‹ Le jardin de l'herboriste [electronic resource]Chapitre 10 sur 21 · ORCHIS · texte numérisé non relu

ORCHIS

Régnez, vous les Orchis de nos vallons sauvages, Soyez de nos gazons le suprême décor ; Elevez vers le Ciel vos aimables visages Et sécrétez le miel pour les papillons d'or.

J'aime à vous voir semés dans la verte prairie, Emailler les gazons de vos airs gracieux ; J'aime à voir, sous nos bois, votre gerbe fleurie Dont l'encens pénétrant se répand autour d'eux.

Vous n'avez pas, c'est vrai, de vos sœurs exotiques La robe merveilleuse et les tissus brillants ; Votre aspect n'a pas leurs airs aristocratiques, De vous ne sortent pas des parfums enivrants.

Modestes, vous cachez vos grâces dans les herbes, Ou sous l'épais taillis, parmi les autres fleurs; Et dans votre retraite on ne voit point, superbes, Vos épis s'élever pour dominer vos sœurs.

Mais, dans le fond obscur de votre humble corolle. Vous cachez vos parfums et votre miel si doux ; Et la nymphe des bois, ceinte d'une auréole, Aime à rêver, le soir, assise auprès de vous.

Venez, vous les Orchis de nos bois, de nos plaines. Régner dans nos jardins, animer nos bosquets ; Rendez plus doux nos jours, moins amères nos peines. Et bercez nos esprits par vos parfums discrets.

C'est de leurs tubercules qu'on extrait la fécule analeptique dite salep, très en usage surtout en Turquie et dans tout l'Orient où il est employé comme un aliment adoucissant dans les irritations de poitrine, des

Fig. 82 — Orchis fusca.

voies digestives, dans la diarrhée et la dyssenterie chronique. C'est une substance nutritive, d'une digestion facile, qu'on prépare, en l'associant au lait, au bouillon, ce qui constitue des potages très convenables pour les convalescents. La tisane est mucilagineuse et

convient dans la convalescence de la diarrhée, de la dyssenterie, dans la toux sèche et inflammatoire.

Le salep passe, en Orient, pour un aphrodisiaque.

VOrchis militaris L. contient de la coumarine, ainsi que nous l'avons dit à propos de TAceras anthropophora.

Origanun viilgare L. (Origan.) — Labiée aromatique et vivace, qu'on rencontre dans les lieux ensoleillés et pierreux de l'Europe et dont on récolte branches, feuilles et fleurs qu'on dessèche et qu'on utilise comme stimulante et tonique dans les catarrhes chroniques, lorsque les voies aériennes afl'aiblies ont besoin de stimulants pour se débarrasser des mucosités qui engorgent les bronches. Elles sont fréquemment employées dans les fumigations et bains aromatiques. Iléduites en poudre, elles sont sternutatoires; c'est un tabac pour les peuples du noi'd. Ils mêh^nt l'Origan à leur bière pour lui donner du feu et l'empêcher de s'aigrir; ils en font une tisane qu'ils apprécient beaucoup.

L'O. Dictamnvs L. (Dictamne de Crête) est une curieuse plante à feuilles velues-tomenteuses; elle a été jadis célèbre pour le traitement des plaies et faisait jiartie du diascordinm et de la conjedion d'hyacinthe.

L'O. Majorana L. (Marjolaine) est cultivé dans nos jardins, en bordure, au soleil, et utilisé comme condiment; grâce à sa saveur piquante et à son pai'fum prononcé, cette plante peut être placée dans la catégorie des Labiées stimulantes comme la lavande et la menthe.

Les anciens lui attribuaient des propriétés merveil-

leuses et fort exagérées; c'était une panacée universelle, capable de produire les effets les plus extraordinaires.

Orpin, voir Sedum.

Ortie, voir Urtica.

Oseille, voir Rumex acetosa.

Osmunda regcdis L. (fig. 83). — L'Osmonde, superbe fougère qui croît dans les lieux humides de

a conservé l'habitude de faire sécher les feuilles au soleil et de coucher dessus les enfants qui menacent d'être rachitiques.

