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(Okubo), est assassiné; un autre (Okuma), est dynamité pour le même motif. Des Sociétés ennemies des étrangers — telle la Koku-suihozu (conservation des prérogatives nationales) — se "constituent et sont considérées comme une saine réaction contre l'aplatissement national... )) (1) Nous verrons ce sentiment instinctif de haine, très vivace sous le mince vernis d'aménité qui le recouvre, se manifester à chaque instant, sous les formes les plus variées.

Ce n'est là, du reste, qu'une des manifestations de l'anarchie morale qui menace ce peuple, jeté trop hâtivement et presque sans transition hors de la voie qu'il a suivie pendant plus de vingt siècles, aussi mal à Taise dans ces coutumes occidentales qu'on veut lui imposer que le fonctionnaire japonais l'est dans le vêtement européen dont il s'affuble. — De ce mélange hétérogène de choses très vieilles, de traditions et de mœurs séculaires, avec nos doctrines égalitaires, avec les perfectionnements les plus raffinés de notre civilisation, se dégage une sensation troublante : vous sentez qu'il n'y a aucune homogénéité entre les divers éléments de cet état social nouveau, composé d'éléments infiniment disparates ; que tout y est artificiel et précaire; qu'il peut y avoir superposition

1. Henry Norman. — The real Japon. — Sludies of conlemporury j ipanefif. manner!<, morals, administration, and polilies. London 1892.

(l'une léffère couche de civilisation moderne sur un fonds héréditaire d'idées absohiment antagonistes des nôtres, mais non mélange.

De l'état d'âme d'une race découle sa conception du monde et de la vie, et, par conséquent, sa conduite. On a dit très justement que tous les éléments d'une civilisation correspondent à une certaine constitution mentale bien définie, créée par un long passé héréditaire ; qu'il est impossible de les modifier sans changer la constitution mentale d'où ils dérivent, et que les siècles seuls peuvent accomplir une telle tâche (i). Nous pouvons, en évoquant les enseignements de l'histoire du peuple japonais, déterminer les caractères distinctifs de cette race qu'un abime sépare évidemment de la nôtre .

Le premier de ces caractères est un instinct de combativité très développé, conséquence du régime d'oligarchie militaire qui a dominé jusqu'à nos jours au Japon. S'il a sesmauvais côtés, s'il exalte l'humeur frondeuse et l'esprit batailleur du .Japonais moderne, il en a de bons aussi, car il contribue à développer le sentiment de l'honneur, le mépris de la vie, qui font de lui un soldat de premier ordre. . C'i^^'Vbi^aA-MT-

La seconde tendance qui domine dans l'âme japonaise est un orgueil extrême, une conscience

1. Lois psychologiques de VévoliUioJi des peuples, par Gustave Lebon. Paris 18*J5.

de la supériorité du Nippon (1), de l'empire du Soleil levant, sur tous les pays du monde, et de la race japonaise sur toutes les races asiatiques et européennes. D'où le dédain profond que le Japonais a toujours professé pour les étrangers, les (( barbares w, sentiment qui n'a pas tardé à se transformer en haine lorsqu'il s'est vu contraint décédera la force pour leur donner accès chez lui. A ces deux caractères dominants, il faut ajouter l'absence complète d'esprit d'initiative et d'invention et, comme correctif, une faculté d'imitation et d'assimilation prodigieuse. Le Japonais. n'a jamais rien inventé : sa i^n£ue luj. est venue des Chinois, qui lui ont appris les^"^ arts décoratifs, la fabrication des tissus,, la culture et l'exploitation du thé, l'art de faire les bronzes et la laque. Les Coréens, qui importèrent au Japon la religion bouddhiste, y introduisirent le mûrier, l'élevage des vers à soie, les procédés d'extraction des métaux précieux, la fabrication de la porcelaine. Plus tard, ce sont les Portugais qui apprennent aux Japonais l'usage du tabac, leur enseignent à extraire le cuivre des gisements inexploités de l'île de Sikok. Mais une fois en possession des premiers éléments de ces arts, cette race industrieuse se les assimile au point de dépasser rapidement

1. Nippon, ox)ri'upti()n du mot Ni-lioii (soleil levant), ti'ansi'oiMu»'; par les Portng-ais en Zippanj^;', d'où est dérivé le mot antflais Japan.

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ses maîtres et les adapte d'une façon parfaite à son génie propre. Nous la verrons agir de même à l'égard des découvertes modernes.

La lecture du résumé de l'histoire japonaise, qu'on a pu lire en tête de ce volume, ne laisse aucun doute sur Tantique vaillance du Japonais, et j'ose dire que la plupart des exemples de courage tirés de l'histoire grecque ou romaine, qu'on offre à notre admiration dès l'enfance, sont tièdes auprès des milliers d'actions héroïqiies que nous fournit l'histoire du vieux Nippon. La brusque suppression de la caste guerrière des Samouraïs qui fut, pendant des siècles, une sorte de conservatoire des traditions de bravoure et d'abnégation, n'a nullement affaibli ces instincts héroïques légués aux Japonais modernes par de nombreuses générations d'ancêtres. La dernière guerre sino-japonaise en fournit de curieux exemples ; j'en citerai quelques-uns qui pourraient dater du temps de Nobunaga ou de Yemitzu : même mépris de la mort, même tendance à ostentation dramatique, et, parfois — il faut bien le dire aussi — même teinte de sauvagerie.

