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CHAPITRE PREMIER Principaux traits physiques et moraux

§ L Géographie

Le Japon est formé dans son ensemble :

lo D'une grande île, Hondo (grande terre) ou llonschui, et, au sud, de Tîle de Shikoku (quatre provinces) dont les contours généraux se lient si bien à ceux de la grande île, qu'elle semble en faire partie;

2«> De l'île Kiushiu (neuf provinces) également bien liée aux précédentes ;

3o De l'île d'Eso (Yeso) au nord, occupant par rapport au Hondo une position presque symétrique de Kiushiu ;

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4o De la rangée des îles Riu-Ku se détachant de Kiuschiu vers le sud ;

5o De la rangée des Kurites (en Japon mille îles) se détachant symétriquement d'Ezo (inhabitées et inhabitables) ;

60 Enfin du petit groupe des îlesBonin.

Cet ensemble est compris entre le 24» 6' et le 50o 56' de latitude nord, et entre les 120o 25' 45" de longitude est (méridien de Paris); soit entre l'île Sagalien, possession russe, au nord et la Corée indépendante ou nominalement tributaire de la Chine au sud-est.

Comme tous les pays insulaires, le Japon a un relief très accidenté. Chaque île présente au moins deux versants opposés, séparés par une ligne de crêtes.

Les terrains collinaires de 100 à 300 mètres d'altitude sont très communs et sont coupés d'étroites vallées. Les plus fortes altitudes atteignent 2.000 mètres.

On donne le nom de Hara aux plaines plus ou moins étendues qui s'étagent à des altitudes variant de 400 à 2.500 mètres. Ces plateaux non cultivés ne ressemblent pas à nos prairies, mais bien plutôt à nos pâturages de montagnes. Ce sont de grands champs de fleurs.

Les forêts japonaises se distinguent par l'abondance, la variété des arbres et par un développement remarquable des arbustes, des hanes et espèces herbacées qui rappellent les forêts vierges des tropiques.

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§ 2. Climat

Le Japon a un climat tempéré; la température moyenne est inférieure de 4» à celle des pays de même latitude en Europe, et elle a d'assez fortes variations locales selon l'altitude, l'exposition et la topographie.

Bien que le flux n'ait qu'une hauteur de 0i«60, les moussons qui se renversent à l'équinoxe d'automne, amènent un renversement correspondant dans la direction des vents. De là une grande régularité dans les saisons. Il y a généralement deux périodes de pluies séparées par la partie la plus chaude de l'année : l'une pendant le mois de juin et le commencement de juillet, l'autre en septembre et octobre. La première est la plus importante au point de vue de la culture du riz qui est dominante dans le pays ; après la seconde commence la saison froide et sèche.

Sur la côte occidentale de la grande île, les hivers sont très secs; la neige atteint souvent une épaisseur de plusieurs mètres. C'est l'inverse sur la côte orientale; les averses atteignent jusqu'à 0^176 de hauteur, la quantité d'eau pluviale est presque tropicale et double de celle de la France. Le ciel est souvent couvert de nuages qui interceptent le rayonnement ; de là une chaleur humide très débilitante et malsaine surtout pour l'étranger ; à Yokohama on a pour températures moyennes : l'hiver, 5^ 1 ; au printemps, 12° 9; l'été 23° 2 ; à l'automne 16° 20 ; pour toute

Tannée 14o 3 ; pour le mois le plus froid, janvier, 4^ 1 ; pour le plus chaud, août, & 6.

Grâce à ce climat, la flore du Japon a une richesse et une vigueur extraordinaires. — On y trouve le noyer, le châtaigner, l'oranger, le pommier, le cotonnier etc.

Les plantes du Japon, en raison de son climat maritime, peuvent être facilement acclimatées en France, en Angleterre et dans tout le reste de l'Europe occidentale exposé à l'influence maritime.

Les îles du Japon paraissent formées d'une base granitique et surtout de schistes métamorphiques azoïques et paléozoïques, de calcaires cristallins et de grès. Ces formations ont été bouleversées à diverses époques par des éruptions de natures diverses. Sur les masses se sont déposées par endroits des couches de roches secondaires, tertiaires, et quaternaires. Les terrains sédimentaires se trouvent dans l'est du Hondo. L'ossature ignée a été modifiée par les phénomènes volcaniques ; les sommets les plus importants sont des volcans; les volcans au nombre de plus de 130 dont 80 aujourd'hui éteints sont repartis sur toute la surface du Japon et impriment au paysage sa physionomie : Nulle part des^escarpements sauvages ; partout des contours arrondis et gracieux. Partout aussi des eaux superficielles abondantes comme dans tous les pays à base granitique; parmi ces eaux beaucoup de thermales. On voit très souvent fort rapprochées Tune de l'autre une source froide et une chaude.

