ÉCOLES
CORSTtTOTIOR
OMilét.
Nbttto.
JUIk
MrMli.
utrule
Garcom
Filles.
Primaires
Supérieures (stCMUim) .
Dans Tensemble la santé des élèves de renseignement primaire ne laisserait donc rien à désirer.
Malheureusement il n'en est pas de même pour les élèves de renseignement supérieur.
£n Europe le surmenage n'existe guère que dans rimagination des parents stimulée par la paresse des enfants, au Japon c'est un fait réel. On a calculé qu'en 1905-06 sur les 6 443 anciens étudiants sortis arec des diplômes de T Université de Tôkiô 427 étaient morts, soit 7,55 0/0 en vingt-six ans.
Ces tristes résultats ont plusieurs causes.
La première est la pauvreté des étudiants, particulièrement de ceux qui appartiennent à la classe des anciens samurai. Ruinés par la Révolution, les shizoku s'efforcent de se relever : en 1902 543 shizoku furent admis aux écoles supérieures contre 1047 heimin et 219 passèrent les examens de l'Université de Tôkiô contre 228 heimin. Et Ton pourrait presque dire que chacune de ces carrières d'étudiants samurai est une suite de privations héroïquement supportées par Tétudiant d'abord, par sa famille ensuite, où tous, parents, sœurs, frères cadets, les cousins même quelquefois, travaillent nuit et jour afin de permettre à l'héritier du nom d'embrasser une carrière digne des aïeux.
Le coût de Teducation augmente en effet chaque année. Sans doute il nous semblerait encore faible puisqu'on estime que depuis la sortie de l'école primaire gratuite jusqu'à l'obtention du diplôme de licencié les dépenses nécessaires pour l'entretien et réducation d'un jeune homme ne dépassent guère 3 000 yen, mais il faut se rappeler
su
LE JAPON MODERNE
que le Japon est beaucoup moins riche que la France et que les étudiants ne se recrutent généralement pas dans les familles fortunées.
Quelques chiffres nous permettront d'estimer plus exactement les besoins de Tétudiant japonais.
Voici les prix demandés par le Keiôgijiku, la grande école libre dont nous avons parlé; ils se rapportent aux étudiants qui suivent dans cet établissement des cours analogues à ceux des Universités de rÉtat :
Dépenses pour les onze mois de L'année scolaire :
Pour rînstractîon propre 36 yeo.
Pour le dortoir 38,50 —
Pour les classes 3 —
Pour Téducation physique 3 —
Pour la table. 66 —
Pour les livres (environ) 60 —
206^50 yen.
De tous temps au Japon T instruction a été con* sidérée comme le plus grand de tous les biens et
le fait de venir en aide aux étudiants pauvres fhtn shoseij subvenant eux-mêmes à leurs besoins fjikatsuseij a été tenu pour la plus sacrée des cha* rités. Aussi beaucoup de familles de toutes les classes, même de celles qui ne sont pas aisées, ont-elles à domicile un ou plusieurs étudiants, qu^elles défraient de tout, qu'elles font élever et qui leur rendent en échange quelques services de secrétaire et de domestique.
Il s'est formé aussi un grand nombre de sociétés (plus d'une centaine, parait-il) pour venir en aide
aux étudiants pauvres. Ces sociétés sont le plus souvent fondées et soutenues par les aucieas daimiô dans le but de pousser les fils de leurs vassaux d'autrefois ; les plus importantes sont celles du duc Mûri de Giioshu, dont le capital dépasse TOOOOOyen, et celle des deux ducs Slumazu de Sa (su ma. Ces sociétés font aux étudiants des avances de 5 à 10 yen par mois, quMls leurs remboursent progressivement quand ils ont embrassé une profession. Le vicomte Hotta a doté de 100 000 yen l'école secondaire qu'il a fondée dans son ancien fief de Sakura. Ainsi se perpétuent quelques traditions de la féodalité dans le Jaj)rui moderne.
Une autre cause de surmenage est la concurrence; les enfants, les jeunes gens doivent se disputer les places trop rares des collèges et des Universités. En 1902, sur 46 570 enfants demandant admission dans les établissements d'instruction secondaire, 26 622 seulement purent être reçus ; quVst-ce donc pour les sept écoles supérieures
et les Universités?
Ainsi depuis leur plus tendre enfance les Japonais doivent constamment lutter. Ils le font d'autant plus àprement que les jeunes gens diplômés de l'Université ont la certitude d'être immédiatement placés : en 1902 n'avaient fait leurs études universitaires que 800 juges sur 1 700, 400 hauts fonctionnaires sur 3 200, 300 professeurs de l'enseignenioiit secondaire sur 4300, 600 médecins sur plus de 30 000.
Ce qui. manque au gouvernement, ce sont des professeurs; dans un pays où tout s'est renouvelé
LE JAPON MODERNE
en quelques années, comment aurait-on pu déjà
former des milliers et des milliers de gens capables de donner un enseignement moderne? De là ces efforts précoces où s'épuise la vigueur intellectuelle et physique de la jeunesse studieuse.
Il faut aussi tenir compte de la perte énorme de temps que représente Tétude de 40000 ou 50 000 caractères chinois, étude qui demande près d'une douzaine d'années. Et cette connaissance si longue à acquérir devient inutile aux étudiants dès que commence pour eux renseignement véritable; les voilà forcés d'apprendre deux ou trois langues européennes : le bulletin de l'observatoire de Tôkiô est en français; la faculté de médecine publie ses comptes rendus en allemand (Mittheibingen aus der medicinischen Fakultâtjj la faculté des sciences et la faculté d'agriculture publient les leurs en anglais (Journal oj the collège ojf science. Bulletin of the collège of agricuUureJ,
Depuis longtemps il est* question de supprimer les caractères chinois et les kaua et de les remplacer par Talphabet romain, tel que 1 emploie la société dite romajikai. Pour les mots japonais la chose est aisée, mais pas pour les mots sino-japonais, qui abondent en homonymes. Aussi une revue fondée en 1908 et imprimée en lettres romaines prétend-elle n'employer que des mots japonais. Mais répudier tout le vocabulaire sino* japonais paraît impossible : on devra y faire un choix, conserver tous les mots qui n'ont pas d'homonymes, parmi les homonymes en éliminer un certain nombre, n*en employer d'autres
qu*avec quelque terme qui en précise le sens (1).
Il ne semblerait pas que cette réforme doive lonjjtemps tarder et Ton peut penser que les autres difficultés rencontrées par les étudiants diminue* ront progressÎYeikient : le pays s'enrichit, la société prend un caractère plus stable, les Ja[)onais se familiarisent avec les idées de TOccident, renseignement des sciences européennes donné par des Japonais s^adapte de plus en plus à la mentalité japonaise, le nombre des établissements d'instruction ne cesse d'augmenter et, comme nous le dirons ailleurs, le développement de rhygiène et du bien-être tend à fortifier la race.
Ë. — L'hyoiâne kt l'assistance publiques (2)
En effet, comme les fondateurs du nouveau régime voulaient faire des Japonais un peuple
(1) Beaucoup de Japonais redoutent, il ettyrai, le perturbation que la suppression des idéogrammes produirait dans les habitudes intellectuelles et même dans les habitudes morales, un certain nombre d'idëogrammes ëtant devenus des symboles auxquels la foi du peuple est profondément attachée. Nous étudierons cette question dans la Conclusion.
(2) Cf. les year books, les statistiques officielles, la notice sur la CroiX'Jtouge publié par Nagao âbiga, la conférence faite sur le même sujet par M. AacàMBRàir.
LE JAPON MODERNE
intelligent et instruit, ils voulaient en faire une race vigoureuse et saine. La seconde tâche ne pré-
senlailpas inoins de (iifHciillës que la première : la misère qui sous le shùgnnnt était résuliée du sur* peuplement avait afiFaibli le type physique et contribué à répandre les épidémies. Dans cette seconde tache les hommes du Meiji ont ('{jaloment réussi, mais nous ne présenterons pas ici Tensemble des résultats obtenus par leurs efforts, car il est préférable de réserver les données démo^^jraphiques pour le chapitre consacré à la situation du peuple. Nous nous bornerons pour Tinslant à signaler Tœuvre accomplie pour T hygiène publique. Le manque de fonds, les yjréjufjés de la population, la difficulté de former un corps médical d'une instruction vraiment moderne ont empêché le gouvernement de faire tout ce qu*il aurait souhaité.
L'on s^occupa d'abord de lutter contre les maladies contagieuses. La loi du 12 avril 1876, complétée par la loi 34 du 0 novembre 1885, a rendu la vaccine obligatoire. Depuis, s'inspirant de FAllemaf;ne, le gouvernement a promulgué nombre de lois et de décrets sur l'hygiène, qui malheureusement ne peuvent encore être rigoureusement appliques; il a fait aussi de grands efforts pour combattre l'abus de ralimentation par le riz, qui provoque le kakke ou béribéri. Le ministère de rintérieur entretient et surveille les laboratoires d'hygiène, de sérum sanguin, de vaccine et des maladies épidémiques.
L'État s'est aussi intéressé au développement
•des connaissances médicales. On comptait en 1887 : 40 879 médecins, 9 878 pharmaciens et 29 863 sages-femmes. Il faut croire que le diplôme s^accorde aujourd'hui plus difficilement, car le nombre des médecins est brusquement tombé de 43 000 environ en 1900 à 34000 en 1901 pour se relever à 37 000 en 1906 (7,17 pour 1000 habitants). Mais, comme nous Tavons dit, en 1902 il n'y avait encore que 600 docteurs en médecine. Le nombre des sages-femmes élail de 26 000 en 1906; cette même année, on trouvait plus de :3 500 pharmaciens et de 32 000 droguistes.
En 1893 il existait 359 hôpitaux publics et 297 hôpitaux privés; la crise financière de 1883-85 iit tomber ces chiffres respectivement à 224 et 292 •en 1987. Le nombre des hôpitaux était de 866 en 1900, 842 en 1901, 828 en 1902, 879 en 1903, 873 en 1904, 911 en 1906; les grands écarts que Ton trouve entre une année et Tautre prouvent que la plupart des hôpitaux sont peu considérables. En 1906 il y avait 15 hôpitaux de 1 Étal, 218 hôpitaux publics (aux départements et aux communes) et ^78 hôpitaux privés.
L^Université de Tôkiô a son hôpital; la ville ventrctient deux asiles : le premier fondé en 1872 pour les infirmes, le second de 1879 pour les fous. L'hôpital privé d'Atagochô a été fondé en 1882. Il existe au Japon trois hôpitaux de lépreux fondés par dos élran^rers.
Plusieurs médecins connus de Tôkiô ont leurs propres hôpitaux.
La plus importante des sociétés de secours
LE JAPON MODERÎNE
médical est relie de la Croix-Rouge fondée en 1877 par le comte Sano (f i903) et le vicomte Ûgiû, cette société ne fit adhésion à la convention de Genève qu'en 1886. Depuis 1903 le président est le marquis Matsukata. En 1906 la société comprenait 1 275 512 membres payant 2 970 339 yen de cotisations annuelles ; elle avait un fonds de réserve de 9 755417 yen. Son personnel comprenait 5 directeurs, 291 médecins, 10 distributeurs, 90 employés, ^02 infirmières principales, 2 071 infirmières, 678 aspirantes-infirmières, 691 infirmiers, 132 brancardiers, 2 ouvriers. La société possédait Jeux navires-hôpitaux : le Hakaimaru et le KosaimarUj un hôpital et dans chaque district un dispensaire pour la formation des infirmières.
La ligue des femmes japonaises ^ fondée en 1901 par Nfme Okuinura {\ 1907), présidée actuellement par la duchesse Iwakura sous le patronage de la princesse Kanin et comprenant 514 735 membres en 1906, a pour but de seconder la Croix- Roupie en fournissant aux soldats en campagne tout ce dont ils ont besoin.
Dans le Japon des Tokujjawa le principe de solidarité était si puissant, les clans, les familles, les classes sociales, les corporations, les villes et les villages, les quartiers, les goningumi veillaient si
LA TRANSFORMATION OU JAPON Sil
scrupuleusement à rentreiien et au secours de
leurs membres qu'il ii\ avait pas de place pour un système général d'assistance publique. Lorsque Tancienne société eut été détruite par la Révolution, les œuvres d'assistance et de charité revinrent à 1 Etat. Cependant la constitution de la famille est encore si forte au Japon que le rùie de TÉtat y est moindre qu'en aucun autre pays civilisé. Voici les principales institutions d'assistance
fondées j)ar l'État.
Le règlement sur 1 assistance publique de 1899 oblige chaque préfecture à se créer un fonds de secours d'au moins 560 000 yen ; l'État s'est engafjë à augmenter ce fonds pendant dix ans par des souscriptions annuelles proportionnées aux sommes souscrites par les préfectures. Le capital des fonds de secours était en 1904-05 de 30 977 242 yen. Les revenus sont capitalisés à Texccption d'une part variable (76 183 yen en 1904-05, 654 168 en 1905-06, 211 201 en 1906-07). qui est consacrée à des œuvres de charité courante. Au contraire le total des revenus et même une partie du capital sont employés en cas de calamité (famine, épidémie, tremblement de terre, inondation, etc.).
En 1904 l'État secourait plus de 18 000 pauvres avec une dépense annuelle de plus de 200 000 yen et faisait élever 2279 enfants trouvés, coûtant à l'État et aux communes 39678 yen. Les dépars tements et les municipalités s'occupent également d'assistance sociale.
Parmi les œuvres privées nous citerons» outre les hôpitaux mentionnés plus haut, la maison de
LE JAPON MODERNE
correction de Shibuya (1885), Torphelinat de Fnkudenkai (1879) de Kogaicho (Azabu) et celui d Okayama (1887), créé par Juji Ishii (1865), un chrétien, les maisons d'asile pour condamnés
libres, dont les plus importantes sont celles qu'a fondées un chrétien, M. Hara.
F. — La défense natiunalk (1)
VArmée.
Les institutions nouvelles ne pouvaient se comprendre sans la création d une arnuc nationale qui les protégeai à 1 intérieur contre les révoltes, à Textérieur contre la jalousie de letranger.
Nous avons vu que la première pensée du nouveau gouvernement centralisé avait été de s affran- (l) Je ne saurais trop remercier le colonel Shirai, attaclié militaire à l*aris, «ravoir bien voulu revoir cet article consacr*^ à l'armée. Je remercie également le |ifënérnl Lebon, membre du conseil supérieur tic la (:;nerrc, pour les précieux renseignemente qu'il iu'a donnés 6ur 1 œuvre de la utission militaire française.
Cf. dans Stkvd : Japan by the Japanese les deux articles des mart^'cbaux Y\mac.\ta et 0YAMA;le8 Ypar f>oo /{.<;; J a pan at the het/iri' nistq of thc A' A'"* Ccniury ; Hèglemcnt sur le service des armées japonaises eu campaç^ne (trad. par F. Devillk); L'année et la flotte (lu Japon ( Composition et répartition en 1 90 l ) ; les trèg nombreux ouvrages sur la gun rc de 1004-05, qui «cront mentionnés dans le Tome VII ; pour la promitVe période : RATHGb*N et P. UK LiPfiYHERE, Le Japon militaire (1885), etc.
