‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 24 sur 45 · LA FÊTE DES CEKISIERS · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES CEKISIERS

le progrès qui veut ça. Mais je trouve détestable le progrès si, du pôle Nord au pôle Sud, il doit couler tous les hommes dans le même moule, les habiller tous de la même manière et leur imposer à tous, blancs, jaunes ou noirs, la même étiquette insipide et banale 1 Je lis dans les livres que le Mikado est le descendant direct d'une dynastie qui compte deux mille cinq cents ans de règne ininterrompu, le fils des dieux, que Bais-je ? Je m'avance plein d'émotion et je suis en face d'un officier plus ou moins général ou amiral, en bottines vernies, qui salue et bâille comme moi. Je pense rencontrer & la cour des Japonaises bien authentiques, et je vois de petites personnes coiffées comme la Dame aux Camélias, emprisonnées dans des corsets rigides et, ce qui est le comble de la dépravation du goût, en toilettes confectionnées à Berlin I »

C'est vrai, l'uniformité, mère de l'ennui mortel, envahit le monde.

LA FÊTE DES CERISIERS. — LE PARC PUBLIC d'oUYENO. — LE PARC IMPERIAL

Mai.

Les cerisiers sont en fleurs ; le Japon est en fête.

Je suis allé ce matin me promener au parc d'Ouyeno, les Tuileries de la capitale. C'est une féerie printanière ; partout les blancs rameaux tendent sur le ciel bien bleu leurs légers voiles de fleurs que perce, çà et là, un rayon de soleil. Ils bordent les allées, enguirlandent les vieux portiques, ou s'arrondissent en dômes sur les vastes pelouses où le penple s'amuse. Et qu'elle est gaie^ cette foule I Autour des petites maisons de thé, des jeux s'organisent : voici des lutteurs, de petits bateleurs, plus loin des balançoires... que dis-je? des montagnes russes en plein air; les enfants courent masqués ou stationnent, comiquement ébahis, devant les marchands de jouets ambulants. Et les couleurs brillantes ou tendres des kimono ajoutent à ce riant ensemble ce je ne sais quoi de coquet et d'un peu cherché, qui donne aux fêtes japonaises l'aspect d'un tableau d'opéra.

A côté, dans une majestueuse avenue qui conduit au temple, les promeneurs se pressent, si nombreux que la double haie de lampadaires a peine à les contenir ; le bruit de leurs petits sabots-échasses ne couvre pas les éclats de rire et les exclamations.

Voilà, sur un socle, Binzourou, le dieu guérisseur, toujours très entouré. Les pauvres diables atteints d'un mal, petit ou grand, même

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