Les tremblements de terre sont très fréquents ; il y en a en moyenne au moins un par jour ; ils sont

généralement anodins et paraissent à peu près sans influence sur l'esprit et les habitudes de la population ; quelquefois cependant, ils ont couvert le pays de ruines ; en 1855, un tremblement de terre a fait, à Tokio même, plus de 100,000 victimes.

§ 8. Population

Pour une superficie de près de 400.000 kilom . carrés, on évalue la population à près de 38 millions d'habitants, y compris les Aïnos, groupe insignifiant de dix-huit à vingt mille individus. La densité moyenne de la population est d'environ 100 habitants par kilom. carré.

Costumes

A l'inverse des Chinois qui se couvrent d'étoffes claires, les Japonais affectionnent les vêtements sombres et la longue robe carthaginoise dont les manches pendantes repliées lui servent de poches, et qui peut, selon les circonstances, prendre toutes les formes. Si l'on retrousse les manches au-dessus des épaules, on a un péplum élégant sur lequel se détache le contour des bras. Si l'étoffe n'est que posée et drapée autour du cou, on obtient des effets de chlamides fort gracieux. Relâchée dans la ceinture elle rappelle la tunique grecque et laisse les jambes libres et agiles.

La femme japonaise est bien la peinture de paravent que nous connaissons. Elle marche les genoux serrés, traîne les pieds et donne au haut du corps.

tout le mouvement que l'équilibre réclame, la tête pivotant à chaque pas en sens inverse des épaules.

§ 4. Ethnographie

Les Japonais d'aujourd'hui sont le mélange d'un fonds de population très ancienne qui n'était peutêtre'qu'en partie autochtone avec des Immigrés qui, longtemps avant l'ère chrétienne, occupèrent la partie sud du Royaume et poussèrent ensuite vers le nord. Il en est résulté une très grande diversité de figures et d'aspects entre les individus.

On distingue cependant deux types principaux :

Celui des paysans qui est presque le type mongol, nez plat, yeux ramassés ; celui des nobles, presque polynésien, où les caractères mongols sont très effacés et qui se rapproche du type caucasien pour le nez fin et en arête et les yeux bien effilés malgré leur obliquité. En général les Japonais sont laids ; la tête enfoncée dans les épaules passe pour sous-dohcocéphale. La face est large vers les pommettes et va en se rétrécissant vers le menton qui est bas.

Le nez, large à la base, est fort et saillant. Les yeux noirs et petits n'ont pas l'obliquité de ceux des Chinois. La mâchoire présente un léger prognatisme. La chevelure noire est droite sans être raide, le teint blanc tirant sur le jaune. Les Japonais sont de taille moyenne, 1^ 55 à Im 65. Les hommes du peuple sont pour la plupart vigoureux, larges d'épaules avec une tendance à l'obésité, très adroits, très résistants à la fatigue. Les hommes qui ont des occupations

sédentaires, nobles, employés ou boutiquiers sont faibles, de membres grêles et de santé délicate. Cela tient à ce qu'ils passent leur vie, pour ainsi dire, à terre, les jambes ployées sous le corps. Il en résulte une atrophie partielle et une déviation des membres inférieurs, un développement exagéré du buste et une déformation générale qui, par la persistance des causes, a fini par se transmettre de génération en génération; car, sous l'ancien régime [les membres d'une classe sociale ne pouvaient en sortir.

Dès l'âge de 30 ans, hommes et femmes sont ridés, à cause de la nourriture presque uniquement composée de riz ; quatre Japonais sur cinq sont anémiques par l'effet de cette nourriture et de l'atmosphère de chaleur humide, dans laquelle ils vivent constamment.