LA TRA^St OKMATIOiN DU JAPON «21
chir de la tutelle des clans, qu'il voulait supprimer, en se créant une armée impériale. Mais pour y réussir, il lui fallait le concours de ces clans eux-mêmes ; il suffit de rappeler les nég;ociations laborieuses auxquelles donna lieu la création de la nouvelle armée, la nomination de Saigô au grade de général, le voyage d*Iwakura et d'Ôkubo à Kagoshîma. Le 2 avril 1871 les clans du Sud-Ouest consentirent à céder une partie de leurs forces à l'empereur pour en former la (;arde impériale, qui devait être le premier corps de la nouvelle armée nationale : Satsuma donna quatre bataillons d^infanterie et quatre d'artillerie ; Ghôshû, trois d'infanterie; Tosa, deux d'infanterie, deux d'artillerie et deux escadrons de cavalerie (l).
En 1871 on établit la conscription dans le Gokinai. Dans l'automne de la même année Tempire fut partagé en quatre circonscriptions mili* taires.
Le 28 décembre 1872 parut une proclamation de Tempereur, devenu le commandant en chef de la nouvelle armée, qui annonçait le retour à Torganisation militaire du huitième siècle et créait par suite l'obligation de servir pour tous ses sujets, quelle que fût leur classe. Nous avons déjà étudié les e&eis de cette grave mesure, qui supprimait le privilège séculaire des samurai et les forçait de porter le même uniforme que les heimin; nous avons dit le mécontentement qu'ils en ressentirent, leurs efforts pour . entraîner le pays dans
(i) Adams» 11, p. 232. '
LE JAPON MODBRNE
une guerre contre la Corée et contre la Chine, la
retraite de Sai(^6, la révolte (r^tô.
La nouvelle armée fut organisée en 1873; nous étudierons plus loin la loi sur la conscription [choheireî)^ qui fut refondue le 5 novembre et maintes fois uiodifiéo depuis.
Nous diviserons en eiîct cette étude en deux par* ties : constitution morale et constitution matérielle de Tarmée japonaise.
Gréée par la Révolution et pour la Révolution, principalement dans le but de détruire la puissance
des daiiniô. les privilégies et rinfluence des samurai, Tarméc ne fut cependant pas une armée révo^ lutionnaire ; bien que profondément nationale, uni* versellement populaire, elle n'est même jamais devenue une armée dëniocralifjuc. Ceux qui Font fondée, en première ligne le maréchal Yamagata,. ont cherché leur inspiration dans un seul des deux, principes qui avaient provoqué les événements de 1868, le désir d'une Restauration impériale, le mysticisme shintôiste, le culte du mikado considéré comme Théritier, le vicaire de la déesse solaire et des dieux créateurs de FArchipel, comme Tincarnation de la patrie et le représentant par excellence des idées de loi, d'ordre, de vertu civique, d'autorité patriarcale chères au confucianisme. Avec ce principe on a remis en honneur dans l'armée les^
sentiments dont l'ancien régime avait tiré sa force : le bushidô, la fidélité des vassaux à leur suzerain devenue l'obéissance des soldats à Tempereur et aux officiers, ses représentants, la solidarité des membres des clans devenue la solidarité des soldats d'un même corps, la solidarité de tous ceux qui ont combattu ou qui combattront un jour ensemble. *
Et, après que ces sentiments eurent fait la valeur de Tarmée, considérée d'un point de vue purement militaire, on tint Tarmée elle-même comme la grande école destinée à enseignei* ces mêmes sentiments au pays tout entier, à les garder purs et vivaces malgré les doctrines égoïstes, Tamour de Targent, les tendances commerciales de la société moderne. Ainsi l'armée du peuple et du nouveau Japon est devenue le sanctuaire des idées que chérissaient les samuraî de l'ancien Japon parce que ces idées ont paru les plus capables d^assurer la défense du pays en cas de guerre, d'assurer sa cohésion en temps de paix.
Ces idées sont admirablement exprimées dans le rescritde Tempereur aux hommes d*armes (gunjin) (4 janvier I88;î), qui forme avec le rescrit sur l'éducation le fondement de la nouvelle religion d'£tat établie par le Meiji.
Après un préambule qui rappelle Torigine de son autorité, l'empereur donne les cinq préceptes du busliido :
!• Soldats et marins doivent tenir pour leur devoir
le plus sacré de se montrer fidèles envers leur souverain et leur patrie. Tout homme né dans ce pays
326 LE JAPON MODERNE
ne peut manquer de patriotisme, mais pour les soldats et les mariiiï» c'est une vertu première, un homme sans un fort patriotisme doit être re^^ardé comme impropre pour le service. Des liommes sans Fidélité seraient des poupées, quels que fussent leur entrainement, leurs progrès dans Fart et la science militaires; des troupes composées de pareils hommes ne seraient que des bandes à Theure du danger. Vous devea vous souvenir que la défense du pays et le maintien de son prestige dépendent de ses forces militaires et narales, que le (h'j;ri' de leur efHcacité est la mesure même de son bien-être. Vous vous tiendrez donc à Técart des discussions j>ubli(|ues pour vous consacrer exclusivenumt à l'accomplissement de votre principal devoir, toujours prêts à le considérer comme plus lourd qu'une montaf^ne, mais à regarder le sacrifice de votre vie à votre devoir comme plus léger qu'une plume. Ayez soin de ne jamais provoquer le malheur par la violation de la bonne toi.
2« Soldats et marins doivent être courtois. Le service de l'armée et de la marine forme une hiérarcliie, qui descend du maréchal et de l'amiral aux simples soldats et aux matelots, subordonnés les uns aux autres parles nécessités du commandement Dans le même f^^rade il y a des inégalités fondées sur l'ancienneté et le moins ancien de {fi*ade doit obéir au plus ancien. Les inférieurs doivent obéir à leurs supérieurs comme si les ordres donnés par ceux-ci venaient directement de moi. Inférieurs et moins anciens doivent respecter leurs supérieurs et leurs anciens, même s'ils ne sont pas sous leur autorité directe. D'autre part, les supérieurs ne doiviîut jamais se comporter envers leurs inférieurs avec oi j^ueil et hauteur et, ces cas exceptés où la sévérité s'impose, ils doivent dans leurs rapports avec leurs inférieurs se proposer pour but la douceur et l'indulgence, afin qu'officiera et soldats ne fassent pour ainsi dire qu'un seul homme dans le service de la patrie. Si
LA 1 RANSl UiiMA l lOiN DU JAPON
▼ous n'êtes pas courtois, si les inférieurs ne respectent pas leurs supéricnirs, que les supérieurs traitant durement leurs infei iem sel que la bonne liarnionie suit ainsi perdue, vous deviendrez une malédiction pour Tarmée et vous commettrez uii crime impardoimaLie envers la patrie.
3» Soldats et marina doivent avoir pour première ambition d'être braves. La valeur a toujours été tenue en haute estime dans ce pays, elle foi:nie un trait essentiel du caractère de mes sujets. Soldats et marins
ne doivent jamais cesser de penser à cette vertu puisque leur devoir est de rencc>niret 1 ennemi sur le cliamp de bataille. iMais ils doivent être soi{;neux de distin^jucr la vraie valeur de la fausse, car un acte hâtif de jeunesse ou de bravade ne peut être appelé du coura^^^e vrai. Un homme d'armes doit toujours être rélléchi et ne jamais faire un plan qu'avec sang-froid et prudence. Jamais on ne doit miépriser un ennemi, fùt-il faible, comme jamais on ne doit reculer devant un ennemi plus fort. Être vraiment coura{j[eux, c*est accomplir tout son devoir. Aussi les hommes d'un vrai courage traitent-ils toujours les autres avec douceur pour mériter ainsi le respect de tous les hommes. De la simple bravoure avec la disposition à la violence vous fera iiaïr comme des brutes; cela, ne l'oubliez jamais.^ 4*" Soldats et marins doivent être loyaux. Sans doute la loyauté est une vertu cardinale même pour les hommes ordinaires, mais un homme d'armes sans loyauté ne saurait vivre un seul jour avec ses camarades, car par loyauté il faut entendre le respect de sa parole et raccom[)lissemcnt de son devoir. Si vous désirez être loyaux, vous réHéchirez avant de donner votre parole et vous vous assurerez que vous êtes capables de la tenir. En promettant de faire ce (juc vous n'êtes pas sûrs de pouvoir faire et en vous engageant ainsi à la légère, vous vous mettriez dans une situation embarrassante et vous seriez alors torturés de vains
LE JAPON MODERNE
regrets. Avant d'entreprendre aucune action, vons considérerez si elle est jusliFuible ou non, bonne ou mauvaise. Avez-vous des raisons de penser que vous ne jH)urrez remplir votre [)roniesso ou qu'il vous en coûtera trop, il sera sage de ne pas prendre d'en(;a(j;ement. 1 /histoire nous fournit des exemples de cette vérité; les cas ne sont pas rares où des héros, de grands hommes ont trouvé leur perte ou se sont déabo* norés pour s'être laissé égarer, avoir négligé d'être loyaux dans les petites choses et avoir ainsi fini par errer dans les préceptes fondamentaux de la vertu ou pour avoir sacrifié au souci de leur loyauté personnelle leurs devoirs envers la justice publique. Ayez soin de ne pas commettre pareille erreur.
5* iioldats et marins doivent être simples et fru{jaux. Si vous n'observez pas la simplicité et la frugalité, vous deviendrez efféminés et volages, vous prendrez des habitudes de luxe, qui vous conduiront à la cupidité et à de telles manières que ni votre loyalisme, ni votre coura(;e ne pourront vous sauver du mépris et de la haine des autres hommes; toute votre vie sera misérable et maudite. Que si on laissait jamais ces coupables habitudes de luxe naître chez les officiers et chez les hommes, elles se répandraient dans tous les ranjjs comme une épidémie ; il n'y aurait plus ni esprit de corps, ni discipline. Gomme ce point me touche profondément, j'ai promulgué des mesures disciplinaires destinées à arrêter le mal et dans ma sollicitude je promulgue encore la présente instruction afin que vous soyez avertis deux fois.
Vous ne néçMQerez jamais un moment ces cinq pré* cepteset vous les méditer ez de tout votre cœur. Ils constituent la véritable essence du (guerrier et la pureté du Cfcur esta eux-mêmes leur essence. De bonnes paroles et une bonne conduite ne sont que de vains ornements sans la pureté du cœur. Avec un cœur pur il n'est rien qui soit au-dessus de vos forces. De plus ces cinq pré-
ceptcs renferment la v(^rité fondamentale du Ciel et de la Terre et les dofjmes primordiaux de Thumanité et sont par suite faciles à mettre ea pratique et à observer. Soldats et marins, conformez-vous strictemeat à mes instructions, gardez ces vertus fondamentales avec la résolution de ^ire votre devoir envers votre pays de qaanière que mon eœur soit rempli d'une parfeite satisfection et qu'aussi tout le peuple de mon empire soit satisfit et heureux.
Que nous voilà loin de ces sentiments de haine, de cruauté, de violence, qu'on s'est plu à nous peindre! Dans combien d armées du présent on du passé le souverain, en parlant à ses soldais, a-t-il insisté surtout sur la vertu morale, la douceur, la courtoisie, la générosité?
Pour faire saisir tout le sens de la proclamation impériale il faut dire de suite que Tofticier japonais, qui le plus souvent se consacre à sa carrière dès Tenfance et reçoit son éducation dans des prytanées, se donne à Tarmée tout entier comme le faisait l'ancien samu rai ; jamais il ne peut démissionner. Aussi ne vit-il que pour son métier, les seuls ouvrages qu'il lise sont des ouvrages militaires, il ne s'adonne, il ne pense qu'à ses travaux militaires. Cette consécration exclusive de tout son être à l'armée lui a été d'ailleurs rendue facile par le lait que pendant trente ans il s est constamment préparé à deux grandes guerres inévitables.
Le rescrit explique aussi bien des traits de la vie militaire japonaise qui ont été souvent mal compris.
Toutes les fois qu'un officier est dans Texercice
LE JAPON MODERiNE
de ses fonctions, il représente renipereur, par suite on lui rend les honneurs que l'on rendraità l'empereur. Ën dehors du service les officiers se traitent comme des é^jaux parce que le plus grand nombre sont encore des shizoku, que le rang d officier confèrc aux autres les mêmes prérogatives et qu'entre bushi Ton ne connaît de fait point de rang.
Dans leurs rapports avec la troupe les officierssont paternels parce qu'ils agissent comme les hU aînés de l'empereur, père de tous ses sujets. Aussi dirigent-ils eux-mêmes lous les exercices et ne laisscnf-ils jamais ce soin aux sous-officiers. De leurssoldats ils s'efforcent de faire des hommes. Au physique d'abord, en leur enseignant l'hygiène, en les formant à Tathlétisme et à tous les sports, bien plus même qu'aux exercices niililaires. Les soldats se lèvent à quatre heures et demie en été, à cinq heures en hiver et déjeunent de suite. Us travail lent de six heures à onze heures, dînent et se ixîposent pendant deux heures, ils travaillent ensuite de deux heures h six heures, soupent, prennent quelque récréation, puis vont se coucher. Au moral aussi les officiers veulent faire de leurs, soldats des hommes, ils leur adressent rarement de dures paroles et ne les injurient jamais; en cas de guerre, la moindre marque de crainte, la moindre faute contre la discipline peut entraîner la peine de mort; en temps de paix les punitionssont rares; du reste à la caserne comme sur le champ de bataille les officiers cherchent surtout à éduquer leurs subordonnés en leur parlant d'honneur et de vertu, de l'empereur et de la patrie.
LA TRAJNSFOliMATION DU JAPON
Gomme rancienne caste militaire, la nouvelle
armée a sa religion propre; le culte de Hachinian, aujourd'hui purUié, est devenu le culte de Tempereur, de la pairie et des soldats morts dans TaecompUssement^de leur devoir. En 1868 Miitsuhilo consacrait la tombe des 47 rùnin; en il fondait le slwkonsha de Tôkiô, temple consacré aux mânes divinisés des soldats tombés pour sa cause; les héros de Forraose, de la guerre civile de 1877, des grandes guerres de 1894-95 et 1904*05 y ont aussi trouvé leur place. Dans toutes les garnisons, même les plus* petites, s*élèvent des shôhonsha permanents ou provisoires, qui représentent celui de Tôkiô; Ton y conduit les troupes dans toutes les occasions solennelles. <
Le vrai $h6hon$hm^ le Yasukunijinja de Tèkiô, s'élève sur le plateau qui couronne la colline de Kudan; Ton franchit d'abord un énorme torii de bronze construit en décembre 1881; le temple se compose du honden et du haiden, bâtis, le premier en 1809, le second en 1901, dans le pur style shintô. Derrière ces bâtiments s étendent de beaux jardins renommés pour leurs pruniers * et leurs cerisiers; à droite du temple se trouve le musée militaire fyushùkanj . L'enceinte est entourée de lanternes de granit oifertes par les kazoku en 1878. Non loin se trouvent le monument des gardes, les statiies d'Ômnra, qui fut assassiné pour ses réformes militaires, et du général Kawakami, dont
LE JAPON MODERNE
nous donnerons plus loin la biographie. Les principales fêtes (lu Shùkonsha ont lieu du G au 8 mai et du 6 au 8 novembre. La place est remplie d'une foule joyeuse, qui assiste à des perfiormanoes di» verses, principalement à des combats de lutteurs. Dans le temple se célèbrent des services solennels. Tous les régiments font le pèlerinage du Sh6konsha. La cérémonie est surtout imposante au printemps quand la f;arnison de Tokio se trouve au complet; en automne une partie des troupes part pour les manœuvres. L'empereur visite le temple le 6 mai et le 6 novembre, Timpératrice le 7 mai et le 7 novembre: si Leurs Majestés ne peuvent s'y rendre eu personne, elles s'y fout représenter par de hauts personnages de leur cour.
