‹ Le Japon vraiChapitre 38 sur 58 · C'est sans doute à ce Li-Shoun-yo que s'applique le récit · texte numérisé non relu

C'est sans doute à ce Li-Shoun-yo que s'applique le récit

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Mais toutes ces manœuvres n'eurent pas le résultat qu'en attendait le comte Inouyé : Li-Hsi, éclairé par l'agent de la Russie à Séoul, expulsait ses ministres, acquis à l'influence japonaise, mettait en quarantaine Inouyé, dont les allures dures et menaçantes l'avaient 1 profondément blessé, et ce dernier se voyait 1 contraint de quitter Séoul à la fin du mois de juin 1895, ayant complètement échoué dans sa mission.

La Reine et le parti russe triomphaient. Le gouvernement japonais (cabinet Ito) se résolut à frapper un grand coup.

Le 1**'" septembre suivant, arrivait à Séoul le nouveau Ministre japonais, vicomteMioura-goro, C'était un militaire ayant conquis tous ses grades sur les champs de bataille ; devenu lieutenantgénéral de l'armée japonaise, il avait la réputation d'un sectaire violent, inféodé au parti « Vieux- Japonais ». Il avait refusé en 1891 la légation de Corée. Après l'échec de la mission Inouyé, le gouvernement du Mikado estima que, poui rétablir la prédominance du Japon en Corée etilt détruire l'influence russophile de la Reine, illni fallait se défaire d'elle atout prix, diit-on alléiliii

roniaiiosque publié par la Revue dc-S llevWS du l" avriI1898 Un gardien de musée héritier d\in trône, par F. Mur\ On a <'oiiteslé, avec raison je crois.- l'aulhenlicité des détailBJ'lp qu'il donne sur la mort de ce malheureux, qui aurait étéarros» matin et soir de chaux vive et finalement écartelé vivant e* * présence du Roi.

jusqu'à l'assassinat. Mioura parut l'homme le plus apte à accomplir cette tâche ; appelé à Tokio, après avoir conféré avec Ito et Inouyé, il en acceptait la responsabilité.

Le Kokiimiii Shimhun, de Tokio, a fait le récit d'une scène qui, si elle ne manque pas de grandeur, pi'ouve que levicomte Mioura ne se faisait pas d'illusions sur les conséquences que pouvait avoir pour lui l'accomplissement de la mission secrète dont il était chargé : au moment de ' s'embarquer, il rassembla sa famille et lui fit des adieux solennels, déclarant qu'il avait fait d'avance le sacrifice de sa vie pour aller là où l'appelaient son devoir et le service de l'Empereur. Il fit jurer à ses fils de ne jamais embrasser la carrière militaire et de n'éprouver aucun sentiment de haine contre ceux qui lui imposaient la mission périlleuse que son honneur de soldat l'obligeait à accepter. Puis il partit.

A la fin du mois de septembre 1895 la Reine était parvenue à faire constituer un cabinet présidé par Kim-Koshou, qu'elle croyait tout à elle : le misérable, acheté par Mioura, préparait luimême la réussite de l'attentat projeté, en dégarnissant peu à peu le palais de tous les soldats fidèles. Dans la nuit du 7 au 8 octobre 1895, à quatre heures du matin, une troupe de soldats japonais, conduite par les officiers de Mioura, envahissait le palais, déserté par la garde coréenne. Après avoir tué le colonel coréen Hang,

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dévoué à la Reine, les Japonais plaçaient des sentinelles devant les appartements du roi et de i son fils, ainsi gardés prisonniers ; en même temps, une bande de Sôshis, tenue en réserve, se ruait sur la partie du palais réservée à la Reine. On y entendait bientôt le bruit de portes enfoncées, des cris de femmes, des coups de feu ; on y apercevait un commencement d'incendie.

11 est probaljle qu'on n'eût jamais pu savoir la vérité sur le drame sans une circonstance tenue secrète par les Russes eux-mêmes et qu'un hasard singulier m'a dévoilée (1). Un ingénieur de la légation russe, dont la femme était liée avec la Reine, allait depuis quelque temps, sur la prière de celle-ci et avec l'assentiment de M. AVaeber, ministre de Russie, passer chaque nuit dans une chambre du palais, voisine de ses appartements. Dans la nuit du crime, réveillé par les clameurs des soldats, il se précipite vers la porte des chambres où couchait la Reine, entourée de quatre de ses femmes. A peine arrivé près d'elle, il entend le vacarme des Sôshis japonais enfonçant les portes et proférant des cris de mort : il l'engage à fuir, mais toutes les issues sont déjà

1. Le vapeur japonais Tnkio-maru sur lequel je faisais la traversée de Nagasaki à Vladivostok embar({ua une dame russe et ses deux enfants, dont l'un nialado. Il n'y avait pas de médecin à bord : p"râce à ma boîte de pharmacie, je pus donner au pauvre petit quelques remèdes qui améliorèrent son état. La mère, reconnaissante, me confia qu'elle fuyait Séoul, où son mari avait assisté à l'assassinat de la Reine, et me conta ces détails.

gardées; il ne reste qu'une ressource, celle de sauter par une fenêtre donnant sur le jardin du Palais. La Reine et ses femmes ne peuvent s'y résoudre, les assassins approchent, la dernière porte va céder sous leurs efforts ; l'ingénieur se voyant impuissant à défendre la Reine, seul, et n'ayant pour toute arme qu'un revolver, contre une bande armée, se décide à fuir par la fenêtre au moment où les portes vont céder. Caché dans le jardin, il assiste au massacre de la Reine et des quatre malheureuses que les Sôshis fusillent à bout portant et hachent à coups de sabre ; il voit leurs cadavres jetés par la fenêtre, arrosés de pétrole dont les Sôshis avaient eu soin de se munir, et brûlés jusqu'à ce qu'ils soient devenus méconnaissables.