Peu de croisements entre Chinois et Japonaises, beaucoup entre Japonaises et Européens, surtout par des sortes de mariages temporaires en usage dans le pays. Il |y a quelques unions légitimes entre Européens et Japonaises ; elles sont beaucoup plus rares entre japonais et Européennes. On cite une douzaine de cas entre Allemandes et Japonais,et un assez grand nombre entre Allemands et Japonaises. Un ambassadeur japonais à Berlin s'est marié dans la haute société allemande et est devenu depuis ministre des affaires étrangères. En général le membre européen du couple n'est pas heureux moralement, bien qu'il soit toujours le membre dirigeant. Jusqu'ici il semble qu'il y ait pour lui une incompatibilité d'humeur ou de race invincible. Les Japonais de rang s'estimeraient

forL honorés par l'alliance d'Européens bien posés. Mais ceux-ci hésitent fort, quels que soient les avantages matériels qu'ils pourraient recueillir.

Il n'en est point de même dans les unions simplement temporaires. Au Japon, comme dans l'Indo- Chine et aux Antilles, Fépouse indigène, par l'amabilité propre à sa race et remarquable surtout dans son sexe, et par les vertus domestiques ordinaires, la sobriété, l'ordre, la prévoyance, le bon sens, retient presque toujours l'étranger.

Les produits de ces unions se rapprochent beaucoup du type Européen, excepté lorsque le père est Espagnol ou Portugais.

§ 5. Caractère des Japonais

La coutume qu'ont les Japonais de s'incliner poliment en face les uns des autres leur donne l'attitude naturelle de la déférence; les traits du visage gardent le reflet de la bonté ordinaire et celui de la douceur, même dans la maladie et la souffrance. La santé et la tranquille résignation des travailleurs, même les plus misérables, étonnent les Européens.

Par la sobriété, la dignité personnelle, le respect mutuel et la bienveillance réciproque, la masse du peuple dépasse le niveau moral de la majorité des Occidentaux; le nombre des condamnations est bien moindre qu'en Europe. Le Japonais comprend très bien les beautés naturelles; il croque admirablement; le dessin fait partie de l'instruction qui est gratuite et obligatoire depuis 300 ans, de sorte qu'il n'y a pas d'illettrés.

Le cultivateur et l'artisan japonais sont aussi habiles, mais beaucoup moins laborieux et économes que l'ouvrier et le paysan français. Très sobre il adore la fantaisie même enfantine et burlesque et le plaisir. Oublieux du passé, insouciant de l'avenir, il souffre souvent de la disette qu'il aurait pu prévenir. Mais il a à un bien plus haut degré que le prolétaire d'Occident, la liberté d'esprit, la gaieté et l'instruction ; sa maison est généralement supérieure en élégance, en sentiment artistique, en propreté à celle du paysan français. Dans la plus pauvre habitation se trouve toujours une pièce très propre, ornée de fleurs, de vases délicats, de pierres curieuses, et de peintures d'une certaine valeur. D'ailleurs toutes les maisons sont très simples et n'ont que des nattes pour tout ameublement (i).

L'ancienne grande noblesse a conservé ses qualités traditionnelles de bravoure, d'honneur et de dévouement, et, avec elles, son ignorance et son éloignement pour les affaires et le travail d'esprit.

Les survivants de la classe des Samurrai (caste guerrière) occupent les emplois publics et la direction : mais, malgré leur finesse d'esprit, ils ne sont point par le savoir à la hauteur de leur situation.

Les négociants, qui occupaient le dernier rang dans l'ancienne société japonaise, ne cherchaient

(1) Les maisons sont en bois, sans cheminées ni poêles. On n'y trouve que des brazeros mobiles où l'on brûle du charbon de bois ; aussi les incendies sont-ils 1res fréquents. En moyenne, une maison ne dure que 7 ans à Tokyo. On commence mainteii.int ù employer dans les constructions la brique et le fer.

point l'estime. Ceux d'aujourd'hui paraissent avoir hérité de leurs défauts en même temps que de leur déconsidération. On les accuse de manquer et de probité et de capacité ou hardiesse de combinaisons. Ils sont bien inférieurs aux négociants chinois pour l'instruction et le respect d'eux-mêmes.

En résumé, on trouve dans tous les rangs, au Japon, la bonne volonté, l'intelligence, la gaieté, l'insouciance avec une forte dose de vanité et un sentiment artistique délicat.

Les classes dirigeantes sont inférieures à celles d'Europe, au moins en savoir.

Le principal reproche que l'on fait aux Japonais, c'est la légèreté, l'instabilité et le manque de persévérance.]

