L'UNIVERSITÉ. — L'ENSEIGNEMENT
de tout. Ajoutez qu'elle est dîflforme, cette pauvre déesse ; pas de cou, le flanc gauche évidé, le dos rond et des pieds de moujik ; elle aura des yeux d'émail, un collier et un diadème d'or fin. La statue est démontable en trois morceaux, la tête, le corps, les pieds. Les Japonais appellent cela de la sculpture ; c'est de la menuiserie.
Les sections littéraires et scientifiques sont allemandes et anglaises, allemandes surtoift. Peut-être quelques-uns de nos savants ont-ils une place dans la bibliothèque universitaire. Si oui, elle est bien petite, car je n'ai pu la trouver. Cependant je remarque le portrait d'un de nos plus illustres savants, M. Pasteur.
Sur quinze professeurs étrangers, douze viennent de l'autre côté du Rhin et trois de la Grande-Bretagne. Voilà la proportion. Pas un ÏFrançais ^ Pas un, je me trompe et mon erreur est impardonnable. La chaire de littérature française (cours facultatif et très peu suivi) est occupée par un congréganiste qui parle de nos lettres comme le Père Loriquet enseignait l'histoire de France. Pour lui, les encyclopédistes et leur continuateur, Ernest Renan, n'ont jamais existé I
1. n y en a deux maintenant, un professeur de droit venant d'être nommé.
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remonteront à la cause. Ponr le moment, ils ne voient encore que la boule de papier.
Dans une rue de Tokio, un jeune Japonais, mis avec une certaine recherche, vous toise en passant d'un regard insolent. Vous l'entendez murmurer des injures à l'adresse des étrangers. Il n'y a pas d'erreur possible : c'est un étudiant. Plus tard, vous le rencontrerez à Paris, sur le boulevard ou dans un salon : il est aimable, poli, souriant. Ses sentiments n*ont pas changé; mais avec l'âge il a appris que la dissimulation est le commencement de la sagesse... internationale. Et puis il est chez nous sur le pied d'égalité. S'il y a une différence, elle est toute à son avantage, car, presque toujours, vous le prenez pour un prince. Tandis qu'au Japon l'étranger bénéficie d'un régime d'exception imposé par la force et maintenu par la crainte. La jeunesse des écoles est-elle pire que celle de l'atelier ou de la campagne ? Non ; mais elle apprend l'histoire de son pays et la nôtre, elle compare, et sa conclusion est que nous représentons un état de choses dont s'indigne son patriotisme.
Cette analyse une fois faite d'un sentiment respectable, si inintelligente qu'en soit la mani-
festation, je suis plus à l'aise pour apprécier l'étudiant japonais. Plus curieux que studieux, fureteur plus que chercheur, il fait en peu de temps des progrès rapides. Mais le souffle lui manque bientôt et aussi le désir d'approfondir. « Ce que je sais le mieux, disait un érudit, c'est que je ne sais rien. y> Voilà un aveu que ne fera jamais un étudiant japonais. Il acquiert avec une étonnante promptitude cette insupportable suffisance du demi-savant. Esprit superficiel, il se persuade aisément qu'il n'a plus grand'chose à apprendre et que ce quelque chose est parfaitement insignifiant. Volontiers, après deux ans d'études, il s'écrierait avec dédain : « C'est ça la science ! »
Avec trente francs par mois, un étudiant, fils de famille, se loge et se nourrit. S'il dispose d'une somme égale comme argent de poche, il peut ne se rien refuser et imiter le jeune gandin des romans de Paul de Kock qui, à Paris, roulait carrosse, portait une robe de chambre à ramages et une calotte grecque, s'ofirait le luxe inouï de deux bains par semaine et entretenait une danseuse, le tout pour six mille francs par an.