‹ Le Japon histoire et civilisationChapitre 8 sur 22 · SUPPRESSION DES PENSIONS · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES PENSIONS

Recherchons maintenant quelles conséquences

produisirent la loi agraire et la conversion des pensions.

Nous nous occuperons d'abord des paysans. Après la dépossession de tous les propriétaires du

sol, ils avaient reçu en pleine propriété les terres dont ils n'étaient jusqu alors que les fermiers ou les tenanciers.

Dans son ensemble la réforme fut heureuse puisque les famines se sont faites plus rares, qu'elles sont peu meurtrières etque la population, qui pendant deux siècles était demeurée au chififre

LA TKANSFORMATION DU JAPON Ul

de 30 millions, a pu atteindre en quarante années

le chiffre do 50 mi liions. L'on peut cependant se demander si les mêmes lésuitats n'eussent pu être obtenus sans loi agraire par Touverture du Japon au commerce extérieur, la suppression de toutes les restrictions apportées audroitde posséder et de commercer, rétablissement d'un bon régime de la propriété, la diminution de Timpôt foncier comme aussi par un ensemble de mesures permettant au paysan de se rendre iacilement acquéreur de la terre.

Bien qu'heureuse dans Tensembie, la réforme n*en a pas moins produit quatre sortes de résultats fâcheux.

D'abord le paysan, trop (généreusement gratifié, a prétendu se débarrasser de l'impôt foncier comme de la rente, il n^a cessé de réclamer rabaissement de cet impôt même à une époque où aucun autre ne pouvait le suppléer et où les hnances du pays, nouvellement fondées, traversèrent plusieurs ' crises très graves. Dès la fin de 1876 la baisse du prix du riz amena un mécontentement général et des troubles dans les ken d'ibaraki. Mie, Nagano, Shizuoka, Kôchi, Nara et Hiôgo. Ces troubles déterminèrent le gouvernement à réduire Timpôt foncier Tannée suivante et c'est en grande partie pour pouvoir réaliser cette réduction qu'il décida la conversion des pensions servies aux samurai. La revision de 1889 fut de fait une réduction et les

LE JAPOX iMUDERiNE

relèveincïils devenus nécessaires depuis 1890 n'ont pu être décides qu après de nombrcubcs crises ministérielles et plusieurs dissolutions du parlement.

Ensuite le paysan, mis en possession de la terre sans avoir rien fait pour Tacquérir, n'en a pas compris la valeur, il a ('oiiliiiué de vivre d une manière imprevovanle, 1 impôt foncier fixe et payable en argent lui a paru plus dur que la quote-part due sur la récolte au seigneur féodal, il s'est endetté et la terre a passé pour une grande part aux mains des usuners.

Combien le paysan japonais était peu préparé au don de la terre qui lui fut fait, nous en avons deux preuves : la statistique des hypothèques et celle des ventes.

Pour la période qui se rapproche de la réforme et où rinscription des hypothèques n'était pas

établie, les chiffres sont approximatifs, inférieurs à la valeur réelle de la propriété hypothéquée puisqu'ils sont ceux des sommes prêtées; on n'a d'ailleurs de renseignements que pour certains districts. Il faut observer que beaucoup de domaines n'étaient hypothèques que pour une période de quelques mois. En 1884 la valeur déclarée des hypothèques dans le vieux Japon s'élevait à i(>,;i 0/0 de la valeur totale des propru les telle que rétablissait Testimation légale et la valeur réelle des hypothèques (y compris les hypothèques non déclarées) était bien supérieure.

Digitizeu Lj ^jQOgle

La stulistique . (les veules nous fournit des chiffres encore plus remarquables.

Dans le vieux Japon (y compris les villes) le niontant dos ventes sVlcvait en 1884 à 4,8 0/0 de la valeur totale des propriétés, en 1886 à 5,1 0/0.

Les chiffres les plus élevés sont pour les années 1883 ou 1884 : 9,3 0/0 à Kôcbi; 8 0/0 à Tokushima; 7,7 0/0 à Knmamoto; 6,5 0/0 à Safja; pour la période 1883-86 : Tokushima 29 0/0; Kumainoto 24,5 0/0; Ëhime 230/0; Saga et Fukuoka 220/0; Hiroshima 21,4 0/0; Aomori 20,40/0. Ces chiffres prouvent à quel point les réfornu^s avaient bouleversé la société, principalement dans les clans du Sud.

En vin^i;t ans la totalité de la piopriété aurait elian^jé de mains, et cela immédiatement après la dépossession complète de tous les anciens propriétaires ; ce furent là au point de vue économique et social des épreuves plus f;raves que celles qu*a subies la France sous la Révolution. Et le chiffre des ventes de terres arables est encore élevé (1).

