‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 40 sur 45 · SI · texte numérisé non relu

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dixièmes, vivent dans cette idée que les Japonais sont nn peuple aimable, adorant les Européens, les blancs en général et en particulier les Français I Vous vous trompez. Ce n'est que dans les campagnes que les étrangers rencontrent encore un accueil sympathique, mais la population des villes, celle qui possède une certaine instruction, qui écrit, pérore et s'occupe de politique, nous a été et nous est hostile.

On juge en Europe et en Amérique le Japon par les quelques Japonais qu'on y rencontre, et parce qu'on les voit vêtus comme nous, adoptant assez vite nos habitudes, nos manières et nos défauts encore plus que nos qualités, on les suppose arrivés au même degré de civilisation. C'est une erreur profonde. A Londres, à Paris, à Berlin, on les appelle couramment les Anglais, les Français ou les Allemands de l'Extrême- Orient, appellation que ne justifie pas la facilité avec laquelle ils se meuvent dans le milieu où le hasard les conduit. A peine rentrés chez eux, et si longtemps qu'ils aient vécu à l'étranger, ils redeviennent Japonais plus rapidement qu'ils avaient paru ne plus l'être. Et par là je ne veux pas seulement dire qu'ils reprennent leurs coutumes comme on reprend son chapeau au vestiaire, cela, est au surplus de minime importance; mais ils discutent et agissent en Asiatiques invétérés.

LES NATIONS ÉTRANGÈBES. 281

Ce peuple est encore très primitif, guère plus équilibré qu'un enfant, obéissant à son instinct et non au raisonnement, aujourd'hui bon, demain mauvais, crédule, étonnamment auggestionndble. Dans tout Japonais, un fanatique sommeille. Sa passion dominante, c'est, contre l'étranger, un sentiment d'antipathie qu'attisent et surexcitent les chercheurs d'incidents et les faiseurs d'eau trouble. Le plus souvent, il le dissimule sous les dehors d'une politesse banale et compliquée, propre à tromper les gens de passage et les observateurs superficiels.

Traversez un village n'importe lequel. Les hommes vous saluent, les femmes ont un joli sourire et les enfants vous suivent en criant : Ketodjin bakaf (Barbare stupide.)

Et vous dites, vous, qu'un paquebot amène et qu'un autre va remporter, vous qui ne comprenez pas leur langue : a Comme ces Japonais sont aimables !»

C'est surtout au Japon qu'entre ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, il existe une grosse différence. Ce qu'on voit, c'est l'affabilité rieuse du commerçant, la mine gracieuse et douce de la mousmé bien habillée et bien propre, l'enfance joyeuse et choyée.

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Ce qu'on ne voit pas^ c'est la moquerie malveillante que, presque toujours, celui-là vous adresse, la position humiliante et servile de l'antre, et le sort misérable de celle-ci, vendue, h peine nubUe, aux entrepreneurs de plaisirs publics.

De ravissants kakémono , d'exquis brimborions sur lesquels, pendant des années, s'est exercée la patience d'un artiste, c'est ce qu'on voit. L'absence totale de grand art, de conception vraiment large et forte, c'est ce qu'on ne voit pas.

Ce qu'on voit, c'est le jeune étudiant correct, tiré à quatre épingles, reçu dans nos Facultés ; c'est l'officier studieux admis dans nos écoles, qui, en six mois, ont pris nos habitudes, semblent se pénétrer de notre esprit et emporteront, sans doute, chez eux un peu de sympathie pour ce pays où ils ont trouvé une réception cordiale.

Ce qu'on ne voit pas, c'est l'Asiatique de retour dans son milieu, le petit homme jaune méfiant, dépité de rester sur ce qu'il a appris à l'étranger, sans pouvoir aller beaucoup au delà, et, chose inexplicable, souvent plein d'injustes rancunes contre ses maîtres.

Des ministres, un Pariement, des conseils de ceci, des cours de cela, le chapeau haut de forme, la redingote du fonctionnaire, le dolman, les déco-

que qaelqaeB-nns n^ont pas abandonnée d'ailleurs , — de se débarrasser des étrangers dès que lenr éducation militaire leur permettrait d'accomplir ce tour de force.

A ce moment les Japonais se défiaient des Européens parce qu'ils ne les connaissaient pas et, maintenant qu'ils les connaissent, ils s'en défient davantage. Autrefois, ils se mettaient en garde contre cette civilisation occidentale, si diflérentedela leur, qui leur arrivait par bateaux à vapeur et leur apparaissait pleine de dangers ; comme aux rats de la fable, ce bloc enfariné ne leur disait a: rien qui vaille ». Puis, leur esprit d'imitation et leur goût du nouveau reprenant le dessus, ils ont copié ces barbares qu'ils voulaient expulser.

Ils leur ont même demandé d'être non plus seulement leurs modèles, mais leurs professeurs. Maintenant, ils prétendent se substituer en tout à leurs maîtres et nous craignent comme des adversaires dont la rivalité leur semble menaçante et qu'en bien des circonstances ils ne pourront vaincre.

En somme, il convient de prendre les Japonais pour ce qu'ils sont réellement, et de garder vis-à-vis d'eux, surtout dans l'éloge, la mesure que les Européens ont eu le grand tort de ne pas toujours observer. Aussi il est arrivé que les

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