Le temple du Dragon d'or
dont le jardin renommé est entretenu avec un soin extrême. Et aux grandes fêtes des fleurs : cerisiers, glycines, iris et chrysantèmes, vous pouvez y assister encore à une cérémonie qui vous reporte à bien des siècles en arrière du Japon moderne. Les plus belles djoro s'avancent lentement, parées de leurs plus riches atours, chacune escortée de deux serviteurs attentifs à lui éviter tout faux pas sur leurs hauts hé-ta (1) laqués. A leurs kimonos de soie et de brocart, aux grands peignes richement ornés qui surmontent leur coiffure, à leur regard à la fois hautain et craintif, on serait tenté de les prendre pour des reines déchues. Elles défilent ainsi, procession payenne, dans les allées les plus belles du jardin sacré, au milieu d'une foule immense, recueillie, silencieuse, qui semble voir dans cette cérémonie l'accomplissement d'une sorte de rite religieux. — De là à considérer l'exercice de leur profession comme un sacerdoce, il n'y a guère loin.
Il faut avoir vu cela pour comprendre qu'au Japon le fait d'un père de famille, livrant sa fille dès l'âge de douze ou treize ans, pour en faire une djoro ou une gueicha (2), n'a pas le caractère immoral et odieux que nos idées occidentales nous porteraient à lui attribuer. De tels marchés
1. Hé-ia, sandale surélevée sur deux petites planchettes en bois ou en laque, que les Japonais mettent pour marcher dans les rues.