‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 26 sur 45 · LA FÊTE DES CERISIERS · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES CERISIERS

Sur le bord d'un petit lac, de nombreux promeneurs ; c'est ici qu'on attend le couple mikadonal. Peu à peu les groupes se forment et prennent leur rang : corps diplomatique, hauts fonctionnaires japonais, étrangers de passage, et beaucoup d'officiers, parmi lesquels je remarque avec plaisir quelques uniformes de notre marioe.

Ah I ah ! voici le groupe des dames de la cour, toutes obligatoirement vêtues à l'européenne. A deux ou trois exceptions près, quelles toilettes I Et cet assortiment de couleurs, ces toquets emplumés I Elles ne se doutent pas, les pauvres femmes, subitement transformées en marquises et vicomtesses des journaux de mode, de l'eflfet que produisent, sous ces fourreaux extraordinaires, sortis on ne sait quand de je ne sais où^ leurs petits corps tassés, leurs tailles carrées, leur démarche, leurs saints.

Les avez-vous vnes saluer, pliées en deux à chaque révérence, au grand dommage des corsages qui craquent et des chapeaux qui basculent? Elles seraient si gentilles avec l'ample kimono et la coiffare japonaise»

Un mouvement s'opère dans la foule».. Attention, l'empereur ! Sur le pont qui coupe le lac dans toute sa longueur et que recouvre un berceau de glycines, il s'avance, le Fils du Ciel..* déguisé en général -d'artillerie* Il marche lente-

ment, d'un pas automatique, supplicié sans doute par ses bottes vernies ; il salue à droite et à gauche d'un mouvement particulier qu'il feît en relevant un peu la tête, d'un coup sec ; s'il a un ressort dans le cou, sûrement il est placé à l'envers. Pour un Japonais, sa taille est assez élevée. Sur un palanquin et dans son costume de l'ancien régime, il serait fort bien, j'en suis sûr ; sous cet uniforme, il paraît mal à l'aise et n'a rien d'imposant.

A quelques pas en arrière, tenant à deux mains, comme un cierge, une ombrelle à long manche, trottine Sa Majesté \B,Mikadesse...'petite mignonne, distinguée, mais d'une raideur de poupée dans sa robe ajustée, les lèvres entr'ouvertès par un sourire stéréotypé qui découvre des dents longues et fines, les yeux rougis par une ophtalmie commençante.

Elle est accompagnée des princesses du sang, en toilettes chatoyantes et claires, pas plus gracieuses, hélas I malgré la richesse' de leurs atours, que le groupe aristocratique de to^ut à l'heure.

Par file à droite, deux par deux, en avant, marche I Et à la suite des princesses, le cortège s'allonge dans l'étroite allée sablée, uniformes brillants sous le soleil, toilettes claires, redin** gotes noires et... chapeaux de haute forrne*

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