Pour comprendre Tem pire que la religion militaire exerce sur les troupes, rappelons-nous ce que nous avons dit dans Tlntroduction du culte de la patrie et du culte des morts^ de la croyance populaire que les âmes des trépassés revivent dans les bois et dans les rocbers, bantent la maison familiale, assistent leurs descendants et leurs amis dans le danger, combattent les combats de leurs anciens compagnons d'armes et se reposent volontiers dans les temples qui leur sont consacrés. Les officiers formés par le positivisme confucianiste s*associent très sincèrement à cette foi populaire, car elle s'harmonise avec ce qui subsiste dans leur esprit de traditions bouddhistes renouvelées par les doctines européennes de révolution et de rhérédité, et c'est aussi dans la volonté de répandre par les honneurs accordés aux soldats
morU Tezemple d'actions glorieuses et Famour de la patrie; c^est pourquoi Tainiral Togo se rendit au Siiokoasha de Tokiô après la prise de Port- Arthur pour invoquer les mânes des marins tués sous ses ordreSy leur attribuer le mérite de ses victoires et leur demander leur protection pour la campagne qui devait aboutir à Tsushima. C'est pourquoi dans toutes les occasions solennelles Tempereur ne manque^ jamais de venir en grande puiiàpti au Shôkonsha, de s'incliner devant I autel consacré aux mânes de ses soldats tombés en criant : Banzai^ dix mille ans de vie à l'empereur 1 Pour le paysan, pour Partisan japonais, restés luiml)les comme autrelols dans la société démocratique qu'a faite la Révolution, il n'est pas de meilleur stimulant aux grandes actions que cette pensée : M Moi infime, si je tombe en combattant pour mon souvenuiiel pour mon pavs, je deviendrai l'un des dieux protecteurs du Japon ; devant ma tablette funéraire celui-là même s'inclinera sur qui j'ose à peine levt^r les yeux ; par le Fils du Ciel, le desocAdant d Amalorasu je serai à mon tour adoré. "
Ce qui fait la cohésion et la force morale de Tarmée japonaise n'a donc rien d'européen, on pourrait même dire que rien au Japon ne diffère davantage de l'Europe. Mais de pareilles idées, de pareils sentiments ne témoignent pas, comme on a voulu le dire, d'un état récent de sauvagerie; c'est au contraire le produit d'une civilisation très ancienne; Ion y retrouve Tascétisme du bouddhisme, la dévotion filiale et le culte de la vertu chers au confucianisme, Taustérité, le mépris de
LE JAPON MODERINR
la souffrance que prêche la philosophie chinoise» la loyauté féodale, le bushidô, les passions et les ardeurs de la Ucstanration cl de la Révolulioii; le shinto lui-même. le culte militaire de llachimany ont été transformés ao cours des siècles en chevalerie, en loyauté, en patriotisme. L'dme de Farmée
japonaise nous apparaît tomme l'aboutissement de l'évolution morale du Japon et même de TAsie, la synthèse des meilleures qualités que cette évolution a produites; et si ses qualités diffèrent dans une certaine mesure des qualités morales de r£urope, qui oserait dire qu'elles n'ont pas leur grandeur?
Ainsi dans son esprit comme dans sou principe, le service obligatoiret» l'armée est japonaise, pure* ment japonaise. Mais il fallait donner à cette armée une forme moderne et cette forme ne pouvait être que la forme européenne. ISous avons vu que les daimiô et le shôgunat avaient pris à leur service des instructeurs et des ouvriers spécialistes d^Bu» rope; eu 18()7 le bakufu avait fait venir une mission militaire française, (|ul se composait du cajpitaine Chanoine (depuis général et ministre de la f^uerrc), des lieutenants Brunet, Descharmes, Jourdan (tous trois depuis {;én(rau\), Dubousquet, Mcsourot, et de plusieurs sous-officiers, dont M. Gaseneave, qui était souSH)fficier d*artillerie :
LA TAANSFOKiMATION DU JAPON
Crois cours furent ouverts, le premier pour l'infanterie avec 150 élèves, le second pour la cavalerie avec 30, le troisième pour rartillerie avec 50, on construisit une caserne et une fonderie à Yedo mais la mission dut retourner en France dès la fondation du nouveau régime (1868); les tronpes <j[u elle avait commence de former furent dissoutes.
Quand on eut constitué la ^jarde avec les unités cédéea par Satsuma, Chôsbù et Tosa et que Ton eut décidé de créer une armée nationale, le nou« veau gouvernement obtint de la France Tcnvoi d une seconde mission militaire, qui comprit, sous les ordres du colonel Marguerie, puis sous ceux du colonel Mu nier, des officiers de toutes les armes, dont deux, le capitaine de cavalerie Descharmes et le capitaine du génie Jourdan, avaient appartenu à la première mission. Les autres officiers étaient les capitaines Lebon et Orcel de Tartiilicrie, Vieillard du géuie, Echenian et Percin de * riiifanlerie; les trois premiers de ces officiers sont devenus généraux., le général Lebon est membre du conseil supérieur de la guerre. La mission arriva en mai 1872. Les officiers qui la composaient étaient pleins de dévouement pour le pays qui avait fait appel à leurs talents, ils comprenaient aussi qu ils accomplissaient une tâche hautement patriotique et s'associaient à la réorganisation de notre armée entreprise par l'Assemblée nationale en montrant à Tétranger toute la valeur de nos tra dilions militaires; aussi se mirent-ils résolument au travail; ce sont eux qui, au prix d'un labeur et d'e£torts auxqueU on no saurait trop rendre hom-
386 LE MODEEMË
mag^e, ont créé les premières institulions militaires du Japon, formé son corps d'ofBciers, enseigné aux futurs vainqueurs des grandes {ju erres ce qu*est une armée européenue, comnient elle est organisée en temps de paix, comment elle se mobilise en temps de guerre, en quoi consistent tactique et stratégie, et dans l'ensemble leur œuvre a subsisté malgré les modibcatîons que les Japonais y ont depuis apportées. Les divers officiers qui composaient la mission se retirèrent après avoir achevé leur tàcbe personnelle et le mandat général de la mission expira dans Tête de 1880.
Mais les officiers français ne pouvaient accomplir qu'une partie du travail nécessaire pour la constitution (le l'armée japonaise. La Chine, la Turquie, rÉgypte, d'autres monarchies africaines ou asiatiques ont eu recours à des instructeurs militaires européens; dans ces différen ts pays la valeur de Tarmée a luuins dépendu des qualités do ses instructeurs étrangers que des qualités de ses organisateurs et de ses chefs nationaux; la science et les qualités techniques ne peuvent suffire si Ton ne réussît à créer une armée nationale, à la rendre populaire, à lui donner les vertus, Tesprit et Torganisation générale qui sont les vertus, Tesprit, l'organisation de la nation elle-même. Cette tâche, un homme entre tous Taccomplit au Japon, le maréchal Yamagata. de 1873 à 1881 comme ministre de la guerre et de 1881 à 1885 comme chef de l'état-major général. Avec quelle rapidité il sut la mener à bien, on en peut iuger par la lettre que Black cite dans son Voung Japan (p. 385). Cette lettre date
de 1873; à celte époque nul ne se souciait de Tannée japonaise; Black, ayant vanté dans un article les qualités diplomatiques de Soejima, reçut
d'un samurai une intéressante comuiuiiication, dont nous ne pouvons malheureusement citer que ce fragment :
Quel est le plus important des neuf ministères? celui dont les progrès remarquables honorent le Japon à l'intérieur et lui permettent de soutenir la comparaison avec tous les pays de l'extérieur?. . . C'est le ministère de la guerre. D'où vient que ce ministère est tellement su« périeur aux autres? Au fait que Yamagata est son chef.
L'auteur de la lettre décrit alors les réformes de Yamagata, que nous étudierons en nous occupant des différents services; il rend d ailleurs pleine justice à la mission française. II termine en nommant les officiers qui ont aidé Yamagata : Ririno, Saigô Tsugumichi, Yamada, Miura, Tani, Nozu, dont nous avons déjà parlé ou dont nous parlerons ailleurs.
18B5 marque le commencement d'une seconde
période dans l'histoire de l'armée. La fin de la grave crise économique à laquelle nous avons fait plusieurs fois allusion permit d'augmenter les dépenses; d*atttre part, Tinfluence de Yamagata, devenu l'inspirateur de l'un des {;raiids partis politiques, tour à tour ministre de 1 intérieur, président du conseil et président du conseil privé, fut moins directe, quoique également efficace; à I heure actuelle il est encore considéré comme le véritable chef de l'armée; ignorant des langues
LË JAPO^ MODERISE
eiiro|>écnncs, il se fait traduire tous les ouvraj^jes importants publiés dans Tune ou l'autre de ces langues et aucune décision n'est prise que sur son avis. Mais après 1885 la direction immédiate de Tarmée appartint pendant quinze ans au général (depuis maréchal) Ûyama, qui fut trois fois ministre de la guerre de 1882 à 1891, de 11^92 à 1894, de I8î)5 à I89(), et deux fois ehef de rétat-niajor de 18D(> à 1898 et de 1899 à 1904; celui-ci suivit surtout les conseils de deux officiers de grande valeur, Kawakami et Katsura. Nous tracerons la biographie du second en parlant de son rôle politique, ^ous rappellerons seulement ici que, né en 1847, il fut vice-ministre de la guerre de 1886 à 1891, commandant d'une division pendant la campagne de Chine, ministre de la guerre de 1898 à 1900, deux fois président du conseil de 1901 à 1905 et depuis 1908.
D une ianiilie de samurai de Satsuma, Kawakami Sôroku (né vers 1847) fit la guerre de 18G8 dans Tarmée de son clan et fut nommé en 1871 lieutenant dans la garde impériale; major àTépoque de la révolte de 1877, il fut envoyé auprès du général Ta ni à Kumamoto et força les lignes des assiégeants dans une sortie héroïque. Lieutenant-colonel en 1878, colonel en 1882, major-général en 1884, il fut sous-choldc letat-major de 1884 à 188(3, puis commanda quelque temps une brigade de la garde; il fit ensuite un séjour de deux ans en Allemagne, où il sut obtenir la confiance du maréchal de Moltke (f 1891) et du futur uiaréclial de Waldersée, alors sous-chef de Tétat-major. £n 1890 il
fut nommé lieutenant général et redevint sous-chef
de rétat-major, dont le chef était le prince Arisiigawa Taruhito (1835-95). Il prépara dans un YOyage d'études fait en 1893 la campagne de Chine (1894095), qu'il dirigea d'abord du Japon, puis sur le théâtre même des opérations. Pour le recom» penser l'empereur ic ht eu 1898 vicomte, générai et chef du grand état-major, mais, use par le travail, Kawakami mourut dès Tannée suivante (189Î)). Tout militaire, au moral comme au physique, avec son air européen, ses grosses moustaches et ses yeux très tins, Kawakami était un vrai soldat et un soldat moderne; plus que tout autre il forma les ofiiciers japonais à la tactique et à la stratégie.
A l'époque qui nous occupe l'empereur avait résolu de donner à l'armée une constitution origi*: nale mais en empruntant à tous les pays ce qu'il y trouverait de meilleur; il forma donc une commission d'études composée d'ôyama, du lieutenant général Miura, du major général Nozu, des colonels Kawakami et Katsura et d'officiers choisis dans tous les services. Partie de Yokohama le 16 février 1884, la mission atteignit Naples le 30 mars, visita l'Italie, la France (en mai), Londres, Berlin, Saint-Fétersbourg, puis l Allemagne, l'Autriche, l'Angleterre et les États-Unis; elle était de retour à Yokohama le janvier 1885. Le résultai de celle niissiou fut double : l'armée fut augmentée, puis on la réforma de telle sorte qu'elle put renoncer à son rôle défensif pour entreprendre des conquêtes continentales et que
LE JAPON MODERNE
son caractère nettement aristocratique n*eut rien
à redouter de riii^érence du prochtaln parlement. Celle augmeiilalioa, ces reformes, les Japonais les accomplirent eux-mêmes en s'inspirant et de leurs traditions, de leurs tendances personnelles, et des observations faites à rétraagcr. L'influence de rAilemagne, prépondérante au Japon dans cette période, est sensible dans plusieurs institutions adoptées alors; mais il n'y eut pas de mission allemande; le major-jifénëral von Mcckel (1842-1904), qui séjourna au Japon de 1885 à 1888, fut simplement professeur à TAcadémie militaire et ne s^occupa pas de Torganisation de Farmée; ses conseils furent surtout précieux aux Japonais pour leur culture stratégique. Les chefs de Tariuée, dont les réformés tendaient d'ailleurs à développer Fœuvre de la mission française plutôt qu'à la modifier, ('ontinucii nt d'avoir recours à l ensei^jnement d ofUciers français : le commandant fierthaut (aujourd'hui général et sous-chef de Tétat-major) professa de 1884 à 1889 à TÉcole militaire ^MtÂanyakkôj^ le capitaine (aujourd'hui [i;énéral) de Villaret et le commandant Lefèvre enseignèrent au Toyamagakkoy le premier de 1884 à 1889, le second de 1887 à 1889. D'autres missions furent confiées à des officiers allemands, italiens et hollandais.
La guerre contre la Chine et l'intervention de la Russie après la pai\ de Shimonoseki ouvrent la troisième période de l'histoire de l'armée : l'effectif en fut doublé et ses chefs mirent à profit les
LA TRANSFORMATIOIS DU JAPOiN
expériences qu'ils avaient faites dans leur campagne viclorieuse. Trois noms dominent cette période, ceux de Katsura, de Kodama et de Terauchi.
