‹ Le Japon moderne: son évolutionChapitre 51 sur 75 · Ojtto icicc est dovoloppée dans les pages 152 et · texte numérisé non relu

Ojtto icicc est dovoloppée dans les pages 152 et

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C'est de son propre mouvement qu'il s'engage à subordonner sa conduite à celle d'une collectivité. La plus grande preuve de la compréhension qu'il a de sa propre liberté, c'est qu'il sait en faire usage pour l'aliéner temporairement. La solidarité (jui le liera à d'autres ouvriers sera son œuvre. Or, l'homme japonais n'a jamais, jusqu'à présent, fait usage de sa liberté. H a été affranchi, en 1868, du féodalisme, non point, vous le savez, par une révolte de son être, mais par l'initiative des féodaux eux-mêmes. Et un atavisme pesant, créé par des siècles et des siècles de senitude, a fait de lui un être instinctivement prêt à l'obéissance et à l'effacement.

L'homme japonais, jusqu'en 1868 et même jusqu'à nos jours, est né assujcUl : assujetti à la famille, à la commune, au clan, au culte des ancêtres. 11 se subordonne spontanément, il a un respect inné de l'autorité et il se laisse aveuglément guider par elle. Même quand il se révolte, il suit encore des chefs.

Cependant, à mesure que se disloquent les cadres de l'ancienne société japonaise, à mesure que l'afflux des procédés européens et des idées européennes détruit ou diminue tout ce qui donnait une cohésion au Japon du bon vieux temps, le nombre devient chaque jour plus grand des individus qui se sentent libérés des vétustés superstitions, des antiques fois. Ceux-là, en fait, ne croient

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pins à rien et ambitionnant seulement de bien vivre. Mais ces atTrancbis n'ont aucune éducation politique; ils n'ont jamais fait usage de leur libre arbitre ; il ne leur a jamais été donné de réfléchir aux questions sociales.

Dans une conférence faite devant la Société franco -japonaise de Paris, le 24 mars 1908, M. Ryutaro Takimura, professeur h l'école des langues (Hrangères de Tokio, a prononcé les paroles suivantes :

« Personne n'est plus foncièrement iiidivi-

dualiste que nous, quoi ijit'il paraisse. C'est là l'œuvre de nos siècles de féodalisme. Chacun veut

désormais, au Japon, se sentir bien indépendant

Le Japon ne comprend pas encore, à proprement parler, la société, ou mieux, la communauté. Le Nipponais ne connaît que lui-même, sa famille et son Empereur en qui se fond la patrie. Les buts et les efforts sociaux restent à développer. Que de ' [teine, non pas seulement pour faire vivre, mais même pour mettre sur pied un simple syndicat agricole 1 Ouc de négligence envers les jardins publics, les routes, les égouts et autres services communs! Et, en matière politique, quel désintéressement impardonnable pour les différentes élections ! Aussi, sans marchander leurs efforts, tous nos éducateurs cherchent-ils par des leçons, des conférences et des articles répétés, à faire entrer ce qu'ils peuvent de morale sociale et, par-

tant, de morale économique, dans nos jeunes cerveaux tout à la morale domestique. »

L'assertion du professeur japonais a pu, à première vue, paraître audacieuse. Pourtant,M.Ryutaro Talvimura nous a montré à merveille l'état d'esprit de l'homme japonais, au début du xx* siècle :

Il est peut-être libéré, plus ou moins, de la solidarité subie. Mais il n'a point encore eu le temps de songer aux avantages de la solidarité voulue. Sous l'ancien régime, toutes les entreprises d'intérêt général étaient placées sous l'autorité exclusive du gouvernement qui les assurait tant bien que mal, et, le plus souvent, d'une manière très rudimentairc. L'ancien régime a disparu, mais l'homme japonais n'a pas jusqu'à présent compris que le souci de l'intérêt général allait incomber à chaque citoyen.

La solidarité qu'il subissait autrefois et qu'il continue, dans beaucoup de cas, à subir aujourd'hui, déterminait à l'avance sa conduite dans toutes les circonstances de sa vie familiale et professionnelle; la morale domestique réglait toute son existence privée. Mais jamais il n'avait tu à s'occuper de la chose publique. Toute sa politique se résumait en un seul mol : obéir.

Faire preuve d'initiative, préconiser des œuvres d'assistance publique ou de mutualité, proposer des améliorations sociales ou hygiéniques, c'est là le rôle d'un homme libre et qui « connaît » sa

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liberté. L'homme japonais, au début du xx" siècle, n'a point conscience encore de sa liberté. Il est resté un subordonné, et, d'instinct, il attend tout de rEmpcrenr,

Les novateurs que nous avons cités au début de la présente étude parviendront-ils à démontrer au peuple japonais les avantages de la solidarité l'ow/we? Réussiront-ils à développer et -—si vous le voulez — , à exagérer en lui ladite notion de solidarité jus([Q'à le faire s'enthousiasmer pour les principes socialistes? Voilà le problème. Nul n'est plus digne de retenir l'attention des sociologues.

Le développement prodigieux de l'industrialisme au Japon va-t-il avoir pour conséquence une évolution également prodigieuse de la meiitalité du peuple japonais? Les insulaires vont-ils passer, presque sans transition, de leur ancien état d'assujettissement à un état de solidarité voulu par chacun d'eux? En tout cas, les propagandistes du socialisme trouveront au Japon de puissants auxiliaires : le paupérisme, la soutTrance, la propagation de l'instruction primaire et la dure insolence des nouveaux riches.

Il est un autre obstacle à la diffusion des principes socialistes dans l'empire du Mikado :

L'écriture japonaise — c'est-à-dire chinoise — relarde la propagation dans les masses popu-

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laires, par le journal ou par la brochure, des idées abstraites. En effet, si les jeunes ouvriers des nouvelles générations connaissent tous assez de caractères pour déchiffrer un texte où des réalités de la vie matérielle sont envisagées, il n'en est pas de même quand ils se trouvent en présence de dissertations sur des théories et des principes. Car, alors, il est très difficile à Tauteur de n'employer point des caractères beaucoup plus nombreux que ceux par quoi s'exprime le langage courant. L'usage des idéographes chinois élève, entr€ la classe intellectueUe et la classe prolétarienne, une barrière que celle-ci ne peut franchir sans etVort.

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