§ 6. Mœurs et Coutumes

Les Japonais sont d'une politesse raffinée dont toutes les règles très minutieuses, suivant le rang et l'âge des personnes, sont étudiées et suivies avec le plus grand soin. Rien de curieux comme les traités populaires de civilité puérile et honnête au Japon.

La politesse n'impHque pas chez les Japonais l'expansion et la sympathie. Quoique très poli et agréable avec l'étranger le Japonais ne l'aime point: il apprend de lui ce qu'il croit utile, mais c'est pour se passer de lui le plus tôt qu'il pourra. Il se défend à bon droit contre l'exploitation et l'absorption. Une compagnie japonaise a construit'Ct fait marcher dans des conditions suffisantes un chemin de fer.

Un trait particulier aux Japonais, c'est l'absence presque complète de la pudeur, principalement dans les bains qui sont pour eux un besoin journalier. Gela tient peut-être à leur laideur qui les rend indifférents aux nudités. Le contact des Européens modifie ces usages aussi bien que le vêtement et la nourriture.

L'usage de la viande se propage beaucoup.

Comme en Chine, on mange avec des baguettes.

En dehors des repas, on boit du thé ; pendant les repas, de l'eau-de-vie de riz très peu alcoolique et qui procure une douce gaieté. Les festins japonais, auxquels les dames n'assistent pas, ont un entrain de bon aloi, grâce à cette boisson et surtout à un nombreux personnel féminin de mœurs faciles ; servantes, chanteuses, musiciennes, geshas, danseuses maïko, qui donnent autant de plaisir que le permet un décorum d'autant moins rigide que la soirée tend vers sa fin.

§ 7. Famille

Toute la famille Japonaise repose sur l'autorité du chef II est le maître absolu de la femme légitime, de la concubine admise sans contestation par la femme légale qui souvent la procure elle-même, et des enfants des mères diverses.

Le père vieilli ou fatigué peut transmettre son autorité et tout le reste à l'héritier de son choix. Ce doit être l'un de ses fils, souvent l'aîné y*sil n'a pas pris de dispositions avant de mourir, c'est le fils nhié qui hérite de ses biens et de son autorité.

L'héritier doit pourvoir aux besoins de ses frères et sœurs. Il peut partager avec eux s'il le veut, ce qui est rare.

Il a surtout l'obligation d'éviter tous les tracas de l'existence au père qui a abdiqué, ou, s'il est mort, d'honorer sa mémoire.

D'ailleurs en Japon comme dans tous les pays bouddhistes, les enfants ne manquent jamais d'assurer l'existence des parents.

En général la situation de la femme n'est point au Japon ce qu'elle devrait être en raison de son éducation qui a existé de tout temps et qui s'étend jusqu'au dessin, aux langues étrangères. Épouse, elle est facilement répudiée ; mère, (elle est très bonne mère), elle n'a pas d'autorité; veuve,elle obéit au chef de famille. Cependant elle est instruite et chargée de l'éducation des enfants à laquelle elle se consacre complètement, surtout si elle est veuve. Elle doit enseigner : à ses fils surtout la sincérité et la fidélité aux chefs et à leur parole, aux filles les obligations et devoirs de la femme chinoise et indienne.

La femme du peuple vend ses filles quand elle y est forcée par la misère; elle a l'espoir que leur sort ne sera point malheureux et personne ne la blâme bien que cette vente soit interdite par la loi qui reste lettre morte. Ces filles deviennent des prostituées, des geshas ou dçs concubines, situations auxquelles les Japonais n'attachent aucune idée de déshonneur, surtout à la dernière.

Sous l'influence des Européens, la femme japonaise tend à se relever, ainsi que la décence publi-

que. Le christianisme et le bouddhisme contribueront ensemble à ce résultat.

§ 8. Mariages

Les mariages se concluent toujours par des intermédiaires; les fiancés se connaissent à l'avance, mais la jeune fille obéit toujours au choix de ses parents.

On ne donne point de dot aux filles. Le mariage n'apporte des biens au fiancé que dans deux cas : celui où son beau-père l'adopte pour fils et pour héritier; celui où la fiancée a une fortune personnelle dont le mari devient légalement possesseur comme chef de famille.

