‹ Le Japon contemporain: (notes et impressions)Chapitre 43 sur 45 · LE COMMERCE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE

Le Japon doit tonte sa prospérité an développement extraordinairement rapide de son commerce extérienr. Or, cette progression date de l'arrivée des étrangers dans l'Empire du Soleil levant. Ce sont eux qni ont donné aux travaux publics et aux industries . locales une poussée si active qu'en moins de vingt-cinq ans ce pays a pu créer et compléter son outillage économique et édifier sur l'ancien état de choses un monde nouveau, dont les éléments vivaces, amalgamés par les étonnantes facultés des indigènes, promettent une évolution ascendante à laquelle, jusqu'à présent, on ne pourrait assigner une limite.

Kobe, Yokohama, Nagasaki, Nagoya, Osaka,

amis, visité les temples, assisté aux processions ' et bu, avec force tasses de thé, du saké (eau-de- j vie de riz), qui leur fait monter le sang aux joues et la chanson aux lèvres, il leur semble que la vie est bonne, et, dans leurs interminables propos de veillée, il ne s'élève ni plaintes, ni récriminations contre le sort. Le jour où le paysan japonais payera un peu moins d'impôts et aura un peu plus de crédit, il s'estimera parfaitement heureux.

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de redevenir maître de ses tarifs douaniers que les puissances qui ont traité avec lui ont simplifiés de façon à ne rencontrer de ce côté aucune gêne. Le droit d'importation sur tous les produits étrangers est, en effet, fixé à 5 pour 100 ad valorem.

Après avoir fait aux Japonais une aussi large part, après leur avoir reconnu de puissantes facultés et de sérieuses chances de succès, il convient de ne pas leur dissimuler qu'il leur manque encore, pour être dignes de la victoire qu'ils poursuivent, sinon le savoir-faire, au moins l'éducation morale, sans laquelle le commerce, si étendu qu'il soit, n'est que de la piraterie vulgaire.

a Les affaires, c'est l'argent des autres, » voilà l'aphorisme que le commerçant japonais a compris admirablement le jour où les événements l'ont mis en relations avec les étrangers. Sa moralité se ressent encore de son infériorité sociale d'il y a vingt ans. Il était, à cette époque, faible et méprisé, au dernier rang. Avec l'ouverture du pays au commerce extérieur, sa fortune est devenue tout d'un coup considérable. Son éducation n'a pas suivi une marche aussi rapide. Assez riche aujourd'hui pour être honnête, il n'a pas dépouillé le vieil homme. H

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c'est le baQqoier, rindastriel, le commerçant, le maniear d*argent« le capitaliste. Dans nn jâvs où les principes ont à pen près la Talenr d'an mot, on devine les conséquences d'un pareil mouvement. Ce ne sera pasTun des moindres événements de ce siècle que la transformation de ce penpie guerrier en peuple de marchands. Le Japon n'y gagnera pas en moralité, mais l'argent n'a-t-il pas toujours un peu sali ce qu'il touche? Après tout, le Du Xippon n'est pas à plaindre. Carthage n'a pas été sans gloire et, malgré sa vulnérabilité, le géant britannique fait bonne figure dans le monde.

Il n'est pas sans intérêt d'appuyer ces considérations générales de chifl&res précis, qui permettront d'apprécier exactement toute l'importance du commerce japonais.

Les statistiques commerciales, portant à la fois sur les importations et les exportations dans les ports du Japon, donnent en yen, c'està-dire (la piastre valant environ 3 fr. 80) la moyenne suivante :

. Yokohama 288 .800.000 francs

Kobe 184.300.000 —

Osaka 9.500.000 —

Nagasaki 28.500.000 —

Hakodate 3.137.693 —

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du matériel de chemins de fer^ des machines industrielles ;

La Chine, surtout des cotons bruts, sucres, céréales, légumes, tourteaux, nattes ;

Les États-Unis d' Amérique , surtout des farines, coton brut et filé, pétrole, denrées alimentaires, machines, cuirs, horlogerie, tabac ;

Les Indes anglaises, indigo sec, cuirs, coton brut et filé, riz ;

L' Allemagne, draps et lainages, tissus soie et coton, machines, instruments et outils, papiers, cartons, rails, armes et munitions, steamers, produits chimiques et pharmaceutiques, quincaillerie ;

La Corée, surtout légumes, céréales, cuirs ;

La France, mousselines de laine, tissus soie et coton, cotonnades rouges, machines industrielles, vins, bijoux, ciments, savons, etc. ;

La Russie, pétrole ;

La Belgique, quincaillerie, machines, métaux bruts, verreries;

La Suisse, horlogerie, denrées alimentaires (lait condensé, etc.), cotonnades, tissus soie et coton;

L'Australie, laine brute, lards et suifs.

Notons que, depuis plusieurs années, les Japonais s'efforcent de supprimer tout intermédiaire

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824 LE JAPON CONTBMPOBAIN.

créées avant même qu'on eût apprécié les bénéfices certains qui pourraient résulter de leur fonctionnement ; et, l'agiotage aidant, de nombreuses entreprises, dans lesquelles des capitaux assez considérables s'étaient imprudemment engagés, aboutirent à des désastres dont, pendant quelque temps, le pays a supporté le contre-coup. Mais il faut reconnaître que ce malaise ne M que passager. Avec une rare sagacité, une persévérance qu'on n'aurait peut-être pas attendue d'esprits si portés à l'enthousiasme et, par suite, accessibles au découragement dès le premier échec, les Japonais se ressaisirent. Ils apportent, désormais, une méthode plus sûre dans chacune des opérations industrielles qu'ils tentent. La force tirée d'associations &ciles à former, dans un pays où les capitaux abondent, leur permet, après avoir fait face aux pertes occasionnées par les insuccès du début, de recommencer, sur de nouvelles données, avec chance, cette fois, d'une meilleure réussite.

Leurs lignes ferrées, dont la longueur dépasse 2,500 kilomètres ont été tracées et construites avec une connaissance sérieuse des besoins des régions qu'elles traversent, donnant ainsi au commerce, à l'agriculture et à l'exploitation des terrains miniers, des facilités indispensables. Leurs ports ont été agrandis et aménagés de

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denrées de tout genre s'élève. Patience, patience, le Japon, lui aussi, aura sa petite crise sociale I

En résumé, si Ton considère qu'avant l'ouverture du pays, le commerce et l'industrie japonais avaient un caractère purement local, on conviendra que l'essor qui leur a été donné depuis quelque vingt ans est vraiment prodigieux. Les Japonais ne sauraient, sans être en contradiction flagrante avec les faits, nier l'influence sur ce mouvement de l'intervention de ces étrangers à l'égard desquels ils se gênent si peu pour manifester leur antipathie.

Il serait assurément puéril de demander à nos élèves de la gratitude. Ils peuvent penser et dire qu'ils ne nous ont aucune obligation : ils seront dans le vrai. On ne fait pas de politique avec du sentiment ; à plus forte raison en est-il de même quand il s'agit d'opérations commerciales. Étrangers et Japonais ont trouvé leur compte à travailler ensemble, partant ils sont quittes.

Mais, cela bien établi, qu'il me soit permis de faire remarquer aux Japonais qu'ils ne se trouveront pas vis-à-vis de nous sur le pied d'égalité par le seul fait d'avoir imité et égalé

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