LA FOLIE OK SEPTEMBRE
la masse de la nation est encore aujourd'hui ((]u'elle en ail conscience ou non), anliétrangère. Elle est habituée à dissimuler soigneusement ce sentiment; elle l'enveloppe de sourires, de douceurs et de courtoisies, mais il est impossible à un blanc de passer six mois au Japon sans le découvrir.
Au Japon, l'étranger, quel qu'il soit, est traité, j»arfois sans qu'il s'en doute, en adversaire. Il est suspecté parles autorités, mouchardé par la police dans les moindres détails de sa vie intime, il est exploité, carotté par ses fournisseurs, filouté par SCS domestiques, tourné en ridicule par les badauds, honni par le bas peuple. Au Japon, pour la masse de la nation, duper un étranger, c'est œuvre légitime. Le 5 et le 0 scptemb.re, le masque souriant est tombé; un vistige haineux est un instant apparu ;
A" Surtout, les émeutes du 5 et du 6 septembre ont mis en pleine lumière l'équivoque sur laquelle repose l'organisation politique du pays. Le Japon a un Parlement, mais ce Parlement ayant été systématiquement fermé depuis le commencement de la guerre, est irresponsable de tout ce qui a été accompli.
On assure que le souverain jouit d'un pouvoir absolu et qu'il est le bien-aimé, le père, le dieu de la nation. Alors, d'où vient que la nation manifeste violemment contre un traité à la conclusion
LE JAPON i\IODERNE
duquel il est notoire que le souverain a participé? La nation croit, ou feint de croire, que le souverain a été induit en erreur jiar ses conseillers intimes et ses ministres. Or, précisément, cette ambiguïté nous rappelle fâcheusement l'histoire des guerres civiles japonaises. Au Japon, jamais les rebelles n'ont fait la guerre à leur empereur, mais toujours à ses conseillers ou à son maire du palais. Le parti le plus puissant s'emparait de gré ou de force du mikado et gouvernait en son nom. Que de troubles pourront encore survenir avant qu'un système normal, un système moderne s'établisse dans les îles nippones. Tout ici est problématique, abstrus, nébuleux : La presse est libre. Oui, mais à partir des troubles de septembre, et pendant quelques semaines qui suivirent, la plupart des publicistes de Tokio recevaient purement et simplement... l'ordre de ne pas faire paraître leurs journaux. Et leurs journaux ne paraissaient pas!
Dans ce temps-là, j'écrivis ces notes : « C'est l'immensité, Texorbitance de leurs ambitions qui empêche les Japonais d'apprécier à leur valeur les concessions qui leur sont faites par le traité de Portsmouth. Ils s'imaginent avoir été une fois de plus dupés par le concert occidental, ils suspectent les États-l'nis de perfidie; ils accusent l'Angleterre de les avoir mollement soutenus; ils