JAPONAISE
Août.
J'ai eu le plaisir d'assister aux premières grandes manœuvres de l'armée japonaise, qui ont eu un éclat particulier. Trente mille hommes entièrement équipés à l'européenne y ont pris part. De beaux canons tout neufs ont tonné du matin au soir pendant trois jours, et, pour la première fois, le Fils du Soleil, l'Empereur, se montrait à son peuple à cent lieues de sa capitale. Aussi, quelle affluence sur le parcours 1 A Nagoya, emplacement choisi pour les opérations, la population fut admise, au moment de la revue générale des troupes, à contempler les traits augustes de son maître. On craignait qu'elle ne fît preuve d'une curiosité trop importune et, sur l'estrade impériale, en avant du fauteuil mikadonal, avait été disposé un rideau qui devait au besoin dérober aux yeux du profanum vulgus^ souverain et grands dignitaires. Précaution inutile I Pleins d'un saint respect, ces braves gens, venus de tous les points de la région, se tenaient à distance, osant à peine faire un pas ou même risquer un regard timide
dans la direction de la tribune. On fut obligé de leur dire d'approcher.
L'Empereur est un homme de trente-huit ans, de taille moyenne, qui porte non sans élégance l'uniforme d'officier général. Le visage encadré d'une barbe à poils rudes et rares, les sourcils épais et fortement arqués, le nez large et les lèvres fortes, il ressemble exactement aux anciens guerriers japonais dont les vieilles gravures reproduisent les traits accentués. Ses sujets ne le détaillent pas ainsi. Est-il beau, est-il laid? C'est une question qui leur importe peu. Pour eux, c'est le Fils du Ciel, le Tenchi^ un être à part, d'une autre essence que le conmiun des mortels.
Lorsque les régiments défilèrent, un chef de bataillon, en passant devant l'Empereur, fut impressionné au point de quitter son pas régulier pour prendre l'allure compassée et lente prescrite par le cérémonial de l'ancienne cour. Il marchait les coudes en dehors, relevant d'un mouvement automatique les genoux à angle droit du corps. De suite, tous ses hommes l'imitèrent. Chassez le naturel...
A propos de galop, le ministre de Chine s'est aperçu à ses dépens qu'il y avait quelques inconvénients à le prendre lorsqu'on n'est pas suffisamment familiarisé avec la plus belle con-
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Un détail à noter. Tous les soldats sont pourvus de bottes à l'allemande. Mais comme il leur est impossible de faire de longues marches avec ces chaussures, auxquelles leurs pieds ne sont pas habitués, ils les remplacent en campagne par le waradji^nBiioneA (semelle en paille tressée s'assujettissant au cou-de-pied) qui s'use en quelques heures, et dont il a fallu, pendant les opérations, cent mille paires par jour 1 Dans ces conditions, pourquoi des bottes ?
Si vous le rencontrez à cheval un jour de revue, l'officier japonais vous paraîtra irréprochable.
Il est, d'ailleurs, brave, résistant et discipliné. Voyez-le à la manœuvre : vous vous apercevrez vite que son savoir tiendrait dans un dé à coudre... de cantinière. Il possède sa théorie sur le bout du doigt, mais phonographiquement pour ainsi dire ; c'est une machinette montée qui fonctionne à la manière des joujoux du premier de l'an : c'est gentil, correct, amusant... jusqu'à ce que le ressort casse.
Il y a quelques années, l'armée japonaise, instruite par nos officiers, pouvait encore faire illusion.
Depuis sa germanisation, on la dirait com-
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dédain : une nation peut-elle se considérer comme grande s'il lui manque une grosse armée? Voyez la France, l'Allemagne, la Russie, etc. Toujours l'esprit d'imitation se donnant sans raison, sans utilité, pleine carrière.
Peut-être croyez-vous que le fusil en usage dans l'armée japonaise est le Mauser, le Spencer, le Mannlicher ? Pas du tout ; c'est le fusil Mourata, un fusil exclusivement japonais, ne vous en déplaise. Il ressemble beaucoup, direzvous, à notre fusil Gras. D'accord, mais ne remarquez-vous pas qu'une vis de la sous-garde a été déplacée? L'arme, ainsi radicalement transformée, a pris le nom de son inventeur.
Voilà un fait entre mille, qui montre la puérile vanité du Japonais occidentalisé; il pense qu'en tout, imiter c'est créer ; il est plagiaire et s'appelle, inventeur.
Un officier japonais me disait l'autre jour : (L Nous serons bientôt plus forts que vous à tous les points de vue, car nous ne prenons des civilisations avec lesquelles nous sommes en contact que la quintessence. En matière militaire, par exemple, nous avons pris ce qu'il y a de mieux chez vous et chez les autres : mes bottes sont autrichiennes, mon uniforme français, mon képi allemand, etc., etc. 3)
Comme c'est simple, la science !
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ment considérables. Son ambition d'être la Grande-Bretagne de l'Extrême-Orient s'est manifestée par nn travail très sérienx. Aussi sa marine de guerre représente-t-elle une force imposante.
Au 31 décembre 1891, la flotte comptait 35 bâtiments déplaçant ensemble 61,769 tonnes, d'une force totale de 76,665 chevaux et armés de 324 canons. L'effectif était de 5,726 hommeâ dont 51 officiers généraux et supérieurs, 559 officiers et aspirants, 5,122 sous-officiers et marins.
En outre, 13 torpilleurs de 795 tonneaux et 6,227 chevaux ont été construits dernièrement par des ingénieurs français.
En leur qualité d'insulaires, les Japonais sont d'excellents marins, et ils ne négligent aucun effort pour se mettre vite et bien au courant de la manœuvre si difficile des grosses machines de guerre qui leur arrivent d'Occident. Mais tout ne s'apprend pas en un jour, et de nombreux exemples prouvent que dans cette étude, comme dans toutes celles qu'ils entreprennent, ils croient beaucoup trop tôt avoir atteint le degré de science et de pratique nécessaire pour se passer absolument de leurs professeurs. Qu'ils patientent un peu ; ils auront bientôt le droit de dire avec quelque fierté qu'ils possèdent une marine militaire capable de défendre efficace-
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8&r:< prdé les T^^>rss oynixniiièes à oi^puaioe, aSaft/lîs encore par llns^iaciaDoe qid kor &h dédaigner toute ca!t:ire dn soL ces acdeos Tnafrres dn Japon toaclient à lenr fin^ et dans les liladons qn'aur cérémonies ritnelleB ils offient à la terre, fls semblent honorer plutôt leur dernière demeure qne lenr mère nonrridèie.
LE JAPOH ET LES HISSIONS d'eVANGELISATIOX.
Voici trois actes de sanyagerie dont, en moins d'nn mois et demi, Tokio fht le thé&tre, et qni me paraissent de natnre à fiûre réfléchir les nipponophiles.
Vers le conmiencement d'ayril, nn missionnaire anglais est assassiné dans des conditions particulièrement tragiques.
Le 12 mai, un missionnaire, Anglais également, se trouve sur le passage de l'Impératrice
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