Livre II, chap. II, p
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iiistre de la Justice ; par un hasard providentiel, la famille royale est épargnée.
Peu après éclatait l'insurrection des Tonghak qui lut le prélude de la guerre sino-japonaise, dont nous avons suivi les péripéties. Les Japonais étant vainqueurs, le Taï-ouen-Koun triomphait et l'influence de la Reine paraissait à tout jamais ruinée : mais après l'intervention des puissancesoccidentales, celle-ci, avec beaucoup de sens politique, se jetait dans les bras de la Russie.
Alors recommence l'éternelle guerre entre la Reine et son terrible l^eau-père ; cette fois, elle déduise la véritable lutte : entre la Russie et le Japon. Le Comte Inouyé est envoyé en Corée comme ministre plénipotentiaire par le gouvernement du Mikado, avec mission de tout mettre en œuvre pour japoniser le pays à bref délai. Le portrait de ce fin diplomate — le même qui fut, avec le marquis Ito, un des promoteurs du régime nouveau — a été tracé, très ressemblant, par un publiciste français qui le vit à Séoul au mois de mars 1895 : « Petit, avec des membres grêles surmontés d'une grosse tête hérissée de cheveux raides sur un crâne en dôme, comme si le cervelet avait été rabattu sur le cerveau, les yeux petits, très noirs et bridés, recouverts de paupières lourdes, plissées en persiennes, le comte Inouyé a plus la physionomie d'un Kalmouk que d'un Japonais. Une expression de ruse et de froide insensibilité dément, sur ses
joues semées de toiifFes raides d'une barbe rare et mal plantée, la bénignité doucereuse, sournoise, qui éclaire d'un sourire sinistre son visage défiguré par des cicatrices de variole et des coutures de coups de sabre (1). »
Le Comte Inouyé s'appliqua dès son arrivée à ruiner pour toujours l'influence de la Reine, espérant détruire du même coup celle de la Russie. Il commença par répandre le bruit de persécutions odieuses, que la reine aurait fait subir à Chang, dame de la Coar, concubine du Roi, et au fils que celle-ci en avait eu ; il obligea le faible Li-Hsi à traduire devant une Cour de justice spéciale de prétendus auteurs de l'attentat commis au mois de février 1894, et, à l'aide de la torture, fit arracher à quelques-uns de ces malheureux de faux témoignages qui servirent à faire condamner à mort cinq personnages amis de la Reine; cette même Cour de justice, composée en majorité de créatures du Ministre japonais, prononçait la peine de l'exil perpétuel contre le petit-fils préféré du Taï-ouen-Koun, Li- Shoun-yo, qui fut enfermé vivant dans un cachot étroit, sans air ni lumière, sorte de gaine de pierre où il devait subir les plus cruelles tortures : à partir de ce moment on n'entendit plus parler de lui (2) ; les journauxjaponais prétendirent quela reine l'avait fait assassiner.
1. La Corée vidépen^fonte, russe ou joponaise^Ynxv Villetard de Laguerie Paris, 1898.