Oxcdis acetosella L. (Alléluia — Pain de coucou.) — C'est ce petit végétal herbacé aux feuilles acidulées dont nous aimons à mâcher les feuilles durant les courses de l'été et qui abonde sous les bois, dans nos régions froides et tempérées. L'alleluia est rafraîchissante, antiscorbutique et diurétique.

Fig. 83 — Osmunda regalis.

l'Europe méridionale et occidentale, était autrefois fort en usage pour combattre les scrofules et le rachitisme.

Les enfants affectés de carreau guérissent rapidement par l'administration de 8 à 15 grammes d'extrait d'osmonde par jour dans du lait. Dans le Tessin et l'Italie supérieure on

Toute la plante est acide, d'une saveur agréable et délicate par suite de la présence dans ses tissus du bioxalate de potasse, nommé vulgairement sel d'oseille. On prépare avec ses feuilles une limonade rafraîchissante. On les mange aussi cuites ou en salade.

Oxycoccos pcdiistris Pers. — Charmante plante traînante, aux longs rameaux grêles, aux fleurs d'un beau rose vif auxquelles succèdent des baies rouges dont on fait d'excellentes confitures et des sirops. Les feuilles s'emploient assez souvent en infusions digestives.

C'est la plante des sphaignes et des marais siliceux ; on la cultive dans le sphagnum.

Pœonia officinalis Retz. (Pivoine.) — La Pivoine était très appréciée des anciens qui lui attribuaient de nombreuses vertus. Sa récolte était accompagnée de cérémonies superstitieuses. On la signalait comme très efficace contre l'hystérie, l'épilepsie, etc. De nos jours c'est un médicament abandonné i)ar la médecine, mais nous connaissons tel docteur valaisan qui affirme avoir guéri de nombreux cas d'é[)ilepsie en faisant absorber aux malades des racines de Pivoines. Galien, le j)remier, lui supposait la propriété de guérir de l'épilepsie par le seul contact, ou suspension de la pivoine au cou du malade. La Pivoine mâle (Pœonia corallina L.) a longtemps fourni sa racine pour le sirop d'armoise composé.

Les pétales de Pivoines servaient à faire des sirops et des eaux distillées légèrement calmantes. Pain de pourceau, voir Cyclamen.

Panicaut, voir Eryugiim.

Papaver. — Le genre pavot comprend une vingtaine d'espèces, répandues dans les régions tempérées ou sous-tropicales de l'hémisphère boréal de l'Afrique australe et de l'Australie tropicale. La plus importante est le Papaver sommiferum L. ou Pavot blanc qu'on cultive pour l'extraction de l'opium et pour sa graine oléagineuse. C'est une plante annuelle à la verdure bleuâtre, aux grandes fleurs blanches qu'on cultivait autrefois en grand dans nos campagnes, culture presqu'abandonnée en Suisse mais qui se continue dans le Nord. On cultive surtout la variété nigrim.

Originaire de l'Orient, il croit spontanément dans l'Europe méridionale où il s'est naturalisé.

On utilise presque toutes les parties du Pavot, les capsules, les graines, les feuilles, les fleurs et le latex (opium). Les capsules, ou têtes de pavot, se récoltent en automne, lors de leur maturité complète car alors elles sont plus actives que celles récoltées à l'état vert. On les emploie en infusion ou tisane contre les insomnies et en décoctions pour des lotions, fomentations et lavements. Elles calment la douleur et font dormir; on les prescrit dans nombre de cas tels que l'irritation des intestins, les coliques, la diarrhée, le vomissement nerveux, la toux. Il faut manier avec soin ce médicament, surtout pour les enfants car une dose trop forte en fait un narcotique dangereux. Les graines proprement dites ne sont pas narcotiques et donnent une huile très appréciée dans nos campagnes; elle est d'une saveur très douce et se vend sous le nom dliuile de pavot, huile Uanche ou huile d' œillette. L'abbé Rosier

dit que cette huile est agréable, d'un goût d'amandes, qu'elle ne se fige pas, qu'elle corrige même les huiles de mauvaise qualité. Au reste, il est certain qu'on la vend très souvent pour de l'huile d'olives. Elle est excellente pour la peinture surtout dans les couleurs claires. Cariot la déclare la meilleure huilo après celle d'olives et dit qu'à Gênes on en fait des dragées.