§ 9. Divorce

Le divorce a 'lieu généralement dans l^s sept cas prévus par la loi chinoise. Cependant, dans le peuple, aucune règle ne paraît tracée. Le mari se borne à donner à la femme qu'il renvoie un certificat constatant qu'elle est libre à partir de tel jour. Cette pratique de droit coutumier est fréquemment appliquée par les gens du peuple, très rarement dans les classes élevées. La femme divorcée rentre à la maison paternelle ordinairement plus pauvre qu'elle n'en était sortie. Le mari garde les enfants qu'il veut, le plus souvent les garçons, et laisse les autres à la mère. Si celle-ci ne peut les élever, elle donne les garçons qui sont facilement

adoptés par les ménages sans enfants, très nombreux au Japon ; et elle vend les filles ou les place comme concubines.

Le prix des filles est de 25 à 60 francs quand elles sont achetées par d'anciennes geshas qui veulent les élever pour leur métier et les exploiter ensuite jusqu'au moment où elles se rendront indépendantes. Les geshas sont des chanteuses et danseuses qui égayent toutes les fêtes japonaises ; elles correspondent aux courtisanes de premier rang de la Grèce et aux bayadères de l'Inde auxquelles elles sont supérieures. Des courtisanes peuvent par leur éducation, leurs talents ou leur beauté avoir un rang distingué dans la société japonaise et même être prêtresses de la déesse solaire, la déesse nationale Ama Therassu. Les Japonais prennent sans répugnances pour femmes légitimes des geshas et même des prostituées (4).

L'adultère de la femme est, ou du moins était naguère, très rare au Japon. L'épouse coupable est à la merci du mari. L'homme n'a même pas l'idée de la fidélité, ni même d'un devoir conjugal quelconque.

(1) Le voyageur Français Delaporte signale au Japon au xviiie siècle, de vastes établissements de prostitution dans les villes, et des maisonnettes dans les campagnes, à la croisée des chemins, ouvertes à tout venant. Il ajoute que, dans quelquesunes de ces maisonnettes, se tenaient de jeunes garçons parés et fardés.

Parmi les courtisanes japonaises on cite les mousmés comme les femmes les plus voluptueuses et les plus complaisantes de l'Asie. Quand une mousmé a un enfant, le père doit s'en charger ou payer 100 fr. à l'État qui s'en charge.

§ 10. Langue

Le japonais appartient à la classe des langues agglutinantes; le peuple des campagnes parle le vieux japonais mêlé de quelques mots chinois japonisés en plus ou moins grand nombre suivant les localités.

Dans les villes le langage est un mélange de japonais et de mots chinois japonisés qui y entrent en quantité d'autant plus grande pour chacun qu'on est plus instruit.

L'écriture a été importée au Japon par les Chinois; aujourd'hui il y a des journaux écrits entièrement en chinois, et d'autres oii les radicaux sont figurés par des caractères chinois et les modes et modifications du radical représentés par de l'écriture japonaise.

Cette écriture est monosyllabique, comprend les caractères et est assez facile à apprendre. Il y a en outre des caractères pour représenter les voyelles a, e, i, 0, u. Il existe des alphabets japonais.

Toute la langue littéraire du Japon se compose de mots japonisés, analogues aux mots anglais francisés, comme square, biron, etc. Chaque idée, chaque objet a un nom purement japonais, puis un ou deux autres purement monosyllabiques d'origine chinoise, mais différent du chinois actuel.

La construction de la phrase est telle que celle-ci est difficile à comprendre à moins qu'elle ne soit très courte ; comme cette construction est inhérente au japonais, on en a conclu qu'il a une organisation cérébrale différente de la nôtre.

Les difficultés propres au syslème actuel et les années nombreuses que l'homme d'étude japonais est obligé de passer à apprendre et à imiter des mots et des caractères compliqués ont amené la formation d'une société qui poursuit l'adoption au Japon de l'alphabet romain; celle-ci compte un grand nombre de membres pour la plupart japonais.

Selon M. Villaret, il faut que l'on abandonne tous les mots chinois et que l'on retourne entièrement à la langue populaire du temps de Yamatsu avec l'alphabet romain. On supprimerait ainsi tout bagage inutile ; on rendrait au langage son originalité, et aux littérateurs japonais un ressort par lequel ils peuvent égaler tous les autres. Aujourd'hui l'écolier japonais qui est excellent perd tout esprit d'initiative par une appHcation trop longue à un apprentissage pour ainsi dire matériel.

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