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LA lOLIE DE SEPTEMBRE 1905 197

réunion projetée. Kii une ruée, ils enfonçaient les obstacles qui avaient été placés sur leur roule; les agents, criblés de pierres, ballaient en retraite et les citoyens, au nombre de plusieurs milliers, occupaient Ilibya-Park. Beaucoup d'entre eux brandissaient des emblèmes mortuaires, des bannières noires, des pancartes portant des inscriptions par quoi s'exprimaient, en des termes violents, les colères du peuple. Des gens distribuaient, en grand nombre, des petits drapeaux surmontés d'une étoffe noire, et c'était là une preuve évidente que celte échauffourée avait été, pendant les journées précédentes, organisée par de mystérieux conspirateurs. Je pénétrai dans Hibya-Park. Je me mêlai à cette foule sans me douter en rien que je commettais une imprudence. Plus tard, on m'assura que j'avais été téméraire. Mal informé? Soit! Mais téméraire? En tout cas, je ne fus à aucun moment ni molesté ni menacé. Mon ignorance du danger me donna une assurance qui fut ma sauvegarde. Les manifestants me regardèrent avec curiosité mais ne me montrèrent aucune hostilité. Grimpe sur une table, un petit homme à barbe noire et vêtu à l'Européenne pérorait furieusement. C'était Kano, ex-président de la Chambre des députés. 11 donnait lecture de deux proclamations qu'il avait à l'avance rédigées. La première, adressée aux généraux des armées de Mandchourie, était ainsi conçue : « Nous sommes

LE .JAPON AIODEBNF

unanimemenl résolus à rejeter le Irailéde paix (jui nous fait honte, et nous désirons vivement que nos armées, par leur vaillance, réduisent nos ennemis à néant. — Le 5 septembre de la trentehuitième année, dans le parc de llybya. — La réunion nationale. »

La seconde résolution était destinée aux conseillers de l'Empereur : «Quoique nos cœurs irrités se refusent à parler du présent, nous désirons vivement que les conseillers privés, par une intervention suprême, empêchent Sa Majesté de ratifier le traité. Ainsi, ils sauveront la patrie d'un danger imminent. — La réunion nationale».

Des acclamations véhémentes, des cris mille fois répétés de Banzaï prouvaient que ces phrases étaient unanimement approuvées par la foule. Il y avait là des hommes de toutes les classes de la société, des étudiants, des artisans, des traineurs de voitures. Peu à peu, dans Tokio, les maisons, les ateliers se vidaient. La masse populaire, dans Hibya-Park, ne cessait de devenir plus dense et plus agitée. C'est ainsi que, par mille infiltrations souterraines, des ondes peuvent grossir quelquefois et emporter tout dans leur crue irrésistible.

Tout à coup, et sans qu'on sût d'où elle avait reçu sou mot d'ordre, la multitude déferla vers le palais impérial. Des tambours roulèrent, des orchestres retentirent : des milliers de poitrines entonnèrent, mais sur un ton lamentable et comme une

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