PREMIERS ESSAIS D'ÉTABLISSEMENT
Projets de I^icolas Houfil. — Édit de 1576 qui l'établit aux Enfants-Rouges.
L'idée première de la fondation du jardin appartient à un philanthrope, Nicolas Houël, marchand bourgeois de Paris, de la corporation des épiciers apothicaires, qui s'était fait une belle situation de fortune. Il avait le goût des sciences et des lettres et avait produit lui-même divers ouvrages, parmi lesquels un Traite de la Thériaque{\], N'ayant pas d'enfants, le désir lui vint de faire profiter de ses biens de pauvres orphelins abandonnés, qui seraient élevés dans les belles lettres et l'art de l'apothicairerie. Il projeta dès lors un établissement qui contiendrait un hôpital pour les pauvres malades, une officine pour la confection des médicaments et un jardin poui' la culture
(1) On cite aussi de lai, un Traité de la Peste, un ouvrage intitulé Pharmaceutices Libri duo (1571), une Hiêtoire des Français, et un manuscrit appartenant actuellement à la Bibliothèque nutionale, ayant pour titre : Hiêtoire de la royne Artemise, destiné à Catherine de Médicis (Guibourt» d'après Phillippe, Hist, des Apothicaires^ page 338, note 2).
et Tétude des simples. Il combinait ainsi ses vues charitables avec son désir dlnstruire et d'éduquer ses jeunes protégés.
C'est en 1576, sous le règne de Henri III, que Nicolas Houël fît sa requête au roi et demanda pour son établissement la portion encore existante de l'hôtel des Tournelles. Oe grand palais avait eu ime singulière destinée. Bâti vers Fan 1390, il avait été vendu tout d'abord au duc de Berry, frère de Charles V, puis cédé au duc d'Orléans, et était devenu propriété royale en 1417. Il était placé au bout de la rue Saint-Antoine, vis-à-vis la Bastille : c'est au pied de ses murs qu'avaient été établies les lices, dans lesquelles Henri II fut mortellement atteint par Montgomery. On avait porté dans l'hôtel même le roi blessé et il y était mort. L'hôtel avait été abandonné à la suite de ce sinistre événement et, en 1564, la reine Catherine, pour effacer ce souvenir, en avait ordonné la démolition. Il en restait encore ime partie, qu'Houël avait demandée pour réaliser son projet.
Henri III, admettant en principe la demande de Nicolas Houël, la transmit d'abord à l'examen des trésoriers de France et provoqua ensuite l'avis des présidents du Parlement, de la Chambre des comptes, de la Cour des aydes et gens du roy qui répondirent de la façon suivante :
« Veu par nous la requeste présentée au roi en son privé conseil par Nicolas Hoûel marchand apotiquaire-épicier et bourgeois de Paris, tendant à ce qu'il plaise à Sa Majesté donner à Dieu et aux pauvres ce qu'il reste à vendre de l'hostel des Tournelles, ancien séjour de ses prédécesseurs roys de France, pour y estre fondé, édifié et doté une maison de charité, en laquelle soit nourri et institué certain nombre d'enfans orphelins, premièrement à la piété et bonnes lettres, et par après en l'art d'apotiquairerie, et y soient préparées, fournies et administrées gratuitement toutes sortes de médicaments et remèdes convenables aux pauvres honteux de la ville et fauxbourgs de Paris, en leurs inârmitez et maladies ; advis donné sur le contenu en la dite requeste par les trésoriers de France suivant le renvoy
à eux fait par 8a Majesté, mémoires, instructions et remontrances du dît Houel, le tout à nous renvoyé par sa dite majesté, pour y dbiiner advis; et après avoir ouy sur ce aucuns des gouverneurs et commissaires du bureau des pauvres de la Trinité et Enfans Rouges de ceste ville; SOMMES d'advis, SOUS Ic bou plaisir du roy que le desseing du dict Hoiiel est sainct, louable et recommandable, et serait la fondation et institution du lieu mentionné en la dite requeste de grand fruict et utilité pour le secours des pauvres honteux et afDLigez de maladie, qui seraient en ce faisant gratuitement pensez, traitez et medicamentez en leurs infirmitez; tellement