Annales de la propagation de la foi. Lyon
2. Yedo, en langue yamato, veut dire « Porte de la baie ». Depuis 1868, Yedo, devenue résidence du Mikado, a reçu le nom de Tokio ou plutôt Tnkiyo, synonyme du Chinois Tong-King :
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due du domaine de chaque seigneur avec interdiction de l'agrandir sans la permission du souverain. Enfin la terrible loi du Sankin, promulguée en 1635, et que jtous les Daïmios de l'Empire durent contresigner de leur sang, oblige ceuxci, pendant leurs séjours dans leurs fiefs, à laisser à Yedo leurs femmes et leurs enfants comme otages entre les mains du Shogun. Tel fut le couronnement de cette Constitution que le bon sens populaire résuma en ce dicton : « Le Mikado est celui que tout le monde révère; le Shogun est celui que tout le monde craint (1). »
Pour rendre impossible toute infiltration d'idées nouvelles, Yemitzu acheva d'exterminer les chrétiens et d'expulser les étrangers. Missionnaires européens et prêtres catholiques indigènes furent bannis ou mis à mort ; trente-sept mille chrétiens japonais qui avaient refusé d'abjurer, réfugiés dans les murs de Shimbara, furent passés au fil de l'épée ; plus de dix mille précipités dans la mer, du haut du rocher de Takaboko (2), à l'entrée de la rade de Nagasaki. L'édit de 1634 prononçait le bannissement de tout étranger résidant encore au Japon, condamnait h mort
1. J. H. Gubbins. The feudal System of Japon under the Tokugntoa Shoguns. Yokohama 1887.
2, Désigné sur les cartes hydrographiques sous le nom d' (( îlot de Pappenborg » (mont des Moines"; que lui avaient donné les Hollandais. Aujourd'hui prom^cnade très fréquentée des Japonais de Nagasaki.
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tout Japonais quittant son pays, ordonnait la destruction de tous les navires construits à ■ l'européenne, et n'autorisait qu'avec les seuls Hollandais des relations commerciales, limitées au port de Nagasaki ; — encore était-il interdit à leurs marins, sous peine de mort, de descendre à terre.
Voici comment étaient composées, d'après la constitution, les castes dominantes : 213Daïmios, ou seigneurs féodaux, vassaux du Shogun; 80.000 Hattaiîiotos , ofïiciers nobles h la solde directe de ce dernier, et constituant son armée personnelle ; 300.000 Samouraïs, hommes d'armes entretenus par les seigneurs, se transmettant de père en fils le droit de porter le double sabre et le privilège de s'ouvrir le ventre lorsqu'ils encouraient une condamnation à mort, pénalité très commune dans les Codes du vieux Japon. •^- Les Ronines étaient des ofïiciers sans maîtres, sortes de Don Quichotte errants, toujours prêts à se battre pour le faible et pour l'opprimé.
L'isolement absolu dans lequel vécut ainsi le Japon pendant deux siècles et demi facilita le maintien du régime shogunal, qui durerait peut-être encore — car il était, en somme, en parfaite concordance avec les idées séculaires des Japonais — si cet isolement n'avait dû céder a la pression des puissances occidentales,
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entraînées par le mouvement d'expansion commerciale qui caractérise la seconde moitié de ce siècle.
Le 14 juillet 1853, le Président des Etats- Unis adressait au Shogun un message demandant, en termes assez comminatoires, l'ouverture au commerce américain des ports de Simoda ôt d'Hakodaté. Ce message restant sans réponse, le Commodore Perry venait, au mois d'avril 1854, la chercher à la tète d'une forte escadre, et le Shogun Yesada, homme faible et timoré, capitulait devant cette démonstration. Six mois aprôs, Tamiral anglais Stirling venait réclamer pour l'Angleterre les mêmes droits, et les obtenait.
Au mois d'août 1857, l'américain T. Harris débarquait à Simoda avec mission d'y représenter le gouvernement des Etats-Unis. Sans réponse à la présentation de ses lettres de créance, il avait l'audace — bien américaine — de se rendre à Yedo, dç forcer l'entrée du palais shogunal, d'y exiger la liberté du commerce entre les deux pays, rétablissement d'une légation à Yedo même. Yesada n'ose résister et signe le traité qu'on lui présente: deux Daïmios, les Princes d'Echizcn et de IMito, pénétrés d'une 1 sainte horreur en voyant cet indigne descendant de Yeyatzu manquer ainsi à ses devoirs les
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plus sacrés, l'empoisonnent le 15 août 1858 (1) Le prince de Hikone, son premier ministre, qui avait contresigné le traité sacrilège, est assassiné par les Samouraïs deMito,et sa tête, expédiée à Kioto, est exposée sur une place avec cette inscription : « Ceci est la tète d'un traître qui a violé les saintes lois du Japon en admettant les étrangers dans le pays ! »
Mais rien ne pouvait désormais arrêter l'infiltration étrangère. Des comptoirs anglais, américains, français, se créaient à Yokohama, port d'Yédo ; des légations s'y construisaient. Le sentiment national des Japonais se révoltait à la vue de ces usurpations audacieuses. Des bandes armées de Samouraïs et de Ronines parcouraient le pays au cri de : « Honneur au Mikado, mort aux étrangers ! » Chaque jour de graves attentats se produisaient contre les Européens, et leurs auteurs s'en vantaient fièrement avec la conscience d'avoir accompli leur devoir envers la patrie. Dans la nuit du 5 juillet 1861, la légation anglaise était attaquée et une partie de ses gardes tués ; sans le courage de ses gardes, tout le personnel delà légation était assassiné. Sept assaillants étaient restés sur le carreau, et on trouva sur chacun des cadavres un papier revêtu des quatorze signatures des conjurés. Il disait :