‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 36 sur 45 · LES INSTITUTIONS JURIDIQUES · texte numérisé non relu

LES INSTITUTIONS JURIDIQUES

fait-on remarquer, — que l'absence de lois positives, civiles et commerciales, est le gros obstacle à la revision des traités.

d Vous ne voulez donc plus servir les intérêts de votre pays en préparant, avec le rétablissement de son autonomie, celui de sa dignité et de son indépendance vis-à-vis de l'étranger ? » — Pardon. Ils ne demandent pas mieux, mais n'ayant pas encore rencontré de résistance, ils ne désespèrent pas d'assujettir les étrangers à leurs coutumes. C'est sans doute dans ce sens qu'ils entendent la revision.

Des usages surannés, spéciaux à chaque province et souvent contradictoires, rarement appliqués, presque toujours inapplicables, voilà l'arsenal législatif de l'Empire du Soleil levant !

On voit maintenant ce que peut être le magistrat japonais. Suivant qu'il revient de France, d'Allemagne ou d'Angleterre, il est imbus de telle ou telle doctrine dont il prétend assurer la suprématie," il étudie, apprécie et juge, dans des espèces identiques, avec une méthode et un esprit absolument différents.

Il est dans la situation d'un homme lâché, les yeux bandés, dans un labyrinthe ; il hésite, trébuche, butte, tombe et se casse les jambes.

On dit que chez nous la justice est boiteuse. Elle est cul-de-jatte au Japon.

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l'univkrsiti dk tokio.

l'enseignement.

le pbofbssbub. — l'étudiant.

Décembre.

Dans l'immense parc d'Ouyeno, le quartier latin de la capitale, de grands jardins très bien dessinés et an milieu, intelligemment disséminés, de magnifiques bâtiments, vastes, bien éclairés, admirablement aménagés : Écoles de droit, de médecine, de pharmacie, d'architecture, des beaux-arts, des arts industriels. Facultés des lettres, des sciences. Toute cette installation matérielle est remarquable. Salles de cours, amphithéâtres, laboratoires, bibliothèques, collections scientifiques et industrielles, ateliers sont irréprochables. A ce point de vue, le Japon moderne peut être être fier d'avoir fait mieux que copier ses modèles occidentaux.

A visiter aussi les écoles normales de garçons et de filles. Celle-ci est particulièrement intéressante avec ses classes de chant, de couture et de broderie, d'histoire naturelle et de gymnastique. Dans cette dernière classe, un amusant spectacle m'attendait. Une quinzaine de jeunes

L'UNIYEESITÉ. —L'ENSEIGNEMENT. 269

filles de quatorze et seize ans, vêtues à l'européenne, jupous courts et souliers plats, sont alignées en rangs d'oignons, tournant le dos à la porte d'entrée et juste en face d'une plate-forme sur laquelle un Japonais, leur professeur, se livre à des exercices d'assouplissement qu*elles imitent scrupuleusement. Un piano, tenu par une sous-maîtresse, cadence ces mouvements sur un petit air drolet qui ferait très bien danser des ours, a Une, deux, pliez les jarrets; trois, quatre, marquez le pas ! d A peine ai-je dépassé le seuil, que le professeur, tout en continuant sa démonstration, esquisse à mon intention une profonde révérence. Sans se retourner, les élèves font de même, me saluant ainsi... à l'envers.

L'école primaire et la salle d'asile auraient la médaille d'honneur dans une exposition scolaire. Ces petites Japonaises, hautes comme une botte, sont gentilles au possible; chacune a son pupitre séparé, sa petite écritoire garnie de pinceaux, son tout petit banc; une école de marionnettes comiquement coifi*ées, aux mines impayables.

Revenons à l'Université, section des beauxarts. Je remarque que les professeurs prennent soin, dans leur enseignement, de ne pas trop s'écarter des traditions artistiques de l'ancien temps. Et ils ont grandement raison. Il serait

même à désirer qu'ils fussent plus exclusifs. Leurs principes sont tout différents des nôtres ; ils ne voient pas, ils ne sentent pas, ils ne s'expriment pas comme nous ; leurs essais dans un genre qui n'est pas le leur n'ont été jusqu'à présent que des imitations, imparfaites toujours et souvent ridicules.

L'atelier de sculpture sur bois est curieux.

Les élèves travaillent d'après nature ; ils ont devant eux, sur de petits billots^ des poissons, des oiseaux dont avec un souci ùiinutieux de l'exactitude ils observent et reproduisent les moindres détails.

Je voudrais m'attarder ici, mais le très aimable Japonais qui me conduit est impatient de me montrer le chef-d'œuvre de l'école, destiné à l'Exposition de Chicago, le triomphe de l'art symbolique modernisé. Aïe! quelle désagréable surprise! Voilà ma journée absolument gâtée !

Une déesse de grandeur surnaturelle qu'un audacieux artiste a voulu défiger de sa pose hiératique I Son ciseau novateur a tailladé en pleine matière, sans respect de la tradition sacrée, et du majestueux péplum aux plis raides, il s'en faut de bien peu qu'il n'ait fait (ô profanation I) un peignoir ajusté ! On affuble de nos modes les idoles elles-mêmes ! C'est la fin

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