejuisr P#^ et U9* femme légitime sont le ccoUage^t c^jugal da c$ r$ des prêtres. Le nQmh^ des concubin^ de $#CQUd prdrç est traité. I* wa^fiçen<$ de s& çwir y^ jusque la prçfoislqn. Ç&awe jour Qfl mt préj^r^p m sowptueu* soqpçr $m 4ph?i appft^

tejpeftts du plais; e|< IqMWtt « dé»sn$ Q#i (fo demi ^aç§ lequel il y«\jt pTOd^ &or ¥gp&§< «Ion tcj£t ce |px$ 4fi mçt? délicate et re<*fjr^ est

aussitôt réwy mr & m&ne tablç porçç lui ^ s$ri. fce fe%tip, a lieu au son <Tun& ifflPHpiç I grind orchestre, qui m flcma pftr^tr^t quç hpyante, mais, que i$$ Jajpnaisi trouât fyïW*"

LA PMGION ET tES PRETRES. ^

fils légitimes , et la mère partage avec lui les bo^ neurs du trône , comme font les sultanes dans J^ États mahométans.

Aussitôt que le suprême pontificat est âayenu Ysh caut par la mort du mikado, la cour pontificale y élève son héritier; et, chez ces monarque? en fth telle, qui se croient toujours les maîtres def ewpire! la loi salique n'existe pas. Le (fêfeut <T|ge, 1» différence ^e sexe, ne constitueut aucunement l'incapacité. Aussi Ton ypit souvent $ eS( femmeg et $e§ enfants figurer £ans Hustpire p$rrai les gquvçrçiqf spirituels du Japon, Cette législation yiept 4e fc ç$fc bre Ziflgqu. Quelquefois aussi la yeiive du couverai* ppntife, se trouvant asseç proche parente , peut^ k défaut d'héritiers directs, receyqir la çpurounç.

Les cérémonies du naa^agç <Ju mikado, 'çgjQfa qui suivit Vheurws^ déUyr§uce de Sp,U tyQQflg, lç çhpi* des nourrices, §Pnt $e$ $te§ faut H splççtdçp- surpasse, rimaçinatiQn, Far çpntrç, Hu^iliem$l cty niouarque çél^te, çst exftêiqeTOeut gimçte ;

mr une tuniqi}? de gpie npîre, une rp^e ife %t rouçe, et, par-de^u? * W> mm§ & qfe* ^ m&

d'uw grande fiasse * çampusept §pn çostmnih §$

coiffure a la fprme époque fa cette fa gç^ Uma. EJJç est garnie dp fanpns semM»We& | #uix que l'on ypit ^ la imtre fa$ éyêcpiçs çt à & fjflft de§ papes romains.

de seigneurs ecclésiastiques porte un costume à part. Leur mise est simple, et les deux sabres, marques de la noblesse , brillent à leur ceinture. Des sandales, les cheveux rasés sur le devant de la tête, tout cela forme un ensemble, non pas absolument gracieux, mais distingué. Dans les grandes cérémonies seulement, ils ont des manteaux à queue d'une immense largeur.

L'habillement des dames de la cour du mikado ne ressemble pas à celui des autres femmes de qualité. Leurs robes., semblables à peu près à nos robes de chambre, sont aussi très-larges, ornées et découpées avec goût. Elles sont à grands ramages , d'une étoffe et d'un dessin des plus recherchés. Ces dames ont encore en dessous une autre robe, ordinairement à carreaux , et entre les deux elles portent une tunique. Leurs cheveux, relevés à peu près àlaMédicis ou à la Marie Stuart, sont horizontalement traversés, d'un bout à l'autre de la coiffure , par deux , trois ou quatre longues épingles d'or, suivant le rang. Aux pieds , elles ont de petites sandales à la grecque ; au cou, un simple collier de corail. Quant aux suivantes, leur mise est rigoureusement sévère et ne comporte aucun bijou.

Tous les prêtres de la cour du mikado sontd'aussi bonne noblesse que lui. Ils possèdent des terres où ils se retirent une partie de l'année. Ils forment plusieurs classes. Le siogoun, à qui appartient le

litre de premier officier de la cour ecclésiastique , fait partie de la première, peu nombreuse. Cette classe partage seule, avec le mikado, le privilège de l'apothéose. A ce titre, l'empereur temporel a droit, après sa mort, aux horiheurs divins. Les autres suivent un ordre hiérarchique avec des fonctions et des qualifications très-variées. Mais la distinction générale appartenant à tous ces dignitaires est le titre pompeux $ Hommes du Ciel.

