I.iic, page 3Gi, la Baccluinalc au Yoshiwara
LE JAPON JIODERNE
lents qu'ils accomplissent les mettent en un état de frénésie et d'exlase : une lutte générale s'engage quand les bonzes jettent dans cette multitude les bâtons du bonheur, qui assureront à ceux qui parviendront à les emporter une félicité inaltérable. De nos jours, on ne voit plus que peu de femmes mêlées à ces hommes sans vêtements. Mais, il y a dix ans, les témoignages les plus indubitables prouvent qu'elles y étaient encore très nombreuses. Ce qui semble établi également, c'est que ces cérémonies étranges ont, elles aussi, pour origine, des mythes phalliques. Ce qu'on célèbre en réalité au Saidaiji, c'est le mystère de la génération.
Ainsi, le peuple japonais, plus que n'importe quel peuple d'Occident, vit immergé dans la mer sans fond du surnaturel. Il a ses idoles, ses fétiches, ses charmes, ses amulettes; il a ses devins, dont plusieurs jouissent d'un très grand prestige; il a ses nécromanls, ses géomanciens, ses thaumaturges, SCS sorciers, ses mages, ses hiérophantes, ses mystagogues, ses possédés, ses exorcistes; il a ses sortilèges, ses formules magiques, ses superstitions innombrables relatives aux eaux purificatrices, aux typhons et aux incendies dévorateurs de villes; il a ses extases mystiques, ses unions intimes des dévots avec une divinité; il a ses névropathes que des transes hystériques font Iré-
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pider; il a ses spirites, ses médiums lucides et extra-lucides ; il a ses hallucinés, ses fous innombrables; il vil parmi les myriades de dieux de la mythologie shintoïste....
Nous avons parlé brièvement des trois grandes religions japonaises. Le bouddhisme et le confucianisme, importés de la Chine, ont parfois éclipsé la religion indigène : le shintoïsme Mais, en réalité, le bouddhisme n'avait pu s'implanter au Japon qu'en s'assimilant les vieilles légendes de ce pays et son culte très primitif des forces de la nature. Rien au Japon n'a jamais diminué l'importance du culte des ancêtres, qui est le principe constitutif du shintoïsme. En dernière analyse, il fut toujours, ce culte, et il est resté la fondamentale religion du peuple japonais; il semble aussi ancien que les insulaires et destiné à durer tant qu'ils dureront; il règle leur vie; il est leur morale; il plane sur leurs destinées; il est l'âme même du Japon. Il implique une foi absolue dans la survivance de ceux qui, ayant perdu leur forme mortelle, et devenus des esprits, hantent non seulement leur tombe et les temples, mais aussi le foyer de leurs descendants, dont ils ne cessent d'observer la conduite. Pour un Japonais, célébrer quotidiennement le culte de ses ancêtres, leur faire régulièrement des offrandes et les honorer par de belles
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actions, c'est s'assurer une grande prospérité <Ians notre monde et un bonheur éternel dans l'autre. L,a conscience d'un Japonais, c'est le jugement des. esprits ancestraux qui le contemplent. Le culte des ancêtres implique plus que l'immortalité de l'âme : il implique l'obéissance des vivants à la loi dictée par les morts. Combien de temps encore le culte des ancêtres gouvernera-t-il la pensée japonaise? Quel ressort moral pourra se substituer un jour à celui-là? Question grave que se posent, au Japon, tous les penseurs'.
1. Ukita Wamin, moraliste japonais, écrivait en mars 1908 : « Au Japon il y a de l'ait une rclif;ion plus ancienne que toutes les autres; nous voulons parler du culte des ancêtres. Comme le Confucianisme s'y conrorme on l'a respecté. Le Bouddhisme, qui n'avait aucune relation avec ce culte, l'a adopté et s'est répandu. Le Christianisme, qui le rejette quant à la formule, n'y est pas opposé quant à l'esprit. La Famille impériale se trouvant chez nous à la base de ce culte, ceci explique la vénération qu'on attache au Ilescrit impérial sur l'éducation, et le crédit dont il jouit. Mais une question se pose : le culte des ancêtres gardera-t-il indéfiniment son ellicacité? Jusqu'à quand notre pays s'appuiora-t-il sur ce culte qui l'ait depuis 2.500 ans la base de sa loyauté et de sa morale ? Avec la fidélité et la loyauté comme base, peut-on espérer voir se développer dans un temps nouveau et dans une société nouvelle une nouvelle morale? Voilà lo grand problème.
« Le culte des ancêtres est bien en l'ait la base de notre constitution nationale et de notre éducation. Mais avons-nous un moyen d'en empêcher la déchéance ? ou bien avons-nous quelque chose qui jiuisse le remplacer -et .sauvegarder et notre constitution et notre éducation ".' » — Traduction publiée par l(>s Mélanges japonais de Tokio.
I A HRAVOCRE JAPONAISE
Il est, au Japon, une grande cité industrielle, une grande ville d'ateliers et de fabriques. C'est Osaka. C'est là que le commercialisme d'Occident s'est le plus fortement implanté. Un prolétariat y végète dans la fumée des usines et la misère d'un labeur mal rétribué. La population d'Osaka, c'est, somme toute, celle qui ressemble le plus à une communauté de citoyens européens; c'est celle qui, depuis quarante ans. travaille le plus, avec des outillages et d'après des systèmes importés d'Europe et d'Amérique; c'est celle aussi qui, en se frottant à notre civilisation, a le moins conservé le culte des dieux et des ancêtres. Or, c'est un fait indiscuté, qu'au cours de la dernière guerre, les régiments recrutés à Osaka n'ont pas montré autant de vaillance (jue les régiments provenant des autres parties du Japon.
Les temps nouveaux?