Samurai de Ghôshù, Kodama Gentarô (1852) (baron, puis vicomte) entra tout jeune dans l'armée et se signala lors de la défense de Kumamoto en 1877. Après avoir terminé ses études militaires en Allemagne, il remplaça Katsura comme vice-ministre de la guerre en 1892, il devint ensuite gouverneur général de Fonnose (1898-1906). Nommé ministre de la guerre par Itô en décembre 1900, il conserva ce poste dans le cabinet Katsura mais l'abandonna on novembre 1902, il eut les portefeuilles de l'intérieur et de Tinstruction publique de juillet 1903 à septembre 1903 et devint alors sous-chef du grand état-major; la guerre déclarée à la Russie et le marccbal Oyaina devenu généralissime, il fut lui-même nommé général et chef d'état-major, fit le plan de la campagne et conduisit les batailles de Liao Yang, du Sha ho et de Muk dcn; la guerre terminée, il fut promu clief <lu grand état-major mais dès le 23 juillet I90t» il mourait des suites de la campagne. Petit et bien pris de sa personne, le visage ovale et fin, allonge par la barbiche, le nez très busqué, le front intelligent et découvert sous 4es cheveux courts et plats, les yeux noirs au regard perçant avec les paupières peu bridées et les souircils peu marqués, le général Kodama ressemblait fort à un Européen; à la fin de sa vie, il avait beaucoup i;rossi, s'était tassé et avait les traits tirés. Son esprit était tout ensemble fin et pr^ofond, large et
LE JAPON MODERNE
précis, hardi et prudent. D'un caractère renfermé, il était cependant, fort aimable, il avait même des accès de gaîté 1)ruyante, provoqués quelquefois par le sakc dont il abusait pour subvenir à une besop;ne accablante; les officiers européens ffoûtaîent fort sa société, de 1 avis de tous c'ctaiL un maître.
I^ui aussi samurai de Gbôshù, iils de Toda et adopté par une famille du même clan, Terauchi Seiki (1852), l)lessé grièvement au bras dans la campagne de 1877, fut envoyé en 1882 à Paris, où il devint aide de camp du prince Kanin, puis attaché militaire (1884-87) ; il aime la France et parle counininient le français. Major général, il fut chargé du service des transports pendant la guerre contre la Chine et se révéla comme organisateur du premier ordre. Lieutenant général en 1897, il devint inspecteur général de Téducatioii militaire, puis sous-chef de Tétat-major, enfin ministre de la guerre en novembre 1902, il Fest encore. Les grands services qu'il a rendus pendant la guerre contre la Russie lui ont valu, avec le Milan d'or de première classe, le Soleil Levant et le Paulownia, le grade Se général (1906) et le titre de vicomte (1907). La mort de Kodama, le sacrifice qu'a fait Katsura de sa carrière militaire à sa carrière politique ont mis Terauchi au premier rang; à la mort de Yamagata ce sera lui sans doute qui le remplacera comme le grand chef de l'armée et le conseiller de Tempereur dans les a£faires militaires.
La paix de Portsmouth après la glorieuse cam*
LA i AANSFORMATIOK DU JAPON
pa^ne de 1904-05, roccupation permanente de la Ck>rée et de la Mandchourie, la création de six divisions, le nouvel armement donnent une importance
capitale à la quatrième période, qui vieiU de rommencer; mais il est encore tr(»p tôt pour laju^er.
Nous aborderons Tétudede rarmée japonaise en nous occupant du recrutement.
Sous ce rapport le développement des forces militaires peut se diviser en trois phases.
La première est celle des lois du 28 décembre 1872 et du 5 novembre 1875 complétées en 1879 et revisées en 1883.
Le service, obligatoire pour tout Japonais âgé de vingt ans, était de trois ans dans l'armée active (geneki hei, de hei, armée; eki, service; gen^ efficace); de deux ans (1872), plus tard de trois ans (1875), puis de cjuatrc ans (1883) dans la réserve (yobieki hei\ de y obi, réserve) et de deux ans (1872), plus lard de quatre ans (1875), puis de cinq ans (1883) dans larmée territoriale (kôbi eki heij, Kn temps de paix les réservistes devaient faire au printemps de chaque année une période d'exercices de quinze jours; en cas de guerre ils étaient incorporés dans les réfpments de Tactive. Les soldats de la territoriale étaient le plus souvent incorporés dans des régiments territoriaux.
Comme les finances ne permettaient de prendre
LE JAPON MODERNE
qu'une très faible partie du contingent annuel, le reste formait le dépôt ( hojû eki^ de hojû^ supplément) . Les hommes du dépôt restaient pendant un
an à la disposition du ministre pour combler les vides qui se produisaient parmi les recrues. Au bout d'un an ils passaient dans la réserve.
En outre tous les hommes de dix-sept à quarante ans non compris dans une des formations précédentes étaient appelés en cas d'invasion à constituer Varmée nationale < hokumin hti)^ qui n'a jamais été organisée à l'exception de quelques bataillons envoyés à Formosc en 1904-05 sous le commandement d'officiers de Tactive, de la réserve et de la territoriale.
On procédait à la formation de ces diverses catégories par voie de tirage au sort; les premiers numéros désignaient les recrues; les moyens,» les hommes de dépôt; les numéros les plus élevéSv
les hommes qui passaient directement dans Tarmée nationale.
Les recrues étaient choisies par le conseil de révision. Ce conseil se compose actuellement de
deux officiers, Tun supéru ur, Tautre subalterne, de deux sous-officiers faisant fonction de secré* taires, du sous-préfot, assisté par les maires intéressés, d'un autre fonctionnaire et de deux méde* cins militaires.
Les instituteurs ayant contracté rengagement décennal) les prêtres d'un culte autorisé, les fonctionnaires du gouvemement ne servaient pas. Les jeunes gens remplissant certaines conditions faisaient un volontariat d'un an (shigan iieij. Les
tA TBANSFORMATION DU JAPON 345
soldats bien noiës pouyaient passer dans la garde
impériale ou être libérés par anticipation.
Etaient exclus de Tarmée les hommes condamnés à plus d'un an de travaux forcés. £n étaient exemptés r en 1872, les fils ainés de veuves, de pères infirmes ou âgés de plus de cinquante ans, les frères aînés d'orphelins, etc.; en 1879, seulement les fifls de pères âgés de plus de cinquante ans; depuis 188d, les fils de pères âgés de plus de soixante ans. D'autres oxemplés servaient seulement dans Tarmée nationale.
Enfin la loi de 1879 permettait le remplace* ment, aboli en 1883; celui qui s'était libéré du service actif et de la réserve en payant 270 yen, ou de la réserve seulement en payant 135 yen passait directement dans Fermée nationale. Du reste ne profilèrent de cette exemption que 23 conscrits en 1879, de 437 à 562 par an entre 1880 et 1883.
Sous ce premier régime Teffectif de Tarmée active en temps de paix fut de 34 336 hommes en 1877, puis, après les réformes accomplies en 1883, de 41 382 en 1884 et 55 551 en 1887 ; celui de la réserve de 55 137 en 1882, de 101 273 en 1887; celui de la territoriale de 20 352 et de 44 939 à ces mêmes dates. De 1877 à 1887 le chiffre des conscrits varia entre 250000 et 350000; on n'en prit pas plus de 7 0/0 pour le service actif.
Dans la phase 1875-1889 deux points veulent être notés. L^influence du système français est facilement discernable. L'armée est entièrement composée de paysans, quiconque a de la fortune
LE JAPON MODBBNE
on une situation se rachetant, contractant rengagement de volontaire ou se trouvant exempté comme fonctionnaire; cette armée de paysans est commandée par des samurai, dont presque tous appartiennent aux trois clans qui ont fourni des troupes pour constituer la garde impériale (i).
La seconde phase commença lors de la IM^om^l* gation de la loi 1 du SI janvier IMO^ modifiée on
IS94. Toutes les oxoiuptions de droit furent supprimées, sauf celles des maitresj de Renseignement primaire, qui ont fait depuis lors six semaines de service. Nous dirons quelles sont les exemptioos de
fait en parlant du réjpnie de 1904.
Les colons du Hokkaidô ne servaient qu un au; de même ceux de Tsushima, qui formaient' par contre à tout ège une milice «aobilisaUe en temps
de guerre. Les liahitants de ces ileux régions sont rentrés en 1898 sous le régime du droit commun. . On réorganisa le volontariat d'uà an, il i;i'a été depuis lors accessible qu'aux candidats munis. du diplôme de renseignement secondaire. En général les volontaires, qui ne couchent pas à la caserne, acquittent eux-mêmes leurs frais d'entretien au niovea d'une indemnité, qui est aujourd'hui de 1G5 yen pour la cavalerie et de 105 pour les autres armes.
Le service dans la réserve fut porté en 1889 de
trois à quatre ans. L'armée de dépôt, reconstituée, fut divisée en deux classes : la première fdai
(1) La loi françaiëc de 1872 avait supprimé le reinplacemeiit et établi ie volontariat d'un an ciupi unté à rAiiemagne.
ieki hojù AeiJ comprenant les hommes qui ne pouvaient être incorporés pour raisons budgétaires; la deuxième (dai nij les hommes faibles de constitution. Les premiers restaient pendant sept ans et quatre mois, les secoads y)endant un an et quatre mois à la disposition du ministre. Les hommes du dépôt devaient être convoqués de trente à soixante jours par an,'oe'qui fut rafemeni fait.
De à' 1894 les effectifs restèrent sensiblement les mêmes; à Tépoque de hi guerre contre la Chine on estime que 1 armée active sur le pied de paix atteignait 04 000 hommes environ, la réserve 91000, la territoriale 106000; il y avait de plus Tarmée de dépnt Nous donnerons le détail des eÉfectifs en racontant I histoire de la guerre. ' Après la paix Tarmée fut doublée. Aussi en 1901 sur '9899Hâ -*eon8€)>rits <en prenaitHHi 1^7907 (34,84 0/0) pour l'armée active et Tarmée de dépôt, tandis que 108 016 étaient ajournés, 194 003 exemptés du serviced*acttYëou de dépôt; 84 â78 réformés. Vers la même* date on fixait Teffectif de l'armée active sur le pied de paix à 967 officiers généraux ou supérieurs, 6963 officiers, 18057 hommes, 2560 élèves officiers ou cadets, 137 649 hommes et 7 508 employés; l'effectif de la réserve à 77 officiers généraux ou supérieurs, 2323 officiers, 13 465 sous-officiers et 188244 hommes; Teffectif de la territoriale à 182 officiers supérieurs, 983 officiers, 1 l 535 sousofticiers, 86 022 hommes; Teffectif de l'armée de dépôt à 161 547 hommes (il y avait de plus 2 600 officiers et soldats de la gendarmerie) . C'est en par*
LE JikPOM MODBftNE
lant de la campagne de 19M-05 que nous don*
nerons Teffectif des divers corp» et que nous expliquerons comment, grâce au décret de 1004 et à rappel de nouvelles classes de recrues, le Japon réussit à maintenir au complet les elfecdfs de toutes ses unités jusqu à la tin de la ^juerre i l).
Au cours de cette seconde piiase on sent, avec une part d'influence allemande, des tendances à Foriginalité. Grâce à la convocation do parlement et aux difficultés extérieures l'armée prit aussi un caractère plus profondément national par suite de la suppression des dispenses et dur rem-» placement; si Satsuroa et Cbôsfaû conservaient, à quelques exceptions près, tous les (grands commandements, dans les bas grades et même les moyens grades on nomma beaucoup d'officiers des autres clans, surlouidepuis la guerre contre la Chine.
La troisième pbase, où sont maintenues toutes les dispositions antérieures dont nous ne mentionnerons pas la suppression, a été tnaug;urée par le décret impérial de septembre 190i et 1 adoption du service de deux ans pour T infanterie en 1907. Aucune loi n'a établi cette réforme; mais de fait le ministre renvoie les hommes de Tinfanterie à la liu de la seconde année dans leurs foyers. Le service est de trois ans pour les autres armes, y compris les cavaliers du train (shichàheij; les conK ducteurs de voitures non montés (yusGtsuJ servent
(1) Ces chiffres soni empruntés au Gotha ; le chîlfre donné ponr l'armée de dépôt est certainement trop faible; je pourrai donner des chiffres exacts en racontant l'histoire de la guerre.
LA TRAMSFOaMATlOM OU JAPON
quatre mois. Le service est de quatre ans et quatre mois dans la réserve (yohi)^ de dix ans dans l'armée terriloriale ^Landwehr) (kôbij, de douze aas et quatre mois dans l'armée de dépôts dont les deux sections ont été fondues en 1904. Los quatre mois supplémentaires permettent en cas de guerre éclatant entre décembre et avril de combler les vides faits dans Tarmée active par Tobli» Ration où Ton est de laisser au dépôt lee recraes; eu ellet, appelées le 1'' déccuibrc après le départ de lu classe^ qui suit les ^andes manœuvres de novembref elles ne sont prêtes qu^en avril. L'armée natîoiiale (Landsiurm) (kokamin) comprend tous les hommes non incorporés de dix-sept à quarante ans; ils forment deux catégories, la première de ceux qui ont appartenu à Tarmée territoriale* ou qui ont liait une période d'exercices dans Tarméede dépôt, la seconde de ceux qui n'ont jamais été exercés.
Sous le régime aetoel (1904) les hommes condamnés pour crime à une peine lourde ne servent
pas; les inslitiiteiirs servent six semaines, puis passent dans Tarmée nationale; les étudiants appartenant aux écoles supérieures ou aux écoles normales supérieures ont la faculté de faire leur volontariat dans Tannée qui leur convient mais avant d'avoir atteint Tàgc de vin^t-huit ans; si à cet â{^e ils n'ont pas rempli l'obligation militaire^ ils sont incorporés sans tirage au sort pour faire leur temps inté^ialenient. Les conscrits de santé déJ;>ilc ou d'une taille inférieure à 5 shaku sont ajournés pendant deux ans, puis, s41s ne satisfont
350 LE JAPON MODERNE
pas anx conditions physiques requises, passent dans rarinee nalionalo (I). Qiiironque est reconnu soutien de famille au propre sens du terme après enquête du maire et du commandant de recrute» ment est ajourné d*année en année pendant trois ans, puis passe dans l arniee nationale.
Les résultats du recrutement de iU08 étaient lea suivants :
Contingent exigé par la guervc:
Arm^ active 100000
Année de dépôt 149 000
Continssent exi^^é par la marine :
Armée active 1^000
Année de dépôt 300
mm
Jeunes gens ayant Tà^re du service : 551 967. Ayant obtenu un sursis : eonmie soutiens de famille, UOi; comme étudiants, il 500. Écartés du service comme émigrants : 28 9L0. Ajournés comme étant sous le coup d^une accusation : 3414. Réformés comme ayant encouru une peine criminelle : 185. Déserteurs ou absents (au sens légal du mot) : 27 872. N'ayant pu se présenter pour raison de santé ou motifs sérieux : 5 ;i38 (2).
(1) taille minimum est de 5 shaku 3 sun pour la cavalerie, l'artillerie et le train à cheval; de 5 ahaltii S sun pour Thifan» terie et le génie; il n'y a de fait pas de taille fixée pour les yusotsuj les conducteurs à pied du train.
Les jeunes gens de dix-sept à vingt ans peuvent s'engager, ils font deux ans dans l'infanterie, trois ans dans les autres armes.
(2) Économiste du %7 novembre 1909.
LA TBAMSFOAMATION DU JAPON a»!
Comme nous donnerons les efiFectifs actuels de
1 armée japoiiaise en traitant de la situation ^t'iiérale de l'Asie à la ûa du deruier volume de cet ouvrage, nous dirons seulement ici qu'on évalue approxîmatiyement' Tarmée japonaise en 1910 à 12 000 officiers cl 250 000 hommes (Factive (sur le pied de paix), 250000 hommes de réserve, 180 000 hommes de territoriale, un million d'hommes de 1 armée de dépôt.
