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LE SABOT DE VÉNUS

Vénus, im soir d'été, par l'orage surprise Egara dans les bois son riche brodequin, Chamaré d'ambre et d'or et dont la forme exquise Semblait l'œuvre de choix du plus adroit lutin.

Un mortel le trouva qui crut avoir affaire

A quelque précieux et magique trésor :

Mais dès qu'il l'eut touché de sa main téméraire

Il vit s'évanouir le petit sabot d'or.

Et voici que plus tard une fleur gracieuse Poussa, fraîche et brillante, au milieu du gazon ; Et les dieux de chanter la grâce merveilleuse Que le sabot divin prit en sa floraison.

Cytisus cdpirms L. et Lciburmmi L. — Ce sont des arbustes bien connus qu'on nomme « pluie d'or » dans nos montagnes et qui sont d'entre les plus aimés des arbres d'ornement. On peut parler d'arbre à leur propos car il en est qui atteignent les proportions d'un plane ou d'un poirier. Tel ce bel exemplaire qui se trouve dans le jardin de la cure de Cuarnens au canton de Vaud et à l'ombre duquel, dit-on, 6 générations de pasteurs se sont assises. Tout beau qu'il soit, cet arbuste est dangereux car ses fleurs produisent des vomissements, de la diarrhée, du narcotisme et de la torpeur.

La médocine Tutilise contre la dyspepsie bilieuse, comme diurétique et même comme sédatif dans la bronchite. Les fleurs, confondues quelquefois avec celles de l'acacia, pour la confection des beignets, ont pi'oduit de graves empoisonnements.

Dcqjhne. — Les Daphnés sont d'entre les plus aimés des sons-arbrisseaux de nos régions tempérées. Les parfums délicieux qu'exhalent leurs corolles les ont fait, depuis longtemps, apprécier comme plantes d'agrément et les teintes vives et gaies de plusieurs en font de riches plantes d'ornement.

Le Da/phne Mezeyenm L. (Bois gentil) est la première fleur de nos bois; elle fleurit en février-mars. Ses fleurs, d'un rose lilas, très odorantes, attachées autour de la j)artie supérieure de la tige, précè(i(Mit l'émission des feuilles; il leur succède des fruits rouge vif, charnus, qui forment à l'automne un vrai sceptre écarlate.

Sur les hauteurs sereines du Jura vaudois, dans tout le domaine qu'entoure le passage du Marchairuz, vit un Daphnc qu'on retrouve sur les Carpathes et dans les Alpes italiennes, un Daphne idéal, une fleur qui est la plus aimable et la plus suave de toutes celles que produit la montagne; c'est le fameux Thymélée des Alpes, le Daphne cneorinn L.

La perk' de nos monts qu'auc une autre n'égaie C'est le brilUint Daphne qu'on trouve au Marchairuz ; Mieux encor que le Lys c'est la fleur idéale, Vrai bijou rayonnant sur l'aride talus,

Les différents Daphnés renferment un principe âcre qui est une matière résinoïde, la I)aj)linide, contenue dans les portions profondes de l'écorce; il y a aussi dans le fruit une huile vésicante. Les Daphnés sont altérants, acres, sudorifiques, vénéneux à trop forte dose, souvent employés jadis contre les affections syphilitiques, rhumatismales et scrofuleuses. Ils sont actuellement utilisés comme vésicatoires.

Le Bois-gentil se cultive à mi-ombre dans des sols légers et riches en humus et le D. Cneorum en plein soleil, dans un sol plutôt lourd.

On récolte l'écorce au premier printemps ou à l'automne ; on l'enlève en lanières larges qu'on sèche et qu'on conserve au sec. Le temps ne paraît diminuer en rien son efficacité.

Datura Stramonium L. et Tatula L. sont des plantes annuelles originaires, la première d'Asie, la seconde de l'Amérique centrale, et qui se sont naturalisées dans presque tous les pays civilisés où elles accompagnent les cultures. Le D. Stramonium, Stramoine, Pomme- Epineuse, Herbe des sorcier?, des démoniaques, des magiciens, du diable. Endormie ou Chasse-taupe, croît un peu partout dans les décombres et les champs incultes. Son feuillage, froissé, exhale une odeur nauséabonde et, à sa grande fleur blanche, en forme de cloche allongée et plissée, assez semblable à celle du Datura odorant de nos Orangeries, succède un fruit épineux, comme celui d'un marron, lequel s'entr'ouvre au moment de la maturité et laisse échapper une quantité de grains noii's et luisants. Ces grains qui, comme toutes les par-

ties de la plante, renferment de la Datiirine, servent à préparer une teinture sédative et narcotique. Les feuilles, qui font partie du hatme tranquille, servent à faire des fumigations et à préparer des extraits, surtout un tabac spécial que fument les personnes souffrant de l'asthme. Le D. Tatula s'en distingue par ses dimensions plus grandes, son feuillage plus foncé, ses tiges violettes, et par ses fleurs lilas. Ses propriétés

Fig. 48 — Carotte des jardins.

sont les mêmes que celles de la Stramoine et pour le traitement de l'asthme elles sont même plus efficaces. On les fume, mélangées à du tabac, dans les cas d'asthme.

Culture des plantes annuelles ; ils réussissent surtout dans les décombres et terrains meubles et remués.

Daiicus Carotta L. (fig. 48). — La Carotte de nos jardins est réputée antiseptique et on l'ordonnait beaucoup

autrefois aux personnes atteintes du cancer. Les Allemands en font des compotes, tandis que nous ne la mangeons que comme légume.

Délidhiniim Staj^hysagria L. (Herbe aux poux.) — C'est un pied d'alouette, annuel et bisannuel, originaire des contrées montagneuses de l'Europe méridionale.

Ses graines, recueillies à la maturité, contiennent un poison qui produit sur l'homme des nausées, vomissements, une augmentation de la sécrétion salivaire et le ralentissement des mouvements du cœur. Elles sont hémétiques et purgatives et étaient fort utilisées dans les anciens temps. De nos jours on s'en sert surtout comme insecticide et parasiticide pour saupoudrer la tête et au besoin le corps des personnes atteintes de poux. La teinture de graines de Staphisaigre est recommandée, dans ces dernières années, dit le D"" Héraud, contre l'eczéma, dans certaines névralgies (celles de la langue), les maux de dents et le tic douloureux de la face. Les graines de staphisaigre enivrent le poisson.

Le D. CardioiJetahim D C, du Midi de la France, jouissait autrefois d'une certaine notoriété dans les maladies d'yeux.

Le D. Consolida L., petite plante annuelle aux jolies fleurs bleues, qui croît dans les blés, est astringent et s'utilise dans certaines campagnes pour guérir et consolider les plaies.

Le D. elatum L. (fig. 49) est une belle plante vivace qui hante les lieux frais de quelques parties de nos Alpes. On la cultive dans les jardins comme plante d'ornement et on en a obtenu de nombreuses variétés.

Dans les Alpes piémontaises et surtout en Sibérie, où la plante abonde, on l'utilise contre les rhumatismes et les paralysies.

Dent-de-lion, voir Taraxamm.

Fig. 49 — Delphinium elatum.

Dentaria bulbifefra L., digitata Lam. Qtpinnata Lam. sont trois belles Crucifères aux grandes fleurs lilas plus ou moins foncé, qui hantent les bois de nos régions montagneuses. Leur suc rappelle beaucoup celui du Cresson ; on mâche volontiers leur feuillage quand on

est altéré, dans les courses de montagne, et il est certain qu'elles constituent un excellent antiscorbutique. Leurs racines, curieusement conformées et articulées, formées d'écaillés blanches plus ou moins épaisses et accentuées, sont considérées, par les montagnards de notre Jura suisse, comme souveraines contre les maladies de poitrine. On les récolte en août-septembre. Ce sont, d'ailleurs, de belles plantes, propres à garnir les lieux ombragés A^i^^y, . du jardin d'ornement;

Dictamnus alhus L. et ^^^^^^^^^^ D. Fraxinella Fers. (Dic- Fig, 50 — Dianthus Caryophiiius, tamuo et Fraxinelle.)

(fig. 51) sont deux plantes vivaces très voisines, à grosse racine blanche et gorgée de sucs odorants, aux feuilles d'un vert sombre, aux fleurs, blanches chez la première, roses chez la seconde, et dont toutes les parties sont abondamment pourvues d'une huile essentielle odorante. C'est le Burning-Bush des Anglais, ainsi nommé à cause de la propriété qu'a cette plante d'exhaler un gaz inflammable, qu'on allume dans les soirées calmes de juin,

Dianthus CaryopJiïllus L. (Œillet à ratafia.) (fig. 50). — C'est l'œillet des jardins, dont on préparait autrefois un cordial nommé sirop d'œillets.

sol riche en humus.

quand la plante est en fleurs, et qui produit un effet singulier.

Sa racine entrait dans la fabrication de la poudre de Guttète, de l'Orviétan et du baume de Fioravanti. Son écorcc est tonique, fébrifuge, antiscorbutique. En Italie on prend ses feuilles et ses fleurs en infusion

Fig. 51 — Dictaramis Fraxiiiella.

comme le thé pour dissiper les vapeurs.

Les feuilles de Fraxinelle, mâchées, dit de la Marre, fortifient tout le corps et préviennent plusieurs maladies. 11 est certain qu'elles constituent un antiseptique grâce à leur forte odeur.

Chomel, dans son « Abrégé de Vliistoire des iiilantes 'Usuelles » place la Fraxinelle parmi les plus importantes

des plantes médicinales. De nos jours elle est surtout cultivée comme plante d'ornement car c'est l'une des meilleures d'entre les plantes vivaces.

Bon sol nourrissant; plein soleil.

Dictamne de Crête, voir Didamnus.

Digitalis ijurpnrea L. (Digitale ou Gant de Vénus) (fig. 52). — Plante bisannuelle ou vivace qu'on cultive comme ornement dans nos jardins et dont l'horticulture a obtenu un certain nombre de variétés. On la trouve, à l'état sauvage, dans certaines contrées siliceuses de l'Europe centrale, sur le Taunus, dans le Harz, les Vosges etc.

C'est une plante dangereuse et qui a causé plus d'un cas d'empoisonnement chez les enfants quand ils portent sa corolle à la bouche pour en sucer le nectar qui est un poison.

Elle renferme la substance dite digitaline qui lui donne une partie de ses propriétés ; ces propriétés sont de ralentir les mouvements du cœur, d'abaisser la température et d'augmenter la sécrétion urinai re.

Ce sont les feuilles qui sont surtout utilisées en médecine; on les recueille au moment où la plante va fleurir car c'est alors qu'elles sont le plus riches en Digitaline et en alcaloïdes.

Les D. lutea L., ferruginea L., grandiflora Lam.,

Fig. 52 — Digitalis pui'pui'ea.

(tig. 53) passent pour avoi les propriétés de la Digitale pourprée.

Toutes sont cultivées dans nos jardins parmi les plantes vivaces ou d'ornement; elles re- 4 cherchent la mi-ombre i et le sol léger.

Doronicum Pardalianches L. (Herbe aux panthères) (fig. 54).— On s'est beaucoup disputé au siècle dernier pour savoir si cette composée orne les talus arides de nos montagnes était maltaisante ou salutaire à l'homme. En somme elle est assez inoftensive et l)0ssède, bien qu'à un moindre degré, les prol)riétés de l'ai'nica. Mais c'est une belle plante qu'on aime à placer dans les rocailles et les plates bandes de nos jardins.

Douce-amère, voir So- Innnm Diilcamara L.

, bien qu'à un faible degré,

Fig. 53 — Digitalis grauditlora.

aux capitules jaunes qui

Fig. 54 — Doronicum Pardalianches.

Dryas octopetala L. (fig. 55), — Charmant arbuste couché, aux tiges rampant sur le sol, aux belles feuilles dentelées, d'un vert foncé et luisant en dessus, pâle en dessous, aux belles fleurs d'églantines, à 8 pétales d'un blanc pur, une coupe d'argent du centre de laquelle s'échappe une gerbe d'or.

On le rencontre dans nos régions alpines et on le cultive volontiers dans nos rocailles où il réclame le

soleil et un sol riche en humus. Les feuilles entrent dans la composition du thé suisse et les montagnards en font une tisane astringente, stomachique et digestive Echinops Ritro L, et E. sphaerocephalus L.

(Petit et Grand Oursin) sont deux grands char-

Fig. 55 - Dryas octopetala. doUS aUX CapituleS Sphé-

riques, bleu foncé chez le premier, bleu clair ou lilacé chez le second, qu'on cultive comme ornement et qu'on prescrit parfois comme sudorifique, apéritif et contre les affections des voies urinaires.

Eclaire, voir Clielidonium.

Ecliium vulgare L, (Vipérine.) — C'est cette Boraginée à épis dressés, garnis de fleurs bleu et rose, qui croît le long des talus arides de nos routes et chemins de fer. Elle a, à peu près, les mêmes propriétés que la bourrache.