Les Romains préparaient des gâteaux avec ses graines torréfiées en les alliant à du miel et de la farine. De là le nom de nourricier, vescum, que lui donne Virgile. Les Allemands en font encore des tartes qu'ils nomment Mohn KucJie et qui ne sont pas mauvaises. Il nous souvient qu'autrefois, dans la ville d'Erfurt, la graine de pavot semblait jouer un grand rôle en pâtisserie aussi bien qu'en confiserie. Peut-être la mode en a-t-elle passé car ceux de nos jeunes Suisses romands qui fréquentent l'Allomagne et la Prusse en i)articulier ne semblent i)as connaître le fanunix Molin KncJie cher à nos jeunes années. Même le i)astour Calas, dans son très intéressant Voyage au Cap Nord parle d'une sorte de brioche qui se vend en Norwège et à la surface de laquelle on saupoudre une petite graine blanchâtre qu'il tient pour de la graine de Reseda. 11 est évident pour nous qu'il s'agit ici de la graine de pavot, si fort en vogue dans tout le Nord.

Cette graine, malgré ce qu'on en dit, est fort inoffensive; étant enfants nous en avons tous mangé avec délices et par poignées sans qu'il en soit résulté jamais rien de mauvais. Du reste il est certain que, de

nos jours encore, les montagnards du Caucase, de la Hongrie et de TOrient en font une grosse consommation.

Les feuilles sont narcotiques et font partie de Vongiient poimleum. On les recueille avant l'éclosion des fleurs et on sèche à l'ombre.

Les fleurs sont calmantes et narcotiques ; on en préparait jadis une eau distillée et une teinture.

Mais c'est surtout VOpium, c'est à dire le suc épaissi de la capsule du Pavot somnifère, qui est utilisé en médecine. On trouvera dans le Traité de botanique médicale de Bâillon, déjà plusieurs fois cité ici, ainsi que dans le Dictionnaire des plantes médicales du D' Héraud, tous les renseignements nécessaires à ce sujet.

De tous temps les peuples civilisés ont connu les propriétés soporifiques du Pavot somnifère; les anciens mettaient sa fleur dans la main de Morphée.

Le suc du Pavot blanc calme immédiatement les piqûres d'abeilles et nous connaissons plusieurs apiculteurs qui en plantent toujours quelques pieds près de leurs ruches. Si l'on est piqué par un des insectes, on prend un pavot blanc, on en coupe la tête et on fait couler sur la blessure quelques gouttes du suc laiteux qu'elle contient. La douleur se calme sur le champ et il ne se produit pas d'enflure.

Papaver Rhœas L. (Coquelicot ou Pavot rouge) (tig. 84) est la plus brillante de nos fleurs indigènes. Elle est certainement d'origine orientale et fut introduite chez nous, comme le bluet, avec les graines de céréales.

On utilise les pétales du Coquelicot; leur saveur est vireuse et amère et ils sont considérés comme légèrement narcotiques et diaphorétiques. On les emploie dans les catarrhes pulmonaires, la coqueluche, les angines, les fièvres éruptives.

Ces pétales se récoltent durant tout l'été ; on les des-

Fig. 84 — Papaver Rliaeas.

sèche rapidement et avec précaution dans un gi-enier bien chaud ou dans l'étuve après les avoir étendus sur du papier, en évitant de les froisser et en les remuant de temps en temps afin d'éviter l'agglomération. Si l'opération est bien conduite ils ne moisissent pas. On les crible ensuite pour en éliminer les matières étran-

gères et les œufs d'insectes et on les enferme ensuite, tout chauds, dans des sacs où on les tasse fortement. Il faut les conserver dans un lieu sec.

Les superbes Pavots vivaces (P. hracteatmn L. et Orientale L.), qu'on cultive dans nos jardins, dont ils sont l'un des plus brillants ornements, passent aussi pour avoir des propriétés narcotiques. Il leur faut un sol profond et le plein soleil.

Papaver alinnum L. — C'est l'une des plus délicieuses d'entre les plantes de la haute montagne. Le Pavot des Alpes hante les pierriers calcaires, les fentes des rochers, dans quelques territoires seulement car il n'est point une espèce vulgaire. Les bergers le considèrent comme narcotique et une légende veut même que l'odeur suave qui s'échappe de sa corolle endorme pour toujours l'homme qui s'assoupit auprès de la plante.

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