LES TEMPLES. — LES PALAIS
tingnedes antres compartiments. Chaqne temple contient nne chambre semblable ponr la même destination.
Qui travaille prie, dit le proverbe. Si la réciproque est vraie, il n'est pas d'activité comparable à celle de l'empereur du Japon, sons Tancien régime.
Du jour de son intronisation jusqu'à l'immobilité finale, il priait, priait sans cesse, séparé des êtres et des choses par l'infranchissable muraille qu'élevait, autour de sa personne, le respect idolâtre de ses sujets.
Du riz bien blanc, du poisson et du thé, c'était toute la liste civile de ce demi-dieu couronné. Les mortels, ses cousins, sont plus exigeants.
Dans son immense palais aux longs couloirs sombres, pas le moindre luxe. Tout y est d'une simplicité primitive ; les murs sont blanchis à la chanx et les peintures ornementales ne valent pas quatre sous le mètre carré. Dans une chambre d'aspect funèbre, du plafond tombent trois ou quatre épaisseurs de rideaux de soie blanche en forme de dais.
Qu'est-ce ? Un trône ou un sarcophage ?
L'un et l'autre.
Il fait bien noir ici pour le Fils d'Amaterasou, la déesse Soleil. Je comprends qu'il ait changé d'air et d'existence, le Mikado. Il devait en
avoir assez de cet asile du recueillement, et du
(( Pauvre enfant vêtu de noir
Qui lui ressemblait comme un frère, »
et du jardin aux arbres biséculaires, réduits par une torture savante et quotidienne, eux, les géants de la nature, à la proportion de plantes naines ; et aussi de la pièce d'eau pleine de poissons rouges où se balance bêtement un sampan monumental.
De là passez au palais de Nijo, demeure des anciens chogoun^ vous serez ébloui. De l'or partout ! C'est toujours la tchaya japonaise, tapissée de nattes finement tressées, mais sur les cloisons peintes par Kano, des tigres, des fleurs, des oiseaux sur fond d'or.
Au-dessus des portes, au lieu des quatre pauvres bambous des cellules mikadonales, ce sont de merveilleuses pièces de bois ajouré, des paons, des faisans plus grands que nature, un fouillis de branches fleuries taillées en pleine matière, et, sur tout cela, ce luxe de couleurs riches et sobres dont les Japonais, les vieux, possédaient le secret. Les plafonds à caissoiis laqués d'or avec entre-croisement de cuivres ciselés, le fini et l'élégance des moindres détails.