‹ Le Japon vraiChapitre 47 sur 58 · Voir livre II, chap. II · texte numérisé non relu

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budgets grossissants. Les impôts nouveaux et l'emprunt.

Dans la session parlementaire de 1896,1e Cabinet Ito, grâce à la majorité éphémère obtenue par l'adhésion d'Itagaki et du parti libéral, put faire voter les impôts destinés à combler le premier déficit. Ces impôts pèsent lourdement aujourd'hui sur le peuple japonais. Les principaux sont:

1^ La taxe dite d' « enregistrement », sorte de patente imposée aux propriétaires d'immeubles bâtis, aux armateurs, aux Compagnies industrielles, minières et commerciales, et à tous ceux qui pratiquentune profession libérale. Cet impôt, établi hâtiveuient, ne repose sur aucune base rationnelle : un avocat est imposé à" raison de 20 yens pour sa première année d'exercice, et il iO yens pour chaque année suivante; un armateur paye de là 20 par mille sur la valeur de ses navires.

2" La taxe sur le commerce, qui impose à tout négociant un demi pour mille sur le montant de ses ventes, quarante pour mille sur la valeur de son loyer, et un yen par commis.

3'^ La taxe sur les liqueurs fermentées, qui impose le Saké (1) a raison de 7 yens par KoTvau fl82 litres), dont le prix de revient estde 25 yens.

4° Le monopole du tabac, exercé par l'Etat, calqué sur la régie française.

1. Eau-de-vie de vi/. C esl la seule liqueur l'eruieiilée que consomment les Japonais.

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5" Un impôt de 10 0/0 sur le traitement des fonctionnaires.

Ces taxes ne sont pas suffisantes, puisque le budget de I897'98 est en déficit de 23 millions de yens.

Le comte Matsukata voulait les augmenter : 1*^ en surélevant l'impôt foncier, ce qui eût produit 12 millions de yens ; 2" en augmentant encore la taxe sur le Saké, ce qui eût produit 11 millions. La majorité du Parlement a refusé de le suivre dans cette voie, ce qui a été la cause principale de sa chute. Comment le comte Inouyé, son successeur dans le Cabinet Ito, trouvera-t-il le moyen de parer au déficit sans •surélever les impôts ? — Je ne sache pas que la solution soit encore trouvée.

Les optimistes disent bien que la situation critique dans laquelle se débattent en ce moment les finances du Japon n'est que temporaire; que le budget extraordinaire sera clos en 1910 au plus tard, en sorte qu'on reviendra à ce momentlà à une situation normale; qu'il suffit dès lors de faire face aux dépenses extraordinaires à solder d'ici là au moyen d'un emprunt dont les budgets ordinaires futurs supporteront les charges. — C'est un raisonnement un peu naïf : il est évident que les dépenses ordinaires seront alors majorées des arrérages de la dette ainsi contractée , des frais d'entretien d'une armée double et d'une marine de guerre triple de ce

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qu'elles sont aujourd'hui, des dépenses supplémentaires nécessitées par raccroissement de la dotation de l'instruction publique, et par beaucoup d'autres frais nouveaux. Les gens sages estiment qu'en. 1910, le budget ordinaire dépassera 200 millions de yens, et pour faire face à ces dépenses, il faudra augmenter dans une forte proportion la plupart des impôts déjà si lourds. Un homme d'Etat japonais prudent, le vicomte Soga, dans un article publié l'an dernier dans une Revue de Tokio, signalait tous les dangers de Tentraînement irréfléchi qui porte tous les partis politiques à faire assaut de mégalomanie sans se demander si les charges qu'ils imposent ainsi au Japon ne l'affaibliront pas au point de. le mettre dans l'impossibilité d'en tirer profit. Il terminait par cet apologue original : « Prenez garde que le Nippon imite le fameux pauvre Samouraï, qui jeûna pendant des années, afin de pouvoir acheter une cuirasse et des sabres de première qualité. Lorsque son ambition fut enfin satisfaite et que ses services furent réclamés par son seigneur, le pauvre Samouraï était tellement maigre et affaibli, qu'il ne pouvait plus, ni porter sa cuirasse, ni manier ses sabres ! »

Un article récemment publié par une Revue française, tout imprégné d'un optimisme qui semble avoir sa source dans les sphères gouvernementales du Japon, — et dont la conclusion

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est que l'emprunt prochain, indispensable h son équilibre budgétaire, sera une excellente affaire pour les prêteurs, — conclut que : « les difficultés financières en face desquels il se trouve aujourd'hui, paraissent plus superficielles que profondes et de nature passagère plutôt que durable (1). » Je doute que cette manière de voir puisse être partagée par ceux qui étudient sans parti pris la situation financière-du Japon.

