I.A liUAVOlRt: JAPONAISE
où l'amiral Togo reprit la mer pour se porter à la rencontre de l'escadre de Rodjetwensky. Alors, sans dire un seul mot, tout le corps des officiers se déclara prêt àvaincre ou à mourir. Togo leur avait permis, àces officiers, de recevoir, sur leurs vaisseaux, avant l'appareillage décisif, leurs femmes et leurs enfants, (lar il convenait, avant l'heure suprême, (ju'une dernière fête familiale prolongeât et rendît plus émouvants les adieux de ceux qui allaient partir pour s'elTorcer de sauver le Japon.
La nuit descendit sur les ondes; les visiteurs regagnèrent la terre. Togo fit donner l'ordre à tous les officiers de l'escadre de venir, par rang d'ancienneté, se présenter à lui. Le taciturne se tenait debout dans sa cabine, où l'on ne voyait, pour ornement, qu'un portrait de l'empereur. Près de lui, scintillait, sur un coussin, l'un de ces poignards qu'il convient d'employer quand on veut faire le harakiri. C'était l'arme qu'un shogun ou undaïmio, courroucé, envoyait comme une condamnation à un fonctionnaire maladroit ou à un général vaincu.
A chaque officier qui apparaissait, l'amiral rendait son salut ; puis, sans un mot, il désignait du doigt le couteau symbolique. L'officier s'inclinait et se relirait. Quand le défilé fut terminé, l'escadre tout entière savait qu'un grand pacte venait d'ctre conclu par ses chefs avec la victoire et avec le mort.