que ce serait œuvre plaisante et agréable à Dieu et grandement méritoire. Mais toute la difficulté git et consiste en l'exécution par deffault des moyens prompts, clairs et liquides pour pouvoir effectuer et accomplir ce qui est proposé par le dit Hoiiel, d'autapt qu'il ne se peut exécuter qu'avec grands frais, despence et employ de grandes sommes de deniers, tant pour la construction, que dotation du lieu et entretenement des personnes qui deserviront en iceluy. Pour à quoy fournir et satisfaire, on ne saurait distraire et défalquer du revenu de rhostel-Dieu aucune portion, pour appliquer au dit lieu, parce que ny le revenu ordinaire, ny le casuel du dit Hôtel-Dieu, n'est suffisant pour supporter les charges, et ne doit on fonder un lieu pieux par la dépouille et diminution d'un autre. Toutesfois s'il plaistàSa Majesté d'auctorité approuver la dite fondation, et de la faire emologuer et vérifier par sa coiir de parlement il ne faut pas désespérer de la grâce de Dieu, qui assiste toujours aux bons zèles et religieuses intentions; car sans toucher, prejudicier ou déroger aux autres fondations des lieux pitoyables de ceste ville et sans entrer en queste par les paroisses et églises, on pourra des aumosniers volontaires, et de la recherche des comptes des hostels-Dieu, léproseries, maladeries et confrairies de ce royaume, et des malversations commises par les gouverneurs et administrateurs d'icelles, recouvrer deniers suffisants pour le commencement de l'œuvre; qu'il faudra compasser et proportionner aux.
faeultez du lien ; et selon Taugmentation que Dieu y donni^ra, on ampliô^ra aussi Texercice. Et afin que par un prompt établissement on puisse inciter les personnes char ritables à y aumosner ou élargir de leurs biens, et aussi pour sauver une grande partie de la despense, on se pourra ayder et accommoder de la maison des Enfans Rouges» laquelle, par bonne Visitation qui en' a esté faicte, se trouve assez commode, capable et spacieuse, et laquelle outr^ ce y aurait accroissement de places voisines qu'on y pourra a(]youster avec le temps : joinct que par Testablissement qui s'y fera, ne sera point dérogée ni abolie la fondation de la dite maison, qui demeurera en son entier, estant les deux compatibles ensemble. Signé : De Thou, premier président, Seguier, Nicolas de Nully, De Thou, La Guesle et Brisson (1). »
Ainsi donc, rétablissement projeté était renvoyé à la maison des Enfants - Rouges , fondation, établie par François P', en 1536, à la demande de sa sœur, Marguerite de Navarre, émue de compassion pour les « pauvretez, misères et calamitez » des petits enfants ,« délaissez de leurs père et mère malades, étrangers ou morts en FHôtel-Dieu. » Trois mille six cents livres, provenant des amendes appliquées « aux délinquants au fait d'usure » avaient servi à acheter et à établir la maison. Les enfants légitimes des parents étrangers à Paris y étaient seuls reçus (2). Ils étaient appelés, de par la volonté du roi, les Enfants- Dieu, et habillés de robes et vêtements de drap rouge <* en signe de charité, » d*où le nom d'Enfants rouges, que leur donnait le peuple et qui resta à la maison (3).
(1) Voir Félibien. HisL de Paris, t. III, p. 721.
(2) Ceux de Paris trouvaient place- à l'hôpital du Saint-Esprit. Les bâtards étaient recueillis par les Doyen, Ghaaoinçs et Chapitre de Paris, habitués à les faire nourrir pour l'bonneujr de Dieu.
' (3) Voir Félibien. Ibid., t. II, p. 995, et t. UI, p. 614. Voir aussi Sauvai, op. cit., I, 594. La fondation de l'hôpital se voit représentée, dit cet auteur, dans une des vitres du chœur, où le Roi, Marguerite,
Gette institution était placée à côté du Temple, dans la rue Portefoin, entre cette rue et la rue Pastourelle, à très peu près dans Fendroit où se trouve maintenant le marché des Enfants-Rouges. Les plans principaux de Paris du XV® au XVIP siècle en indiquent très exactement la place (1).
