The real Japan, by Henry Norman. London
Vous en aurez la vision très nette en visitant les quartiers spéciaux des villes japonaises consacrés aux yoshiwara (1). — De grandes rues, brillamment éclairées le soir, sont bordées de maisons élégantes dont chaque rez-dechaussée est singulièrement aménagé : imaginez un salon au plancher un peu surélevé, dont on a supprimé le mur donnant sur la rue; ce mur est remplacé par des barreaux en bois ou en fer doré permettant de voir, de parler, mais non de toucher. Et, derrière ces barreaux, une collection de ces jolis oiseaux en cage dont nous parlions tout à l'heure, revêtus des plumages — je veux dire des costumes les plus variés et les plus éclatants. Le Yoshiwara est un des lieux de promenade les plus fréquentés de la ville : bourgeois, artisans, y viennent le soir en famille, et c'est un spectacle tout à fait étrange pour l'Européen, de voir ces braves gens et leurs enfants regarder d'un œil bienveillant, presque attendri, ces djoro aux yeux peints, à la figure blanchie, aux lèvres carminées, accroupies en prenant nonchalamment leur thé ou fumant leurs pipettes, et d'entamer parfois un brin de causette avec elles
Vous trouverez la même impression exprimée par tous ceux de nos compatriotes auxquels il a
1. Quartier des plaisirs. Les habitantes des maisons du voshiwara portent le nom de djoro qui n'implique pas d'idée lié tri s santé.
été donné d'étudier de près le Japon et ses mœurs étonnantes : « C'est un ravissement pour les yeux, dit M. Jean Dhasp, que ces étranges créatures qu'on dirait, h les voir peinturlurées et coiffées si drôlement, des êtres artificiels, figurines de quelque exotique musée Grévin. Dans ces éventaires garnis de ce curieux étalage, tout au fond, de jolis paravents d'or, aux dessins variés, dont Tassemblage étudié et les lignes brisées créent pour le regard une amu^ santé perspective.
» A Yokohama, en arrivant du large, on aperçoit un feu éblouissant. C'est le phare électrique qui surmonte le grand yoshiwara, dort l'installation luxueuse a réalisé les derniers perfectionnements capables de satisfaire la plus exigeante clientèle japonaise et européenne. Ce n'est pas là un progrès dont le Japon moderne puisse s'enorgueillir ; mais ce trait ne complètet-il pas la' physionomie de ce peuple ? )) (1)
L'auteur se trompe, j'ai connu au Japon des Japonais très a modernes » qui montraient avec complaisance — et non sans urie pointe d'orgueil — le luxe incomparable de leurs yoshiwara.
Celui de Tokio, situé au N.-O. de la ville, est construit autour du temple de Kin-rio-zan (2),
1. Le Japon conteniporain, par Jean Dhasp. Préface de Charles Edmond. Paris, 1893.