‹ Le Japon moderne: son évolutionChapitre 34 sur 75 · LL .l.Vl'ON AlODEHNF · texte numérisé non relu

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s'attendait à être attaqué ; il avait à plusieurs reprises réclamé le secours de la police. Il n'avait point réussi à rien obtenir, rien, sinon cette significative réponse des autorités : « — Débrouillezvous ! Nous avons bien de la peine à nous garder nous-mêmes! »

Ainsi, pendant le 5 et le 6 septembre, Tokio haleta dans un tumulte d'insurrection. Ses nuits, tragiques comme ses journées, s'éclairèrent de la lueur des incendies qui faisaient scintiller les lames des sabres dégainés. Des bandes d'hommes armés réquisitionnaient dans les boutiques tout le pétrole disponible. Ceux des marchands qui n'obtempéraient point à leurs injonctions assistaient impuissants à la destruction de leur magasin. On pouvait à bon droit se demander quels événements effrayants allaient encore survenir.

Dans la soirée du 6 septembre, près des portes de l'Impérial Hôtel, je rencontrai, pâle et rasant les murs, comme un homme qui cherche à passer inaperçu et à s'enfuir, un haut fonctionnaire du ministère des AlVaires étrangères.

— Que va-l-il arriver? lui demandai-je.

— On n'en sait rien; c'est impossible à dire. En tout cas, ne vous aventurez pas dans la foule ; restez à l'hôtel.

— Mais pourquoi l'armée n'est-elle pas résolument employée par le gouvernement ? Elle seule pourrait raf)idement rétablir l'ordre.

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— On ne sait pas! II est impossible de deviner ce qui se passe en haut lieu. On ne sait pas! On ne sait pas! On ne peut pas savoir ce qui va survenir!

Tout témoignait d'un extraordinaire désarroi. Les ministres étaient invisibles et introuvables. Des rumeurs contradictoires couraient sur leur compte. Les uns assuraient qu'ils étaient démissionnaires ; les autres disaient qu'ils étaient en fuite. En réalité, ils étaient cachés. On ne sentait plus nulle part l'impulsion de l'autorité; une catastrophe était à craindre. On répétait avec persistance que le gouvernement n'osait point faire appel à l'armée, parce que celle-ci, indignée du traité de Portsmouth, était beaucoup i)lus prête à fraterniser avec les émeutiers qu'à réprimer leurs excès. Les suppositions les plus extraordinaires étaient exprimées et nul n'osait les contredire. Des Japonais croyaient que ce soulèvement imprévu ne pouvait être que le résultat d'un complot. Mais quels étaient les conspirateurs?

Parmi les Européens les plus constamment mêlés à la vie japonaise, il en était un auquel on ne pouvait reprocher nulle manie de dénigrement, mais bien plutôt une excessive sympathie, une sorte d'attachement sentimental à l'endroit des insulaires. Il avait passé de nombreuses années à l'élude de leur langue ; c'était un perpétuel observateur de leurs mœurs, un admirateur attendri de

leur art comme de loiiles les manifestations de leur intelligence. Et lui aussi, pourtant, il murmurait, le 6 septembre :

— Qui saiti Qui peut dire ce qui se trame en ce moment? Est-ce une machination de certains clans du Nord, avides d'arractier le pouvoir aux clans de Satsuma et de Chosliu? Ou bien les partisans des Tokugawa — il y en a encore — songent-ils à profiter de ces conjonctures pour prendre leur revanche? Qui sait? Avec les Japonais, qui peut jamais savoir!

Parmi tous les Européens de l'IIùlel Impérial, rinquiétude ne cessait de grandir. Ceux-là mêmes qui, deux jours auparavant, ne trouvaient point de termes assez lyriques pour exalter les vertus des Japonais, leur chevalerie, leur grandeur d'àme. laissaient par trop deviner leurs angoisses. Chacun s'accordait à dire qu'après tout les Nippons étaient restés xénophobes et très sanguinaires aussi. Dès lors, qu'allait-il advenir si le gouvernement ne parvenait pas à se faire obéir de l'armée?

Mais, dans la nuit du 7 au 8, l'étal de siège fut proclamé. Que s'étaitil passé derrière les remparts cyclopéens du palais impérial? Nous n'en savons rien. Nous n'en saurons jamais rien.

Le souverain, c'est-à-dire le seul homme qui pût alors exercer sur tous une autorité indiscutée, donna-t-il des ordres personnels aux généraux? En tout cas, le 8 au matin, l'armée prit soudain une

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