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Litti raleinont : « coinblôp do richesses

CONDITION DE l>A FAMILLE Al' JAPON 57

flamme : comment admettre qu'elle puisse se donner h un être si inférieur, elle qui voit chaque jour les plus hauts et les plus riches, personnages solliciter ses faveurs et la couvrir d'or ? Mais la fougue et la sincérité de la passion du pauvre Kourouma, le charme de sa personne finissent par la toucher : elle se déciderait bien à fuir avec lui, s'il avait les moyens de préparer leur fuite. Mais il a refusé noblement l'or qu'elle lui offre — dont la source lui est naturellement fort suspecte- — et, après avoir vainement sollicité ses parents, ses amis, il est prêt, dans son désespoir, à en finir avec sa triste vie, lorsqu'il aperçoit, dans une chambre du Yoshiwara, un vieux libertin faisant la cour a sa Yukahé. Scène de fureur, apaisée par l'assurance que vient lui donner la belle qu'elle ne sera plus jamais à un autre qu'à lui. Le vieux se doute que sa proie va lui échapper et, avec une astuce infernale, fait tomber Oumejawa dans un piège. Avec la complicité d'une autre femme du Yoshiwara, séduite par la beauté du jeune homme, que celui-ci a repoussée et qui veut se venger, il entraîne le malheureux à lui voler une forte soriime pendant un sommeil simulé, puis il le dénonce : le crime est prouvé, il doit être puni de mort (i). La belle Yukahé ne laissera pas son

1. Jusqu'en 18G8, le Code criminel punissait de mort tout Japonais commettant un vol d'une valeur supérieure à 10 rios (50 f'ranis)., Voir livre I", chapitre III.

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amant mourir seul : elle déclare que c'est elle qui a inspiré le crime, qu'elle est sa complice, et va mourir avec celui qu'elle aime !

L'aspect du « paradis » de l'Ambigu, au moment le plus pathétique du drame populaire le plus émouvant, ne donnerait qu'une bien pâle idée de celui qu'offrait la salle du théâtre Chijo pendant les dernières scènes de la pièce de Moconami. Les petites mousmés épuisaient, pour étancher leurs larmes, les petits carrés de papier que contenaient les larges manches de leurs kimonos ; les interpellations des spectateurs se croisaient, de plus en plus animées ; le « vieux « ne pouvait plus ouvrir la bouche sans être conspué, menacé; et des sanglots éclatèrent de toutes parts lorsque les deux amants franchirent le seuil du Yoshiwara pour marcher au supplice et s'unir dans la mort. Il eût été du dernier ridicule de paraître surpris de l'impudique naïveté de certains détails, et de l'étrangeté du milieu dans lequel se déroule tout le drame.

Le Frédérik-Lemaître du Japon est le célèbre, l'incomparable Dandjouro. D'une vigueur, d'une agilité peu communes malgré ses soixante-deux ans, il excelle à représenter des personnages d'anciens guerriers : Daïmios, Samouraïs ou Ronines, à reconstituer ce noble art de l'escrime japonaise, dont les traditions disparaissent. Je l'ai vu, jouant le grand rôle d'une pièce célèbre

de l'ancien répertoire : Arakimta-Aimou (1), au théâtre Meidjisa^ à Tokio, amener le public, presque sans gestes, par le seul jeu puissant de sa physionomie, à une. intensité d'émotion extraordinaire.

J'aurais grandement désiré voir Dandjouro dans la fameuse scène de la « tête coupée », création dans laquelle il déploie, paraît-il, les qualités les plus saisissantes de son immense talent. Je n'ai pas eu cette bonne fortune; mais la scène a été décrite par M. Klobukowski. Je lui en emprunte le récit, sans lequel cet exposé rapide de l'esthétique du théâtre japonais moderne serait incomplet :

(( Sur la scène, un vieux Daïmio, en grand costume de bataille, est assis entre deux femmes magnifiquement habillées : l'une de soie rose et vert pâle, avec un manteau d'un jaune doux jeté sur une épaule seulement; l'autre d'un vêtement compliqué dont les teintes, ombrées du mauve pâle au violet sombre, se marient harmonieusement dans les plis de ses nombreux kimonos. Toutes deux se passent successivement et pressent à tour de rôle sur leur cœur, avec des lamentations aiguës, une tète, coupée et sanguinolente. Quelle est cette tête? « Mon fils! » crie la plus âgée. «Mon époux!» gémit la plus jeune. Le vieillard est impassible, pas un muscle de son visage ne tressaille ; il fixe d'un regard 1. Le maître d'armes.

(iO I K .lAPON VRAI

IVoid et sec tout ce qui lui reste d'un enfant chéri, l'unique descendant de sa race, mort en combattant les armées mikadonales. — Sur un signe qu'il fait, les femmes se retirent.

» Il se lève alors, le vieux Daïmio, sa taille voûtée se redresse. Lentement, il. tourne sur luimême... Il est bien seul, personne ne peut plus être témoin" de .sa douleur. Dans un superbe mouvement de désespoir, il se précipite sur la tète gisant à terre ; doucement, tendrement, avec un tremblement nerveux qui agite tout son corps, il appuie contre son visage ce débris humain tout maculé de sang et de pous- , sière; et, comme si tout d'un coup la vie l'avait abandonné, il s'affaisse, tandis que la tète roule à ses pieds. Immobile pendant un moment, peu à peu il se ranime, ses yeux se dilatent, effarés, ses sourcils se froncent comme s'il cherchait à se ressouvenir, sa physionomie se convulsé dans une expression de poignante angoisse, et, de sa poitrine, s'échappe un profond soupir, effrayant sanglot où crie toute sa souffrance. Puis, subitement calme, il tire son poignard ; d'un mouvement lent, tranquille, il enlève les différentes pièces de son armure, écarte ses vêtements et s'ouvre le ventre ! (1) ))

Au théâtre Gionsa, de Kioto, se jouent surtout des pièces d'auteurs modernes. Mika-Dzouki- 1. Le Japon contemporain, p. 172 et suiv.

COrïDITION DE LA FAMILLE AU JAPON ()1

Orokou (1), d'un jeune auteur nommé Koéda, déjà célèbre dans tout le Japon, est l'histoire d'une abominable coquine possédée de la monomanie de l'assassinat. Nous lui voyons accomplir sous nos yeux une série de crimes affreux, reproduits avec ce réalisme effrayant que les Japonais apportent à leur mise en scène. Gorgée de sang et d'or, elle (c fait une fin » en prenant la direction d'une maison de Yoshiwara, où elle est entourée de la considération générale ; mais elle est dénoncée par un ancien complice,«qui l'ayant reconnue, sent sa vie menacée et veut se débarrasser d'elle. La police la surveille : elle déjoue d'abord toutes ses ruses. Un policier émérite — sorte de a M. Lecoq » — s'est promis de l'amener à se trahir et se présente au Yoshiwara après s'être fait précéder auprès de Mika- Dzouki par une lettre anonyme la prévenant qu'on va lui tendre un piège : elle lui fait un accueil charmant, lui présente ses plus belles djoros et lui offre une tasse de thé — empoisonnée, naturellement — . Le policier fait semblant de la boire, mais il a eu soin d'en tarir préalablement le contenu au moyen d'une éponge cachée dans la large manche de son kimono : Mika-Dzouki n'y a vu que du feu! Bientôt il pâlit, présente tous les symptômes d'un empoisonnement foudroyant, et tombe. L'affreuse mégère, penchée sur lui pour jouir de ses der-

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