Les impôts que peut supporter un peuple sont en proportion de la valeur de son revenu ; quoique la production industrielle du Japon se soit beaucoup accrue depuis une dizaine d'années, elle ne constitue encore qu'une partie très minime de sa richesse. Le Japon, pays essentiellement agricole, puise la partie la plus importante et la plus stable de ses revenus dans les productions de son sol fertile et admirablement cultivé. Or la valeur de ces produits ne semble plus devoir sensiblement s'accroître.

Le riz forme à lui seul près de la moitié de la production agricole du Japon. Dans ces dernières années son rendement a été :

En 1890, de 43.037.809 kokous 2

— 1892, de 41.318.956 —

— 1894, de 41.86.5.896 —

— 1896, de 3i). 920.882 —

1. U Economiste fran mis. La situation financière du Japon. N« du 23 avril 1898.

2. Le Kokou de riz, qui repi'ésente 182 litres, vaut, en moyenne, 22 francs.

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Oq voit que la production est stationnaire ou tendrait même à décroître. De même pour les autres cultures : orge, seigle, blé, soie, thé, produits maraîchers et divers. Si on ajoute la valeur des produits maritimes, on arrive à une production annuelle totale de 750 millions de yens fdeux milliards de francs) (J).

En rapprochant de ce chiffre le montant des derniers budgets, on voit que les dépenses du Japon, qui ne dépassaient pas avant 1894 le dix pour cent de ses revenus, atteignent en 1898 le trente-trois pour cent l

Mais ce qu'il faut surtout envisager, c'est la situation normale qui, après 1910, succédera à la période de dépenses extraordinaires que traverse actuellement le Japon : elle correspondra, je l'ai dit, à un budget ordinaire d'environ 200 millions de yens. A ce moment-là les dépenses absorberont çingt-septpour cent du revenu national.

11 n'existe pas de pays au monde dans lequçl l'impôt approche de cette proportion. En Angleterre, l'impôt n'est que de 10 0/0 du revenu national ; en France, la proportion atteint 15 0/0; l'Italie, le pays le plus chargé de l'Europe, arrive à 18 0/0 et plie sous le poids le cette charge. — La proportion de 27 0/0, [ue le Japon paraît menacé d'avoir comme

1. Résumé stalislique de V empire du Japo7i pour 1894. lokio 1897.

chiffre normal, constitue une charge écrasante et à laquelle il semble impossible que le peuple le plus vigoureux puisse résister.

Telle est la conséquence des dépenses militaires exagérées auxquelles le Japon se livre depuis 1895. Il est facile de voir qu'il consacre à son armée et à sa marine une part beaucoup plus forte de son budget que toute autre nation du globe. — Les Etats-Unis n'affectent à leurs dépenses militaires que 17 0/0 du montant des rentrées de l'impôt; la Russie y emploie 21 0/0 ; la France, 27 0/0; la Grande-Bretagne, 39 0/0; l'Allemagne, 43 0/0. Au Japon, les dépenses militaires et maritimes atteignent la proportion fabuleuse de 55 OjO (1). Le gouvernement japonais confère donc à son armée et à sa marine plus de la moitié des ressources de son budget !

Les prévisions minima, relatives au payement des dépenses engagées par le plan élaboré en 1896, portent à 240 millions de yens le chiffre de l'emprunt que le Japon doit contracter à brefl délai s'il veut pouvoir continuer l'exécution de son programme. — Mais à cet emprunt néces-l saire aux besoins de l'Etat, il faut ajouter un (( emprunt industriel » (c'est le nom imaginé par le comte Matsukata) destiné à venir en aide au commerce et à l'industrie qui sont, nous l'avons

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