Ellébore blanc, voir Veratrum.

Ellébore noir, voir Hellehorus.

Eqiiisetum maximum Lam. (Grande Prêle, Queue do cheval.)

Eqidsetum arvense L. (Queue de rat. Queue de renard. Prêle des champs, Verrine, etc.)

Equisetinn sylvaticum L. (Prêle des bois.)

Les Prêles sont ces curieux Cryptogames au feuillage d'asperges, qui hantent les lieux humides et les sols lourds de nos champs, de nos bois et des bords de nos routes. En médecine elles sont utilisées comme astringentes et diurétiques. On vante surtout TE. maximum en décoction, mais seulement à l'état sec, la plante fraîche étant trop active et pouvant produire VJiématwie. C'est surtout, dit Bâillon, dans les hydropisies par atonie qu'on conseille l'emploi des Prêles. On en prescrit la décoction contre les fièvres pernicieuses, et aussi chez les phtisiques, avec l'espoir de cicatriser leurs cavernes pulmonaires. Fa\ Italie on mange les très jeunes pousses de l'E. maximum dont l'usage produit, dit-on, la constipation.

Pour la descrii)tion et la culture des Prêlesvoir notre ouvrage sur la matière*.

Eryngiiun (Panicaut.) — Il en existe plusieurs espèces en Europe, et la plupart sont cultivées pour l'ornementation de nos jardins. Ce sont des Ombellifères à l'aspect de chardon qui portent les noms les plus

* Fougères de pleine terre, Prêles et Sélaginelles, par H. Correvon, Paris 1895.

étranges : Chardon roulant, parce que, une fois secs, leurs capitules épineux sont emportés par les vents ; Chardon marin, Chardon aux cent têtes, Chardon de Roland, etc.

Sur les bords de la Méditerranée et de l'Océan, enfonçant ses énormes racines dans un sable sans fond, vous avez sans doute admiré cette plante curieuse, épineuse, au port étrange, au feuillage bleuâtre ou vio-

Fig. 56 — Eiyngium planum. aUSSi leurS jcUUeS feuilleS

comme les cornichons ou bien on les confit pour les utiliseï" contre le scorbut.

VE. campestre L., qui croît dans nos lieux arides, a les mêmes propriétés, mais moins actives.

Les espèces d'ornement sont les E. amethystimim L, des montagnes autrichiennes, Bourgati Ooiian, des Pyrénées, coeruleum Biéb., creticum Lam,, Oiganteum Biel}.,planmn L. (fig. 56), spino alba Vill, et surtout

lacé, aux capitules blanchâtres tout entourés d'épines. C'est lePanicaut maritime ou E. maritimimi L, que les populations du littoral utilisent contre le scorbut et comme apéritif. Ils prétendent que si l'on en mange un peu en se mettant à table cela prévient l'ivresse. On met

et bourgeons au vinaigre,

celui appelé avec raison la Reine de l'Alpe, le bel Eryngiim alpinim L. Pour la culture de ces belles plantes, dont toute la partie supérieure, involucre, tige et feuilles se colorent en bleu au moment de la floraison, voir notre petit volume « Plantes alpines et des rochers » et pour la description des espèces alpines notre « Flore coloriée de poche ».

Erythrea Centaiireum L. (Petite centaurée.) — C'est une gracieuse gentianée annuelle, à petites fleurs d'un beau rose, étalées en cimes et qui croît dans les lieux ensoleillés de nos plages, de nos prairies et de nos régions montagneuses. L'ancienne pharmacopée en faisait un usage très fréquent et de nos jours elle est encore très utilisée, à la ville comme à la campagne. On remi)loie comme amère et déi)urative, tonique, antirhumatismale, fébrifuge et antiscorbutique. Elle fait pai'tie du vin et du sirop antiscorbuticiue.

Nos ouvriers de campagne l'utilisent fréqu(>mment, au printemi)s, comme déj)uratif du sang et en boivent plusieurs fois i)ar jour une tisane qu'ils emportent dans leur gourde, au travail.

Eucalyptas. — Le genre Eucalyptus est l'un des l)lus importants de la pharmacopée moderne. Et comme il est très cultivé dans nos jardins et nos appartements, il est bon de s'y arrêter un peu ici.

Ce n'est guère que depuis une quarantaine d'années que V Eucalyptus y lohulu s a été introduit dans les jardins des pays méridionaux de l'Europe. Découvert en 1792 en Tasmanie, cet arbre était resté confiné dans l'orangerie du Jardin des Plantes de Paris. Grâce au

zèle déployé par le célèbre directeur du Jardin botanique de Melbourne (Australie) on s'aperçut bientôt que cette essence était l'un des trésors les plus précieux que puisse offrir le règne végétal, et on commença à le répandre dans le Midi de la France. Sa croissance plus rapide et vigoureuse, la dureté et la qualité de son bois, le parfum tout particulier qui s'échappe de son feuillage, tout contribua à donner à l'Eucalyptus une telle renommée qu'on en vit s'élever de toutes parts. Ceux qui ont connu le Midi de la France il y a quelques années, et qui le reverraient maintenant pour la première fois depuis lors, seraient fort surpris du caractère étrange qu'a revêtu la végétation de ces contrées. L'arbre australien surgit de tous côtés, domine tout et semble être là comme chez lui. Mais le célèbre Eiicalyiotus globulus, cette sorte de panacée universelle dont on a tant parlé, sur lequel on a tant écrit et dont les qualités ont été louées et décrites sur tous les tons, cet arbre étonnant et merveilleux est relégué à l'arrière-plan à l'heure qu'il est et semble devoir être supplanté par des espèces plus robustes, plus vigoureuses encore et plus précieuses à certains égards.

Eucalyptus amygdalina paraît l'emporter maintenant à cause de sa croissance plus rapide, de sa taille plus élevée et de sa plus grande rusticité. Certaines espèces d'Eucalyptus ont des qualités que d'autres n'ont point ou possèdent à un moindre degré. M. le baron de Mueller qui, pendant plus de 50 ans étudia cette plante si intéressante, dont il vient de publier une monographie, a déjà décrit à peu près 200 espèces

ditïerentes d'Eucalyptus. Les uns, tels que les Eucalyptus amygdalina, globidus, hotrioïdes, colossea, etc., s'accommodent fort bien des terrains humides, tandis que d'autres, tels que E. viminalis, tereticornis, gymnocalyx demandent des terrains secs. Il en est des espèces telles que caloi^hylla et capitellata qui produisent un très grand effet ornemental et dont le feuillage rappelle celui des plus beaux licus des Indes; d'autres possèdent des branches retombantes, telles que le saule pleureur ; d'autres enfin ont le port raide et sévère qui caractérise en général la plupart des Eucalyptus. Les E. giçantea, goniocalyx, leucoxylon, macrorliyncha, saligna, sideroxylon, possèdent un bois très dur et très serré et les E. marginata et maculata se polissent et donnent la couleur de l'acajou avec des veines d'une grande beauté.

Les espèces les plus caractéristiques au i)oint de vue de la hauteur qu'elles atteignent sont VK. amygdcdiua, TE. colossea, et l'E. Giamii. Ces arbres sont, de tous les végétaux connus jusqu'à présent dans le monde. Ceux qui atteignent la plus grande hauteur. On en a trouvé qui dépassent de beaucoup les plus hauts Sequoyas (cèdres géants de la Californie) connus et dont l'ombre pourrait encore abriter les plus hauts édifices du globe, tels que la pyramide de Chéops ou la flèche de la cathédrale de Cologne. Il y a en Australie des pieds d'E. amygdalina dont quelques-uns ont une hauteur de o80 pieds de la base au sommet et qui possèdent des troncs de plus de 200 pieds de hauteur jusqu'aux premières branches.

Quant aux propriétés hygiéniques et médicales de l'Eucalyptus, elles sont très multiples et c'est à peine si l'on peut aborder ce sujet tant il y a de preuves à avancer en faveur de cet ai'bre. Le Gardeiief s Chronicle, qui est sans contredit le premier journal horticole et botanique, non seulement de toute l'Angleterre, mais encore du monde entier, dit que l'Eucalyptus est bon pour tant de choses différentes qu'il n'est pas possible de les énumérer toutes. Voici seulement quelques faits, racontés par des hommes d'autorité et qui prouveront en faveur de ses propriétés médicales. M. Berger, ingénieur extraordinaire des travaux publics en Orient, avait contracté des fièvres qui avaient résisté à tous les traitements. Il en fut rapidement et radicalement guéri par des infusions d'Eucalyptus prises à différents intervalles. Le prince Troubektskoy, dans sa villa du lac Majeur, guérissait continuellement des quantités d'Italiens atteints de fièvres, qui n'avaient pu être guéris par la quinine. Le D' Rudolf, très connu dans le monde savant et médical, raconte qu'ayant gagné un jour un très violent rhume de cerveau, il se mit à mâcher quelques feuilles d'Eucalyptus globulus et à en avaler le suc amer et aromatique; à sa grande surprise il s'aperçut au bout d'une demiheure qu'il était guéri. Les feuilles d'Eucalyptus et principalement celles de l'E. amygdalina et globulus, contiennent une grande quantité d'huile aromatique et volatile que l'on extrait par un procédé chimique et dont on fait un grand nombre de composés divers.

Le Gardener's Chronicle dit encore à propos de l'influenza :

« Le correspondant parisien d'un grand journal quotidien de Londres fait part d'une expérience qu'il vient de faire dans une attaque de bronchite qui fut suivie d'une forte dose d'influenza.

« Malgré les injections hypodermiques de morphine et tous les remèdes recommandés, son abattement allait grandissant. Tout à coup l'idée lui vint qu'il pourrait essayer d'une bouteille d'Eucalyptia et il en absorba une forte dose, puis il s'en frotta le corps. Au bout d'une heure, dit-il, je fus un tout autre homme et deux heures après j'étais hors du lit. J'ai tout de môme continué les boissons d'Eucalyptus jusqu'à ce que je sentis que toute trace de mal était passée, et deux autres membres de ma famille qui firent de même eurent le même succès. S'il est vrai que l'influenza provient de microbes, il n'y a pas de doute que rEucalyi)tia soit le meilleur remède, et cela s'explique pour quiconque connaît les propriétés désinfectantes de VEi(C(djjptiis glohulus qu'on plante maintenant dans tous les pays infectés par la malaria. Une habitation qui, dans un pays malsain est entourée d'Eucalyptus est une maison saine et chacun sait combien sont excellents les lavages à l'eau d'Eucalyptus dans les jours chauds de l'été et dans les temps d'épidémie. »

Un coiffeur genevois a réussi à faire entrer l'Eucalyptus dans 10 composés différents et fabrique en grand de la parfumerie à l'Eucalyptus. Cette parfumerie a été déclarée très hygiénique et les membres de

notre corps médical genevois semblent en faire un grand cas. Le vinaigre de toilette à l'Eucalyptus est maintenant considéré comme indispensable dans nos ménages et constitue un des plus précieux désinfectants que nous puissions utiliser. On sait qu'il se fait dans le Midi deux liqueurs alcooliques très estimées, dont l'une, l'Eucalypsinthe, se prend avant le repas, tandis que l'Eucalyptreuse se montre au dessert.

Les exhalaisons qui s'échappent des feuilles d'Eucalyptus au moment de leur développement sont on ne peut plus salutaires pour les hommes qui habitent dans les environs. Elles empêchent toute fièvre et désinfectent rapidement une contrée. Le bulletin de la Société d'horticulture de Toscane, parlant des immenses plantations d'Eucalyptus qui se sont faites dans les environs de Rome, constate qu'au bout de 7 ans de plantation l'amélioration était notable « et que des changements étonnants furent constatés par suite de l'œuvre absorbante de cette plante si précieuse pour l'assainissement des terrains humides et si hygiénique à cause de l'odeur balsamique de ses émanations. » Il ajoute qu'avant cette époque le séjour du monastère des « Trois-Fontaines » à trois kilomètres de Rome, était devenu tout à fait impossible et avait mérité la dénomination de « Tombe ». Le séjour en était si mauvais que chaque soir ceux qui l'habitaient devaient retourner à Rome. Or on peut actuellement y résider sans inconvénient.

