‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 23 sur 45 · LK PREMIER DE L'AN A TOKICW · texte numérisé non relu

LK PREMIER DE L'AN A TOKICW

criant très haut, dans lear langue nn peu rade, d'interminables histoires; les femmes, endimanchées, trottinent, riant à belles dents à propos de tout et de rien, et vont, de maison en maison, présenter leurs souhaits et boire une tasse de thé. Les enfants, habillés de neuf, courent, sautent, bavardent, jouent à la raquette et lancent des cerfs-volants. Voilà le premier de l'an des classes populaires.

Dans renceiute du palais impérial, c'est un va-et-vient d'officiers aux uniformes chamarrés de broderies, aux claques ornés de majestueux panaches, aux képis surmontés de plumets blancs, rouges ou jaunes, de messieurs en vêtements étriqués au chapeau haut de forme, les uns à cheval ou à pied, les autres en d^in. Place & l'armée, à la magistrature, aux corps constitués, le Japon officiel vient saluer son souverain.

, Dans une grande salle construite et meublée ^ l'européenne, sur une estrade, siège le Mikado en grand costume de cérémonie : c( Il est en général de division, dis-je à mon voisin. — Du tout, me répond-il, il est en amiral. Voyez plutôt, il porte des éperons l i>

Le Fils du Ciel est là depuis six heures du matin et il est quatre heures de l'après-midi. Aussi paraît-il très fatigué. Je suis. sûr qu'il

maudit in petto sa grandear qui Pattache à son fauteuil pendant douze heures consécutives, et qu'en dépit, peut-être même à cause de sa céleste origine, il envoie à tous les diables les visiteurs qui, processionnellement, défilent devant lui avec le silence et la rapidité d'ombres légères.

A ses côtés, l'Impératrice, en toilette européenne, revêtue d'un magnifique manteau de cour. C'est une femme encore jeune, jolie et d'un aspect vraiment fort distingué. On la dit aimable et intelligente. Je le crois sans peine, à en juger par l'expression de sa physionomie fine et gracieuse.

Cette solennité m'a paru dans son ensemble totalement dénuée d'intérêt et, bien que je ne fusse qu'un très modeste spectateur confondu dans la foule, m'a ennuyé presque autant que le Mikado semblait l'être. C'est la parodie, servile et sans caractère, de toutes les exhibitions analogues qui, le même jour, sinon k la même heure, avaient lieu dans toutes les cours d'Europe.

Assister au Japon à la réédition, littérale dans la forme et dans le fond, des cérémonies occidentales, c'est peu récréatif, et je conçois le désappointement de l'un de mes compagnons, nouveau venu ici, qui ne pouvait se consoler d'un manque aussi complet de couleur locale. — « On prétend, s'écriait-il avec un désespoir comique, que c'est

Page 1