En 1904 50,21 0/0 des rizières étaient cultivées par leurs propriétaires, 49,79 0/0 par des fermiers; 60,93 0/0 des autres terres arables étaient cultivées par leurs propriétaires, 39,07 0/0 par des fermiers.

On a du créer un fonds de secours pour les paysans dont nous expliquerons ailleurs le fonctionnement.

(1) Il faut remarquer qae, comme nous le dirons ailleurs, la valeur de la terre a beaucoup augmenté. La valeur moyenne en

1906 du tsubo déterre arable dans le vieux Japon aurait été de 559 yen, tandis que la valeur ofhcielle est de 99.

LE JAPON MODERMË

De plus le paysan, qui est habitué à sa terre natale et à iineciillurc lacilc, ciaiiil d ('inl^rcr; il n'y a encore qu un million d'habilanU à Yezo; d ordinaire Témigré japonais exerce de petits métiers, il est rarement colon au vrai sens du mot. D^autre part le chiffre de la popiilalion du Japon s'est élevé de 20 millions en quarante ans et cependant la zone de culture n'augmente que lentement : les terrains af;ricoles n'auraient compris que 15,7 0/0 de la superficie totale du Japon propre ^d après le y car book de 1907).

KnPin rexcKision de tous les {;ens riches, intelligents et entreprenants a réduit le Japon au régime de la petite culture la plus routinière. La supers ficie moyenne des domaines pour le vieux Japon et le Hokkaidô était en 1907 de 4 tan 9 se 25 bu (soit un peu plus de 40 aresj pour les rizières et de 9 tan 7 se 6 bu pour les autres terres arables (I).

La propriété des maisons, toujours transportables, est ^généralement distincte de celle du sol, surtoutdans les villes; le proprirtairiMlc la maison

loue le sol pour une période de 15 à 30 années. Les maisons se vendent et se donnent en f;age iudépendaïuiiiL ut du sol conformément aux lois de 1875, 1880, etc.

(i) Cf. Japon jeai' book^ 1907, p. 323.

L*on n a pas de données exactes sur le nombre des propriétaires. D'après un recensement de 1883-M on aurait trouvé dans trente départements

3 377 83G chefs de laniille propriélaires (ce qui aurait donné pour tout le Japon millions.; En 1887» il n'y avait que 1 581 72G personnes payant 5 yen ou plus d'impôt foncier et 882 517 en payant 10 yen ou |)lu8. ^Jous reviendrons sur cette question dans le chapitre consacré à la condition du peuple.

Pour que Tagriculture se relevât dans certaines

régions, il a iallu que la loi coinmençaL à se détruire d elie-mênae, c est-à-dire que le paysan vendit ses parcelles à des marchands de biens ou à des sociétés par actions, (jui y ont essayé une culture perfectionnée. Nous étudierons ailleurs les moyens employés par i Etat pour reconstituer de grands domaines.

Pour les samurai la réforme fut injuste et elle en ruina le plus grand nombre.

Voici quelques chiffres qui moutreronl dans quelle mesure les kazoku et les shizoku ont pu conserver la propriété foncière.

£n 1887 les heimin comptaient 7 629 966 chefs de famille, plus 29-475 125 membres; pour les shizoku Ton avait 425 U60 et 1 528 709; pour les ka-

LE JAPOiN MUUËitiNE

zoku 588 el 3 228. Or paroii les [)ersoinies payant 10 yen d*impôt foncier il y avait 840 370 heimin, ^5 926 shizokii et 221 kazoku ; parmi les personnes pavant 5 yen d'impôt foncier 1 ^ii iOG heimiii, 59 232 sliizokii, 288 kazoku.

£n 188(>, 22 0/0 des chefs de maison heimin payaient plus de 5 yen d'impôt foncier et 12 0/0 plus de 10 yen; 21, Ki 0/0 des lioimin et des shizoku réunis plus de 5 yen, 11, 52 0/0 plus de 10 yen. 11 y avait donc même proportionnellement plus de heimin propriétaires du sol que de shizoku.

Le tableau suivant présente aussi de l intérét :

Mn U ikinki InibN II ihlnki

iBf ion propri^airei sor 1« jropriéttiMi

fï/mt h jn pavant iO rea

Keii. i'ÏÊfbi foaeier. d lapôl foieier.

Ragoshîma S9 35

Miyazaki 19 19

Kumamoto 10 13

Saga. 16 18

Nagasaki SA S9

Fukooka T 8

Yamaguchi • 9 11

Kôchi 9 13

Yaraanaslii 0,4 0,4

Kana{;a\va 0,25 0,25

Toyaaia 0,2 0,2

Sur 100 chefo Sur 100 diefe

de

famille liiiixoku famiilesbizoku

payaient payaiant

Ken. a yen: lOjen:

Kagoshima 27 il

Miyazaki 33 16

Kumamoto 35 SI

Saga 31 21

LA TBANSFORMATION

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