‹ Le Japon histoire et civilisationChapitre 9 sur 22 · DU JAPON · texte numérisé non relu

DU JAPON

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Dans les clans du Sud un assez grand nombre de samurai ont donc racheté des terres, ce qui explique leur influence; par contre, dans les clans du centre et du nord, bien peu de samurai sont encore propriétaires.

L'État ne se contenta pas d^exproprier les samurai, il ne leur paya pas les pensions qu'il leur

avait promises. Sans doute rÉlat ne pouvait les payer, mais ce tait pour la raison qu'il avait dépossédé à la fois tous les propriétaires du pays. S'il avait laissé leurs domaines privés aux daimiô et aux ha tamoto, leurs terres aux baisliin propriétaires féodaux, il aurait dû de moindres indemnités aux premiers et n*aurait dû aucune indemnité aux derniers'; s^il avait cédé aux autres haishin la propriété de leur chigiô contre une redevance, 1 opération

(I M. Rathgf^n, à qui j*ai emprunté ce tableau, ne donne pas de date ; ce doit être 1886.

lui aurail ra[){)orte au lieu de lui couler. Économies et profits lui auraient permis de payer aux simples pensionnés les sommes qui leurétaientdues.

\jCs motifs (jui j»oussèrent le gouvernement à cette réforme sociale sans précédent furent surtout des motifs de politique immédiate. 11 voulait à tout prix éloigner des lieux où ils avaient exercé le pouvoir les daimiô et les ])mi('i[)aii\ samnrai, de crainte qu'ils ne reformassent leurs clans supprimés. D*autre part on ne savait comment employer les 1200000 samurai; il est probable qu'en les mena(;ant d une loi agraire on es])erait obtenir d'eux qu'ils renonçassent à leur rang et se fondissent avec les paysans, ce qui fut en effet le cas pour ïosa, Owari et d'autres clans. Dans les comptes de la période 1868-75 sont portes 13 millions de yen donnés à des shizoku qui s'établirent comme paysans. En tous cas une expropriation générale forçait un grand n<)ml)re de samurai à quitter la campagne pour aller se perdre dans la population des grandes villes.

La conversion des pensions des samurai eut, comme de bonnes, de mauvaises conséquences. Ces mauvaises conséquences apparurent d'abord dans le domaine politique : partout il y eut des révoltes de samurai; celle de Salsuma mit le nouveau régime en danger; plus lard les samurai formèrent, du moins pendant quelque temps, une part assez considérable du corps électoral et de la Chambre. Électeurs et députés n^abordèrent le gouvernement que la haine au coMir; pendant trente ans ils n'ont cessé de repousser les mesures

f.A TRANSFORMATION DC JAPON

financières el les projets législatifs, de renverser les ministères, de fomenter des émeutes et cela sans but

déterminé, par rancune contre les hommes du Mciji.

Ces . mauvaises conséquences se manifestèrent ensuite dans le domaine social. Si les sa mu rai étaient devenus des propriétaires fonciers, ils se seraient progressivement fondus avec le peuple, d'autant plus facilement que la plupart auraient été de très petits propriétaires. Dépossédés, ceux qui ne tombèrent pas dans la misère ou ne tentèrent pas de rétaldir leur forluno ]>ar la spéculalion devinrent officiers, fonctionnaires, a^jcnls de police, journalistes, politiciens; et c'est pourquoi ils forment encore une classe distinctl?, reconnue même par 1 i Jat, pouKpioi ils ont exclu jusrpi à présent la masse du peuple des offices politiques et militaires. La question de déterminer quelle situation il convenait de faire aux anciens samu*rai était 1 une des plus difficiles cpii se soit présentée à aucun gouvernement, on peut dire qu'elle n^a pas été résolue, mais c'est en étudiant la réorganisation sociale qu'il conviendra de la traiter.

Enfin la loi agraire faillit perdre les II na nées du nouvel empire ; elle chargea son budget naissant de plus de 20 millions de yen de pensions, qu^il ne put payer. Il fit faillite à ses engagements, des révoltes éclatèrent de toutes paris, celle de Salsuma seule coûta plus de 40 millions de yen. Puis, pour dédommager les sa murai, on leur permit de créer des banques nationales. Ces banques, dirigées par des incapables, aboutirent à la grave crise de 1878- 18fô, qui manqua de ruiner le Japon.

uu I.Ë JAPOM MODERNE

La responsabilité de ces mesures revient certainemciiL à Ukubo ; Kido elait d'avis qu'on en différât Texécutionau moins de quelques années; Sanjô ne semble pas être intervenu, Iwakura était alors sous rillilucnre d'Okubo.

Quelques reproches qu ou puisse faire à cette réforme hâtive, il faut reconnaître que les Japonais ne pouvaient la juger dans le même esprit où nous la jujToons nous-mêmes; ils ne se faisaient pas de la propriété l idée que nous nous en faisons; formés pai^ la philosophie chinoise, ils admettaient que Tempereur est le maître absolu des biens et de la vie de ses sujets, qu'il est le seul propriétaire du sol. La souveraineté et la propriété foncière ayant toujours été confondues sous la féodalité^ le f^ouvernement ne leur semblait pas plus arlutraire en dépossédant les proprielaires fonciers de leurs domaines qu'en dépossédant les daimiô de leurs principautés; puisque l'empereur leur demandait de faire ce sacrifice au bien public, les samurai devaient obéir : ne tiraient-ils pas orgueil de leur désintéressement, ne reconnaissaientils pas comme premier devoir de suivre les ordres de leur luaitre? De plus la ooniplication de la léj^islation Icodale était telle que dans bien des cas la tenure du paysan pouvait sembler plus voisine du droit de propriété que Tusufruit ou la quasi^pro-

priélé du saruurai.

11 nous faut reconnaître aussi que, comme la

suppression des clans et la constitution d'un gouvernement central avaient donné à l'Etat une base solide, l'ensemble des lois agraires établit la propriété sur un fondement rationnel, encore que la dépossession générale des propriétaires féodaux, puis la vente totale du sol en l'espace de vin[jt ans aient contribue a rendre faible et vague pour les Japonais l'idée de propriété.

Dans Tensemble cependant, malgré les graves erreurs et les injusliccs conimises, les reformes d'Okubo, d Okuma et de leurs roUc^ucîs ont coopéré d'une manière efficace à la formation du Japon moderne.

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