Dans cette troisième pliase le service est devenu véritablement général et obligatoire; les officiers se recrutent dans toutes les classes de la société et dans toutes les régions, encore que la plupart soient des shizohu^ d anciens sanuirai et que la majorité des généraux et beaucoup de lieutenants génévaux appartiennent aux anciens clans de Satsunia et de Choslui.
Le recrutement est régional.
L'empire est partagé en circonscriptions; on en créa quatre en 1871 ; ce nombre fut porté à six en 1883, à douze après la guerre de Chine et à dix-huit après la guerre contre la Russie. Ce sont dans Tordre de leur création : Tokiô (1), Scndai (2), Nagoya (3), ôsaka (4), Hiroshima (5), Kumamoto (0), Asahi(^a\va (Hokkaidô) (7), llirusaki (8), Kanazawa (9), tiimeji (10), Zentsûji (11), Kokura (12), Takata (13), Utsunomiya (14), Toyo-
LE JAPON MODBftNB
hashi (15), Kiôto (IG), Okayama (17) Kurume (18).
A chaque circonscription correspond une division, qui est toujours une division mixte ; le Japon ne veut avoir ni corps d'armée, ni division d'une seule arme. Les divisions sont casernées d*ordinairc dans leur circonscription, mais depuis la guerre de 1904>05 il y a uuc division en Mandchourie, une division et une brigade en Corée.
Chaque circonscription se divise en quatre districts de régiments; ces districts se subdivisaient autrefois en deux sous-districts, dont l'augmentation récente de Tarmée a fait des districts de régiment. L infanterie se recrute de telle manière qu'un régiment soit formé par les hommes d'un même district régimentaire. Les autres 'armes se recrutent sur Tensemble d'une circonscription. Les troupes spéciales et la garde, qui a toujours formé une division à part des divisions de ligne, se recrutent sur Tensemble de Tarmée, encore que la plupart des hommes de la garde pruvieiiuent des environs de Tôkio.
Une division (shidanj comprend en temps de paiK :
I* Deux brigades friodan) dMnfanterie Chohei) à deux régiments (rentaij par bn^^ade; chaque régiment à trois bataillons fdaùaij de quatre compagnies ^cAulat>/ à 150 hommes environ, âO sousofficiers et 4 officiers, dont un capitaine.
2* Un régiment de caTalerîe fkiheij à trois escadrons fchùtaij de 100 hommes environ, plus 12 sous-officiers et 4 officiers.
• 3* Un régiment d*artilierie (hôhei) à deux groupes (daitaij de trois batteries (^cAâtot^ à six pièces, dont chacune a 1 effectif d'un escadron.
4* Un bataillon de génie fkôheij à trois compagnies de même forée que celles de Tinfanterie.
5" Un hataillon du train fstucliôhei) à deux compagnies dont chacune a Teffectif d'un escadron, plus une centaine àeyusotîu.
Jusqu'en 1907 les régiments d^artiilerie avaient trois escadrons à trois balleiies de six pièces, dont le troisième était d'artillerie de montagne. Les régiments attachés aux divisions n'ont plus que de Tartillerie de campagne.
Dans la période 1883-90 Tarmée japonaise se composait d'une division de la garde, de (> divisioasi de 2 régiments d'artillerie lourde. La garde avait eu au début une brigade d'infanterie de deux rép;iments à deux bataillons, un escadron de cavalerie, deux batteries d'artillerie, un bataillon du génie. Elle eut ensuite un elfectif égal à celui des autres divisions.
Dans la période 1896-1904 l'armée japonaise comprenait : une division de la garde, 12 divisions, 2 brigades de cavalerie indépendante, 2 d'artillerie indépendante, 3 régiments, plus 4 bataillons d'artillerie lourde, un bataillon des chemins de fer, le corps des gendarmes répartis entre 15 districts.
Les divisions 13 et 14 ont été organisées après la bataille de Muk den, les divisions 15 et 16 lors de la
LE JAPON MODERNE
paix de Portsmouth, les divisions 17 et 18 en 1907.
L armée comprend aujourd hiii 10 divisions (avec la garde) composées comme nous venons de l'indiquer, A brigades de cavalerie indépendante, B bri{^ades d*artillerie de campagne indépendante, '2 groupes d artillerie de montagne indépendante, '2 brigades, plus 2 régiments et 4 bataillons d'artillerie lourde (à pied) faisant le seiv vice de campagne ou le service de forteresse, 2 brigades d'artillerie montée en formation), une brigade des communications fliôlsûlieij comprenant un régiment des chemins de fer, un bataillon des télégraphes, un bataillon (raérostatiers. Les troupes indépendantes ne le sont que pendant la guerre, en temps de paix elles sont rattachées aux divisions.
En cas de mobilisation chaque chef-lieu de district régimentaire fournil au régiment correspondant les réserves destinées à en compléter Tefifectif de guerre, qui est porté à trois mille hommes environ, mille par batiiillon. Il est de plus formé avec des troupes d'activé et de réserve un bataillon de dépôt qui compte au début 4 compagnies, plus tard 6 ou même 8 : les hommes de l'armée de dépôt fhôjulieij sont appelés successivement dans les dépôts régimentaires fhôjutaij pour y être formés et combler les vides qui se produiront dans les régiments d'activé.
Le régiment de cavalerie prend quelques réserves sans augmenter notablement son effectif, garde deux de ses escadrons et laisse le troisième au dépôt; le régiment d'artillerie, augmenté d'une
centaine d'hommes, conserve ses sîx batteries et
organise en outre un escadron île dépôt; le batailtaillon du génie, porté à l'effectif de guerre (750 hommes), forme une quatrième compagnie dcsliiiéc au dépôt; le bataillon du train. an(jinontc de ses conducteurs à pied (yusotsuj^ forme deux bataillons, Tun de munitions, Tautre alimentaire, chaque bataillon à quatre colonnes de 200 hommes environ. La division, ainsi constituée, reçoit des troupes de communications et le service médical.
Quant aux kôbiy aux hommes de la territoriale, chaque circonscription divisionnaire en forme un ccrlaiu nombre d unités (régiments à 3(H)() liomnies et brigades), qui se composent en général pour les deux tiers de kobi et pour un tiers de réservistes Cyohi) et d*homme$ de Tactive commandés par des officiers de hôhi^ de réserve et de l'active ; ces derniers sont remplacés dans leurs régiments par des officiers de réserve. On organise également des escadrons et des pelotons de cavalerie de kàhi montés avec des chevaux réquisitionnés et destinés au ser\'ice d'étapes. Le nombre des unités de kàbi est fixé chaque année par une circulaire confidentielle de Tétat-major général; lors de la guerre 1904-05 chaque circonscription a fourni en moyenne une brigade d'infanterie de kébi; s41 éclatait une nouvelle guerre, ce serait environ trois régiments, plus tard probableiucii I deux brigades, au moins pour les circonscriptions anciennes; les circonscriptions nouvelles n'ont encore que peu de classes de territoriaux. Les brigades de kôbi sont jointes le plus souvent aux divisions d active de la
356 LE JAPON MODERNE
même circonscription, mais elles peuvent aussi agir
séparément.
Les sous-ofticicrs (kashij furent d'abord choisis partie parmi les soldats de première classe qui, ayant servi deux ans, avaient été admis à contracter un réengagement, et partie parmi les élèves de Técole des sous-officiers (kiàdôdan) ; cette école, qui comptait 1 417 élèves en 1887, fut supprimée en 1889 et remplacée par des écoles régimentaires établies sur le modèle allemand. Sont compris parmi les sous-officiers le caporal fgocliôj, le sergent CgunsôJ, le sergent-major (soclioj^ Tadjudanl (tokumu sôchâj. Il faut avoir servi un an pour passer caporal, avoir été caporal six mois pour passer sergent. Les sous-officiers peuvent se réengager pour des périodes successives d*un an avec prime et ont droit à une pension après onze ans de service. Encore que la loi n interdise pas à un sous-officier de passer officier, le fait ne se produit jamais en temps de paix. Un certain nombre de sous^officiers ont été promus officiers pourac* tions d'éclat pendant la guerre 1004-05.
Les officiers (shikan) peuvent être choisis soit parmi les cadets, soit parmi les candidats officiers.
Ceux qui aspirentà entrer à Técole des cadets se
vouent à leur carrière dès Tenfance t il y a quinze ou vingt ans leurs parents les mettaient (1rs 1 âge de cinq ou six ans dans des écoles privées tenues * par des shizoku, aujourd'hui ils suivent les classes des écoles primuires el secondaires. Vers quatorze ou quinze ans ils sont reçus dans des prytanées locaux fyonengakkoj pour y faire trois années d'études; au début il n'y avait qu'un seul prytanée; âl y en a six aujourd hui, à Tôkiu, Sendai, Osaka, ISagoya, Hiroshima, Kumamoto. Les élèves de ces prytanées se font ensuite recevoir au prytanée central de Tôkiô (ehûkô yonengakké)^ où ils passent deux ans. Ils sont alors admis de droit au collège militaire de Tôkiô (shikangakkojf le Saint-Cyr japonais.
Les candidats officiers (shikankàhosei), qui n'ont pu faire leurs études dans les pi*ytanées, doivent avoir obtenu le diplôme de renseignement secondaire ou de renseignement technique et subi avec succès Texamen d'entrée au sJiikanrjakkô.
Une fois admis à cette école, élèves du prytanée central eicandidats officiers choisissent leur arme, puis (ont un stage dans un régiment de Tarme choisie, les premiers pendant six mois, les secondi^ pendant un an et après avoir produit à l'autorité militaire la lettre d'un colonel les acceptant dans son régiment (c'est du moins Tusage le plus général). Les élèves de l'une et de l'autre catégorie servent successivement comme soldats, caporaux, sergents et sei^ents-major, mais on les reconnaît aux étoiles qu'ils portent sur Técusson du col. Leur stage
LE JAPON MODERNE
fait, ils entrent au collège militaire de Tôkiô (1).
Ce collè}»,e, fondé en 1873 avec Taîde de là mission IVaiiçaise, est situé sur le plateau élevé d'Ichigaya, on \\ \ reçoit que le nombre d'élèves fixé pour les besoins (actuellement enviroa 800) ; les candidats sont classés par ordre de mérite et les moins méritants sont ajournés, liien que les élèves appartiennent aux armes dans lesquelles ils ont servi : infanterie, cavalerie, artillerie de campa(];ne, artillerie do forteresse, [^énic et train, pour la vie courante ils forment trois compa^jnies commandées par des capitaines d'infanterie, lesquelles se subdivisent en sections sous des lieutenants d^infanterie. Les fonctions que renij)llssent dans nos écoles les majorsde la promotion sont assumées par chaque élève à tour de rôle. Les cours, qui sont les mêmes pour toutes lés armes, comprennent la tactique, rartillerio, la fortification, la topographie, Tadmi- • nistration, Thygièneen campagne, le soin des chevaux, les langues étrangères, etc., de plus le^ exercices physiques. Les élèves du Collège militaire y restent dix-huit mois, c était d abord un an.
Après avoir passé leur examen de sortie, tous les élèves, anciens cadets ou anciens candidats officiers, font un sta{T;e d'au moins six mois dans un régiment comme aspirants officiers fminaraisliikanj; ils sont alors nommés sous-lieutenants. Aucun .officier ne peut servir dans un régiment 8*il n'y a
{V L'ai'mce cl la flotte du Japon appellent les candidats officiers : aspii tints officiers^ c( les a.<\p{ t a n ta officiers : sou^-enseignes . J'ai .nloptë la traduction qui est géncMaleuient adoptée par le» auteurs japonais. — Cf. 11. J. \V., p. 180.
été admis par le corps d'officiers dans un scrutin par bulletins porlant oui ou non. C'est là encore une pratique allemande.
Les officiers s^engagent pour leur vie entière et cela par un serment solennel, que les cadets prononcent à leur entrée dans les prytanées et les candidats ofHcicrs à leur entrée au régiment.
Il existe des écoles d'application de l'artillerie et du génie pour les officiers de ces armes, qui s'y rendent obligatoirement après un an de séjour au corps et y passent une année, quelques-uns y restant une seconde année pour suivre des cours techniques; une école d'application de la cavalerie pour les ofHciers et sous-officiers de cette arme et un certain nombre d'officiers de 1 artillerie et du train; une école de tir d'artillerie de campagne et d'artillerie lourde pour les officiers et sous-officiers; une école d eiàtrainemcnt (^7'o)'ama^aA/io^ pour les officiers et sous-officiers d'infanterie et du génie comme aussi pour quelques officiers de cavalerie.
Il y a aussi des écoles d'intendants, de médecins, de vétérinaires. Les ofHciers de l intendance sont pris tant parmi les lieutenants et sous-lieutenants de l'active que parmi les civils diplômés d^une faculté de droit ou d'une école supérieure de commerce ou même ayant fait leurs études dans ce§ établissements sans passer rexamen, mais dervl comme employés de Tintendance militaire; tous doivent suivre les cours de 1 école d intendance. Les officiers du corps de santé se recrutent parmi les diplômés de l'école de médecine militaire comme aussi parmi les diplômés des facultés et
860 LE JAPON MODERNE
des écoles spéciales de médecine et les volontaires d'un an qui ont obtenu le droit d*exercer comme
médecins ou pharmaciens civils; les officiers non diplômés de Técole de médecine militaire doivent y faire un stage. T<es officiers vétérinaires se recrutent parmi les civils qâi ont obtenu le dipl6me d*art vétérinaire dans une faculté d'aj^jriculuire et les volontairesd'unanquiontledroitd'exercer comme vétérinaires civils; les uns et les autres peuvent achever leur éducation à Técole vétérinaire militaire.
Enfin il y a une école de musiciens et une école pour la formation des sous-officiers employés dans les arsenaux, poudrières, etc., où se présentent des candidats militaires et des candidats civils.
L'Académie mililSLire (rikugundaigakkôj, qui correspond à notre école supérieure de guerre, forme les officiers d'état-major; la durée des études y est de trois ans. Pour y être admis il faut avoir passé deux ans au moins comme officier dans un corps de troupes, avoir un certificat de son colonel et avoir subi avec succès deux examens, Tun écrit, l'autre oral.
Les grades sont : maréchal fgensuij^ général (taishoj^ lieutenant général (chûjoj^ major général (shôihé)^ colonel ftaisaj, lieutenant-colonel /^cAtisaj^ major fshôsaj^ capitaine (taii)^ lieutenant chûi)^ sous-lieutenant (shôij. Shô veut dire officier général; sa, officier supérieur; i, officier inférieur. Tai est grand ; chû, moyen ; shô, petit.
Depuis 1909 les taishô ne doivent plus commander de division.
Du grade de sous-lieutenant à celui de capitaine
LA TfiANSPOBHATION DU lAPON 361
(inclusivement) ravancement se (ait dans le même
régiment. Pour les officiers supérieurs Favaucement se fait sur toute Tarmée. 11 faut au moins deux années du grade de sous*lieutenant pour passer lieutenant, deux du grade de lieutenant pour passer capitaine, quatre du grade de capitaine pour passer major, trois du grade de major pour passer lieutenant-colonel, deux du grade de lieutenant-colonel pour passer colonel, trois années ensuite pour être promu major général et deux pour être promu lieutenant général; nul n est nommé général s il n a fait campagne comme lieutenant général : sont considérés comme faisant campagne les officiers qui au cours d une guerre travaillent au ministère ou à Tétat^major général.