Henri III ne perdit pas de vue cette délibération : dès le 2 octobre, par un édit enregistré au Parlement le 18 décembre de la même année, il ordonna la fondation de la maison de charité. En outre des lettres de commission, données à Blois le 20 janvier 1577 et adressées au premier président de la Cour, de Thou, et aux présidents Pierre Séguier et Bernard Prévost recommandent la recherche des malversations commises dans les hôpitaux, et le dépôt des amendes entre les mains du receveur qui doit les employer à Tœuvre de Nicolas Houël (2).
Nous n'avons aucun renseignement sur le passage de Nicolas Houël dans la maison des Enfants-Rouges : nous ignorons également pourquoi il en sortit au bout de très , peu de temps et demanda à transporter sa maison de charité dans un faubourg lointain, du côté de Saint-Marcel. L'institution des Enfants-Rouges existait concurremment avec celle des orphelins de Houël : c'est ce qui résulte de l'avis que nous avons transcrit plus haut. Peut-être y eût-il des difficultés avec le directeur de l'œuvre ancienne ; Phillippe le dit positivement, mais il ne prouve pas son affirmation. Le seul document que nous connaissions sur
reine de Navarre, et Briçonnet (qui avait été chargé par le roi d'établir la maison), sont peints excellemment d'après le naturel...
Voir également Dulaure, Hist. de Paris, III, 362, qui dit que l'hôpital fut supprimé en 1772. C'est sur une partie de son emplacement qu'on a ouvert la rue de Molay, entre la rue Portefoin et celle de la Gorderie.
(1) Voir Jaillot. Rech.^ t. III, quartier XIV», p. 27-28, avec la carte qui indique bien l'emplacement des Enfants-Rouges. C'est de ce plan que nous ayons extrait la partie ci-dessus représentée qui contient le Temple et l'ancien hôpital des Enfants-Rouges. Du reste les cartes des XVI* et XVII* siècles montrent toutes cette maison à côté du Temple. Voir, en particulier, le plan dit de Saint-Victor en 1555, celui de Belleforest en 1575, où sont représentés les monuments, etc., etc. i
(2) FéUbien. Eût. de Paris, t. III, p. 722 et 723. 1
ce sujet est un arrêt du 19 août 1577, sur lequel nous reviendrons plus loin, et où il est dit que « pour ce qu'il estoit besoin et nécessaire pour le soulagement des pauvres y avoir un autre endroit de la ville ou fauxbourg pour exercer môme piété, s'était trouvé un hospital de Loursine en fauxbourg Saint-Marcel désert et abandonné par mauvaise conduitte, tout ruiné, les pauvres non logés, le service divin non dit ny célébré (1). » C'est là que Nicolas Houël fût transporté et établi par arrêt de la Cour. C'est là que nous allons le suivre, sur le terrain qui deviendra le point de départ du jardin des apothicaires.
Houel an faubourg Saint-Marcel. — Fondation à l'ancien hôpital de Lourcine de la maison de la Charité chrétienne. — Mort de Houël.
Le quartier dans lequel allait s'établir la nouvelle maison de charité était au sud-ouest de Paris, en dehors de renceinte méridionale, au delà de la porte Bordelle.
L'église Saint-Marcel, fondée au IX® siècle, était devenue un centre autour duquel s'était formé un groupe d'habitations assez considérable pour mériter à un moment le nom de ville. Félibien (2) cite encore, àladate de 1636, la rue de la Vieille- Ville-Saint-Marcel. Guillebert, de Metz, qui écrivait en 1432, dit de ce bourg : « Il y a fossez hors moult grands comme ce feust une ville à part. » Des portes, correspondant probablement aux murs et fossés, sont signalées tout autour dans les vieux plans (3).