Outre ses qualités médicales et hygiéniques, l'Eucalyptus possède des avantages insecticides qu'il est im-

portant de connaître. Voici ce qu'en dit M. Ch. Baltet dans la Revue liorticole de Paris :

« Quelques amis et moi, nous étant trouvés inconi- « modés la nuit par la présence d'une grande quantité (( de moustiques (cousins) nous eûmes l'idée de placer « dans nos chambres à coucher un Eucalyptus en pot; « depuis lors, plus un seul insecte, et, par conséquent, « plus de piqûres. On n'a pas à redouter son odeur « balsamique qui est i)lutôt fortifiante que nuisible à « l'homme. Ne pourrait-on i)as l'employer sous forme li- « quidedanslesétablesoù la gent ailée cause de si grands « ravages? Nos médecins conseillent beaucoup mainte- « nant la présence de plantes d'Eucalyptus dans lesap- « parlements et surtout dans les chambres de malades. »

Comme on le voit par les quelques lignes qui précèdent, l'Eucalyptus est, d'entre les végétaux, l'un de ceux qui peuvent être considérés comme les plus utiles à l'homme. Aussi comprend-on facilement l'enthousiasme qui s'est emj)aré des populations méridionah^s au sujet de cet arbre si important. La France, dont les montagnes se déboisent de plus en plus et qui voit s'augmenter le nombre des terribles fléaux qui découlent de cet état de choses, a trouvé Jà une ressource précieuse pour regai-nir son littoral méditerranéen. Colbert avait dit ce mot bien profond : La France périra faute de bois! Et il eût eu mille fois raisons sans l'apparition de ce précieux auxiliaire qui semble s'offrir à l'Europe méridionale toute entière comme l'une des précieuses ressources pour la garantie de son avenir.

Les propriétés cie l'Eucalyptus sont connues depuis assez longtemps dans nos pays pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir. Aussi passerons-nous rapidement et ne les rappellerons-nous qu'en gros.

Le caractère le i)lus étonnant des Eucalyptus consiste non pas seulement dans leur croissance rapide mais encore dans le fait que, malgré cette étonnante force de développement, le bois qu'ils fournissent est, dans la généralité des espèces, d'un grain dur, serré et très consistant. A ce point de vue-là cet arbre forme une exception dans le monde végétal. On sait, en effet, que les essences à croissance rapide telles que les peupliers, par exemple, offrent un bois mou et peu résistant, tandis que ceux qui végètent lentement tels que le cornouiller, l'if, nous livrent le bois le plus dur. Le bois de certains Eucalyptus est tellement dur et serré qu'on l'appelle « bois de fer » en certains endroits. Un journal américain contenait cette phrase caractéristique : « Le bois d'Eucalyptus se prête à tous les usages et chacun est satisfait de son emploi sauf cependant les charpentiers qui prétendent qu'un bois aussi dur ne peut pas avoir été créé pour être travaillé. » Son usage comme bois de construction est reconnu et on l'emploie en grand dans .les colonies anglaises comme en Amérique pour les travaux de ponts et chaussées. Les Américains, gens très pratiques, le considèrent comme supérieur à tous les autres bois et comme absolument incorruptible. Le journal américain cité plus haut, disait encore qu'on avait dernièrement, dans une localité qu'il nommait, relevé les pilotis d'un pont construit depuis 25 ans. Or

ces pilotis, en bois d'Eucalyptus, étaient en aussi parfait état que le jour oii ils avaii^nt été enfoncés dans l'eau. Dans les Indes orientales le gouvernement anglais a fait changer dernièrement toutes les traverses de chemin de fer qui étaient continuellement attaquées et détruites par un insecte que nous ne connaissons pas ici, et les a fait faire en bois d'Eucalyptus. Depuis ce moment-là, dit le rapport du gouvernement, non seulement l'insecte n'a plus attaqué les traverses mais encore il a été tué par la présence de l'Eucalyptus.

Toutes les espèces ne sont cependant pas recommandables au même point et l'on aurait tort de croire que tout bois d'Eucalyptus offre de pareils avantages.

Une autre propriété j)articulière aux Eucalyptus est celle qu'a cette essence d'assainir et de dessécher rapidement les marécages et les endroits humides et malsains. Il y avait autrefois en Californie des étendues immenses de terrains rendus inhabital)les i)ar les émanations des marais et l'impossibilité qu'il y avait de les cultiver; or ces contrées sont actuellenuMit d'entre les |)lus salubres du continent américain, grâce aux imi)ortantes plantations d'Eucalyptus qui en ontcomiilètement changé le caractère. En Espagne on s'occupe en ce moment de résoudre les questions de salubrité publiciui^ par d'immenses plantations d'Eucalyptus. On sait que dans la campagne de Rome, inhabitable jusqu'à présent à cause des fièvres qu'engendrait l'état marécageux des terrains, les Trappistes ont commencé, il y a quelques années, des plantations d'Eucalyptus dans de si vastes proportions que l'effet en a été presque subit et qu'à

l'heure qu'il est cette région, insalubre au premier chef, a beaucoup gagné et paraît devenir de nouveau habitable. Le gouvernement italien a pris la chose en mains et fait maintenant planter, à ses frais, chaque année, des centaines de mille pieds d'Eucalyptus dans le but de rendre à la ville éternelle, l'ombre, le bois et la salubrité qui lui manquent depuis tant d'années. On prévoit bientôt le moment où les Marais Pontins pourront être utilisés pour toute autre chose que comme pâturages aux troupeaux de bœufs qui les parcourent actuellement.

Plusieurs espèces offrent un bois superbe, très propre à la fabrication des meubles d'appai'tements. Nous avons admiré, à l'Exposition coloniale de Londres (1886) de superbes mobiliers en bois d'Eucalyptus robusta et autres.

Eiiphorbia. — Parmi les Euphorbes indigènes ou naturalisées chez nous, il est plusieurs espèces officinales, bien que leurs propriétés soient moins actives que celles des espèces exotiques. VE. Lathyris L. ou Grande Catapuce, fut de tout temps employé à cause des propriétés évacuantes de ses graines (0^'ana regia minora). Charlemagne prescrivait sa culture dans les jardins des maisons religieuses. On la nommait alors Epurge ou Tithymale et, bien que d'origine méditerranéenne, cette plante s'est naturalisée un peu partout en Europe, échappée qu'elle est des anciennes cultures. Ses graines sont un violent purgatif qu'il vaut mieux n& pas employer car, prises à trop fortes doses, elles sont dangereuses. On en tire une huile qui peut être substituée à celle de Ricin; mais son action est beau-

coup plus énergique car elle purge à la dose de 1 à 2 grammes. Elle est en même temps vomitive. De la Marre estime que trois de ses graines suffisent pour purger avec violence.

VEupliorhia Myrsinites L., des rochers de la Méditerranée, est une belle plante vivace propre à orner les rocailles, grâce à son feuillage bleuâtre très ornemental et à son aspect original. Le suc laiteux qui coule des blessures faites à ses tiges fait, dit-on, tomber les poils et cheveux ! En tout cas il possède la propriété très curieuse de nettoyer instantanément la surface des mares d'eau quand la i)oussièrc ou le sable du désert les rend impropres à la boisson. Jetez une simple goutte de ce latex à la surface de cette eau salie et vous la verrez immédiatement rej)rendre sa limpidité, les impuretés de la surface étant violemment projetées sur les boi-ds. Les conducteurs de chameaux connaissent de temps immémorial la propriété qu'a le lait de cotte Euphorbe (et i)robabl(Mnent d'autres espèces africaines) et Tutilisent pour faire boire leurs bêtes. C'est un purgatif dans tous les domaines !

Les Euphorbes de nos contrées, E. Cyparissias L. (Rhubarbe des pauvres), E. Oerardimia Jacq. (Esule des rochers), E. sylvatica L. (Esule des bois), E. pahistris L. (Tithymale des marais), etc., oH'rent tous un latex purgatif, irritant, évacuant.

Euphrasia officinalis L. (casse-lunettes.) — Cette petite i)lante annuelle dont les fleurs blanches émaillent nos prairies humides à l'automne, doit, si son nom est mérité, rendre les lunettes inutiles. Kneipp la prescrit

])Oiir fortifier la vue et Haller déclare que la poudre d'Euphraise, mélangée de fenouil et de macis l'a soulagé dans une grande faiblesse d'yeux accompagnée de mouches voltigeantes.

On recueille les feuilles avant la floraison et on les sèche à l'ombre, puis on les réduit en poudre et cette poudre se prescrit ])Our l'usage interne, une pincée par jour dans une cuillerée de soupe ou d'eau.

Kneipp la recommande en outre pour l'estomac sous forme de thé, comme un excellent stomachique, à cause de son amertume, facilitant la digestion et bonifiant les sucs gastriques.

Evonymus europaeus L (Bois carré, Fusain.) — Arbrisseau d'un à trois mètres, aux rameaux quadrangulaires, aux fleurs verdâtres auxquelles succèdent de très jolis fruits d'un rouge orangé vif enchâssés par quatre dans une capsule rose carmin.

Les rameaux brûlés dans un tube de fer donnent des crayons légers dont les peintres se servent sous le nom de fusain et le charbon de cette plante est le meilleur pour la fabrication de la poudre à canon.

Les fruits, d'un goût acre, sont émétiques et purgatifs. On en tire, dit Empeyta, une poudre et une pommade servant à détruire les parasites de l'homme et des animaux.

Fagus sylvatica L. (Hêtre commun ou Fayard.) — Les copeaux du Hêtre sont employés dans la fabrication du vinaigre pour garnir les tonneaux, dans le but de faciliter le développement des mères et d'éclaircir le liquide. Les fruits (faînes), qui font les délices des écu-

reuils, contiennent une huile rivalisant avec celle de l'olive et qui a l'avantage de s'améliorer en vieillissant; son maximum de valeur, dit Empeyta ' est de 4 ou 5 ans et elle peut se conserver 10 ans et même plus, sans rancir. Outre son usage comestible, dit Bâillon, cette huile est proi)Osée actuellement pour remplacer l'huile do foie de morue dans certains cas. La créosote du goudron de Hêtre joue aussi, de nos jours, un assez grand rôle thérapeutique dans le traitement des maladies de poitrine.

Fenouil, voir Fœniculwn vtilgare.

FeriUa asa fœtida L. (Ase fétide.) — (Irande Ombellifère vivace, au feuillage décou])é, d'un gris cendré, aux fleurs d'un jaune p;ile. Elle est originaire de la Perse et joue, depuis longtemps, un rôle impoi-tnnt dans la pharmacopée.

Nous la cultivons au jardin alpin d'acclimatation mais, bien que nous l'ayons depuis 5 ans, elle n'a i)as fleuri.

C'est une i)lante à l'odeur fétide et qui contient une gomme-résine qu'on nomme Asa fœtida; on l'extrait de la racine, qui est grosse et charnue. L'Asa fœtida active la digestion ji la façon des amers aromatiques; elle constitue un antispasmodique qui ralentit la circulation et modère l'activité du système nerveux; enfin elle modifie la sécrétion des bronches.

' Lire, .iu sujet des propriétés des arbres, bois, etc., l'intéressant ouvrage de M. E. Empeyta, Catalogue descriptif des arbres, arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux indigènes ou naturalisés en Suisse; Genève 1887.

Le Feriila loersica Willd., qui donne le Sagapenmn (Kl goinme sérapliique, a à peu près les mêmes propriétés. Il en est de même du Ferula communis L. (fig. 57).

Ficus carica L. — C'est le Figuier de nos jardins dont les fruits sont adoucissants et laxatifs et comptent

au nombre des quatre fruits liedoraux. Bouillies avec du lait, les figues sont employées en gargarismes contre les irritations de la gorge et les fluxions des gencives. C'est le meilleur des cataplasmes possibles pour les abcès des gencives conti-e lesquelles on applique une figue ouverte. Le suc laiteux du figuier est caustique et peut servir à détruire les verrues et les cors; il est purgatif à l'intérieur et fait cailler le lait.

Filipendule, voir Spirea filipendula.

Fœniculmn vulgare Gsertn. (Fenouil.) — Plante aromatique, originaire des régions méditerranéennes et qui s'est naturalisée dans l'Europe centrale, aux environs des lieux habités. Ses fruits étaient autrefois une des quatre semences chaudes et sa racine une des cinq racines aiJéritives. Les fruits sont carminatifs, stomachi-

Fig. 57 — Ferula communis.

ques et apéritifs ; ils calment les spasmes et font passer les coliques. Les racines sont diurétiques. L'huile de fenouil sert à parfumer le savon. Les Italiens, dont nous commençons à suivre l'exemple, mangent le fenouil cru et en obtiennent des variétés à grosses côtes qu'ils font blanchir et mangent ensuite en salade. Kneipp le tient en très haute estime et déclare que la graine de Fenouil ne devrait manquer dans aucune famille.

Fougère mâle, voir Neiilirodmm filix mas.

Fragaria vesca L. — Le fruit du fraisier est vanté comme dépuratif, antigoutteux et rafraîchissant. Ses feuilles sont j)arfois employées comme diurétique et astringent. Nos pères se servaient d'une décoction faite avec les feuilles de fraisiers pour se rincer la bouche dans les maux de dents. Kn(Mi)p recommande comme une boisson délicieuse, le thé fait avec don feuilles de fraisier (cueillies en j)lein soleil et séchées à Tombre) mélangées d'Aspérule odorante.