£n 1908 la solde des généraux était de 6 000 yen, celle des lieutenants généraux de 4 000, celle des majors généraux de 3 150, celle des colonels de 2 352; les lieutenants-colonels touchaient 1 752 yen; les majors, 1 224; les capitaines, de 720 à 842; les lieutenants, de 432 à 540; les sous lieutenants, 360. Pour tous les grades la solde se divise en deux parties égales, dont Tune est attribuée au service ordinaire et Tautre aux services spéciaux.
Les maréchaux restent toujours dans le cadre actif; la limite d'âge atteint les généraux à soixantecinq ans, les lieutenants généraux à soixante-deux, les majors généraux à cinquante-huit, les colonels à cinquante-quatre, etc. Mais les officiers qui sont jugés fatigués ou incapables peuvent être invités par le ministre à demander leur mise en réforme; il ne le fait d*ordinaire que pour ceux qui ont
LE JAPON MODERNE
servi onze ans et ont par suite droit à une retraite.
Les officiers réformés avant la limite d'agc passent dans le cadre de réserve; les volontaires d'un an qui ont obtenu le grade de sergent-major, peuvent être nommés officiers de réserve s'ils subi»* sent avec succès Texamen requis et font un stage au cours des manœuvres qui suivent leur libération. Quand ils sont atteints par la limite d'âge, lesofficiers de l'active et de la réserve passent dansla territoriale. Les ofHciers de réserve, qui restent toujours sous-lieu tenants en temps de paix, peuvent au cours d'une guerre devenir lieutenants ou même capitaines; les officiers de kôbi peuvent arriver au jjrade de roloiicl ; (juelquCvS-uns ont commandé des brigades de /lùbi vn 1904-05, et mérité par leurs services le grade de général.
En 1906, on comptait 96897 pensionnés de- Tarmée, le montant des retraites s'élevait à 6 311 79i yen.
L*examen de toutes les questions se rapportant
à la défense nationale et aux plans de guerre sur terre et sur mer est confiée à deux conseils. Le gensuifu ou conseil des maréchaux fut créé en 1898 ; les- ({uatre premiers gen$ui furent le prince Komafsu,
Yamagata, Saigù, Oyauia (l); ce conseil coiuprc^
(1) Sai{/<> Takamori ne fut ni généralissime, ni maréchal, mai» simplement général {taish6)\ ce grade, qu'il eut le premier, fut donné ensuite au prince Arisugawa, plus tard à Yamagata.
nait trois membres en 1909 : le maréchal Yama-
f[ata, le nun éclial Oyama, ramiral Ilo. Le eonscil supérieur de guerre fgunjisangiinj a été fondé en 1898 et transformé en 1904 : y siégeaient en 1909, avec les gensut, les ministres et les chefs d etat-niaj^u' de la {guerre et de la marine, cl le directeur de rinstruction militaire, qui en sont membres de droit, Tamiral Inoue, les princes Fnshimî et Arisuj^awa, le {^énéral Katsura, les amiraux Yamamoto, et Jlu, les généraux Nogi et Kawamura, les généraux Uasegawa et Nishi, l'amiral Togo.
La direction générale de l'armée en temps de paix est répartie entre trois organes : le ministère de la guerre, Fétat-major général et la direction de Téducation militaire.
Le ministère, constitué en 1808 tel qu'il avait été au huitième siècle, fut réformé en 1871 et séparé de la marine en 1872. Remanié plusieurs fois, ce ministère comprend actuellement un ministre, un vice-ministre, le cabinet du nnnistre et cinq directions (affaires militaires, administration, santé, justice^ matériel). En dépendent les conseils de Tordonnance, du génie, de santé, de riivgiciic chevaline, la remonte, le bureau des armements, les arsenaux, le bureau des fortiBcalions, les dépôts des approyisionnements de Formose, des approvisionnements généraux, le bureau des habillements, la manufacture d habillements de laine de Senjù, le dépôt d'approvisionnements du corps de santé, les écoles de médecine, de Tintcndance et vétérinaire.
LE JAPON MODERNE
L^état-major, créé au début comme une simple
dirortion du ministère de la [ijucrrc, en fut séparé eu 1881 et complèlcmcnt réorganisé sous la direction de Yamagata. On y créa en 1886 une direction de Tétat-major de la marine, mais dès 1889 les deux étals-majors furent séparés. Complilement autonome aujourd'hui, rétat-major général, qui relève de Tempereur, comprend un chef, un sous-chef et cinq bureaux, plus le service carto- (jraphique. En dépendent rAeadémie militaire et les états-majors des divisions (trois officiers, dont un colonel et un lieutenant-colonel). Les officiers d'état-major, qui à peu d^exceptions près sortent de l'Académie, doivent à chaque grade commander un corps de troupes.
La direction générale de Tinstruction militaire comprend un directeur, son chef d'état-major et des inspecteurs du génie, de rartillerie de campagne, de rintendance, de rartillerie lourde et de la cavalerie. De cette direction dépendent presque toutes les écoles militaires.
Les inspections d'armée ont été supprimées^ mais l'empereur confie à des généraux des inspections temporaires.
Il existe deux arsenaux de l'armée, Tun à Tôkiô pour la fabrication des fusils et cartouches, Fautre à ôsaka pour la fabrication des canons ; à
l'un et à Tautre sont adjointes des poudrières. Le premier de ces arsenaux a été fondé sous la direction du capitaine Lebon (mai 1872-septembre 1876).
LA TRANSt^OEMATION DU JAPON 36a
L infanterie reçut d'abord le fusil Enfield Snyders de fabrication anglaise, la cavalerie, Tartillerie et le train la carabine Spencer; on y substitua le fusil et la carabine de 11 millimètres inventé» par le major général Mura ta Tsueyoshi (1838)^ après la guerre contre la Chine, ce fut le modèle dit de la trentième année (de MeijiJ, de G,5 millimètres avec magasin; aujourd'hui c^est le modèle de la trente-huitième année de 6,5 avec magasin, Tun et l autre modèles sont dus au lieutenant général Arisaka (1852).
L'artillerie eut d'abord des pièces de diyers: modèles, la plupart de l'ancien système français, deux batteries de canons Krupp, puis des canonsde bronze de 70 millimètres pareils aux canons, italiens du système Krupp et fondus sous la direction d of liciers italiens à Tarsenal d'Osaka. Apres la guerre de 1894-1895 on les remplaça par descanons dits de la trentième année de 75 millimètres* à tir rapide en acier et sans affût proprement fixe,, d'une portée de G 200 mètres. En 1905 on a commencé de donner à rartilierie un nouveau canoa dit de la trente^huitième année^ qui est fondu à Osaku: c est un canon de 70 millimètres en acier avec frein assurant la fixité complète de 1 a£fùt et. une portée de 7 800 mètres. Ces deux canons sont dus au lieutenant général Arisaka.
On construit des mitrailleuses que Ton a commencé de distribuer; en cas de guerre toute»les troupes d'infanterie et de cavalerie en rece-^ vraient.
L'infanterie a la baïonnette, la cavalerie le
LE JAPON MODERNE
sabre, la cavalerie de la ^ardc le sabre et la lance
(en temps de paix).
Les uniformes autrefois en iisaj^e dans Ta nuée japonaise rappelaient à la fois la France et TAUemaj;iie ; à l'exception du pantalon roupje de la cavalerie, i uniforme était de euuieiir sumbre; en grande tenue la coupe de T uni forme, le képi à plumet et les galons des officiers faisaient penser à la France; en petite tenue, la casquette, la tunique courte et rabseucc de tout ornement faisaient penser à F Allemagne, T infanterie avait la guêtre blanche.
La guerre de 1004-1905 avant montré le danger des vêtements sombres, T uniforme a été changé. On continue cependant d'user les anciens vêtements et les officiers, s'ils se rendent indivi« duellenu'iil à une ceienioiiu', puilent encore la grande tenue d'autrefois. Le nouvel uniforme est entièrement de couleur khaki; toutes les armes et tous les grades ont la même tunique courte; les troupes d'intanterie ont la vareuse qu'on peut mettre sur la tunique, la casquette, la guêtre, la bottine de cuir fauve; les troupes à cheval ont la botte de cuir fauve; les officiers ont cependant conservé la bottine et la botte noires. On distingue les armes à Fécusson du col, qui est rouge clair pour Finfanterie, vert pour la cavalerie, jaune pour Tartillerie, rouge-violet pour le génie, bleu pour le train; les officiers et les soldats de l'active portent le numéro de leur régiment sur les deux écussons, ceux de la réserve portent sur Fun le numéro, sur l'autre un soleil. Les grades se
LA TBANSFORMATION DU JAi'O.N
distinguent aux ornements brodés sur une petite patte rouge perpendiculaire à 1 épaule. Les soKIjUs ont des étoiles jaunes : une pour les soldats de seconde classe, deux |>our les soldats de première classe, trois pour les soldats supérieurs. Les sousofficiers ont une bande d'or et des étoiles d'or : une pour les caporaux, deux pour les sergents, trois pour les sergents-majors. Les adjudants ont une bordure et une bande d'or sans étoiles. Les oliieiers ont la bordure, la bande et des étoiles d'or : une pour les sous-lieutenants, deux pour les lieutenants, trois pour les capitaines. Les officiers supérieurs ont la bordure, deux ba rides et des étoiles d'or : une pour les majors, deux pour les lieutenants-colonels, trois pour les colonels. Les officiers généraux ont la bordure et trois bandes d'or réunies avec une étoile pour les majors généraux, deux pour les lieutenants généraux, trois pour les généraux. Les ornements sont d^ar^ gcnt pour les officiers de l'intendance et du corps médical (1).
Tout ce qui se rapporte aux finances devant être
étudié dans une autre partie de cet ouvrage, nous nous bornerons ici à donner quelques cliiffres qui montrent les progrès du budget militaire du Japon. Ce budget était de 6960000 yen en 1875-76, de 8 435 000 en 1880-81, de 12 004 000 en 1880-87, de
(1) Le soldat japonais fait trois repas; en se levant, à midi, à cinq heures; le premier est une soupe au ;>//vr), une sauce fcrmentëe; à l'un des deux grands repas on sert du poisson, à l'autre de la viande, aux trois repas du riz.
LE JAPON MODBRfilE
13370000 en 1889-90, de 22613590 de recettes
ordinaires et 30 G28 034 de recettes extraordinaires ea 189G-97; de 39 355 388 et 7 529 174 eu 1903- 04; de 53663 788 et 57 953380 (chiffres provisoires
en 1907-08).
, .X^st justice militaire fut établie en 1871, l'organisation en a. été plusieurs fois modifiée, ;ie piDde de procédure criminelle militaire fut promulffué en 1883 et revisé en 1888, il le sera prochainement pour la seconde fois ; le nouveau code pénal militaire a été Voté en .1908.
Les tribunaux militaires se composent d'officiers pris à tour de rôle comme en France, soit un président , de . tribunal (han^hiçho) et des juges (hanshi); on leur adjoint des jujjes civiljs spéciaux (rip)^ (jui indiquent la peine, veillent à la réj^jularité des débats mais ne votent pas. Les kensatsukan sont les officiers chargés de l'instruction, les procureurs et les prévôts. Les fonctionnaires civils sont appelés rokuji. Un tribunal est établi au siège de chaque division; la cour suprême, qui se trouve à Tokiô, juge les appels de ces tribunaux et en première instance les affaires où sont impli* qucs des officiers [jënéraux. Aux conseils de guerre sont attachés des prisons militaires. Nous avons déjà parlé de la gendarmerie militaire.
D'après le rèjjlement de février 1898 il existe un • hôpital militaire dans chaque garnison.
Le service médical japonais est organisé d'une manière remarquable et de plus admirablement
secondé en campafjne par la Croîx-Rouge et la Ligue des femmes japonaises.
Parmi les médecins les plus distingués qui appartiennent ou qui ont appartenu à Tarmée nous citerons : le baron Ishigurô (Tadanori) (1845), qui a pris sa retraite en 189G comme chirurgien chef et se consacre depuis à la Croix- Bouge; le baron Hashimoto (Tsunatsune) (1845), le frère de Hashimoio Sanai exécuté par le bakufu, qui lui aussi s'est retiré comme chirurgien chef (1887) pour prendre la direction du principal hôpital de la Croix-Rouge; Rôike Masanao (1854), chirurgien en chef placé à la Iclc de la direction médicale de la guerre; Mori Rintarô (1860), chirurgien en chef de la division de Tôkiô, connu aussi comme littérateur; le baron Saneyoshi (Yasuzumi) (1848), ( hiruigi( a en chef, placé à la tète de la direction médicale de la marine (1).
La Marine (2) ,
r*^ous commencerons cette étude en donnant Thistoire résumée de la marine japonaise depuis
(1) Les méthodes (actirjuea de rarmée japonaise différaient peu jusqu'à la dernière guerre de celles de l'armée allemande; à la suite des expériences faites en 1904-05 elieg vont être changées. Le manuel d'infanterie, qui vient d'être approuvé par Fempereur^ doit être distribué en 1910.
(2) Je remercie vivement M, Berlin, le savant membre de
S70 LE JAPON MODÉRMB
sa fondation dans les derniers temps du shogunat.
Nous avons de jà parlé des constructions navales entreprises avant IHiS par les clans de Mito et de Satsuma, que conseillaient les Hollandais de Nagasaki.
En I85:i le bakiifu demanda aux Hollandais de lui acheter des bâtiments, mais, la (Tucrre de Crimée ayant éclaté Tannée suivante, cette demande ne put recevoir d*exécution; cependant le bakufu fit lancer à Uraga en 1854- un petit bateau à deux mâts, le Hoomaru. Cette même année Satsuma lançait le Shoheimaru^ un troismâts long de 171 pieds et portant 18 canons, et le naufra};e de la frigate russe Diana permît aux Japonais de s'instruire auprès des marins de ce vaisseau, qui avaient reçu la permission de construire de petits bateaux pour retourner en Sibérie.
Et, dans celte même année 185 où pour la première fois, le U juillet, permission fut donnée aux clans d^arborer le Hinomaru^ le futur drapeau national, Donker Curtius remit au bakufu une lettre du roi des Pays-Bas qui lui donnait des con-
rAcadeiuie des sciences, des renseignemenU qu'il a bien voulu me fournir sur la fondation des arsenaux japonain et le capitaiae de vaisseau Moriyania, attaché naval du Japon à ParÎB, d'avoir bien voulu relire avec moi ce chapitre consacré à la marine.
