LES TREMBLEMENTS DE TERRE
fants. Or ce n'est pas chez les gens qui dorment dn soir au matin qu'on trouve les nombreuses familles. î) A voir la marmaille qui grouille dans les iriaisons, les Japonais, grâce aux tremblements de terre, sans doute, doivent s'éveiller souvent.
Envisagés à ce point de vue éminemment philosophique, les troubles souterrains n'ont rien de bien effrayant. Cependant, à chaque ébranlement du sol, les indigènes ne sont pas rassurés du tout. Ils n'oublient pas qu'il y a quelque trente ans, leur capitale Yeddo fut détruite de fond en comble et que chaque année laisse derrière elle le souvenir d'un événement tragique. Et vraiment eût-on Vas triplex du sage impassible, on ne peut se défendre d'une impression pénible, de je ne sais quelle appréhension de l'iiiconnu redoutable : la terre tressaille et, subitement, les mille bruits de la nature s'éteignent dans un silence profond, stupéfiant, lugubre. Dans l'atmosphère alourdie, pas le plus léger souffle, et les grands arbres s'agitent désespérément, mus par une force invisible et muette.
Novembre 1891.
Quelle lamentable tournée j'ai faite à travers la région dévastée par la terrible catastrophe
du 28 octobre I Dix-huit mille morts, plus de vingt mille blessés. Des villes entières renversées ou incendiées et, sur une superficie égale à celle de trois de nos départements, une population de quatre cent mille âmes campant au milieu des décombres 1 Le froid est vif, la pluie tombe fréquemment, les malheureux sont sans abri et beaucoup sans nourriture. Faute de bras, la récolte du riz, dans bien des endroits, reste sur pied. C'est la misère certaine, épouvantable, et au cœur de l'hiver I Les lignes ferrées sont coupées, les ponts rompus, les digues détruites, les routes effondrées. Les secours arrivent difficilement et avec quelle lenteur I
Voici deux jours que je parcours les provinces de Nagoya et de Guifou. Partout des ruines, un amoncellement de débris informes.
Çà et là quelques cahutes recouvertes d'un peu de paille, ouvertes à tous les vents, où les hommes, les femmes et les enfants sont entassés pêlemêle; dans leurs regards, une expression de stupeur morne, comme sMls reflétaient encore l'horrible scène. Ces pauvres gens mendient, mais si timidement, avec un air si honteux, si embarrassé I On voit que leurs mains ne sont pas habituées à se tendre pour demander l'aumône. C'est navrant. Une vieille femme, aux cheveux blancs, toute courbée, s'est avancée vers moi et