‹ Le Japon moderne: son évolutionChapitre 48 sur 75 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les abîmes de la misère japonaise. — Le chômage, les grèves et les conflits armés.

îl est aisé de comprendre pourquoi les États- Unis, le Canada et le Mexique apparaissent dans rimagination des travailleurs japonais comme de véritables terres promises. Pouvoir gagner en un seul jour plus qu'un fructueux travail ne rapporte au Japon en une semaine, n'est-ce point vraiment merveilleux? Mais, hélas ! voilà que ces pays de Cocagne refusent de recevoir indéfiniment les « Asiatiques ». Que devenir? Où aller? aux colonies? Oui, sans doute ! Mais Formose est torride et malsaine. La Corée est glaciale, et puis, pour commencer la moindre exploitation dans ces contrées, il faut des capitaux. Ceux qui voudraient s'expatrier n'ont pas un sen. C'est inextricable!

Après la guerre de Mandchou rie, des milliers de vétérans licenciés sont réapparus dans leur ville natale. Gloire ot misère ! Ces vainqueurs, après

LA QI'ESTION SOCIAI.E

avoir entendu retentir les éphémères acclamations (le la foule, aHaient se trouver, comme des parasites et des intrus, au milieu de communautés réorganisées en leur absence et où nulle place n'était plus à prendre.

Déjà, avant leur retour, des prolétaires faméliques se disputaient âprement le moindre gagnepain. Que devenir? Au bon vieux temps, les sanstravail avaient au moins la ressource de se faire A»rMmfli!/a. La corporationdes Kuruma-ya* acompte à Tokio jusqu'à soixante mille hommes robustes. Mais elle se sentait, de plus en plus, menacée par la concurrence des tramways électriques et des chemins de fer de banlieue. Les triomphateurs de Moukden avaient vu s'amincir devant eux, puis disparaître, la cohue bruyante des admirateurs. Les lanternes des fêtes patriotiques s'étaient éteintes ; bientôt ils eussent pu croire que le vent avait emporté toutes les oriflammes et ils étaient restés seuls, revenants mélancoliques, entourés seulement de deux sinistres compagnonnes : la faim et l'abjection.

Avec elles, ils ont erré de village en village, puis ils ont fini par venir s'échouer, désemparés, en pleine détresse, parmi les bas-fonds des grandes cités. J'ai vu. à Tokio, un ancien soldat que les pnvations avaient rendu malade; il louait, à rai-

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