Cf outre les documents et auteurs cités pour l'année, U collection des Gotho, des Stateitnan's year^books, des year4Hïoks japonais, eic : plusieurs articles parus dans Husso-japanese War (de la maison Kinrodo, Tôkiô) : The création of the navy in Japan, VI; How Japanete naval officen are trained, //; dans Japnnby the Japaneie l'article du contre- amiral Saitâ, aujourd'hui vice-amiral et ministre de la marine.
seîls sur la formation d'une marine. Pour témoigner de sa sincérité, le roi envoya Tannée suivante un vapeur à roue&de 150 U. P., long de 174 pieds et portant six canons ; on le nomma Kankokan,
En 1855 il fut fondé une école navale à Nagasaki, où 197 jeunes gens furent envoyés tant par le bakufu que par les clans; les élèves de cette école y établirent en 1856 un arsenal etnin chantier de construction, qui mit à flot un petit bâtiment. Une seconde école fut ouverte en 1857 à Tsukiji.
Nous avons raconté ailleurs le voyage que le Kanrinkan fit en 1860 aux États-Unis. L'année suivante (1861) le bakufu forma une commission d'administration navale, où siégèrent Katsu, qui avait conduit ce bateau, et son ami Kimura fSettsu no kami). Cotte commission présenta en 1862 un rapport, qui fut approuvé.
£n 1866 le bakufu eut recours aux services de M. Léonce Verny, un ingénieur de la marine française, qui venait de construire en Chine quelques canonnières pour son gouvernement; celui-ci fonda Tarsenal de Yokosuka, dont nous parlerons plus loin en traitant des construclions navales.
En 1867 le bakufu possédait 9 petits bateaux de guerre, U petits bâtiments auxiliaires construits au Japon, 23 bâtiments auxiliaires construits à l'étranger; les clans possédaient 89 navires des types les plus variés, dont6 appartenaient à Gbôshû, 5) à SaUuma, 14 à ïosa; les navires des clans furent donnés à Tempereur en 1869, il s\ ajouta le cuirassé Kotetsu commandé par le shogun en
372 LE JAPOH MODEBNE
Amérique et cédé par le gouvernement de ce pays à Tempefreur; les bâtiments shogunaux périrent dans la tentative d'I^nomoto. ^
Pour r instruction des équipages Tempereur s'adressa, dès son avènemetit, à TAngleterre, qui, à la fin de 18(i0, lui envoya une mission composée du commandant Tracy, du lieutenant Wilson, d autres officiers, de sous-officiers et de matelots*
En 1873 des officiers de la marine britannique vinrent professer au collè|T;e naval; c'étaient le commander (depuis amiral) A.-L. Douglas, le commander Jones, le lieutenant Baillie, etc.; en I87(> le commander Wiilan et d^autres officiers devinrent instructeurs sur les vaisseaux où se formaient les officiers japonais; (|uelqucs-uns continuèrent ce service jusqu'en 1882. Depuis lors la marine japonaise est restée organiséë sur le modèle anfjlais.
Gomme nous l'avons dit en parlant de Tarmée^ la marine fut d'abord confondue avec la guerre^ puis forma une section du ministère de la défense nationale; le ministère de la marine fut crée en 1872; Tëtat -major général de la marine, créé d'abord comme une section de Tétat-major de la guerre, reçut, avec Tautonomie, son organisation complète en IHSl).
Le premier ministre de la marine fut Katsu Awa. Les véritables fondateurs en furent Kawamura et Sàigô Tsugumichi. Parmi ceux qui de la petite marine de la (guerre sino-japonaise ont fait la f;rande marine d'aujourd'hui, nous citerons Itô, Yama-> moto et Saitô.
Il6 Sukenori (1842), un samurai de Satsuma,
LA TftANSFOEMATION DU JAPON 3"S
servît dans la marine de son clan, puis dans la
nouvelle inannc impériale; il prit, comme nous l'avons dit, une part active à la répression de la révolte de 1877. Contre-amiral en 1886, il fut tour à tour commandant de Tescadre active, président de TAcadémie navale, préfet maritime de Yokosuka. Vice-amiral en 1893, il commanda la flotte dans la guerre de 1894-95, gagna la célèbre bataille de la mer Jaune ou du Yalu et prit la flotte chinoise dans VVei hai wei. Ces victoires lui valurent le grade d'amiral, le titre de vicomte et le poste de cbef d'état-major général de la marine ; son autorité y fut prépondérante jusqu'à la guerre de 1904-05; en 1906 il a cédé la direction de rëtat-major à Togo (18 47) , le vainqueur de Tsushima, qui en décembre 1909, Ta lui-même abandonnée au vice-amiral Ijûin <1852), ancien sous-chef de l état-major (1903-06). Jtô a reçu la dignité de gensui, le titre de comte (1907), le Milan d'or de première classe, les grands cordons du Soleil Levant et du Paulownia.
L*amiral Yamamoto (1852), un sa mu rai du Satsuma (baron en 1902, vicomte en 1907), après avoir gagné ses premiers grades sur mer, a terminé sa carrière au ministère de la marine, où il s'est fait la réputation d'un administrateur hors ligne. Gonlre-amiral en 1895 et vice-ministre de la marine en 1896, il devint vice-amiral en 1898 et fut ministre de la marine de 1898 à 1906. Amiral en juin 1904, 11 a reçu le Milan d'or de première classe et les grands cordons du Soleil Levant et du Paulownia. En J 907 il a visité la France et FAngleterre avec le prince Fushimi.
LE JAPON MODERNE
Saiiô Minoru (1858), du ken d'Iwate, Tua des rares officiers généraux de la marine qui n^appar-
lienneiil pas à Salsunia, Ht sa carrière dans 1 étatmajor, deviiiluide de camp de l'empereur en 181)4, fut nommé au cours de la guerre commandant en second de tfzumi\ puis attaché à Tétat-major. Capitaine de vaisseau et vlce-ministro do la marine en i8i)8^ il fut promu coutre-amiral en 1900 et vice-amiral en 1904; comme vice-ministre, il se révéla or^janisateur d'une valeur exceptionnelle au cours de la [juerre contre la Uussie et rc(,:ut en récompense de ses services le titre de baron, le Milan d'or de seconde classe, le grand cordon du Soleil Levant, puis eu janvier 1005 le portefeuille (le la marine, (ju'il a conservé depuis. En décembre 1909 il s'est choisi comme vice-ministre le contreamiral Takarabe, Tun des plus jeunes officiers généraux. Si l'amiral Yauiamotu se tournait vers la politique comme on Ta dit plusieurs fois, Saitô deviendrait sans doute le futur grand chef de la marine.
Pendant lon^rtcnips tout l'cfiFort du [gouvernement se portant vers 1 armée, la ilotte resta peu nombreuse et sans unité importante. En 1812 elle comprenait 17 bâtiments j au (^eant 13 882 ton^ nés; le plus ^ros était de l SOO tonnes, 5 autres dépassaient 1000 tonnes. En 1894, au début de la guerre contre la Chine, la flotte, dont nous donnerons la composition en parlant de cette guerre^ était de 45 bâtiments jaugeant 81 357 tonnes; 4\|le ne comptait qu'un cuirassé de 8 777 tonnes et 7 croiseurs protégé^, dont 4 de 4200 tonnes. Les
leçons recueillies au cours de la campa [;ne déterniinôrenl le {gouvernement à se créer une flotte puiâsanle; c'est en traitant de 1 histoire parlementaire que nous raconterons ses luttes contre la majorité de la Chambre hostile au personnel naval, parce ({uc tous les officiers [jéiiéraii.v et lii plupart des otiicicrs appartenaient à l ancien clan de Satsuma et que nous exposerons les différents pro£[rammes votés; e^est dans Tintroduction des chapitres consacrés à la {guerre coulru la liussie que nous donnerons la composition complète de la flotte en 1904-05. Pour Texposé que nous faisons présentement il suffira de dire qu*en 1903 la flotte comprenait 78 bâtiments jau^jeanl i"3 507 tonnes, dont six cuirassés d'un type très en avance sur les types généralement en usage dans les marines européennes et six excellents croiseurs cuirassés, aux- (juels s ailjoignirenl deux croiseurs cuirassés de plus de 7 000 tonnes achetés en Italie.
Les succès de la guerre de 1904-1905 déterminèrent le gouvernement à au^^menter de nouveau la flotte; au début même de la (guerre il avait commandé en Angleterre deux grands cuirassés» dont il prit livraison à la fin des hostilités. Les trois pro- {jrammes votés seront exposés dans l'histoire parlementaire et 1 état présent de la flotte sera donné à la tin de cet ouvrage; cette flotte comprenait en 1907 451 (>48 tonnes de bâtiments de ligne, de croiseurs et de destroyers^ plus 7 sous-marins et 78 torpilleurs. Fi(5urent dans ce nombre tous ceux des bâtiments de 1903 qui n*ont pas péri ou été réformés, les bâtiments qui ont été renfloués à Poit-àrtbur
LE lAPON MODEENB
OU pris à Tsushima et quelques-unes des nouvelles unités construites au Japon, que nous mentionnerons plus loin.
Le personnel de la marine était de 5 G74 hommes en 1880; 11 675 en 1890; 12692 eu 1894; 33674 en 1903 (dont 55 officiers généraux, 2494 officiers ou assimilés), 46 4G3 hommes en 1907, dont 69 ofliciers généraux, 3 309 ofHciers et assimilés.
L^artillerie et Tinfanterie de marine créées au début ont été supprimées en 1876.
Le budget de la marine était de 2 826 000 yen en 1875-76, 3193000 en 1884-85, 8936000 en
1880-87, 10 755 000 en 1887-88, 7 140 000 en 1889-90, :2 1 530 237 de dépenses ordinaires et 14587 620 de dépenses extraordinaires en 1903* 04, 31 292 936 et 40 979 384 en 1907-08.
Dans la marine il y a deux autorités centrales : le ministère et Tétat-major général; la direction
de réducatlon n'est pas indépendante comme pour l'armée de terre mais rattachée au ministère. Le service de la carte hydrographique a été fondé en 1871, en 1902 il avait publié 278 cartes.
Il existe aujourd'hui cinq préfectures maritimes (diinjufuj administrées par des vice-amiraux :
celle de Yokosuka (dans la baie de Tôkiô) (1884) (d'abord à Tôkiô (1873), puis à Yokohama (1876);
celles de Kurc (dans la baie de Hiroshima sur la mer Intérieure) et de Sasebo (sur le côté N.-O. de Kiûshû) (1889); celle de Maizuru (sur la mer du Japon) (1901); celle de Port-Arthur (dans le Liao tung) (1906).
Il y a trois escadres permanentes (kantaij^ dont deux au Japon commandées par des vice-amiraux, et une dans la Chine méridionale commandée par un contre-amiral, de plus 1 escadre d'instruction des aspirants, qui est commandée par un contreamiral.
Les préfectures maritimes, les escadres et les points d appui (défense mobile et défense fixe), qui sont sous les ordres d'un vice-amiral, dépendent directement de Tempereur, qui en nomme personnellement les chefs; dans leurs rapports avec ceux-ci, ministre et chef d'état-major général doivent toujours mentionner qu'ils ne font que transmettre les ordres de Tempereur.
La marine se recrute tant par conscription que par en{^agement volontaire. La conscription a été ' établie en 1872, mise en pratique en 1885; le service volontaire a été organisé en 1899.
Le recrutement est celui de rarmée; on choisit de préférence pour la marine les conscrits qui exercent une profession maritime. Les conscrits (chôheij servent quatre ans dans la marine active
LE JAPON MODERNE
(gunekij^ trois ans dans la réserve (yobieki)^ cinq ans dans la territoriale (kôbieki)^ puis passent dans Far-
mée nationale (kokuminJiei)^ où ils restent jusqu'à quarante ans. Le service dans Tarmée de dépôt (hojùekij est d'un an ; Tarmée nationale comprend deux calé{;orie8 : celle des hommes qui ont été exercés dans l une ou l'autre des formations précédentes, celle des hommes qui n ont jamais été exercés. Les conscrits peuvent s^engager à l'expiration de leur terme de service dans l'active; Tacceptation du grade de quarticr-maitre entraîne un engagement de six ans.
Les engagés volontaires, qui touchent une prime de 10 yen et choisissent leur spécialité (marins, mécaniciens, charpentiers, cuisiniers, musiciens, inhrmiers), s'engagent pour huit ans; ils peuvent se rengager pour des périodes consécutives de trois ans jusqu à la limite d â^e, (|ui est de quarante ans; ils touchent une prime de 15 yen la première fois, de 20 yen la seconde fois, ensuite de 25 yen. La famille de tout, engagé reçoit une indemnité mensuelle de 85 sen. Au cas oîi les engages ne contractent pas de rengagement, ils passent pour quatre ans dans la réserve, puis c'est dans l'armée territoriale, enfin dans l'armée nationale.
En 1 900, sur 4 890 recrues on eomptait 2 244 conscrits et 2 646 engagés volontaires; en 1904, 1697 des premiers et 2 997 des seconds sur 4694; en 1907, 4 016 des premiers et 4 564 des seconds sur 8 580; cette augmentation de personnel était due à l'armement de nouveaux bâtiments.
Les sous-officiers se répartissent ainsi : kashtkan
subdivisés en heiso de troisième classe fsanto
hei'sôj, de seconde classe fntttô heisô)^ de première classe (ittô lieisoj; junshikan ou jôtô lieisô; lieisù chà, ces derniers assimilés au x aspirants de première classe (shôi). Les sous-officiers, qui ont droit à une
retraite après onze ans de service, peuvent se rengager jusqu'à la limite d'âge de quarante-cinq ans.
Pour le recrutement des officiers il y a deux grandes écoles : celle des cadets de la marine fondée eu 187:2, établie jusqu'en 1888 à Tôkiô, depuis dans l ile d'Etajima près de Kure, et celle des mécaniciens fondée en 1878 comme une section de Técole des cadets, rendue indépendante en 1881 et transportée à Yokosuka ; le chiffre des élèves reçus à ces écoles a beaucoup varié; depuis 1U07 il a été fixé à 150 pour la première (sur 2885 candidats en 1907) et 50 pour la seconde. Les écoles de la médecine et de Tintendance sont à Tôkiô.
Les candidats au3L écoles d'£tajima et de Yokosuka doivent avoir entre seize et vingt ans; ils passent un examen physique et intellectuel. Le cours des études est de trois ans dans la première éculc, de trois ans et de quatre mois dans la seconde. En sortant d'Ëtajima, les élèves devenus kohoseï^ aspirants de deuxième classe, vont pour huit mois sur des bateaux-écoles qui forment une escadre sous un
(1) Cf. aussi la conférenee faite par le commandant Sat6| le 10 février 1904, à l' United Servicê Intiiiuiion de Londres.
LE' JAPON MODERNE
•contre-amiral; puis ils sont distribués sur les escadres actives pour v achever leur éducation jusqu'à leur promotion, soit pendant quatre mois environ. Pendant les trois ans où ils restent aspirants de première classe et enseignes de vaisseau, ils vont à rcoole de tir au canon et à celle des torpilles; cette pratique n'est pas encore obligatoire, mais le deviendra.
