MER INTÉRIEURE. — KOBÉ. — OSAKA
Raphaël de Valentin, au dire de Balzac, trouva près du pont des Arts.
Armures ternies et souillées, casques mangés de rouille, idoles noircies par la fumée des baguettes odorantes, kango (chaises à porteurs) laqués et dorés, cages ambulantes où, dans la soie multicolore, gazouillèrent de mignonnes créatures roses et blanches ; ivoires plus jaunes qne le crâne d'un fakir ; sculptures en plein bois fines et hardies ; bronzes dérobés aux temples ; sabres au fourreau de magnolia^ dont la lame formée de feuilles d'acier pliées et repliées ^'wa^re millions de/ois^ est plus dure que le platine et tranche le métal aussi facilement qu'une tête humaine.
Six mois ne suffiraient pas à dresser l'inventaire de ce curieux bric-à-brac, boutique de fripier et musée merveilleux, plein de choses sans valeur et de chefs-d'œuvre, entassement d'objets disparates qui donne la claire vision de générations éteintes et d'un monde disparu.
Une heure de chemin de fer le long de la mer et me voici à Osaka, centre de toutes les transactions commerciales, où se trouvent la fonderie de canons, l'hôtel de la Monnaie, les grands ateliers de tissage et les plus grosses
fortunes du Japon. Sa position à l'embouchure d'un fleuve dont les quatre ou cinq bras la traversent n'a pas manqué de la faire surnommer par les voyageurs la Venise japonaise. Il n'a pas toujours été permis de parler et même de chanter à son aisé dans cet ancien fief du taikoun ou chogoun, le maire de ce palais impérial de Kioto, où s'étiolait dans une morne solitude, impuissant et adoré, le Tenchij Fils du Ciel (Mikado).
Les hautes murailles et les larges fossés d'un
château fort, voilà ce qui reste du régime qui, pendant plus de mille ans, exerça sur tout un peuple la domination la plus absolue.
Dans les quartiers populeux que sillonnent les canaux, la plupart des maisons sont construites sur pilotis, le premier étage avançant sur le fleuve. C'est très pittoresque, mais bien malsain. Chaque année, à la saison chaude, les habitants meurent du choléra comme des mouches aux premiers froids. Souvent le feu, ce grand balayeur public du Japon, où les maisons flambent plus vite que des bottes de paille, nettoie tout une partie de la ville. Quelques jours après, il n'y paraît plus. Le quartier, remis à neuf, a pris un petit air de fête. L'épidémie et les incendies peuvent revenir, ils trouveront à qui parler.
On sent que l'argent surabonde dans cette