Dans les Apennins les montagnards sèchent les fraises qu'ils mangent l'hiver.

Fragon, voir lùiscus arnlpafus.

Framboisier, voir Ruhtts id^vus.

Fraximis ormis L. est un petit arbre ne déi)assant pas 7 mètres, d'origine méridionale et orientale et que nous cultivons comme arbre d'ornement. Il est naturalisé sur les bords du riant lac de Lugano et du Maggiore et c'est merveille que de voir, en mai, ses panicules d'un blanc jaune se refléter dans les eaux pures des plus beaux des lacs.

En Calabre et en Sicile on le cultive pour rexj)loitation de la manne.

Notre frêne commun, Fraxmus excelsior L., peut aussi fournir de la manne dans les pays chauds, mais non pas chez nous. Son écorce est tonique et fébrifuge, et on l'emploie pour la teinture des laines en bleu, jaune et brun-noir. Les feuilles ont une saveur amère et sont purgatives à la dose de 15 à 25 grammes; elles contiennent de la manne et de la fraxinine, qui sont fébrifuges et utilisées avec succès contre la goutte.

Fumaria qfficinalis L., F.iKirvifloraL.,F. cap^'eolata L., sont trois Fumetères qui se rencontrent dans nos jardins où ils constituent une mauvaise herbe. Ils sont utilisés quelquefois et considérés „. ■ „ „ , ,v . ,. comme antiscorbutique,

rig. 58 — Galega omcmahs. ^

amer, stomachique, dépuratif, antiscrofuleux, antidartreux, etc. Fusain, voir Evonymus.

Galega qfficinalis L. (Rue des chèvres.) (fig. 58). — C'est une grande plante vivace, de la famille des Papilionacées, aux fleurs lilas et blanc, en grappes dressées, très rustique, qu'on cultive pour l'ornement et aussi à cause de ses propriétés sudorifiques.

Genêt, voir Oenista.

(îenévrier, voir Juniperus.

(}enipi, voir Artemisia.

Genista. — Les genêts sont des arbustes ou sous-arbrisseaux à fleurs généralement jaunes qui habitent les talus, les guerêts et les pentes rocheuses et ensoleillées de nos pays et dont plusieurs ont des propriétés ofiicinales. Tous sont également propres à l'ornementation de nos parcs et de nos jardins.

(ienista pmcea Desf. (Genêt à balais.) — C'est un ai-buste haut de i)lusieurs mètres, aux rameaux verts et lisses, assez semblables à des joncs, i)ortant peu de feuilles mais de brillantes fleurs d'un jaune vif et très odorantes, disposées en épis.

(''est une plante diui'étiqueetévacuante, dont l'écorce sert à faire des tissus et qu'on plante le long des talus de chemins de fer à cause de ses racines profondes et j)ro))res à empêcher les éboulements. Autrefois on utilisait sa graine comme succédané au café.

Genista tinctoria L. (Genette, genêt des teinturiers. ) — Petit arbuste commun dans les landes arides et que les anciens utilisaient pour teindre la laine en jaune. Elle est évacuante, purgative et vomitive et a même été [)réconisée contre la rage.

Genista sagittalis L. — C'est le tout petit genêt jaune de nos bois, aux tiges ailées et que, dans certains lieux, on ramasse et on sèche pour en faire un purgatif.

Gentiana. — Les gentianes sont d'entre les plus recherchées et les plus aimées des j)lantes alpines d'ornement. Elles se présentent sous des aspects très divers et tandis que certaines espèces sont de grandes plantes

aux formes architecturales, d'autres forment de petits tapis ou des gazons émaillant le sol des prairies alpines. Elles renferment toutes un principe amer, le gentioincrin et une substance colorée que la chimie nomme la gentiogénine; la racine renferme aussi de la gentisine ou acide gentianique.

Genticma lutea L. (Grande gentiane ou gentiane jaune) (fig. 59). — C'est une très belle plante, bien

montagnards s'en servent dans beaucoup de cas et de toute antiquité elle a été réputée.

Pline parle d'un vin préparé avec cette plante. Il est probable qu'à cette époque déjà les montagnards préparaient une liqueur qui avait du rapport avec ce que nous appelons l'eau-de-vie de gentiane et qui est si appréciée encore de nos jours comme stomachique, digestif et appéritif.

Fig. 59 — Geutiana lutea

connue de tous ceux qui vont à la montagne mais qu'on ne rencontre que dans les pâturages des massifs calcaires. On emploie beaucoup en médecine sa racine, qui est charnue et épaisse et qu'on administre comme amer tonique, fébrifuge, an ti goutteux et digestif.

Elle est utile dans l'anémie, le scorbut, la chlorose, la scrophule. Nos

En Autriche on commence à la cultiver en grand pour la distillation car la diète provinciale du ïyrol a interdit son arrachage, tout au moins en ce qui concerne les gros pieds. En effet, la spéculation s'en mêlant, on pouvait prévoir la disparition de cette belle plante dans les montagnes du Tyrol si les autorités n'y avaient mis ordre. L'association pour la protection des plantes, qui prend la défense non seulement des plantes rares mais aussi des espèces communes que menace une trop grande exploitation, a accueilli avec satisfaction la nouvelle de (îette décision et l'on trouvera dans son Bulletin ' l'historique et les raisons de cette interdiction.

La culture de la Gentiane jaune n'est point chose aisée. Il faut l'élever de semis car elle ne résiste pas à la transplantation. Elle aime un sol calaiire, profond et une situation au soleil. On trouvera dans notre « Flore coloriée de poche » et « Plantes alpines et de rochers » les descriptions et procédés de culture d(> toutes les (îentianes de nos montagnes, renseignements qu'il n'est pas possible de donner ici.

Les Gentiana purpurea L.,purictata L., Asclepidiea L., cruciata L., Pneumonantlie L., acaulis L. (tig. 60), verna L., etc. possèdent toutes, dans de plus ou moins fortes proportions, les propriétés de la Gentiane jaune.

C'est la racine qu'on utilise ; on la récolte en automne ou au premier printemps, puis on la sèche à l'étuve sans la laver.

* Bulletin de l'association pour la protection des plantes, ii" 8, Genève 1890.

On peut faire soi-même l'extrait de Gentiane en coupant en menus morceaux la racine sèche et en la faisant macérer dans l'eau-do-vic ou l'esprit-de-vin.

Kneipp recommande beaucoup cette liqueur. Quand, dit-il, un mets vous appesantit et vous moleste l'estomac, un mélange d'une petite cuillerée de cet extrait de Gentiane dans un demi-verre d'eau chaude mettra fin à votre indisposition. Il ajoute : « Une petite cuillerée de cet extrait, diluée dans l'eau, éloigne les malaises et

C'est une plante annuelle qui croît dans les lieux frais et ombragés, une mauvaise herbe très répandue dans nos pays et que nos pères utilisaient en médecine à cause de ses propriétés astringentes et dé la substance tannique qu'elle contient.

Germandée, voir Teucrium.

Glaucium luteitm Scop. (Pavot cornu.) (fig. 61). — (3'est une curieuse Papavéracée aux feuilles découpées, d'un gris bleu, aux fieurs jaunes auxquelles succèdent

les accès de syncope, réchauffe, éveille, calme le corps et l'esprit. » La Gentiane, prise sous forme de thé, rend les mêmes services. Dans ce cas on fait bouillir les racines découpées ou réduites en poudre et on boit la décoction.

Fig. 60 — Geiitiaua acanlis.

Géranium Robertiamim L. (Herbe à Robert.) —

do longues siliques recourbées et qu'on cultive dans les lieux arides et ensoleillés comme plante d'ornement. Elle croît à l'état sauvage dans les sables maritimes et le long des talus de chemins de fer; elle est rare en Suisse où elle n'est probablement que subspontanée. Le latex jaunâtre de ses parties feuillées est acre, in-itant et vénéneux et ne s'utilise plus guère en médecine.

Glechoma hederacea L. (Lierre terrestre, Serette.) — C'est une i)etite Labiée vivace, rampant sur le sol, aux fleurs bleu-lilas, en graj)pes dressées et feuillées, aromatique dans toutes ses parties.

Elle croît le long de nos haies et dans nos prairies où on en récolte les fleurs, les tiges et 1(N feuilles à ré|)oque de sa floraison. On l'utilise

contre la toux; elle fa- Fis. 61 — Glamiam Inteum.

cilite, dit le D"" Héraud.

l'expectoration et combat les sécrétions morbides des voies respiratoires. Elle est également bonne pour Testomac.

Globnlaria cordifoVut L., G. nudicaulis L., G. vulgaris L., sont trois plantes de la Hore de nos montagnes ou de nos pentes ensoleillées et rocheuses qu'on cultive dans les rocailles au grand soleil et qu'on utilise dans certains endroits comme évacuantes.

OlycyrrJiiza glabra L. (Réglisse.) — C'est une Papilionacée vivace, d'origine méridionale, et qu'on cultive parfois dans les jardins de nos campagnes pour sa longue racine pivotante qu'on nomme hois de réglisse et qui contient le sucre de réglisse. C'est plutôt un condiment qu'un remède. Il a l'avantage de ne pas provoquer le dégoût des malades comme le fait parfois le sucre et d'apaiser la soif.

On en fait des tisanes rafraîchissantes et la poudre de ces racines est utilisée pour donner de la consistance aux pilules.

La boisson populaire connue sous le nom de coco n'est qu'une macération de réglisse dans de l'eau additionnée d'un peu de coriandre, d'anis et de citron.

Gueule-de-Loup, voir Antirrhinmn.

Gui, voir Viscum album.

Guimauve, voir AUhaea officinalis.

Oymnadenia conopsea R. Br. (fig. 62). — Très jolie Orchidée terrestre, à la fleur odorante et gracieuse, qui hante les lieux frais de nos régions montagneuses et que, dans certains pays, on préconise contre l'épilepsie,

Hedera Hélix L. (Lierre.) — Sa racine était autrefois prescrite contre les maladies de la peau et les affections parasitaires. Ses fruits et son bois sont, dit-on, évacuants. Les feuilles servent encore au pansement des plaies et des exutoires. La résine du lierre était surtout appréciée comme aromatique, stimulante, amère et tonique,

Haller raconte dans son Histoire des Plantes suisses qu'un de ses parents qui avait à la jambe un ulcère qui

allait jusqu'à l'os, et qui résistait depuis longtemps à tous les remèdes s'en est guéri grâce à une application de feuilles de lierre. On lui avait recommandé, dit -il, d'appliquer sur la plaie une couche de ces feuilles de manière à ce que la surface inférieure touchât la plaie.

Helianthemum vulgare DC. (fig. (ÎS). — C'est ce petit arbrisseau rampant et couché, aux grandes fleurs d'or, qui anime les pentes les j)lus arides de nos coteaux ensoleillés et les égaie de juin en octobre. On le nomme Hyssope des haies ou des garigues, Panacée de Chiron, à cause, sans doute, des qualités astrin-

Fig. 62 — Gj-mnadenia conopsea.

Fig. 63 — Helianthemum vdgare.

gentes, antiplitisiquos et vulnéraires qui lui sont attribuées,

Hellehoriis. (Hellébore noir des anciennes pharinacopées.) — Sous le nom d'Hellébore ou d'Ellébore, on a administré, dès les temps les plus anciens, plusieurs remèdes très différents les uns des autres. Il en est qui guérissaient la folie à ce qu'affirment Théophraste, Dioscoride, Pline et d'autres. Il s'agit probablement ici de VH. orientalis Lam. qu'on cultive comme plante d'ornement et qui donne, de mars en avril, de grandes fleurs d'un rouge cuivré.

li'Hellebonis niger L.

(fig. 64), est notre très estimée Rose de Noël, ainsi nommée parce que ses belles fleurs pâles apparaissent enhiver.On la cultive, suivant Paxton ',

Fig. 64

Helleborus niger.

* Paxton's Botanical Dictionary.

depuis le XVI" siècle et sa réputation comme fleur hivernale n'est plus à faire.

Cette belle plante croît dans les taillis de l'Europe méridio-orientale; elle habite les pentes du Salvatore et du Generoso, dans le Tessin, et donne au tapis végétal un cachet d'originalité tout spécial.

L'H. niger était très préconisé, auti-efois, comme purgatif. On se souvient de la phrase du bon Lafontaine :

Ma commère il vous faut purger Avec quatre grains d'hellél)ore.

C'est son rhizome sec et j)ulvérisé qu'on utilisait à cet etiet. Mais Haller déclare que, une fois sèche, elle n'a plus de vertu; il est donc probable que si (>lle a été abanflonnée de la médecine actuelle, c'est parce qu'on avait le tort de la sécher.