Religion des sinlos ou culte das aïeux. — Le bouddhisme.

— L'être suprême Kami.

Jusqu'à l'an 63 après Jésus-Christ , les habitants des îles japonaises ne connaissaient que les sintos, c'est-à-dire les aïeux, héros divinisés, auxquels ils rendaient un culte traditionnel. Cette religion indi-

gène, fort simple dans ses rites, peut être considérée à la fois comme un paganisme et comme un pur déisme ; car un Dieu suprême, réside au ciel ; il prescrit la pureté de l'âme , les vertus naturelles et religieuses , ainsi que l'obéissance aux lois du pays. Les temples érigés à ce dieu attestent encore la simplicité des mœurs antiques. Ils sont fort éloignés de la grandeur et de la magnificence de ceux de Bouddha. Le cuivre et la tuile sont jugés trop pré-

deux pour en former les toits, qui ne peuvent être composés que de joncs. Ces édifices , petits , mais entretenus avec soin, ne renferment aucune image ; mais il s'y trouve toujours un grand miroir. C'est le symbole de la lucidité de l'Être Suprême, dont les regards, pénétrant jusqu'au fond du cœur humain , découvrent le mal dans ce siège présumé de nos sentiments, comme nous apercevons les taches de notre visage dans le verre étamé.

Les prêtres des sintos ne sont pas tonsurés. Ils n'ont aucun costume qui les distingue des laïques. Les seuls signes caractéristiques de leur ministère sont leurs deux sabres , et , dans les grandes occasions , des robes plus longues et des bonnets plus élevés, dont la dimension augmente en raison de leur grade. Le mariage ne leur est point défendu.

Le sanctuaire le plus ancien et le plus vénéré du culte des sintos se trouve dans la province d'Isé. On prend tous les soins possibles pour le préserver des injures du temps. Si tout bon mahométan doit aller à la Mecque une fois dans sa vie , tout dévot sintoïste se propose de voir le temple d'Isé avant sa mort.

Les fêtes de cette religion primitive sont trèsenfantines. Il y a d'abord le Jour de Fan, qui tombe ordinairement en février; car les Japonais comptent par années lunaires ; leur mois est alter-

nativement de vingt-neuf et de trente jours ; chaque trente-troisième mois est bissextile , et on l'ajoute à ceux de Tannée courante. Viennent ensuite la Fête des Poupées , établie en l'honneur des jeunes filles; celle des Drapeaux, consacrée aux jeunes garçons pour l'inauguration de leurs premiers pas dans l'étude du maniement des armes ; la Fête d% Miroir y pendant laquelle ce symbole de l'omnigeience divine est porté processionnellement et avec pompe dans les rues.

Avant de se mettre en voyage , les Japonais ne manquent pas d'aller faire leur prière dans le temple des sintos; et, pieuse politesse, à l'époque probable du départ des vaisseaux hollandais de Batavia pour le Japon, les interprètes attachés h la factorerie de Detsima accomplissent aussi cette formalité, afin de faire descendre la protection de leur dieu sur les navigateurs leurs alliés.

La cérémonie du baptême a lieu dans l'enceinte des temples. Les parents du nouveau-né sont admis à proposer trois noms , et le prêtre consacrant en choisit un ; mais il n'est que provisoire et peut être changé jusqu'à trois fois ? dans l'enfance, dans l'adolescence et dans l'âge viril.

U y a trois jours par mois destinés aux visites de cérémonie qui sont comprises dans les devoirs religieux.

L'abstinence des viandes , assez générale au

Japon, n'est point cependant une prescription dogmatique du culte des sintos , comme plusieurs auteurs l'ont pensé. Cette coutume doit plutôt être attribuée à la rareté du bétail , résultat naturel de la constitution topographique; et la restriction religieuse apportée à la consommation de la viande de boucherie paraît n'être qu'une mesure de précaution prise dans l'intérêt de l'agriculture et pour empêcher l'extinction des bêtes de somme. Le sol du Japon étant déjà trop étroit pour nourrir sa population compacte , il serait d'une mauvaise économie d'y laisser subsister des pâturages, tandis que la volaille et le gibier suffisent aux besoihs des habitants. Quant à ces derniers aliments , les Japonais peuvent en faire usage en tout temps , sans aucun scrupule ; et lorsqu'il arrive que les Hollandais établis à Detsima reçoivent des bestiaux , les notables de Nagasaki ne se font pas prier pour en partager les meilleurs morceaux avec eux.