La voie la plus intéressante pour nous, dans ce quartier Saint-Marceau, est la rue de Lourcine, dont, malgré les
(1) FéUbien. liist, de Paris, t. V, p. 5.
(2) Félibien. Hist, de Paris, Vf, page 140.
(3) Voyez sur ce sujet : Bonnardot. Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris, Paris, 1852, p. 173 et 174*
récents remaniements, on peut se faire encore une idée assez juste (1). Elle commençait à la rue Mouffetard^ un peu après Téglise Saint-Médard, au pont des TrippeSf et se dirigeait en ondulant vers le couvent des Corde* lières, devenu, en 1836, l'hôpital de Lourcine, et toul récemment l'hôpital Broca; la rivière de Bièvre, qu'oa appelait aussi des Gobelins, serpentait à une certaine di» tance de cette rue. Vis-à-vis, aboutissant à la rue MouflEfrtard, se trouvait la rue de TArbalète, sur laquelle arrivai obliquement la rue des Postes, aujourd'hui rue Lhomond. Entre la rue Saint-Jacques et la rue de l'Arbalète existaient, avant la Révolution, une foule d'établissements religieux; la carte de Jouvin de Rochefort, qui donne le plan de
(1) Dulaure {Hist. de PariSy l, 78) donne comme étymologie k Loureine, loco cinerum, du nom d'un territoire appelé dans un titre de l'an l!246, terra de loco cinerum. Cependant Jaillot {Recherches^ IV, p. 275) fait obsM>ver qu'on cite dans la même année deux endroits distincts dont l'un, Locut cinerum est d'après lui le lieu oîi la rue de Polivcaux a été ouverte, et l'autre, Laorcinij Lorcini serait la rue de Lourcine. Dans un acte de vente de 1182, on trouve prope ulmum de Laorcinis: les titres de Sainte-Geneviève disent, en 1248 et 1250, in LorciniSy de LaorciniSf et en 1259, apud Lorcinos (De la Tynna. Dict. des rues de Paris).
Sauvai {Hisù. des Antiq,, I, 148) dit : La rue de Loursine est nommée
* Vicus de Lorsinis et Vicus de Lorcinis dans le testament de Galien, de Pise, chanoine de Saint-Omer, fondateur des Gordeliers de Saint-Marceau, passé en 1287. Tellement que son premier nom est la rue Lorsine^ dont on a fait Loursine, En 1404, on l'appelle la Ville de Loursine lès SaintrMarcel : depuis, la rue du Clos de Ganay, à cause du chancelier de Ganay qui y avait une maison de plaisance; et quelquefois on la nomme la rue de Franchise, parce qu'étant situé dans le fief de Loursine, qui appartient à l'hôpital de Saint-Jean-
• de-Latran, les compagnons artisans peuvent y travailler sous l'autorité di commandeur de cet hôpital, sans que les maîtres puissent les en empêcher. Dans les différents plans de Paris le nom de la rue s'écrit de diverses manières : Lourcine, Loursine, L'Oursine, Lorsine, TOrsine, TUrsine. Le nom le plus correct serait, d'après les anciens titres, Lorcine^ mais dans l'usage Vo ft*est changé en ou et nous adopterons le mot plus courant LourcinCf qui est donné par les plans les plus récents de Paris, jusqu'en 1891. À partir de cette
année c'est la rue Broca,
(Explication de la figure ci-pontre, reproduction d'une partie du plan de Bàle, qui donne la topographie de Paris en 1552.)
La partie centrale, entourée de la rue Saint-liiMUte «t des Teinturiers dans le
Paris en 1676, montre ainsi le long de la rue Saint- JacH ques, près des Augustins, le couvent de la Visitation, atte*| nant aux Ursulines, qui elles-mêmes touchent aux Feuiln lantines, au-dessus du Val-de-Grâce. Plus bas, vers lei boulevard Port- Royal actuel, les Capucines, faisant face à| Port-Royal. Entre ces maisons et la rue de TArbalète, lesi Pilles de la Présentation Notre-Dame et les Filles de la Providence.
