I..V Bn.WOLHE JAPONAISE OO
toul (l'abord, puis contre les Russes, déployer le plus admirable héroïsme. Tant il est vrai que les faciles succès des Européens, pendant leurs guerres coloniales du mx" siècle, n'ont été le plus souvent dus qu'à l'écrasante supériorité de leurs armements. Les gens de couleur, surpris, effarés s'exagéraient encore la puissance de leurs agresseurs; ils leur supposaient une force surnaturelle, ils les croyaient irrésistibles et, dès lors, bien qu'ils pussent être extrêmement braves, ils lâchaient pied. Nous avons ainsi attribué à leur pusillanimité, à leur infériorité raciale, qui nous paraissait évidente, comme à nos sublimes qualités, des triomphes causés seulement par Tétonnement momentané des hommes que nous avions assaillis.
Au xx" siècle, les gens de couleur n'ont point changé, mais ils sont infiniment plus difficiles à réduire ; les uns, comme les .laponais, se servent mieux que nous de nos pro{)rcs moyens de destruction ; les autres, comme les Marocains, emploient les fusils dont nous armions nos régiments il y a vingt ans; s'ils n'ont point encore notre armement actuel, ils en connaissent tout au moins la portée ; ils sont capables d'évaluer assez justement la limite de nos forces. La résistance qu'ils nous opposent n'est qu'une initiation, une préparation à une ère nouvelle. Le jour où les Européens prétendraient recommencer à Pékin la croisade de 1900, ils éprouveraient d'immenses
surprises. En vendant ses propres armes aux peuples de couleur, et en leur enseignant à s'en servir, l'Europe a préparé des catastrophes.
Quoi qu'il en soit, la débandade des Japonais devant les compagnies de débarquement européennes, pendant les deux affaires de Shimonoseki, prouve que l'intrépidité n'est pas chez ces insulaires une caractéristique permanente et invariable et que, sous l'influence de certains facteurs momentanés, la bravoure japonaise peut être sujeltc, tout comme la nôtre, à des défaillances.
L'âme des Japonais est, tout comme la nôtre, accessible à la crainte. Ils s'effraient plus que nous des tremblements de terre, parce que c'est là un péril dont ils connaissent mieux que nous l'immanence et la vastité. A la moindre secousse du sol, ils s'alarment et se ruent hors des maisons. Je les ai vus ainsi manifester sans vergogne un émoi qui me paraissait incompréhensible. Un jour, pendant que je résidais à Tokio, des savants ou de prétendus savants répandirent le bruit qu'un grand tremblement de terre était imminent. Aussitôt les écoles publiques se vidèrent ; les i)etites mamans voulaient que leurs enfants fussent à côté d'elles à l'iieure du suprême péril : « S'il faut mourir, mourons ensemble ! » Un proverbe japonais dit :
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« Crains ton père, crains l'incendie, crains les tremblements de terre ». Les dictons où s'exprime relîroi qu'inspirent à tous les tremblements de terre ï^ont .innombrables. Un document semiofficiel, le Japiui Year Book^ de 1905, constate que pendant les grands tremblements de terre, la mortalité a généralement été causée par des accidents qu'occasionnaient la panique, la terreur folle à laquelle s'abandonnait la population.
Les Japonais redoutent autant que nous et plus que nous les maladies. Depuis que l'enseignement primaire a répandu dans les masses quelques notions des sciences élémentaires, ils vivent avec un perpétuel elîroi des microbes.
Je me souviens qu'après la bataille de Moukden, lorsque, prisonniers exténués, nous fûmes emmenés vers le grand quartier général de l'armée victorieuse, à Yentaï, nous vîmes monter vers le Nord d'immenses convois japonais formés de voitures de l'intendance et de véhicules portant la croix rouge du service des hôpitaux. Or, tous les officiers, tous les hommes qui accompagnaient ces convois avaient les narines et la bouche recouvertes d'une gaze verte. Et quand, interloqués, nous demandâmes pourquoi tous ces nouveaux venus étaient munis d'un semblable bandage, il nous fat répondu que ces filtres à poussière étaient destinés à empêcher la pénétration des microbes dans les voies respiratoires. Déconcertants, ces gens
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bardés de lalTelas et cuirassés contre des ennemis infiniment petits ets'avançant sur un sol jonché de quarante mille de leurs compatriotes, dans une région où l'ennemi eût encore pu tenter de furieux retours offensifs. Courageux quand ils doivent subir les opérations chirurgicales, les Japonais sont au contraire vile démoralisés par une maladie. Tous les Européens qui ont employé des Japonais ont été stupéfaits de voir combien vite leurs serviteurs se laissaient abattre par toute affection ayant un caractère chronique. Dès qu'il se croit gravement atteint, le Japonais reste prostré, il ne manifeste aucune volonté de lutter, de se cramponner à la vie : il murmure, en attendant l'inévitable, ce Shikata ganal qui, dans ce cas, ressemble beaucoup à l'expression du fatalisme musulman, à ce Mekloub rehib que proféreraient, en une telle occurrence, des Marocains.