Mais si elle joue un rôle très secondaire en i)harniacie, la Rose de Noël n'est pas moins la plus estimée des Hellébores:

Oh ! soleil du ])rintemi)s qui fleuris l'Hellébore

Au uiatin de Noël ; Viens chasser nos brouillards, et puisse ton aurore

Hriller bientôt au ciel.

L'Helleborus fœfidus L. (Pain de loup. Pied de Griffon) était également utilisé comme purgatif; à l'heure qu'il est, il n'est guère usité qu'en médecine vétérinaire. Dans le Dauphiné, les montagnards se servent de cet Hellébore comme antidote contre les

mauvais effets de l'Ellébore blanc ou Vératre, quand leurs moutons se sont empoisonnés en broutant de cette plante.

VHellebonis viridis L. a les ]}ropriétés purgatives des autres espèces.

Hepatica triloba. (Voir Anémone héjjatique.) Heracleum. (Berces.) (fig. 65). — Ce sont de grandes Ombellifères aux feuilles profondément incisées, aux

dimensions parfois gigantesques '. Ces plantes ont à peu près les propriétés des Angéliques.

Dans les campagnes on écrase les racines de VU.

Simidïlimn L. et on s'en sert pour guérir les durillons et les callosités de la peau. Tous sont de bons antiseptiques-

Herniaria glabra L. — Petite Paronychiée aux i-ameaux traînant sur le sol et aux fleurs insignifiantes. Longtemps vantée comme souveraine contre les hernies, elle n'est, de nos jours, utilisée en médecine que dans le traitement de diverses affections de l'appareil urinaire.

^ Nous cultivons au Jardin alpin d'acclimatation une Berce du Caucase, H. Mattegazzianum Lev. et Som., dont la tige annuelle atteint deux mètres et demi de haut et l'ombelle de fleurs près d'un mètre de diamètre!

Fig. 65 — Grande Berce.

Hiimulus Liipiilus L. (Houblon.) — Plante vivace et grimpante qui croît le long de nos haies et dans nos taillis. On utilise ses jeunes pousses qu'on mange en guise d'asperges ou en légume vert comme les épinards. Sur le marché de Genève elles sont très recherchées au premier printemps.

Les chatons fructifères ou cônes écailleux contiennent la liqndine qui joue un rôle important dans la fabrication de la bière. Les Egyptiens passent pour avoir déjà connu l'usage de la cervoise, de là son nom de boisson pélusienne.

La médecine emploie les cônes écailleux du Houblon comme tonique amer, stomachiqu(\ antiscrofuleux. On substitue quelquefois des oreillers rem|)lis d(^ cônes de hou))lon aux oreillers de j)lume j)our les personnes atteintes d'insomnies.

Hyosciamus niger L. (Jus(iuiame.) — C'est une belle et curieuse solanée qui croît dans les décombres et les terrains fraîchement remués. Elle se cultive parfois dans les jardins et les champs pour les besoins des pharmaciens.

La Jusquiame est Tune des plantes les plus usitées en médecine. On utilise la tige, la racine et les feuilles qu'on récolte un j)eu avant la floraison de la plante et qu'on sèche à l'étuve.

Cette plante est un calmant et un antispasmodique très usité. Mais elle ne peut être administrée que par un médecin attendu qu'une dose trop forte peut amener de graves complications dans l'organisme. De même que le Datura, on brûle ses feuilles à la façon du

tabac contre les maux do dents ou d'autres affections semblables, car elles diminuent la sensibilité.

Hypericum perforatum L. (Millepertuis.) — C'est une herbe vivace bien connue, aux nombreuses fleui-s d'un jaune brillant et rappelant, comme forme, celles du Myrthe dont elles sont du reste très voisines. Ses fleurs sont riches en huile essentielle et en sucs balsamiques.

Elle était très usitée autrefois comme vulnéraire qu'on préparait en infusant dans une huile pure les fleurs à peine écloses ; on s'en servait aussi pour les bri^ilures. Les Vénitiens faisaient très grand cas de l'huile de Millepertuis.

On prend aussi ses fleurs sèches en infusion et tisanes contre la dyssenterie, les douleurs articulaires et même contre la rage.

Hyssopus officinalis L. (fig. 66.) — Petit arbrisseau nain et aromatique, aux fleurs d'un bleu foncé, qui anime les pentes arides du canton du Valais où il doit être considéré comme l'une des plantes d'origine méridionale dues à des irradiations méditerranéennes. Le D' H. Christ, dans son beau travail sur l'histoire des plantes de la Suisse ' pense que l'Hyssope s'est naturalisée en Valais depuis l'époque oii elle était cultivée dans les jardins des anciens châteaux d'où elle s'est échappée au dehors.

C'est l'une des plus aromatiques d'entre les plantes

* La flore de la Suisse et ses origines, par le H. Christ, Genève 1883.

do nos jardins. Toutes ses parties sont riches en huile essentielle et en hyssopine; en outre elle contient une certaine quantité de soufre. On Tutilise contre les catarrhes, Tasthme et les affections nerveuses des voies respiratoires; elle est également usitée comme tonique et stomachique. On utilise l'huile essentielle de l'Hyssope dans la parfumerie ; mais ce sont surtout les distillateurs-liquoristes qui remi)loyent.

If, voir Taxus.

Iris Florentina L. — Plante d'origine prol)al)iement orientale, qu'on cultivait surtout aux envii'ons de Florence à cause de son rhizome odorant et utilisé dans la médecine et la parfumerie. A l'état frais et pris à haute dose il est vomitif; il offre alors une odeur désagréable et une Fig. 66 — iiyssopus ofliciimiis. saveur brfdante. Sec il a

l'odeur de la violette et si on le prend à la dose de quelques centigrammes il agit comme un léger stimulant des bronches, il facilite l'expectoration à la tin des catai'rhes, etc. On en fait de petites boules (pois d'iris) à l'aide desquelles on entretient la suppuration des cautères. Les fumeurs en mâchent les copeaux pour enlever ù Thaleine rod(mr du tabac.

La parfumerie utilise la poudre d'Iris sous plusieurs formes. Elle entre dans la composition des sachets odo-

riférants, dos i)Oudres dentifrices et la célèbi'e herbe orientale connue sous le nom cVodordo n'est pas autre chose.

Les Iris germanica L.

(fig. 67), pallida Lam., sont de mauvais succédanés de l'I.

de Florence.

VIris fœiidissima L. a été vanté contre l'hystérie et comme purgatif tandis quo l'Iris jaune des marais (I.

Xoseudo-Acorus L. [fig. 68J), est un éméto-cathartique violent et dangereux. Les graines torréfiées ont été, à

l'époque du blocus continental, substituées au café dans beaucoup d'endroits.

Jasminiim officinale L.

Le Jasmin étalant sa verte [chevelure Exhale ses parfums comme [une haleine pure.

Fig. 67 — Iris germanica.

Le jasmin blanc de nos jardins est d'origine orientale et méditerranéenne. Il s'est naturalisé près de Ronco, au Lac Majeur et dans tout le Midi de la France.

Fig. 68 — Iris pseudo-Acorus.

Les propriétés antispasmodiques de cette plante sont peu usitées de nos jours mais la parfumerie fait grand usage de sa fleur. C'est le jasmin d'Espagne qui se cultiva en grand, dans le Midi de la France, pour l'extrait de jasmin qui est l'un des parfums les plus délicats pour le mouchoir.

Joubarbe, voir Semperviviim.

Juglans regia L. (Noyer.) — Originaire d'Asie, le noyer est cultivé chez nous dans tous les lieux situés au-dessous de 1,000 mètres, surtout dans le calcaire. Tout chez lui est utilisable, bois, écorce, brou, feuilles et fruit.

L'écorce interne est purgative et vésicante.

Les feuilles et le brou ont des propriétés communes; on y a trouvé une huile volatile, du tannin et un principe acre et amer qui noircit à l'air et devient ins()lul)l(' dans Teau. C'est un stomachique j)uissant et un (lé|)uratif dont nos mères de famille utilisent fré(iuemment les propriétés en faisant boire, au |)rint('m|)s, à toute la maisonnée, une décoction de feuilles de noyer. C'est, en même temps, un vermifuge^ très actif. La médecine l'utilise dans le traitement de la scrofule et i)()ur laver et pans(M- les ulcères, etc. On préconise aussi les feuilles de noyer fraîches, en applications locales, contre la pustule maligne. Le suc du brou vert fait disparaître les verrues et la teigne; ce brou a une odeur forte et aromatique, une saveur amèr(^ et piquante. Le l)rou de noix est la base de la tisane antivénérienne de Pollini, qui est si appréciée contre les dartres rebelles. Le ratafia de brou de noix est un bon stomachique. (On

])longo lo brou dans l'oaii-de-vie puis on fait un sirop.)

On fait, avec les jeunes fruits, alors que renveloj)|)e verte et la noix proprement dite sont également foudres et gorgées de sucs, une excellente compote qui est d'un goiit très agréable.

Une tradition, très répandue dans les campagnes, veut qu'il soit malsain de s'arrêter à l'ombre des noyers. Mais, dit-on, il suffit d'enlever un peu d'écorce, de mousse ou de feuillage à l'arbre, pour rendre son influence inoffensive. De là le proverbe : Marquez le noyer ou il vous marquera.

Juniiierus communis L. — Cet arbuste épineux, qui liante nos lieux arides, a un bois dur, un grain très fin, presqu'incorrui)tible et très odorant. Les baies ont une saveur aromatique, acre, un peu anière que recherchent les grives, les merles et les perdrix de montagne et qui communiquent au gibier une saveur particulière. Elles sont très fréquemment utilisées en médecine où elles sont considérées comme l'un des meilleurs diurétiques. On s'en sert aussi contre l'hydropisie et d'aucuns les prescrivent comme antiseptiques.

Les baies de genièvre servent à ])réparer une boisson alcoolique fermentée et distillée qu'on i)rise fort comme tonique, stomachique, stimulant et carminatif. On en fait aussi une boisson piquante et aromatique qu'on nomme genevrette, préparée seulement avec les baies écrasées dans de l'eau. Le sirop de genièvre est un troisième composé qu'on utilise contre la gravelle et le scorbut. Le vin dans lequel on fait infuser des baies de

genièvre est digestif et passe pour antili)'stérique. Les baies de genièvre sont à la base du genièvre de Hollande, du gin anglais et de plusieurs ratafias qu'on fait dans le Nord de TEurope et qui, tous, sont considérés comme très hygiéniques.

On retire des baies du genévrier une huile essentielle d'une odeur agréable. On s'en sert encore j)our des fumigations qui stimulent la ])eau dans les affections rhumatismales chroniques, les lumbago, courbatures, l'œdème, etc. Pour ce faire on exi)ose la j)artie souffrante à la fumée qui se dégagiî d'un fourneau où l'on brûle les baies de genièvre ou bien encore on imprègne de ces vapeurs des draps, flanelles, etc. qu'on aj)i)li(iue sur la partie malade. Enfin, on brûle les baies de genièvre pour masquer les mauvaises odeurs ou aromatiser l'air dans les chambres de malades.

On fait encore, avec les baies du J. communis. une liqueur de ménage saine et agivable en les torréfiant, mais beaucouj) moins que 1(> café, ei en les jetant chaudes dans de l'eau-de-vie (deux poignées par litre et du sucre à volonté); le tout macéré pendant If) joui-s et ensuite passé, sans expression.

Dans le Nord on s'en sert comme d'un assaisonnement en cuisine et les Allemands ne manquent jamais d'en mettre dans leur choucroute. Les lapons en font des infusions théiformes.

Enfin, ses baies sont fort utilisées par les vétérinaires dans les éj)izooties.

Juniperns Sahina L. (Sabine des Alpes.) — C'est un arbuste traînant et retombant, formant sur les pentes

arides et ensoleillées de nos Alj)os valaisannes et méridionales, de grandes plaques d'une verdure foncée et odoriférante et que hantent le coq de bruyère (Tétras) et la perdrix grise. C'est une plante fort utilisée en médecine. Elle passe pour amère, âcre, corrosive, vermifuge, purgative, dépilatoire, irritante, emménagogue, vénéneuse à forte dose et abortive. Cinq ou six baies mangées à jeun ont raison des constipations les plus opiniâtres. Cet arbuste est l'un des plus précieux pour l'ornementation de nos jardins alpins.

Jusquiame, voir Hyosciamus niger.

Laduca virosa L. C'est une laitue sauvage qui croît dans les contrées chaudes et sèches de l'Europe et dont le latex est considéré comme vénéneux, narcotique et diurétique.

Larix euroimea L. (Mélèze.) — C'est l'un des Conifères les plus gracieux de nos Alpes. Le Mélèze monte jusqu'à l'altitude des glaciers et nous en connaissons à 2,300" d'altitude qui sont fort beaux. Son écorce jeune sert au tannage des peaux et communique une bonne odeur au cuir; elle contient des éléments de teinture.

