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CHAPITRE VII

Obstacles à la diffusion des idées socialistes. La solidarité subie et la solidarité voulue.

Ah! certes, il faut se garder de toute exagération ; il convient de considérer avec un parti pris d'imprécision et avec cette idée préconçue de ne point conclure, les faits que nous venons d'énumérer. Nous avons constaté surle ciel nippon Texistence d'une nébuleuse, mais nous ignorons quelle matière la compose et quelle influence elle pourra exercer dans l'espace.

Observée généralement, la presque totalité de la population japonaise, tout imprégnée d'un atavisme féodal, reste imbue de patriotisme, de loyalisme, d'esprit d'obéissance et de (idélilé au culte de l'empereur; la masse du peuple japonais se laissera encore longtemps guider sans murmurer ])ar la petite oligarchie politico-militaire que composent les conseillers intimes de ce monarque.

Le Japon, dans son ensemble, demeure un pays

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agricole. La résignation souriante de ses cultivateurs assurera pendant longtemps sa stabilité politique. Ces paysans d'Asie ont devant la souffrance un stoïcisme sans borne, une patience dont nous ne connaissons pas l'étendue : l'idée révolutionnaire ne saurait pénétrer vite les masses campagnardes où se sont conservés vivaces, comme au temps des vieux daïmios, les superstitions, l'esprit d'obéissance, le loyalisme et le respect de l'autorité qui caractérisaient autrefois tous les enfants du Nippon.

11 est important de noter que les troubles (U septemhr<% s'ils agitèrent Tokio et plusieurs grandes villes ne s'étendirent cependant point aux classes rurales. Et s'ils prirent dans la capitale et à Osaka une importance extraordinaire, c'est qu'une partie de l'élite politique du i»ays et presque tous les journaux les avaient préparés. Il a fallu, pour amener ce déchaînement de fureurs, que la première impulsion fût donnée par plusieurs politiciens importants, à la conspiration desquels étaient affiliés de nombreux hommes d'action.

Lors de la restauration de 1808 et de la modernisation du pays, toute la transformation est venue d'en Jiaul ; elle a été faite entièrement par la classe dirigeante, par cette aristocratie militaire qui était en même temps une élite intellectuelle. La masse populaire n'a jamais pris p>art, de près ou de loin, à l'administration des affaires nationales ; elle

n'a pas d'éducation politique ; elle esthabituée à se laisser conduire, à obéir; elle ne récrimine jamais; elle obtempère. Or, la classe dirigeante, dont nous venons de parler, est — cela va de soi — opposée au socialisme, et c'est elle qui, jusqu'à présent, détient tous les moyens d'action, toutes les inlluences, toutes les forces organisées. Nons avons cependant noté plus haut qu'une partie de cette élile avait paru incliner vers le socialisme d'Etal, mais c'est là une simple indication qui reste jusqu'à présent sans portée définie.

Nous avons, dans tout ce qui précède, montré les efforts faits par des novateurs imbus de certaines idées européennes pour propager parmi les masses ouvrières du Japon les principes socialistes. Ils semblent y avoir plus ou moins réussi puisqu'ils ont fomenté, dans plusieurs districts industriels, des grèves importantes suivies de perturbations sanglantes. La question maintenant est de savoir si ces cas partiels pourront tôt ou tard se généraliser et si la population japonaise considérée in globo est susceptible de se laisser pénétrer par les idées socialistes.

Nous louchons là au plus subtil de tous les problèmes et nous n'en cherchons qu'avec une hésitation compréhensible la solution.

Nous avons constaté, maintes fois, que les Japo-

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nais avaient l'esprit grégaire '. Dans la masse populaire japonaise, l'individu se subordonne toujours à la famille, au clan, à la corporation; ses opinions personnelles tendent toujours a s'etîacer devant l'opinion publique, devant le précédent, devant la coutume, devant la loi non écrite. Ces qualités de solidarité, de cohésion, d' « agglutination », de discipline sembleraient devoir prédis{!)oser singulièrement le peuple japonais à l'adoption des idées socialistes.

Gardons-nous toutefois de le penser a priori et sachons distinguer l'énorme différence qui existe entre une solidarité subie et une solidarité voulue.

Dans la conclusion de notre liravoure japonaise nous écrivions : « De plus en plus l'individu tend à se dégager du vieux communisme inconscient, du communisme latent que lui imposait le culte des ancêtres et le lien familial. Affranchi de l'esprit grégaire et devenu individu libre, ira-t-il jusqu'à se précipiter dans ce communisme conscient : le collectivisme? » Par là nous demandions si, après avoir échappé au lien de la solidarité subie., ce nouveau-né, r/y/(//wjrfi'/ japonais, saurait comprendre l'utilité d'une solidarité voulue par lui.

L'ouvrier européen qui décide de s'affilier à un syndicat socialiste est un homme libre qui a la volonté de renoncer à une partie de sa liberté

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