fiC Japon contempoi'fiiii. Paris 1893, p
2. Voir îo détail sur la « loi des corporations ». Livre I' chap. V, p. 31.
tion du tissage français, par le syndicat géné~ rai de sériciculture de France, etc., etc., ne montrent que trop clairement à quel point les intérêts de cette industrie nationale sont sacrifiés.
Pour atténuer le fâcheux effet de toutes ces concessions ruineuses, le rapporteur du projet de traité a fait miroiter aux yeux de nos députés : « les clauses relatives à la propriété littéraire et artistique, et à la garantie des marques de commerce et de fabrique «... et le traité a été voté ! — Dorénavant, nos nationaux seront à la complète discrétion des Japonais, nos fabriques de soierie, de tissus de laine et de coton sont menacées, car nous sommes exposés h voir nos marchés envahis par les tissus fabriqués à bas prix au Japon. Mais nous aurons la satisfaction de savoir que nos auteurs (qui n'y sont pas traduits), nos compositeurs (qui n'y sont pas joués), pourraient — s'ils l'étaient — y toucher des droits ! Quant à nos marques de fabrique, il suffit de connaître l'habileté des Japonais à imiter et à démarquer, pour être convaincu que la protection que le traité leur accorde est purement illusoire.
Nous avons vu que la crise financière qui commence à sévir au Japon, et que le gouvernement japonais espère conjurer par un grand emprunt souscrit en Europe, a pour cause essentielle l'exagération des dépenses affectées à l'augmentation de Tarmée et de la marine.
L'examen du programme d'extension militaire en cours d'exécution est plein d'enseignements.
En 1867, le gouvernement du Shogun avait demandé à la France l'envoi d'une mission militaire destinée à oj:'ganiser l'armée japonaise à l'européenne. Cette mission, composée de cinq officiers sous la direction du capitaine d'étatmajor Chanoine (1), arriva au Japon au moment de la révolution qui aboutit à la restauration impériale. Le gouvernement du Mikado la prit à son compte.
Cette mission remplit son mandat avec le plus grand zèle, créa des arsenaux, une poudrerie, une fonderie de canons (2), et organisa lapr.emière école destinée à former des officiers japonais. En 1889, elle fut remerciée et remplacée par des officiers allemands.
Au moment de la déclaration de guerre h la Chine, l'armée japonaise se composait de 70.000 à 75,000 hommes équipés à l'européenne et armés du fusil Murata (qui n'est autre que notre modèle français démarqué par un officier japonais). Elle comprenait vingt-huit régiments d'infanterie, sept divisions de cavalerie, sept régiments d'artillerie de canipagne, quatre d'artillerie de
1. Actuellement général commandant la première Division d'infanterie.
2. L'arsenal militaire de Tokio fut fondé en 1872 par le capitaine Lcbon ; la poudrerie, située à trois lieues de Tokio, sur les bords de la petite rivière de Takinogava, fut fondée par le capitaine Orcel.
forteresse, sept bataillons du génie et sept bataillons du train : en tout, sept divisions.
Aussitôt après la conclusion du traité de Simonoséki, le grand Etat-major japonais étudia une nouvelle organisation de l'armée, la portant sur pied de paix à 15{).000 hommes et à 510.000 hommes sur pied de guerre. Cette réorganisation, votée en 1896, est en pleine activité et sera complète avant la fin de l'année prochaine.
Le recrutement est assuré par la nouvelle loi >n vigueur qui décrète le service militaire personnel et obligatoire :
Pendant trois ans, de 20 à 23 ans, dans l'armée active ;
Pendant quatre ans, de 23 à 27 ans, dans la première réserve;
Pendant cinq ans, de 27 h 32, dans la seconde réserve ;
Et pendant huit ans, de 32 à 40 ans, dans la territoriale .
Le nombre des exemptions prévu par la loi pour le service actif est considérable : soutiens de famille, prêtres, professeurs, jeunes gens ayant obtenu les plus hauts numéros au tirage au sort; à ces catégories s'ajoutent plusieurs classes privilégiées, dispensées de tout service. Ce sont ces exemptés qui, avec les volontaires d'un an, constituent la première réserve.
Cette nouvelle organisation de l'armée exige
une dépense de 90 millions de yens à laquelle il faut ajouter 10 millions pour fortifications. L'augmentation de la dépense annuelle qu'entraînera son entretien est prévue à 20 millions de yens.
Pour la flotte de guerre, les dépenses sont encore beaucoup plus considérables.
Les Japonais sont aussi redevables aux Français de la création de leur flotte. C'est un ingénieur des constructions navales, M. Verny, qui, mis à la disposition du gouvernement mikadonal, fit construire leurs premiers navires, et établit l'arsenal maritime de Yokosuka. Il en a été de la marine comme de l'armée : l'élément français a été éliminé; aujourd'hui les cuirassés de la flotte japonaise sont construits en Angleterre et les arsenaux sont exclusivement dirigés par des ingénieurs japonais.
A la fin de la guerre de Chine, la marine de guerre du Japon comptait 46 vaisseaux déplaçant 78. 774 tonnes, et 26 torpilleurs. — Le programme de réfection de la flotte comporte 67 navires déplaçant 250.000 tonnes, et 116 torpilleurs. La dépense prévue (qui sera sensiblement dépassée à en juger par le prix des premières commandes est de 226 millions de yens (565 millions de francs). Ce programme comprend quatre cuirassés à barbette de 12.500 tonnes, dont le Fuji^ lancé au mois d'avril 1896 en Angleterre, est le plus grand navire de guerre existant : il a 400 pieds de long, 73 pieds de largeur maxima, I j
file 18 nœuds, est armé de quatre canons du calibre 12, de dix canons à tir rapide du calibre 6, et d un grand nombre de hotchkiss; un second cuirassé de même type vient d'être lancé, et deux autres sont en chantier. On compte que le programme total sera réalisé en 1905 si le gouvernement trouve l'argent nécessaire.
Ces vingt et un nouveaux navires feront de la flotte japonaise une des plus fortes du monde, car ils seront tous^ du type le plus moderne et constitueront des unités de combat redoutables. En leur qualité d'insulaires, les Japonais sont d'excellents marins, et leur corps d'officiers sera bientôt l'égal de celui des premières nations maritimes de TEurope.
De tels moyens de combat, entre les mains d'une nation dont nous connaissons les instincts ambitieux et guerriers, ayant une haute idée de sa valeur et du rôle qu'elle est appelée à jouer dans le Monde, constitueront un danger permanent pour la paix en Extrême-Orient. A ce point de vue, le « péril jaune » n'est pas un vain mot! L'Europe qui, dans son aveuglement inconscient, a contraint le peuple japonais à sortir de son immobilité, qui lui a fourni des armes et des instructeurs, qui lui construit aujourd'hui des cuirassés et lui prêtera demain de l'argent pour les payer, l'Europe n'aura-t-elle pas à se repentir d'avoir favorisé l'éclosion à la vie moderne de ce peuple audacieux ?