‹ Le Japon vraiChapitre 32 sur 58 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Action des puissances européennes sur la Chine et r le Japon. — Altitude intransigeante du cabinet Ito. Attentat d'un Soshi sur Li-Hung-Chang. — La Russie Jevient menaçante. — Traité de Siraonoséki. — Protestations de la Russie, de la France et de l'Allemagne. — Résistance du Japon. — Attitude résolue de la Russie et de la France : le cabinet Ito cède. — Violente irritation des Japonais. Complot des Soshis contre la vie du marquis Ito. — Rétrocession de la Mandchourie à la Chine et retrait des troupes japonaises de Corée. — Chute du cabinet Ito. — Conquête de Formose et des Pescadores. — Massacres des Formosains. - Colonisation « à l'américaine ». — Exemple à méditer par les Coréens.

Après la prise de Weï-liaï-Weï et la capture des débris de la flotte chinoise, le Japon, maître de la mer, pouvait sans difficulté sérieuse marcher sur Pékin. La Chine avait, il est vrai, à la fin du mois de février 1895, accumulé dans le Petchiliplus de cent cinquante mille hommes; mais c'était une cohue armée, ce n'était pas une armée. L'artillerie lui manquait : un corps japonais de quarante mille hommes aguerris et précédés du prestige de leurs victoires en eiit eu facilement raison.

Les quatre grandes puissances européennes possédant des intérêts dans l'Extrême-Orient : Angleterre, Russie, France et Allemagne, suivaient avec une in(^uiétude croissante l'extension inattendue delà puissance japonaise et les symptômes d'effondrement de la Chine. Dans les premiers jours du mois de février, elles avaient, par l'entremise de leurs représentants à Pékin, poussé vivement le Tsung-li-Yamen à demander un armistice. En même temps, on faisait comprendre à Tokio que le moment semblait venu, pour le Japon, de s'arrêter dans la voie des conquêtes. Mais le cabinet Ito, sous la pression de l'opinion publique, faisait la sourde oreille et accélérait les préparatifs de la marche de l'armée japonaise sur la capitale du Céleste Empiré. Cependant, le 11 février, le gouvernement chinois, cédant à la pression des puissances, avait envoyé à Nagasaki des plénipotentiaires pour traiter des conditions d'un armistice. Le 13, arrivait la nouvelle de la prise de Weï-haï-w^eï; le 14, le ministre des affaires étrangères Mutsu faisait connaître aux envoyés chinois que l'armistice ne pourrait être conclu que moyennant acceptation préalable par la Chine de deux conditions : payement d'une indemnité de guerre de 500 millions de yeiis (1) (1250 millions de francs)

1. Le yen est le dollar japonais argent Sa valeur nominale était de cinq francs, mais sa valeur effective, au cours de l'argent, variait de 2 fr. 50 à 2 fr. 60,

LA tîUERUE DE CHINE ET SES SUITES 169

et cession au Japon de tous les territoires conquis à ce jour. Devant 'de telles prétentions, les plénipotentiaires chinois, durent se retirer et retournèrent à Pékin.

L'attitude intransigeante du Cabinet Ito

n'allait pas tarder à se trouver modifiée à la suite

dés remontrances plus pressantes des puissances :

f. Le 19 mars, on apprenait que Li-Hung-Chang

venait d'arriver à Siinonoséki ; le 20, le comte

Ito et le comte JNlutsu s'y rendaient de Tokio,

et aussitôt commençaient les négociations sur

les conditions de l'armistice. Elles traînaient en

lloiigueur lorsque^ le 24 mars, Li-Hung-Chang

sortant de la conférence est victime d'une ten-

[tative d'assassinat : un jeune homme de vingt

ans, nommé Koyama, lui tire, presque à bout

portant, un coup de pistolet dans la figure : la

.balle se loge dans l'os maxillaire droit ; l'assassin,

arrêté, déclare qu'il est patriote et appartient à

'une secte de Sôshis ; qu'il a voulu, en tuant

Li-Hung-Chang, supprimer le plus redoutable des

ennemis de sa patrie. Traduit devant une Cour

martiale, condamné à la détention perpétuelle,

il se promenait, en 1896, dans les rues de Kioto:

il ne faut pas désespérer de le voir un jour

membre de la Diète.

L'impression désastreuse produite par cet attentat fit plus pour la Chine que les discussions diplomatiques les plus habiles. Le Cabinet Ito comprit qu'il serait imprudent de lutter plus

longtemps contre le courant pacifique qui domi^ nait dans les Conseils européens : aussi se résigna-t-il à accorder un armistice de vingt et un jours, sans conditions, et Li-Hung-Chang qui, grâce à sa robuste constitution, avait pu, malgré son grand âge (1), supporter sans danger l'extraction de la balle, le signait lui-même le 30 mars.

A partir de ce jour, les négociations relatives à la paix s'engagent et aboutissent, le 17 avril, h la conclusion du traité de Simonoséki dont voici les dispositions essentielles :

La Chine reconnaît la pleine et complète indépendance de la Corée, et renonce à percevoir tout tribut.

La Chine cède en pleine souveraineté au Japon toute la province de Liao-toung y*compris la presqu'île de Port-Arthur ; elle cède, en outre, l'île de Formose et le groupe des Pescadores.

La Chine payera au Japon une indemnité de guerre de 200 millions de taëls Kuping (800 millions ' de francs) dans un délai de sept ans. Comme garantie, le Japon occupera Weï-haïweï qu'il pourra évacuer, après le paiement de la première moitié de l'indemnité, « pourvu que le gouvernement chinois consente à engager, dans un arrangement convenable et suffisant les revenus des douanes de la Chine comme sécurité du paiement du reste de l'indemnité ».

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