Il n'y a pas non plus de réserve faite pour le porc, qui , du reste , ne se trouve que dans les environs de cette ville ; mais, si les Japonais mangent volontiers la chair de cet animal, ils répugnent à le tuer. Cet emploi , considéré comme vil , est exercé par les corroyeurs , parce qu'ils font partie d'une caste à laquelle sont dévolues toutes les fonctions ignominieuses, entre autres celles de bourreau.

Le bouddhisme , cette religion originaire de J'In-

dostan et qui est devenue dominante à l'île de Ceylan, dans tous les pays de l'extrême Inde, au Thibet et même dans le vaste empire chinois, a également été embrassée par la majorité de la population des îles japonaises. Ses adhérents s'y sont divisés en une infinité de sectes. Bouddha possède au Japon un grand nombre d'autels et de temples remplis d'images auxquelles les croyants attribuent toutes sortes de miracles. Néanmoins, ce culte indien, transporté au Japon par les Coréens, qur l'avaient eux-mêmes reçu des Chinois , n'a pas détrôné chez un seul des habitants de ce pays l'antique religion de leurs pères. Tous les Japonais sont restés fidèles au culte des sintos; même ceux (et c'est, comme nous l'avons dit, le plus grand nombre) qui sont affiliés à l'une des sectes du bouddhisme.

Diabolo Ecclesiam Christi imitante ! disait saint François-Xavier, le courageux missionnaire, dans son indignation contre les cultes détestés des faux dieux. En effet, le célibat des prêtres, les sacrements et jusqu'à la confession, le jeûne, les pèlerinages, les vœux, la prédication, l'adoration des reliques et des saints, le purgatoire, le culte des images, et enfin toutes les pratiques du bouddhisme sont tellement empreintes de la couleur catholique, que, si la grande religion indienne n'existait pas depuis près de 600 ans avant Jésus-Christ, on pourrait la croire une traduction orientale de la foi romaine.

fOÎ LE JAPON CONTEMPORAIN.

Les fidèles du culte de Bouddha sont appelés aux prières du matin, de midi et du soir, parle roulement d'immenses tambours, dont le bruit se répand du temple aux environs. Ce roulement est précédé de coups vigoureux et lents , se succédant à intervalles qui deviennent graduellement plus courts, et il expire en coups forts et isolés comme les premiers.

Le nom de kami (seigneur) s'écrit en caractères différents , selon que les Japonais le donnent à leurs chefs ou à l'Être Suprême qu'ils se représentent comme le créateur et le conservateur de l'univers. Telle est la raison qui a fait supposer à plusieurs auteurs que ces insulaires ne reconnaissaient véritablement pas de Dieu. Il en est du mot kami au Japon comme du mot lord en Angleterre. Lorsque l'un et l'autre s'adressent à la Divinité, verbalement ou par écrit, lord et kami s'emploient en qualité de nom et d'une manière absolue : the Lord , le Seigneur. Au contraire, ils prennent le caractère d'un titre et sont toujours accompagnés d'un nom propre , quand ils servent à désigner les personnes auxquelles ce titre appartient : lord Brougham; Fidsen no kami, le seigneur de Fidsen.

Les religieuses mendiantes. — Les temples.

Au passage de la montagne de Fakone , le voyageur trouve immanquablement sur son chemin des religieuses mendiantes , toujours jeunes et souvent jolies. Elles s'attachent aux norimonos en sollicitant quelque aumône ; mais, si Ton cède promptement à leur prière, elles ne jugent pas pour cela leur mission achevée , et suivent longtemps encore les voitures. Ce sont les filles des prêtres des montagnes. Leur tenue est décente, leur mise propre et leur ton honnête. Nous nous abstiendrons de prononcer sur la question délicate des mœurs de ces religieuses : nous dirons seulement qu'attachées à un temple voisin , la règle de Tordre leur impose le devoir de pourvoir à tous les besoins des saints bonzes chargés de le desservir ; et , comme il n'y a nulle part de mendiants au Japon et presque pas, d'ailleurs, de ces indigents misérables dont l'aspect inspire autant de dégoût que de pitié , ces jeunes filles , pour exercer cette mendicité pieuse, sont tolérées moyennant un tribut annuel qu'il faut payer aux prêtres du grand temple d'Isé.

Les temples du Japon sont vastes et d'une grande

magnificence. Les statues des dieux sont colossales. Le culte est splendidc, et le dogme ne défend pas la recherche assez fréquente de l'immortalité sur la terre.

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