La térébenthine suisse, T. fine, T. de Venise, T. de Briançon, s'obtient par le saignage de son tronc; elle est transparente, liquide, d'une odeur forte; c'est la térébenthine officinale.

Pendant les mois de juin et de juillet, dit Empeyta, il suinte des feuilles de mélèze une autre substance résineuse nommée Manne de Briançoyi, usitée comme purgatif; on la trouve dans le commerce en petits grains

d'un jaune sale. On trouve encore au centre du tronc, autour de la moelle, une substance gommcuse à peu près pareille à la gomme arabique. C'est la Gomme d'Oremhotirg qui provient des Mélèzes de l'Oural et dont les habitants se servent comme d'aliment.

Laurier-Cerise, voir Prunus Lauro-Cerasus.

Laurus nohilis L. (Laurier d'Apollon, Laurier sauce, Laurier des poètes, etc.) — C'est un bel arbuste méditerranéen et oriental qu'on cultive chez nous pour l'ornement et aussi pour ses feuilles aromatiques fort utilisées dans la cuisine. Dans le Midi et au Tessin, surtout aux Iles Borromées et plus près de chez nous au Château d'Yvoire et dans les lieux les plus abrités des bords de notre bleu Léman, il atteint jusqu'à 15 mètres de haut.

La médecine l'utilise comme stimulant, carminatif (»t diu|)horétique; il entre dans la j)réj)aration du baume de Fioravanti et les parfumeurs en font une huile aromatique.

Lavandula officmaUs Chaix. {L. vera DC, Lavande.) — C'est l'une des labiées les ])lus aromatiques et les plus estimées ; elle croît à l'état sauvage dans tout le Midi de l'Europe et jusque sur les montagnes des Basses-Alpes et du Dauphiné.On la rencontre quelquefois à l'état subspontané dans les environs des vieux châteaux de l'Europe moyenne. F]lle est, au dire de Paxton, cultivée dans les jardins depuis le milieu du XVI" siècle; en Angleterre elle a sa place marquée dans tout jardin qui se res{)ecte.

Les Anciens, dit Burnett, employaient les feuilles et

les fleurs de Lavande pour aromatiser leurs bains et pour donner une odeur agréable à l'eau dans laquelle ils se lavaient; de là le nom de Lavandula.

En Angleterre, où la lavande est d'un usage constant et fait partie des herbes dont toute maîtresse de maison doit avoir ample provision, elle est cultivée en grand dans les comtés de Surrey et d'Hertford. On en fait des huiles et des essences qui sont d'entre les plus estimées en parfumerie; on utilise les qualités inférieures pour parfumer les savons et les pommades et même certains vernis.

La lavande est stimulante, antispasmodique et tonique. Son action est assez énergique pour que ses préj)arations soient dangereuses, prises à l'intérieur à doses trop élevées. On la prescrit dans les maux de têtes, les vertiges, dans certaines maladies d'estomac, dans les affections scrofuleuses, dans l'hystérie, les spasmes, les vapeurs. A l'extérieur elle trouve de nombreuses applications : sa poudre est utilisée comme sternutatoire: l'essence s'emploie en applications topiques contre la teigne et en frictions, mélangée à Thuile de millepertuis et de camomilles, dans les rhumatismes et la paralysie. L'eau-de-vie de lavande est un bon vulnéraire. Enfin l'essence a été indiquée pour chasser les poux et elle entre dans la composition aromatique des bains très ])uissants.

Enfin notre économie domestique utilise son odeur forte et aromatique pour parfumer les maisons, les armoires, le linge et les habits qu'elle préserve des mythes, des teignes et des gerces.

— ua —

On récolte ses tiges un peu avant réj)anouissenient des tieurs, alors qu'elle est dans toute son activité et on en fait des paquets ou guirlandes qu'on sèche à l'ombre. Celles qu'on récolte au grand soleil, dans les lieux secs et pierreux sont les plus actives.

Dans les jardins, elle aime le sol léger et le grand soleil.

Le Lavandala spica D C. (Lavande mâle. Aspic ou Spinacard) contient une huile aromatique i)lus forte, d'une odeur plus pénétrante encore et très inflammable dont on fait Vlmile d'asjnc. C'est d'elle dont se servent les j)eintres en émail, les relieurs, etc.

Le Lavatidida Stœkas L. s'emploie ([ueUiuefois eu infusions théi formes, à la dose de 4 à 8 grammes, dans Tastlnue humide et les catarrh(>s pulmonaires. Les inflorescences fout pai'tic du sirop de Stœkas composé et fournissent h la distillation une essence très odorante, usitée en parfumerie.

Lepidium safivum L. (Cresson alénois ou de jardin) est nue herbe auuui^lle qu'on sènu' dans nos jardins i)otagers et dont on fait des salades rafraîchissantes, stimulantes, diurétiques et antiscorbutiques, d"uue dig(>stion facile.

LcucanfJieiHuni rulfjare Lam. (fig. (i!)). (Chrvsautheuium vulgare D C.) — C'est la grande marguerite des chami)s, celle quN^ffeuillent nos jeunes gens qui en interrogent le dernier fieuron comme un oracle. On Ta vantée jadis comme vulnéraire, diurétique et facilitant la transpiration.

Levisticlium officin.(de Koch (Livéche. Lévistique,

Fig. 69

Leucanthemum vulgare.

Méon bâtard, Persil de montagne, Acho de montagne.) (fig. 70). - C'est ce grand Céleri vivace, aux feuilles luisantes et fortement aromatiques qui, dans beaucoup de jardins de nos Alpes, élève ses tiges et ses fleurs jaunâtres audessus des autres végétaux. Nous l'avons retrouvé dans tous les villages du Valais et du Piémont, en Savoie, en Dauphiné, aux Grisons, dans l'Oberland bernois, les Alpes

vaudoises et le Jura, où on mange ses feuilles à la façon du Céleri et comme condiment.

C'est une plante essentiellement antiseptique et que M. Andreœ préconise beaucoup. Elle a de grands i-apports avec l'Angélique et est employée en médecine comme excitant et tonique.

Lichen islandicus L. {Cetraria islandica AcJi., Lychen

Fig. 70 — Levistichum officinale.

dislande.) — C'est cette sorte de mousse épaisse, coriace, de couleur fauve, brunâtre ou verdâtre, formant de larges plaques sur le sol des hautes Alpes, dans les lieux stériles et les landes de Myrtilles, d'Airelles, d'Azalées alpines, de Rhododendrons et généralement d'Ericacées qui foisonnent dans la région alpine. On les rencontre dans nos Alpes comme sur les Vosges, les Pyrénées, le Caucase, l'Himalaya, en Scandinavie et aux régions arctiques. En Amérique, elle s'étend du Groenland et de l'île Melville jusqu'au nord de la Virginie et de la Caroline pour reparaître au Cap Horn à une altitude de 5 à 600 mètres. C'est le Fjallagris (Herbe de montagne) des Islandais qui vont chaque année, à l'époque de son entier développement, recueillir dans leurs landes les pieds de la troisième année. On les cueille, dit Bâillon, pendant les temps humides ou les nuits fraîches et on les broie avec des meules, aj)rès les avoir bien lavées, puis séchées. Le lavage n'enlève qu'une partie du ])rincipe amer; aussi trempe-t-on encore le Lichen dans l'eau pendant vingt-quatre heures avant de le faire bouillir dans du lait frais ou aigre. Cette sorte de potage est suffisamment alimentaire et a sauvé la vie de beaucoup d'explorateurs et d'habitants dans les périodes de disette. C'est un mets qu'on dit très sain et ceux qui s'en nourrissent évitent, assuret-on, bien des affections parasitaires. Comme médicament, il a été employé dès 1671 par Olaus Bovrich, médecin de Copenhague, qui le considérait comme l)urgatif, quand il est récolté au printemps. Quelques années plus tard Hjiirn le préconisa contre la phtisie.

Linné et Scopoli l'administrèrent méthodiquement et il fut dès lors renommé comme tonique, analeptique et émollient. Son principe amer l'a fait ordonner comme vermifuge, mais il faut alors l'administrer à l'état naturel et avant de l'avoir privé de son amertume. 11 agit dans ce cas comme tonique, stomachique et fébrifuge. Débarrassé de son amertume (cétrarin), il est employé

dans les brondiites; il calme la toux et l'irritation en diminuant le picotement qui siège dans le larynx.

Les montagnards, dans les Alpes pennines et aux environs de Bourg- S'- Pierre, le récoltent ^en septembre, le sèchent au soleil et le conservent au sec pour s'en servir contre les maladies de poitrine et la toux.

Lierre, voir Hedera.

Lierre terrestre, voir Glechoma.

Lilium candidum L. (Lys.) (fig. 71). — Le beau lys blanc de nos jardins est cultivé depuis la plus haute antiquité chez tous les peuples civilisés. « Il est le roi des fleurs dont la Rose est la reine. »

Dans les campagnes on se sert de ses fleurs, infusées dans de l'huile ou de l'esprit-de-vin, pour en faire un

Fig. 71

Lilium candidum.

collyre ou pour guérir les plaies. Macérées dans de riiuile d'olives, ses pétales sont un remède contre les brûlures, les maux d'oreilles et les gerçures de la peau. Lin, voir Linum.

Linaria vulgaris L. (Linaire, lin sauvage.) — C'est ce petit muflier à fleurs jaunes avec une tache orangée sur les lèvres,, qui croit dans nos champs et sur le bord de nos routes et qui envahit trop souvent nos cultures où il devient gênant. On l'employait beaucoup autrefois comme émoi lient et diurétique. Les paysans de la Savoie en utilisent le suc comme vomitif.

L.Cymbalaria Z/.(Ruinc de Rome) était considéré comme vulnéraire et antiscorbutique.

Limim. (Lin.) (fig. 72).

— Le Lin généralement utilisé on j)harmacie est le L. iisitatissinmm L., plante annuelle ,aux fleurs bleues cultivée dès les temps les plus reculés et dont on utilise les graines. Elles ont une saveur douceâtre et sont malsaines en tant qu'aliments. Mais cette graine contient une huile et un mucilage qui l'a fait rechercher de tous temps, car les Grecs et les Romains l'utilisaient déjà en médecine.

L'huile qu'on en retire est fixe et siccative; on peut l'obtenir à froid par simple expression et elle est alors

Fig. 72 — Lin vivace.

de bien meilleure qualité, émolliente, salutaire contre les brûlures. Mais, extraite comme elle l'est d'ordinaire, des graines préalablement torréfiées, elle est ♦ acre, nauséabonde, irritante, de couleur foncée et guère applicable qu'aux usages industriels.

Cette huile est difficilement attaquable par les organes digestifs et elle purge par indigestion. Les graines administrées entières ou légèrement écrasées sont relâchantes. Réduites en poudre ou en farine elles font des cataplasmes émollients que nos mères ont de tous temps utilisé pour calmer les douleurs du ventre, les tumeurs, les inflammations, etc. On l'emploie aussi en lavements et infusions. Les graines de lin, prises avec un peu d'eau avant le repas, sont un excellent remède contre la constipation.

Liseron, voir Convolvulus.

Lithospermum officinale L. (Herbe aux perles, Grémil) est une petite herbe vivace aux fleurs blanches, au feuillage grisâtre, aux graines gris perle, dont on fait une tisane digestive et qui croît dans les lieux arides et secs. Les paysans vaudois emploient sa graine contre la gravelle.

Lycopodiim clavatimi L. (Pied de loup. Patte de loup, Mousse-Serpent, Plicaire, Mousse terrestre.) — C'est une sorte de mousse aux longs rameaux serpentant sur le sol et le recouvrant sur d'assez longs espaces. Ces rameaux sont ramifiés et émettent des radicelles qui les fixent au sol ; ils atteignent parfois plus de 10 mètres de long et sont entièrement recouverts de feuilles fines et serrées, très rapprochées les unes

des autres et semblables à des écailles. Les organes de la fructification sont des épis dressés, réunis par deux ou par trois et qui contiennent un nombre infini de spores jaunes. Ce sont ces spores qui, sous le nom de soufre végétal, constituent la poudre de Lycopode et s'emploient pour enrober les pilules, pour saupoudrer les plaies et les cuisses des petits enfants, pour prévenir et sécher les écorchures, etc., etc.

Comme elle s'enflamme très rapidement, cette poudre est utilisée au théâtre pour imiter les éclairs, des incendies, des torches, des bi-asiers, etc.

Les montagnards suisses et allemands la recueillent soigneusement. On l'utilise en Allemagne contre la plique, une grave maladie des chevaux. Les montagnards appliquent ses jeunes pousses comme vomitif. La poudre de Lycopode est surtout employée à l'extérieur pour sécher les excoriations auxquelles des enfants et des personnes grasses sont sujettes.

Le L. clavatum croît dans les bois de conifères et dans les landes de toute l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique septentrionales. 11 n'a pas encore pu être acclimaté dans nos jardins.