D'autres personnes furent également massacrées dans le Palais par les Sôshis japonais, notamment Yi-Kyeung-jik, ministre de la maison du Roi, et un grand nombre de serviteurs. Le prince héritier lui-même fut maltraité, sa femme lardée de coups de sabres et laissée pour morte. Lorsque le jour parut, les Japonais sortirent du Palais royal, fiers de leur œuvre, brandissant aux yeux des Coréens terrifiés leurs sabres pleins de sang. L'ingénieur russe, témoin de ces scènes effroyables, avait pu s'enfuir grâce à sa connaissance parfaite des lieux, et rejoindre sa famille déjà réfugiée à la légation de Russie.

La terreur régnait à Séoul. Le misérable Roi

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Li-Hsi, qui avait vu la mort de bien près, gardé à vue par des soldats japonais, abandonné par ses ministres, signait, le couteau sur la gorge, un édit dégradant la Reine, dont on lui avait laissé ignorer la mort. — Voici le texte de ce curieux document, évidemment inspiré par le représentant du gouvernement japonais :

(( Notre règne a duré trente-deux ans et » cependant il nous peine de penser que notre » pays n'a pas fait de progrès sous ce règne. )) Notre épouse, de la famille Min, entourant le )) trône de ses proches et de ses créatures, a » obscurci notre intelligence, opprimé le peu- » pic, méprisé nos ordres, vendu les places ofTi- » cielles et commis toutes sortes d'extorsions » dans nos provinces. Des hordes de bandits se )) sont répandues dans tout le pays et la dynastie )) était placée dans le plus grand danger. Le » fait que nous ne l'avons pas punie, bien qu'au » courant de ses méfaits, peut être attribué à » notre manque de sagesse ; mais il est dû sur- » tout à ce que nous étions entouré de ses par- )) tisans. Pour mettre un terme à ce fléau, nous » avions fait le vœu, au mois de décembre » passé, d'empêcher la Reine et sa famille de se » mêler des affaires de l'Etat : nous espérions » qu'elle ne repentirait de ses crimes. Mais, au » lieu de se repentir, elle continua à favoriser .)) ses créatures et à écarter de notre personne » les membres de notre famille... Même elle

» conspira pour causer des troubles en répan- )) dant la fausse rumeur que nous allions licen- )) cier nos troupes ; quand le tumulte commença, )) elle nous abandonna, et, suivant la méthode » déjà adoptée par elle en 1882, se cacha en se » mettant hors de portée de notre pouvoir.

» Une telle conduite n'est pas seulement in- » compatible avec la dignité de la Reine ; elle )) est aussi le comble de la méchanceté et du » crime. En conséquence nous sommes obligé de )) déposer la Reine et de la dégrader au rang le )) plus bas ».

Cet abominable factum, arraché par les menaces à la lâcheté du roi, parut le 8 octobre dans la Gazette officielle de Séoul. — Quatre jours après, un nouvel édit royal déclarait que : « par )) égard pour le dévouement témoigné au Roi » par le prince héritier de la couronne, la Reine )) dégradée était élevée au rang de concubine » de première classe )>. Je ne sais rien de plus lugubre que cette sorte de réhabilitation méprisante de la malheureuse morte, victime des sanglantes intrigues de la diplomatie japonaise.

Le matin du 8 octobre, le Taï-ouen-Koun, délivré de captivité par une bande de Sôshis japonais, était amené triomphalement à Séoul et s'emparait du pouvoir qu'il exerçait en vrai dictateur. Pour donner le change, on arrêtait quelques Coréens inofîensifs comme fauteurs des désordres qui venaient d'ensanglanter le Palais ;

on faisait courir le bruit que la Reine n'était pas morte, qu'elle se cachait comme elle l'avait tait en 1882 et en 1884. — C'est évidemment pour rendre ce bruit vraisemblable que les assassins avaient brûlé les corps de la Reine et de ses suivantes de façon à ce qu'on ne pût les reconnaître : rien ne prouve mieux l'infernale préméditation avec laquelle tous les événements avaient été préparés.

Les journaux japonais, avec une unanimité touchante, racontèrent que l'émeute qui venait de se produire à Séoul fournissait une nouvelle preuve de l'état d'anarchie dans lequel se débattait la Corée, démontrant combien il était nécessaire, dans l'intérêt de la nation coréenne et de son Roi, que le Japon s'y établit plus fortement pour y accomplir son œuvre civilisatrice (1).

Cette audacieuse manœuvre eût peut-être été couronnée de succès, si le gouvernement russe n'avait pas eu le témoignage de l'ingénieur Souvatine, et si le colonel Cockerill, correspondant du New-York Herald, n'avait publié le récit, assez circonstancié et documenté, dés événements de la nuit du 7 au 8 octobre (2), en dénonçant le rôle joué par les Soshis et les soldats japonais commandés par les officiers du général

1. Voir j)Olainiueiit le Japon Daily, le Kok-Kaï le Jîji- SJnmpOf le Nichi-Nichi-Shiniboun, n°^ du 15 au 20 octobre

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