Le 2 février 1895, le général de brigade Oteva est blessé' mortellement à l'assaut de Wei-haïwei. Son premier colonel télégraphie à sa famille : « Le général a trouvé une mort glorieuse, que j'envie. Ne vous abandonnez pas à

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l'affliction ». — Sa femme et sa vieille mère reçoivent la nouvelle avec calme^ en disant : « Nous regrettons qu'il ne soit pas mort seulement à là fin de la guerre : il aurait pu servir l'Empereur plus longtemps ! »

Deux frères sont partis ensemble de Kumamoto au commencement de la guerre ; l'aîné est lieutenant, le cadet, enseigne. Ce dernier est tué à l'une des premières rencontres avec les Chinois en Mandchourie. L'aîné annonce sa mort à leur père en ces termes : « Quand nous avons reçu notre ordre de marche, nous nous étions promis d'abord de remplir fidèlement nos devoirs de loyaux patriotes ; ensuite nous nous sommes juré l'un à l'autre que si l'un de nous tombait sur le champ de bataille, l'autre emporterait ses restes jusqu'à Pékin... Je .porte donc dans ma cape une partie du corps de mon vaillant frère, résolu à mettre Pékin à sac afin ' que les souhaits de mon frère soient satisfaits : Frère, considère de l'autre monde mon action, et sois vengé ! »

Les journaux anglais et américains ont révélé les atrocités commises sur les Chinois par les soldats japonais, notamment à Port-Arthur et à Formose. Ils ont décrit les affreuses mutilations subies par les prisonniers : Ne croirait-on pas lire le récit des exploits de Konishi, rapportant de Corée, il y a trois siècles, les nez et les oreilles coupés à 45,000 vaincus ?

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Un dernier fait reproduit par les journaux japonais, au mois de février 1895 : « Dans une des premières rencontres en Mandchourie, un colonel voit mourir son gendre, tué à la tête de sa compagnie. Il l'annonce ainsi à sa fille : « J'ai « vu tomber ton mari à la tête de ses hommes, il (( est mort en héros. Je n'ai pas besoin de te « rappeler ton devoir ». — Elle comprit ce que son père voulait dire : le premier j.our de l'année on la trouva morte dans ses vêtements de noce ; elle s'était donné la mort en s'ouvrant le ventre, w

Ce, récit montre que la sanglante coutume du /(ara/xiri [1) est loin d'avoir disparu des mœurs; et il serait extraordinaire qu'il en fût autrement, car elle est tellement invétérée dans l'ame japonaise, que ce ne sont pas des décrets ou des lois qui peuvent, en quelques années, en effacer '^ toute trace.

Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire du vieuxNippon, on la voit pratiquée par les plus hauts personnages ; c'était même un des privilèges les plus jalousement revendiqués par les castes nobles que le droit de se donner ainsi la mort. — Quelle que fut la cause du harakiri, que la victime s'ouvrît le ventre sur l'ordre du souverain, ou qu'elle se résolut volontairement au suicide pour se venger d'un ennemi, en l'obligeant à donner

1. Le vrai nom était Sappuku. C'est celui qu'emploient les anciens livres japonais.

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vie pour vie, le sacrifice était toujours accompli de la, manière la plus correcte lonne cite pas un exemple d'un de ces fiers suicidés qui ait poussé la moindre plainte au moment fatal. Les annales célèbrent même de nombreux héros qui trouvèrent la force, après s'être ouvert les entrailles, de rédiger des vers ou d'écrire leur dernières volontés avec leur propre sang (1).

Ce suicide héroïque était devenu tellement à la mode il y a trois siècles, qu'en 1644, le Shogun dut rendre une ordonnance interdisant aux gens des Daïmios décédés de s'ouvrir le ventre sur le corps de leur maître (2).

Au commencement du xviii^ siècle, le pouvoir shogunal était aux mains d'un shogun indigne, du nom de Tsnayassi. Sa femme, renommée pour ses vertus, était une princesse de Kioto, ardente patriote. Tsnayassi était, dit l'histoire, adonné au (( vice contre nature )^, et n'ayant pas denfants, il avait décidé d'adopter un de ses mignons, afin d'en faire son successeur : au moment même où il allait signer cet odieux décret^ la princesse le poignarde; puis, appelant tous les Daïmios présents au palais, elle leur déclare qu'elle a cru devoir agir ainsi pour le salut de l'Empire et s'ouvre le ventre sous leurs yeux. Sa mémoire est encore vénérée dans tout le Japon.

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