Lj/copodium Selago L. (Herbe aux porcs, Sélagine) est bien différent, car ses rameaux sont courts et dressés et ses spores, au lieu d'être agglomérées en épis, occupent l'aisselle des feuilles aux deux tiers de la hauteur des tiges.

Les spores font parfois partie de la poudre de Lycopode ; mais ses organes végétatifs sont narcotico-âcres, vénéneux et produisent, dit-on, des syncopes et des

vomissements violents. En Suède on en prépare une lotion qui détruit, dit-on, la vermine du bétail.

Malva sylvestris L. (Mauve officinale.) — C'est une plante bien connue et qu'on rencontre surtout dans les bons terrains, aux alentours des villages et dans les jardins potagers. Ses fleurs et ses feuilles furent réputées de tous temps en médecine. Les anciens utilisaient comme aliment les feuilles de Mauve, l'apprê-

dans le jardin des anciens villages, surtout dans les pays qu'ont colonisé les Romains (au canton de Yaud et dans les environs d'Avenches tout particulièrement).

La Mauve officinale renferme dans une proportion plus forte que les autres espèces, le mucilage visqueux et doux qui larendémolliente, adoucissante et béchique et qui est répandu dans toutes les parties de la plante, y compris la racine.

talent comme nous les épinards et tandis que Pline en désapprouvait l'usage, Celse l'encourageait. Mais on croit savoir que l'espèce qu'ils apprêtaient était le Malva crispa L. (fig. 73), une espèce annuelle aux feuilles élégamment dentelées et frisées sur leurs

Fig. 73 — Malva crispa,

bords qu'on rencontre encore à l'heure qu'il est

La Mauve s'administre œntre la toux, les inflammations, les affections des voies respiratoires, de la poitrine et pour faire mûrir les abcès.

Pythagore en recommandait l'emploi pour aider le travail de la pensée !

On récolte les fleurs de Mauve tout l'été durant, on les sèche à l'ombre puis on les tient dans un lieu sec ; les feuilles se recueillent en juin-juillet et se conservent de même.

La Mauve fromagère ou Malva rotundifoUa L., qu'on rencontre dans les décombres et les lieux incultes, lui est souvent substituée car elle a les mêmes propriétés.

Mandragora officinarum L. (Mandragore.)

Rêvant de doux rêves étranges, Plein des souvenirs radieux, Du ciel qui pleure ses adieux, Quand le nouveau-né dans ses langes, Dort et semble sourire aux anges, Sa nourrice, tremblante un peu, Dit, superstition touchante :

« Il a cueilli la fleur qui chante,

« Il a vu passer l'oiseau bleu

« Il a goûté la Mandragore. •

Charme que le vulgaire ignore.

Irrésistible attrait des vers !

Le poète marche à travers

La vie, ainsi que dans un songe :

Quel feu follet à «on mensonge L'attire ? Et quel filtre enivra

Sa joie ou sa mélancolie?

— Il te but un jour ta folie

Jusqu'à la tombe le suivra

0 Mandragore ! Mandragore !

Amauhy de Cazanove.

Si jamais vous avez le bonheur de visiter les sites pittoresques de la vallée d'Aoste, s'il vous prend envie de vous familiariser avec ce peuple si particulièrement intéressant parce qu'il regarde vers le passé auquel le rive des souvenirs glorieux, s'il vous arrive de questionner les vieillards, les poètes, les « sensitifs )) vous entendrez plus d'une fois parler de la mystérieuse Mandragore.

La Mandragore! On la trouvait aux environs de Châtillon-d'Aoste, au pied de ces rochers que dore un soleil tout italien et que hante encore l'esprit des génies bienfaisants ou malfaisants qui ont exercé tour à tour leur pouvoir sur l'antique vallée des Salasses. Elle y est, vous dira-t-on, mais avec circonspection et mystère; elle se cache et ne se donne pas facilement. Pour arriver à la saisir, il vous faut un talisman que n'obtient pas le premier venu. Et comme la Mandragore est une divinité qui vit dans l'ombre et le mystère, comme elle n'a que faire de l'opinion du monde et qu'elle n'épanouit sa fleur mélodieuse — car la fleur de la Mandragore chante et c'est Charles Nodier qui

Ta dit ' — que pour un petit nombre d'élus, si vous n'êtes pas bien en cour et si vous ne cultivez pas les Muses, n'essayez pas de la découvrir. Elle vous serait pernicieuse.

Nous n'avons pas trouvé la Mandragore à Châtillon d'Aoste. Mais l'un de nos amis l'y trouva jadis et les chantres de la Vallée et les troubadours d'antan l'y ont récoltée et cultivée. Elle est l'apanage des seuls poètes valdôtains.

Mais on la trouve ailleurs; elle habite le Midi, la gaie, la mystique, la poétique Provence, l'Espagne, l'Italie et là, sous les feux du soleil rayonnant, la Mandragore en fleurs chante le ciel bleu, les mystères de l'amour et les joies du poète.

La Mandragore n'est i)oint un mythe, comme on l'a écrit parfois; c'est une plante de la famille desSolanées, assez semblable comme port à certaines Nicotiana. Elle possède une grosse racine gonflée de sucs et dans laquelle se retire la vie de toute la plante, dans certaines époques de l'année. Cette racine afl'ecte des formes étranges, la main ou parfois le pied, ou bien encore les deux jambes de l'homme. C'est ce qui lui a donné sa réj)utation pleine de mysticisme et c'est aussi ce qui lui a valu le nom populaire de SH>?i-//o?«o. Dans l'antiquité, dit Dufour, on répandait déjà à son sujet les contes les

^ Et cet idéal auquel tu aspires sans jamais l'atteindre et que tu vas chercher dans la mort, dis-moi s'il est autre chose que cette Mandragore qui chante ?

Charles Nodier.

plus bizarres et les plus fantastiques. Pythagore n'a-t-il pas raconté que, pour l'arracher, il fallait se boucher les oreilles afin de ne pas entendre les gémissements du végétal sortant de terre. Et Théophraste ne dit-il pas que, avant de la prendre, il faut tracer trois fois, autour d'elle, un cercle avec une épée et se tourner vers l'Orient pendant qu'une personne voisine danse et prononce des paroles obcènes ? Les anciens Germains en faisaient des idoles; les Perses et les Arabes lui attribuent encore des influences merveilleusés et il est plus d'un Méridional qui nous a afiirmé que, pour l'arracher sans qu'il en cuise après, il faut faire le coup de nuit. C'était le Circé des anciens et c'est, aujourd'hui, dit Cariot, V Herbe aux magiciens.

En réalité, dit Dufour, cette plante exerce surtout une action stupéfiante, déjà connue d'Hippocrate qui en faisait prendre aux malades soumis à des opérations douloureuses. Les feuilles, qui sont grandes, pubescentes, glanduleuses et assez semblables à de petites feuilles de tabac, faisaient partie du baume tranquille. On s'en sert contre l'aliénation mentale à la dose d'un gramme.

A l'heure qu'il est, elle est peu usitée en médecine et la Belladone la remplace avantageusement.

Nous la cultivons, au Jardin alpin d'acclimatation, au pied d'un mur exposé au midi, mais elle gèle parfois. Les échantillons que nous élevons pour la vente sont cultivés dans des pots profonds et bien drainés que nous tenons au sec et à l'abri du gel. Les feuilles disparaissent en août et nous conservons dès lors les racines au

sec, sans arroseï*. Puis, au premier printemps, on arrose de nouveau et la plante se développe à nouveau.

Marriîbium vidgare L. (Herbe vierge.) — C'est une mauvaise herbe vivace dans nos campagnes, aux fleurs disposées en étages, aux feuilles molles, ridées, crénelées, qui jouit, dans certaines contrées, d'une grande réputation comme stimulant et fébrifuge. Les Anglais l'utilisent contre le catarrhe aigu et chronique.

Matricaire. — Les ditterentes Matricaria (M. Cliamomilla L., arvensis L., parthenioides Des/.), sont des plantes amères et toniques qui ont été, et sont encore parfois, substituées aux Camomilles.

Melilotus alba Lam. et officinalis L. sont des plantes de la famille des Paj)ilionacées qu'on trouve en abondance dans les sables et les sols légers. Ils contiennent de la coumarine, qu'ils exhalent à la dessication et qui méritent à ces plantes la qualité d'aromatiques. Rien n'est plus délicieux qu'une branche de Mélilotse desséchant dans la i)oche d'un habit. Elle exhale un parfum de vanille et communique aux fourrages un arôme qui leur donnent de la valeur. C'est un peu l'odeur de la fève du Tonka et celle de l'Aspérule des bois. On distille le Mélilot dont on extrait un parfum suave.

En médecine, il était employé autrefois — et il l'est encore de nos jours dans les campagnes — comme émol^ lient; on l'utilise dans les lavements, les fomentations et les emplâtres et aussi pour exciter la suppuration.

Melissa qffiànalis L. (Mélisse, Herbe du citron, Poncivade. Piment des ruches, Thé de France.) — C'est une plante vivace aromatique, d'origine méridionale.

qu'on cultive dans nos jardins depuis les temps les plus anciens. Toutes ses parties répandent une agréable odeur qui rappelle le citron.

On remploie parfois en infusion et son odeur est réputée comme propre à ranimer les forces et à agir d'une façon excitante favorable au système nerveux. On l'utilise dans les défaillances, les syncopes, les vertiges ; elle est stomachique et carminative et on l'emploie aussi comme vulnéraire et emménagogue, en mélange avec l'Armoise.

On connaît un peu partout Veaii de mélisse des Carmes, qu'on emploie dans beaucoup de circonstances mais surtout comme excitant.

• Bœrhave la recommandait aux mélancoliques.

On utilise les feuilles et les branches, qu'on recueille en mai et qu'on sèche aussi rapidement que possible, à l'ombre, afin qu'elles conservent leur parfum.

Sa culture est très facile; elle réussit dans les sols plutôt légers, au soleil ou au mi-soleil.

Mélèze, voir Larix.

Menthes. — Il en existe un grand nombre d'espèces et de variétés qui, toutes, renferment des principes odorants et dont plusieurs sont utilisées en médecine.

Mentha piperita Smith (Menthe poivrée ou Menthe anglaise.) — C'est une plante fort répandue dans les jardins et dont on ignore la contrée d'origine; les Anglais l'ont cultivée de tous temps. Elle est très aromatique, à saveur poivrée, pénétrante, légèrement camphrée, chaude d'abord, laissant ensuite dans la bouche une sensation de froid.

Elle est très réputée comme stomachique, carminative, cordiale, stimulante. On en fait une essence qu'on prescrit avec succès dans l'atonie des voies digestives, les palpitations, les tremblements et vomissements nerveux, les maux de ventre, les défaillances, etc., etc. L'alcool de menthe est l'un des produits pharmaceutiques les plus populaires. Il n'est donc pas nécessaire d'insister sur sa valeur. Le pej^j^ermint des Anglais est aussi réputé que la menta verda des Italiens.

En outre, l'extrait de Menthe poivrée est très répandu sous forme de pastilles, de caramels, etc.

Kneipp estime beaucoup la Menthe; il dit que ses feuilles, placées sur le front, diminuent incessamment le mal de tête, si violent soit-il. « Le thé de Menthe, dit-il, pris matin et soir (chaque fois une tasse), aide la digestion et rend le visage sain et frais. Un usage fréquent de la menthe (infusion et poudre) est à conseiller surtout aux personnes atîaiblies par la maladie où à celles qui sont sujettes aux batteunnits de cœur ou qui souffrent de nausées ou de vomissements. »

c( La Menthe, infusée dans des parties égales d'eau et de vin, et bue plusieurs jours de suite (chaque jour une tasse), enlève l'haleine mauvaise et fétide. »

« La décoction de Menthe, apprêtée avec du vinaigre et prise de temps à autre par petites cuillerées (une ou deux), fait cesser les vomissements de sang. »

« La Menthe, enfin, infusée dans du lait et consommée toute chaude, fait disparaître les douleurs gastriques. »

Les Mentlia sativa L., arvensis L., Pulegiiim L.,

Requieni Bentli., crisjoa L., rotiindifolia L., aqnatica L.i citrata Ehrli., genUlis L., hirsuta L., qui croissent dans nos campagnes ou sur les montagnes, sont plus ou moins employées dans les campagnes, aux mêmes usages que le M. pi péri ta.

- Menyanthes trifoliata iv. (Trèfle d'eau.) (tig. 74). — C'est cette curieuse plante aquatique à la délicieuse fleur blanc et rose, à la corolle, découpée en filigrane,

fébrifuge et antiscorbutique. Elle fait partie du vin et du sirop antiscorbutique; on l'a préconisée contre les aff"ections de la peau qu'on a de la peine à guérir. Enfin, en Angleterre, on la substitue parfois au houblon dans la fabrication de la bière. Linné dit même qu'en temps de disette les Lapons mangent ses rhizomes amers en guise de farine.