L^Âcadémie navale (kaiguniaigakkô) de Tôkiô,
fondée en 1888, comprend 5 divisions. La première, où Ton reste dix-huit mois, correspond à i Académie militaire, mais les élèves admis au choix ou après examen doivent être lieutenants de vaisseau ou capitaines de corvette ; la seconde, où l'on passe également dix-huit mois, est l'Académie des officiers mécaniciens; la troisième sert à perfectionner . «n six mois certains officiers dans Tétude du tir, des torpilles ou de la navigation ; la quatrième permet à des ofticiers spécialistes d'étudier pendant un «n des matières de leur choix; dans la dernière division des cours temporaires sont faits à des officiers de tout grade, ils sont de six mois pour les officiers 4e navigation et de douze pour les mécaniciens.
Yokosuka possède une école de canonniers, une école de torpilles et d*électricité pour officiers, .sous-officiers et soldats, enfin une école pour former des sous-officiers mécaniciens.
• Les officiers se divisent en officiers de vaisseau (shôkôjy mécaniciens (kikankan)^ du commissariat fshukeikanjy de santé fgunikan), pharmaciens fyakuzaïkanjy ingénieurs constructeurs /'205enA:an^9 in* ^émeuxs.d' armes Czôheikan) et ingénieurs kydro-
LA TRANSFORMATION DU JAPON 88t
graphes (suirokanj. Les grades sont les mêmes que dans Tarmée de terre, on les fait précéder des
mots kaigun, armée de mer. On traduit le plus souvent /a/^Ao par amiral, ^eit^ut par amiral de la flotte (admirai of the fleetj.
Pour passer au grade supérieur, il faut avoir été au moins un an aspirant de 1" classe, deux ans enseigne, cinq ans lieutenant de vaisseau, deux, ans capitaine de corvette, deux ans capitaine de fré};ate, deux ans capitaine de vaisseau, trois ans contre-amiral; on ne nomme amiraux que les officiers qui ont fait campagne comme vice-amiraux.
Les gensui sont maintenus jusqu^à leur mort dans le cadre d'activité; les amiraux sont mis à la retraite à soixante-huit ans, les vice-amiraux à soixante-trois ans, les contre-amiraux à cinquantehuit, les capitaines de vaisseau à cinquante-trois, les capitaines de frégate à quarante-huit. l*oar les officiers ^jénéraux assimilés la limite d âge est un peu plus tardive : ' ainsi les médecins, ingénieurs, etc., assimilés aux vice-amiraux, ne sont mis à la retraite qu à soixante-cinq ans.
Les officiers qui, ayant servi plus de onze ans, sont considérés comme devenus impropres au service, se retirent sur une suggestion dii ministère; ils sont alors placés dans la réserve jusqu'à la limite d âge. Les officiers arrivés à la limite d'âge sont placés dans la territoriale pendant cinq ans. . Les uniformes de la marine japonaise rappellent ceux de la marine britannique principalement par le dessiià particulier des galons des officiers.
Les amiraux touchent uHe solde de 6000 yen;
LE JAPON MODERNE
les vice-amiraux, 4000; les contre -amiraux,
HiiOO; los capitaines de vaisseau, 2 400; les capitaines de fré(jate, 1 898; les capitaines de corvette, de 1095 à 1277; les lieutenants de vaisseau, de 780 à 960; les enseignes, de 540 à 600; les aspinints de première classe, 444 environ
Les pensionsde la marine l ofHciers, suus-oi:dciers, soldats), montaient en 1906 à 776 397 yen, le nombre des pensionnés à 8 711.
Les tribunaux maritimes ont été créés en 1872; il en existe actuellement à Tôkiô et dans les cinq préfectures maritimes. Chacune de ces préfectures a également son hôpital.
11 nous reste à parler de la fondation des arsenaux et de la construction des navires de guerre.
Le premier arsenal japonais fut, ainsi que nous Ta vous raconté, organisé en 18(j() à Yokosuka sur la baie de Yedo par un Français, M. Léonce Yerny, qui diriffeaît une mission de maîtres et de contremaîtres choisis dans l'élite des arsenaux. Le nouveau gouvernement impérial, peu sympathique à tout ce qu^avait fondé le bakufu, songea quelque temps à supprimer l'arsenal et lui refusa toute subvention. Passionné pour son œuvre, M. Verny garda ses ouvriers et leur donna lui-même leurs salaires jusqu'au jour où les ministres mieux renseignés se
décidèrent à faire de Yokosuka Tarsenal national
i;1872), il en conserva dix ans la (lirecli<m, puis la céda à son compatriote, M. Thibaiidicr, qu il avait eu pour collaborateur dans les dernières années de sa direction. Dès 1875 le Seiki^ de 897 tonnes, était lance à Yokosuka sons la dircclion de M. Vernv. £n 1878 étaient lancées trois autres canonnières, deux à Yokosuka et une à Onohama.
Après le départ de M. Thibaudier Tarsenal fut dirigé exchisivemenl par des ingénieurs japonais, dont quelques-uns s'étaient formés à notre école du génie maritime; ils commencèrent la construc? tion de navires en fer. Yokosuka lançait deux bâti* ments de l 500 tonnes en 1882 et trois en 1885; en 1886 on lançait 3 canonnières de 600 tonnes, dont deux à Yokosuka et une à Tôkiô.
Le gouyernement japonais demanda en 1886 le concours de M. Berlin, dont les projets de navires à flottaison cellulaire lui étaient connus. M. Bertin (1840), qui devait plus tard atteindre dans la marine française au (^rade de directeur des constructions maritimes et entrer à TAcadémie des sciences, remplit au Japon une mission de (juatre années (1886-90) comme conseiller du ministre de la marine, il diri^^ea celui-ci dans le choix de Rure et de Saseho comme nouvelles bases maritimes et y surveilla les premiers travaux; il donna également les plans des nouveaux navires. Yokosuka lançait en effet deux bâtiments de plus de 1 500 tonnes en 1887 et 1889, le Hasliidate de plus de 4000 en 1890. Deux autres navires du modèle de ce dernier bâtiment furent construits à
LE JAPON MODERNE
Tétranger, VUsukushima en 1899 et le Matsusiiima on 1891. Ces trois fi;arde-côtos dits du type Matsusliima, qui par leur struelure et la disposition de leur artillerie révélaient tout le talent, toute l'ingéniosité de M. Bertin, se sont illustrés à la bataille du Yalu et vaillamment comportés h celle de Tsushinia; le Malsusliima a péri connue Vléna. Onohama lança une canonnière de 000 tonnes en 1890; Yokosuka, VAkUsushtma de plus de 3000, le Swna et VAkasIii^Q près de 3 000 en 1892.
La guerre sino-japouaise changea les conditions de la construction ; une partie de l'indemnité chinoise fut employée à la transformation des arsenaux et à rétablissement de deux fonderies à \Vakamulbu et à Kure, qui permirent de construire des plaques de blindage pour les cuirassés. Cependant jusqu'à la guerre contre la' Russie le Japon ne produisit guère que des torpilleurs, des contretorpilleurs et des croiseurs protégés, le premier de 1 700 tonnés en 1897 à Kure, le second de 1 200 en 1900 à Yokosuka, enfin en 1902 et 1903 trois excellents croiseurs rapides de plus de 3 000 tonnes : le JSiitaka et VOtowa à Yokosuka, le Tsushima à Kure, plus une canonnière de 600 tonnes dans ce même port.
Apres la gïierre contre la Russie on résolut de construire les plus grandes unités au Japon. 11 y a deux cales de construction à Yokosuka, deux à Kure, une à Sasebo, une à Maizuru ; ces six cales peuvent construire des cuirassés, les quatre premières peuvent mettre en chantier les plus grands bâtiments. Yokosuka a lancé un cuirassé de
11)000 lonncs, le Satsuma, en 1906 et un croiseur cuirassé de 14 000, le Kurama, en 1907; Kure, un cuirassé de 19 000, VAki^ en 1907 et trois croiseurs cuirassés de 14000, le Tsukuha (1905), YIkoma (1906), Vlhuki (1907), sans compter des bâtiments de tonnage inférieur, dont 29 contre-torpilleurs ordinaires et 2 contre-torpilleurs de 1 000 tonnes encore inacheyés, le Yamakaze et le Kaiju, Actuel* lement sont en construction deux cuirassés de 21 000 tonnes, le Kawachi et le Settsu. Les nouveaux bâtiments sont à turbines. On fixe le prix moyen de construction à 1 000 yen par tonne pour les cuirassés do ligne, 950 pour les croiseurs cuirassés. Mais les aciéries de Kure et de Wakamatsu ne produisent pas encore tout l'acier nécessaire à la construction de ces grandes unités et le gouyer* nement s'est employé à faire fonder une aciérie privée à Muroran dans le riokkaidô;ie capital de 10 millions de yen a été fourni par une combinaison de la Société minière du Hokkaidô, de Viekers et d'Armstrong (1).
La marine fournit elle-même les chaudières des bâtiments construits au Japon; on les appelle chaudières Miyabara du nom de Tinspecteur général mécanicien (aujourd liui en retraite) qui les a construites en 1899; un établissement a été construit à Akabane pour la fabrication de Texplosif adopté en qui porte le nom de Tinventeur, Shiniose Masachika (1859). Le procédé de télépho-
(1) liCS ingénieurs des constructions navales sortent des facultés de génie civil des Universités, sont admis après concours et terminent leurs études dans les arsenaux et à l'Académie navale.
386 LE JAPON MODERNE
nie sans fil, découvert par un officier, esl tenu secret.
Pour h'rminrr ccfto étude ronsacroc a la défense nutioiiale, nous tàclieronsde mettre en relief les points où la conception japonaise nous appa-< rait comme la plus puissante et la plus ori|;inale.
Au point de vue moral F armée tire sa force do la religion militaire enseignée dans les écoles et dans les casernes, religion qui présente l'héroïsme guerrier comme la suprême vertu et divinise les soldats morts en combattant. La sah'ur du corps d'officiers est remarquable parce que la plupart se vouent à leur carrière dès Tenfance, que tous s'y vouent par serment pour la vie, qu'aucun ne veut ni ne peut 1 abandonner; leur esprit est donc entièrement consacré à leur œuvre. Dans 1 avancement et l'attribution des postes, il n'est tenu nul compte des intérêts individuels mais seulement de Tinté* rét général. Ces ofticiers, qui ne peuvent donner leur démission, sont invites à demander leur mise en réforme avant Tâge dès qu'il est jugé utile de rajeunir les cadres; en décembre 1909 cinq viceamiraux et un assez }>rand nombre de contreamiraux ont dû passer dans la réserve atin de permettre une promotion de six vice-amiraux et de quatorze vice-amiraux, tous jeunes, qu(dqiies-uns avant à peine la quarantaine. Parmi les {çénérau.x. qui ont commande des armées pendant la dernière guerre un seul reçut le bâton de maréchal, Nozu {■[ 1908), qui avait depuis treize ans le grade
de général, Kuroki a été mis à la retraite et Nogi a reçu la direction de l'école des nobles; celui que
tous, mcinc les vaiiujucuis de lîM)i-li)()5. désijjnoat pour remplacer quelque jour le maréchal Yaina^^ata dans le rôle officieux de directeur suprême de l'armée, est le ministre Terauchi, qui n'a plus fait campagne depuis 1877. Une pareille cuucepliou du rôle de Tofiicier justifie qu'à moins de faits de guerre le sous-officier ne puisse passer officier et dans l'état de la société japonaise cette distinction tranchée entre les ofdciers d'une part, les sous-oiiiciers et les soldats d autre part contrihue heaucoup à fortifier la discipline. Enfin il faut dire la cohésion, l'esprit de corps que donnent aux régiments japonais le recrutement ré^jional, le fait que pour servir dans un régiment un officier doit y être admis par le corps d'officiers et cet autre fait qu'il y servira comme sous-lieutenant, lieutenant et capitaine.
Au point de vue de l'organisation les traits originaux sont les suivants : le chef suprême de Tarmée et de la marine est l'empereur. Dans les deux conseils des maréchaux et de la défense nationale siègent à la fois des officiers de terre et de mer, ce qui maintient entre Tarmée et la marine une parfaite communauté de vues. Dans l'armée il existe trois branches égales : le ministère, Tétat-major, l'instruction; dans la marine il y en a deux : le ministère et Tétat-major ; en outre préfectures, escadres et points d'appui dépendent directement de Tempereur.
11 y a trois grades d'officiers généraux, et la dignité suprême de gensui^ maréchal de terre ou de mer, ce qui maintient plus de discipline dans les
388 LE JAPON MODERNE
hauts grades et restreint encore les pouvoirs de» ministres de la (guerre et de la marine, qui ne peuvent retirer un grade comme dans certains cas, raresd'ailleurs au Japon, ils peuvent retirer un emploi.
Toutes les nominations importantes sont faitespar Tempereur après avis du conseil des maréchaux et du conseil supérieur. L'autorité du souverain assure T unité de la délense nationale, Tautonomie des services en assure Tefficacité et permet d*e» confier la direction à des spécialistes.
D autre part le Japon ne veut ni corps d'armée^ ni division d'une seule arme, il n'a que des divisions mixtes, unités plus maniables, dont trois ou quatre formeront en temps de guerre une armée.
Enfin la marine se recrute moitié parconscriptiouy moitiiî par engagement volontaire. Le recrutement de l'armée diÉère de celui des autres armées parce que le Japon n*est pas assez riche pour entretenir de* gros effectifs de paix et que sa situation insulaire lui rend inutile d'avoir des troupes de couverture*. Il a donc une armée active, qui en temps de guerre se complète par ses réserves, des troupes de dépôt très supérieures en nombre à l'active et à la réserve qui, la guerre déclarée, se rendent dans les dépôtsrégimentaires pour y être instruites et combler les vides faits dans Tactive et la réserve par le feu ou la maladie. La territoriale forme des unités spéciales, qui reçoivent un tiers d'ofiiciers et de soldats de • l'active et de la réserve et sont envoyées en dehorsdu pays. Les unités qu'on juge utile de former avec Tarmée nationale, c'est-à-dire la réserve de la territoriale, garnisonnent la métropole et les colonies^
Si nous examinons maintenant l'ensemble des institutions politiques du Japon moderne, trois
faits nous frapperont particulièrement. Les fondateurs du nouveau régime n'ont pu réussir à créer ces institutions qu'au cours d'une trentaine d'années «t par des changements répétés; ils se sont inspirés dans la mesure du possible des traditions du passé; ils se sont efforcés d'adapter aux besoins de leur pays les institutions empruntées à TËurope. C'est pourquoi leur œuvre nous apparaît comme une œuvre originale et comme une œuvre viable. Souvent on a présenté le régime nouveau du Japon comme un régime d'emprunt^ tout factice et resté presque étranger au pays, qui le subit. Nous voyons qu'une pareille conception est contraire à la réalité. £t nous voyons aussi que le Japon ne saurait être comparé aux peuples qui, ayant détruit les institutions de leur passé, n'ont pas su se créer des institutions nouvelles, mais ont fini par reprendre les institutions détruites en les adaptant plus ou moins heureusement à leurs besoins nouveaux. Si, grâce au culte de l'empereur et de la patrie, le Japon n'a pas rompu avec ses traditions •comme un moment on aurait pu le croire, il n'en a pas moins su se créer des institutions nouvelles, tout à fait différentes des institutions d'autrefois, par suite il a témoigné une fois de plus de sa force créatrice.
GUAFITRË II