‹ Le Japon vraiChapitre 15 sur 58 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La femme japonaise. — Combien la morale dn peuple japonais diffère de la nôtre. — Les Yoshiwara : procession du Dragon d'or. — Pères japonais vendant leurs lilles : Djoro ou gueicha. — Comment on peut gagner une dot au Japon. — Mariages et divorces; faiblesse du lien conjugal. — Les mékaké ou concubines officielles ; impossible de les supprimer : le Mikado donne l'exemple. — L'adoption et ses effets. — Singulières cons(5quences de l'adoption : un père plus jeune que son lîls. — Difficulté d'adapter la civilisation occidentale aux mœurs des Japonais. — Dangers de cette adaptation ; affaiblissement de l'autorité paternelle. — Coup d'œil sur le théâtre japonais, reflet des sentiments et des mœurs.

Il est très difficile a un Européen de savoir xactement ce qui se passe dans la famille d'un laponais. Non que le gynécée de celui-ci soit tiermétiquement clos, comme le harem du Turc; e Japonais moderne, pour peu que vous ayiez 3U avec lui quelques relations mondaines, Tiettra même un certain amour-propre à vous ntroduire dans son « home )) et à vous présener à sa famille. — Là se bornera votre initiation: ^ous emporterez un souvenir intéressant d'un

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accueil aimable, de charmants minois qui vous auront observé avec des regards curieux et rieurs: ce sera tout.

Le Japonais, très fin, se rend parfaitement compte que, porté à juger des choses et des hommes avec vos idées de morale occidentale, vous arriveriez, — si vous connaissiez la vérité sur ses mœurs familiales — à considérer comme un état social très inférieur celui qui est basé sur la constitution actuelle de la famille japonaise, et sa vanité nationale en souffrirait. Aussi se garde-t-il de faire la moindre allusion aux différences profondes qui le séparent de nous, à ce point de vue comme à beaucoup d'autres. Il est aussi fermé qu'un Turc qui, pour rien au < monde, ne parlerait, même à son meilleur ami, de ce qui se passe dans l'intérieur de sa famille.

Chez nous l'égalité du père et de la mère k tend de plus en plus à devenir la base constitu- * tive delà famille. Chez le Japonais l'autorité j paternelle est la règle unique : la mère est un; être inférieur, sorte d^esclhve soumise à la doctrine de Confucius : « La femme doit obéir à son

père quand elle est jeune, à son époux quand elle est mariée, à ses enfants quand elle devientveuve » ; et l'état d'abaissement moral auquel nous la voyons ravalée est une conséquence évidente de l'idée bouddhiste, que : « la femme n'a pas d'âme. » — Un peuple dont la croyance religieuse et les institutions essentielles sont basées sur

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les dogmes de Bouddha et sur la morale de Confucius, ce sage trop vanté qu'on a sottement qualifié de : « Socrate de la Chine », ce peuple ne pouvait pas, dans sa formation sociale, manquer d'asservir la femme.

11 ne faudrait pas conclure des tirades humanitaires de quelques politiciens japonais ou des articles emphatiques de certains de leurs journaux que la condition de la Japonaise ait sensihlement changé depuis la réforme. La femme est restée la « chose » du mari ou du père. L'ancien Code japonais conférait à ceux-ci le droit légal de la vendre pour en tirer profit ; à la vérité, le décret de 1875, complété par les dispositions du Code de 1896, leur a retiré ce droit ; mais, en fait, la situation n'a guère changé : le mari divorce à son gré, se débarrassant de sa femme dès qu'elle a cessé de plaire. Quant au père, s'il ne peut pas vendre sa fille, il la loue ; elle n'est guère, à ses yeux, qu'une marchandise dont la valeur dépend de son intelligence et de sa beauté.

C'est assurément le sentiment de son infériorité sociale, aussi bien que la conscience de la tyrannie que le mâle fait peser sur elle, qui )nt donné à la Japonaise cet air intéressant, ioumis, un peu craintif, qui appelle la compa- •aison, souvent faite, d'un charmant oiseau en ;age. Si vous' y joignez le charme d'une naïveté mfantine qu^elle n'a pas quitté depuis l'âge de

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douze ou treize ans où elle fut nubile, la grâce et la gentillesse d'un petit corps non déformé par le corset et dont la souplesse se devine sous l'ample kimono, vous comprendrez qaun tel ensemble ait arraché au plus austère Anglais cette description enthousiaste : « Il y a dans la Japonaise un je ne sais quoi d'indéfinissable, qui fascine à première vue et plaît davantage de jour en jour Empruntez à une sœur de charité dans l'exercice de ses miséricordieuses fonctions la lumière de son regard, son sourire à une jeune fille cherchant des yeux, au delà des mers, le fiancé dont elle attend le retour, son cœur à une enfant que sa mère n'a point gâté. Versez ce mélange dans un petit corps aussi sain que charmant, couronné par une masse de cheveux de jais, vêtu de robes claires qui amusent l'oreille par l'éternel frou-frou de la soie, et vous aurez la vraie Japonaise! » (1)

Si on veut apprécier à sa juste valeur la place qu'occupe la femme dans la société japonaise, il faut faire complète abstraction de nos idées de morale occidentale. Il faut se dire que ce vieux fond de paganisme shintoïste qui, malgré l'afFcctation de dehors sceptiques et indifférents, subsiste encore, créé par de lentes accumulations héréditaires, aii fond du cœur de tout Japonais, n'a cessé de le porter à honorer le culte de Vénus et ses sacrifices.

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