L'ADMINISTRATION
ses camarades, lesquels acconrent et se livrent successivement au même jeu. Le voyageur proteste et réclame sa flûte. « Attendez un peu, lui dit paisiblement le douanier, il y a encore un camarade qui n'a pas soufflé dedans. t>
D'une manière générale, le fonctionnaire japonais est, du haut en bas de l'échelle administrative, pénétré de la gravité de sa mission. Il sortait, il n'y a pas longtemps, de l'Université ; ses vœux étaient ceux d'un simple bachelier japonais, c'est-à-dire un petit emploi dans un bureau quelconque, sans la moindre retraite en perspective. Mais il est allé en Europe pendant deux ou trois ans, ou seulement quelques mois, et le voici correctement vêtu à l'européenne, subitement grandi aux yeux de ses compatriotes et surtout aux siens. C'est maintenant un y a^^?Mnin toisant les gens et les choses d'un air supérieur et que les plus hautes destinées attendent. Marcellus erit ! Il a tout vu, tout sondé, il sait tout, les vieilles civilisations n'ont plus de secrets pour lui.
Et il n'est pas long à se casser le nez, le petit ingénieur qui perce parfois ses tunnels de travers, le petit Diafoirus trop esclave des méthodes apprises par cœur, et le financier qui,
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LES INSTITUTIONS JUBIDIQUE8. 266
vol par-là et ils sont archifixés. Le Japon?
Connu. Un pays complètement européanisé.
Déguisé en Européen, voulez-vous dire, et ne pouvant faire illusion qu'à distance. De près, le Japonais est un Asiatique, défiant de nos idées et de nos sentiments, réfractaire à notre conception des droits et des obligations individuels.
Exemple : Depuis dix ans, un jurisconsulte français travaille à mettre les coutumes locales en harmonie avec les principes généraux de notre droit civil. Il y parvient. Notre savant compatriote est comblé d'éloges mérités ; on ordonne l'impression de son ouvrage... Enfin le Japon a un Code I crient à tous les échos les diplomates. Eh bien, pas du tout, le Japon n'a pas de Code et, qui plus est, toute réflexion faite, ne veut pas en avoir.
Pourquoi? tout simplement parce qu'il s'a»
perçoit que l'adoption de la nouvelle législation entraîne les conséquences suivantes :
L'établissement d'une loi uniforme pour tout l'Empire ;
La validité du mariage considéré comme un acte sérieux et non plus comme une cohabitation momentanée de l'homme et de la femme ;
L'organisation régulière de la famille ;
La protection des mineurs ;
La détermination des bases du droit privé ;
ÛbO LP JAPON CONTEMPORAIK.
La liberté des conventions, etc., etc.
Or, au Japon, de tout cela presque rîea n'existe, et c'est une œuvre révolutionnaire que cette législation basée sur des principes universels de raison, de justice et d'utilité. Apporter la méthode, la lumière, la moralité, la protectioa des faibles, la sauvegarde des intérêts généraux et particuliers où il n'y a que confusion, ténèbres et oppression ; substituer le règne de la loi an régime du bon plaisir et de la fantaisie masculine, c'est vouloir saper dans ses fondements le vieil édifice social qui abrite tant d'iniquités séculaires et dont on s'est borné jusqu'à ce jour, et seulement pour la galerie étrangère, à récrépir la façade. Oh 1 tant qu'il s'est agi de modifications superficielles, propres à donner le change aux curieux de l'Occident sur le degré réel de la civilisation du Japon, aucune objection n'a été formulée. Bien au contraire.
Mais lorsqu'il faut passer du mot à la chose, lorsque le temps est venu des réformes morales, sérieuses et profondes, sans l'accomplissement desquelles un pays reste en arrière, un cri de protestation s'élève des rangs des privilégiés : « La nation, déclarent-ils, ne doit pas être prise pour un sujet passif d'expérimentation législative. »
— <3L Vous n'ignorez pas cependant, — leur