Mercurialis anmia L. (Mercuriale annuelle, Foirole ou Ramberge.)- C'est une mauvaise herbe très répan-

Fig. 74 — Menj-anthes trifoliata.

qui s'étale sur les bords de nos étangs et de nos cours d'eau et dont les feuilles trifoliolées olïrent un peu l'aspect du trèfle. C'est une Gentianée et comme toutes les plantes de cette famille elle renferme un principe amer, qui est utilisé en médecine. Elle est tonique, stomachique, antirhumatismale,

due dans les terrains cultivés et dont les fleurs vertes n'ont aucune apparence. Elle appartient à la famille des Euphorbiacées et constitue un remède populaire qui se prend comme purgatif et diurétique. Les feuilles, bouillies, servent à préparer des cataplasmes émollients. En Allemagne, on les mange quelquefois à la façon des épinards. On l'emploie surtout fraîche, car la dessication lui fait perdre presque toutes ses propriétés.

Elle fait partie du siroj) de longue vie de Swinger et fait la base du miel mefi'curial, administré à l'intérieur comme laxatif.

Merciirinlis 2>erennis L. (Mercuriale de montagne. Clou de chien) est l'espèce vivace; sa verdure est plus foncée et sa souche est traçante. Elle croît dans les bois et les taillis de nos régions montagneuses. C'est une plante évacuante, énergique et môme dangereuse quand elle est administrée à forte dose.

On peut donner sa décoction en lavement, ou bien faire cuire une pincée de ses feuilles dans une tasse de lait, i)our obtenir une boisson laxative douce et efficace.

Merisier, voir Prunus avium.

Meum athamantlncinn Jacq. (Méon) est une Ombellifère au feuillage très finement divisé, à la saveur très forte et aromatique, qui forme de grandes colonies dans certains territoires granitiques des Alpes, des Vosges et autres montagnes.

C'est une plante antiseptique et pectorale qui jouit d'une grande réputation dans les montagnes. M. Andrew nous a raconté qu'un berger des environs de

Buttes, qu'emportait une phtisie très avancée, s'en est entièrement guéri en mâchant de la racine de Méon. Dans les campagnes des Alpes on considère ses fruits comme aphrodisiaques même pour les animaux.

En Angleterre, on emploie communément son infusion pour les fièvres intermittentes.

Millepertuis, voir Hypericitm.

Les Monai'da coccinea Michx., fistulosa L. et dydima L. (fig.

75), sont trois belles Labiées vivaces, aromatiques, originaires de l'Amérique du Nord et qu'on cultive depuis longtemps pour l'ornementation de nos jardins. Tandis que la première a de belles fleurs d'un rouge écarlate brillant, dressées en huppe au sommet de la tige, la seconde a des fleurs violettes. Leurs feuilles froissées exhalent l'odeur de la menthe poivrée mêlée à celle du thym ou de la verveine odorante.

C'est une plante tonique et stimulante qu'on utilise encore comme fébrifuge.

On les cultive dans un sol léger et à mi-soleil. Monis alha L. et Morus nigra L., le Mûrier blanc

et le Mûrier noir, sont deux arbres étrangers à notre pays où ils sont cultivés depuis longtemps. Tous deux sont employés en médecine pour leur écorce, qui est amère, fébrifuge, purgative et vantée autrefois comme vermifuge. Le Mûrier noir a des fruits acidulés, astringents, rafraîchissants et dont on prépare un sirop qu'on utilise dans les affections fébriles et en gargarismes dans les inflammations de la gorge, les angines, etc.

Les feuilles du Mûrier blanc sont la meilleure nourriture à donner aux vers-à-soie.

Moutarde blanche ou noire, voir Sinapis. Muguet, voir Convallaria.

Mûrier, voir Moriis.

Myricaria Oermanica Desv. — C'est le Taniarix qui croît dans les sables arides le long dos torrents des Alpes et sur les plages do nos lacs. Les Sibériens utilisent SOS feuilles pour une sorte de thé et notre pharmacopée l'admet comme astringent et dépuratif. En Savoie son bois est utilisé comme diurétique.

Myrrhis odorataL.{Q>QVÏ(}\x\\ musqué, Cerfeuil d'Espagne.) — C'est une Ombellifère fortement odorante et aromatique dont l'odeur aniséc est très agréable. Ce cerfeuil, qui croît dans les bois de quelques contrées de l'Europe, est excitant et diurétique et on l'utilise pour faire un vin aromatique dont on lave les plaies et blessures. C'est, dit l'abbé Cariot, l'un dos premiers ingrédients dont est composé l'élixir dos Chartreux. Il était autrefois un condiment et un stimulant très usité; on le cultive (mcore, dans certaines contrées, pour l'usage

domestique. Sa racine, très développée, est fortement anisée. Toute la plante est carminative.

Le Myrrhis se plaît à l'ombre et au pied des vieux murs en décrépitude.

Myrtille, voir Vacciniiim Myrtillus L.

Myrtus communis L.

Du Myrte et du laurier le parfum se marie :

De tous deux nous ferons de frais bouquets pour toi.

Horace.

Le Myrte commun, plante des régions méditerranéennes qu'on cultive dans nos orangeries, est aujourd'hui peu usité en médecine. Jadis on utilisait ses fruits et ses feuilles comme toniques. La parfumerie l'utilise et en fait une eau qu'on vend en France sous le nom d'eau d'anges; on peut la préparer comme les eaux de rose, de sureau, et de toute autre fleur.

En Toscane, les graines tenaient jadis lieu de poivre; toutes les parties du Myrte étaient considérées comme astringentes.

Le Myrte, célèbre dans l'antiquité et cher aux poètes, était consacré à Vénus et aux nymphes. Les dieux lares et les divinités domestiques des plus humbles foyers en étaient couronnés ainsi que les vainqueurs des jeux isthmiques.

Narcissus pseudo-Narcissus L. (Jonquille, Faux- Narcisse, Fleur de coucou.) (fig. 76). — C'est ce Narcisse jaune qui fleurit au premier printemps et anime les pâturages de nos montagnes et de nos vallons. On emploie

avec succès la décoction préparée avec ses fleurs contre la coqueluche; h dose trop forte il devient un poison. Orfila range même le Faux-Narcisse parmi les plantes les plus dangereuses. Il atteint le système nerveux et

Fig. 76 — Narcisses.

la sensibilité se perd sous son influence. Les fleurs sont antispasmodiques et le bulbe est émétique.

Narcissits ])oetims L. (Narcisse, Dame, Jeannette, Genettes.) — Le Narcisse des poètes est une des plus

délicieuses fleurs de nos pâturages montagneux. Elle anime de ses fleurs blanches et odorantes les pentes qui dominent Clarens, dans les Alpes vaudoises, et elle y est si abondante que, vues de Lausanne et même de plus loin, ces pentes apparaissent comme couvertes de neige. Le parfum des Genettes est délicieux et on le sent de fort loin à l'époque de leur floraison.

Son bulbe, émétique, est encore employé dans plusieurs contrées.

La parfumerie en fait très grand cas et on le cultive en grand dans ce but.

Les Anciens consacraient sa fleur aux divinités infernales; on en faisait des guirlandes aux Furies.

Nasturtium officinale R. Br. (Cresson de fontaine.) — C'est le Cresson d'eau qui se cultive, en Allemagne depuis longtemps dans les environs d'Erfurt et d'où, dit-on, au commencement de ce siècle, les soldats français cantonnés dans cette ville, introduisirent la culture aux environs de Paris et de Riom.

Le Cresson de fontaine est stimulant, apéritif, diurétique, diapliorétique, expectorant et antiscorbutique. C'est un aliment excitant, d'une digestion facile, soit associé aux viandes rôties, soit seul en salade ou confit au vinaigre. Il convient particulièrement aux personnes atteintes du diabète car il renferme peu de principes amylacés. Il est excellent contre la toux et les bronchites, pris en infusion dans du lait bouillant et additionné de miel. A l'extérieur, le cresson pilé avec du saindoux, a guéri dans la campagne des enfants atteints de la teigne à qui l'on faisait boire du suc de la plante.

Les Nasturtium sylvestre R. Br. et amxoliybiim E. Br. sont des plantes indigènes qui peuvent se substituer au Cresson de fontaine et ont les mêmes propriétés que lui.

Nephrodmmfilix Mas Rich. (Aspidium filix Mas Sw., Polypodium filix Mas L.) (fig. 77). — C'est la Fougère mâle de nos bois, très répandue dans toute l'Europe. Ses bourgeons et ses grosses racines sont un remède contre les vers intestinaux. Ses frondes servent à faire des couchettes fortifiantes.

Chez les Anciens la î'ougère mâle a joui d'une très grande ré- })utation contre le tsenia, réputation qu'elle n'a point usurpée, car la médecine actuelle continue à l'utiliser dans ce but.

Nénufar, voir Nymi^lmea et Nuphar.

Nigella arvensis L. (Nielle, Poivrette.) — C'est une Renonculacée annuelle, qui croît dans les blés de l'Europe méridionale et dont les graines (graines noires des officines) étaient fort employées en médecine, autrefois. Les graines sont âcres et brûlantes. Introduites dans les dents gâtées elles apportent un soulagement certain dû à une dérivation de la sensibilité. A l'heure qu'il est on les utilise en cuisine

Fig. 78

Nigella damascena.

comme épices dans les assaisonnements sous le nom de

poivrette ou de Gith sauvage. Le N. Damascena L. (Cheveux de Vénus, Barbeau, Patte d'araignée, Nielle des jardins) (fig. 78) est cultivé pour ses belles fleurs bleu clair et aussi pour ses graines qu'on utilise, comme celles de l'espèce précédente et sous le nom de toute-épice. Mais ce sont surtout celles du N. sativa L. (Quatre épices) qui se cultivent au point de vue usuel et pour sa saveur poivrée. Les Orientaux

et les Egyptiens en font une grande consommation. En médecine ces graines sont considérées comme stimulantes. C'est probablement le Gith de l'Ecriture.

Noyer, voir Juglans.

Niiphar l2(teumSm.{ûg, 79) et Nympliaea alba L.

(Lys des étangs) (fig. 80) sont les Nénufars jaune

Fig. 79 — Nuphar luteum. ^ , , • , x i

et blanc qui étalent leurs belles roses à la surface de nos eaux tranquilles.

Ils étaient autrefois très réputés en médecine et figuraient au Codex. Ils ont de gros rhizomes gorgés de fécule, dont les paysans russes et finnois se nourrissent et qui est cependant assez astringente pour qu'on l'emploie à tanner les cuirs et à composer des décoctions contre la diarrhée.

Le Nénufar est mucilagineux, légèrement acre, un j)eu astringent, narcotique et calmant.

Cette plante a toute une histoire dans l'antiquité. La Mythologie grecque, les fables de l'Inde et les cultes de l'Egypte lui attribuaient une origine mystique et la médecine ancienne a doté ses fleurs de vertus qu'elles ne i)ossèdent guère. On les l)renait pour empêcher les insomnies et pour rendre à la voix un son agréable.

C'était la Colocase et le Lotus des Anciens et le fait que sa fleur sort et rentre dans l'eau au lever et au coucher du soleil la faisait passer pour être la favorite d'Apollon.

Ses graines se mangent sous le nom de Jèves d'Egypte on fèves pontiqiies; on en fait du pain dans certains pays.

Pline et Dioscoride vantent les propriétés antiaphrodisiaques des Nénufars et c'est cette réputation

— IfiS —

qui les a fait jouer un rôle important dans la vie des ascètes des premiers siècles.

Ocymum Basilicum L. (Basilic.) (fig. 81). — C'est une Labiée annuelle et très aromatique qu'on cultive dans les jardins et qui est un excellent condiment considéré comme digestif, fébrifuge, antiseptique et pectoral. L'huile essentielle est très énergique dans les cas de névrose atonique des organes digestifs.

C^^^^^^^^^- gente et résolutive. Les ^^-^'v., campagnards l'emploient

Fig. 81 — Ocymum Basilicum. (JanS IcS COUtUSlOUS, appliquée sur la plaie.

Orchis. (fig. 82). — Nous possédons, en Europe, une cinquantaine d'espèces d'Orchis. Ce sont de jolies Orchidées qui, si elles n'ont pas les brillants atours de leurs congénères tropicales, n'en sont pas moins intéressantes et gracieuses. On commence à les cultiver dans nos jardins et nos parcs et les amateurs de ces délicieuses filles de Flore deviennent chaque jour plus nombreux.

Il lui faut un sol léger et le soleil.

Ophioglossnm Viilgatum L. (Langue de serpent, Luciole. Herbe sans couture.) — C'est une Fougère curieuse et singulière qui croît dans nos prés humides et qui est estimée comme tonique, vulnéraire, astrin-

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