‹ Le Japon moderne: son évolutionChapitre 31 sur 75 · LA FOLIE DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA FOLIE DE SEPTEMBRE

eût pu s'y allendre. On ne remarqua, dans Tokio. nulle perlurbation.

Le 31 août, on tenait pour assuré, à Tokio, que la paix avait été signée. Le gouvernement persistait, toutefois, à ne point faire connaître les conditions du traité. Bien plus, on répandait le bruit que le Japon avait obtenu la cession complète de l'île Sakhaline. Ce jour-là, voici le télégramme que j'ex- [)édiais de Tokio : « Les acquisitions territoriales considérables assurées au Japon, donneront certainement satisfaction à l'orgueil national. Pardessus tout, la complète possession de Sakbalinc, pour des raisons de sentiment, contentera l'opinion populaire Tokio est calme et silencieux. »

Le l""et le 2 septembre, la vérité transpira enfin, et un mortel silence plana sur l'immense capitale. Le 3 septembre, je télégraphiai : « Pas un drapeau, pas un hourra. Le silence et la consternation! Tokio semble en deuil. La capitale du Japon n'a appris que peu à peu, et une à une, les clauses de la paix. Maintenant qu'elle sait tout, elle reste abîmée, dans une sombre stupeur. Elle ne peut se résigner à accepter ce qu'on appelle ici de déplorables réalités.

« Le partage de Sakhaline lui cause une amère désillusion. Mais que dire de lévanouissement de celte indemnité espérée par toute la nation? On avait édifié ici les spéculations les plus erronées sur le précédent apparemment créé [)ar le traité

LE .lAPON MODERNE

de Francfort. Les Japonais découvrent aujourd'hui, mais trop tard, qu'aucune analogie ne pouvait être établie entre la guerre franco-allemande de 1870 et la guerre de Mandchourie. »

Le 4 septembre, il devint évident qu'une dangereuse agitation politique se préparait. La plupart des journaux, on pourrait même dire tous les journaux, à l'exception de l'officieux Kokumiu publiaient, contre les membres du gouvernement, des injures violentes, d'ignobles attaques personnelles. Les faiblesses de leur vie privée étaient étalées. On les vouait à l'exécration publique. On les sommait de se suicider par le Ilarakiri. On publiait des diatribes qui étaient de véritables excitations à l'assassinat. Les partis politiques se réunissaient et invitaient le gouvernement à démissionner. Un meeting de protestation était organisé pour le lendemain au Hybya-Park. Néanmoins, la soirée du 4 septembre se passait silencieuse et morne.

Le matin du 5 septembre, la police métropolitaine décidait d'interdire le meeting de Ilibya- Park'; elle envoyait des agents dans ce vaste jardin dont elle barricadait les six portes avec des poutres. Le maire et le conseil municipal s'élevaient contre cette mesure et, pendant qu'ils parlementaient avec le ministre de l'Intérieur, des colonnes de manifestants arrivaient au lieu de la

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