La rue de Lourcine, un peu après son point de détachement de Mo ufFetard,. donnait accès, sur sa gauche, à l'hôpital Saint-Marcel, qu'on appelait aussi de Lourcine et qui, occupait un assez grand espace entre la rue et la rivière : il était compris entre des maisons particulières et Thôtel Zone, appartenant au commandeur de Saint-Jean-de- Latran, et nommé par le peuple Hôtel Jaune (1).
L'hôpital datait du XIIP siècle. Il avait été fondé par
haut, de la nie de Lourcine (appelée rue des Cordelières) dans le bas, à gauche d'une partie de la rue Mouffetard, est celle qui contient l'hôpital de Lourcine dési> gné ici sous le simple nom de l'hôpital; cet îlot est coupé en deux par la Bièvre. Au-dessous, séparé parla rue de Lourcine, se trouve l'ilot qui contient les Vieux Fossés et dont une partie deviendra plus tard le Jardin des Apothicaires. U est limité dans le bas par la rue de l'Arbalète, à. droite par la rue des Lionnais, à gauche par la rue Mou£fetard. La rue des Postes, dont on voit une petite portion dans le bas, tout à côté et tout près de la rue Mouffetard, aboutit à la rue de l'Arbalète. Le terrain vague et inutil désigné sous le nom des Vieux Fossés commençait au mur construit sur la rue de Lourcine, percé d'une porte cintrée : il s'étendait le long des maisons jusqu'à la rue de l'Arbalète, dans l'intervalle des habitations, au mur placé à peu près^vis-à-vis la rue des Postes. Dans la carte de Braun, du XIV* [siècle, une porte est nettement indiquée en cet endroit et deux autres dans la rue de Lourcine, dont une presque au niveau de la petite porte cintrée du mur. A l'extrémité de la rue Mouffetard on aperçoit une porte très évidente et un peu plus bas une autre porte sur la môme rue. Elles appartenaient au système de fortifications de la ville ou bourg Saint-Marcel.
(1) On lit dans Félibien {Hist. de PariSy p. 201) : Le commandeur de cet hôpital (Saint-Jean de Latran, commanderie des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, depuis dit de Rhodes, et enfin de Malte) a deux maisons de plaisir, l'une à la rue de Lourcine, au faubourg Saint-Marceau, appelé Vhôtel Jaune, par corruption pour VHôtel Zone, l'autre hors la fausse porte Saint-Jacques, sur le grand chemin de Bourg-la-Reine, qu'on nomme la maison de la Tombe-Yssoire.
Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, et/ était déjà en 1292 un établissement important (1). Au siècle suivant, il appartenait à Guillaume de Ghanac, évêque de Paris et patriarche d'Alexandrie ; ce qui lui avait fait don-, ner le nom d'Hôtel-Dieu du Patriarche (2). Enfin il était, occupé avant 1559 par le frère de Pierre Galland, principal du collège de Boncourt et connu par son intervention dans les troubles des étudiants contre les abbés de Saint-. Germain-des-Prés (3).
A cette époque (1559) THôtel-Dieu était envahi par des sy-, philitiques, qu'on était obligé, faute de place, de faire cou-, cher avec des malades non infectés du même mal. Les administrateurs s'étant plaint au Parlement de cette situation lamentable, la Cour décida que ces véroles seraient évacués sur l'hôpital de Lourcine, au faubourg Saint-Marceau, pour y être nourris, logés, médicamentés, et qu'à cet effet, ce. lieu de Lourcine serait saisi, mis en les mains du roi avec revenus, et qu'on y établirait des commissaires qui en feraient la régie et en rendraient compte (4).
Un de ces commissaires, Antoine de la Rivoire, maître et administrateur de l'Hôtel-Dieu de Saint-Màrcel-lès- Paris, adresse, vers la fin de l'année 1560, une requête à la Cour du Parlement tendant « à ce que certain lieu vague et inutil étant des appartenances dudit hotel-Dieu en avant d'icelle, contenant trois quartiers de terre ou environ appelé les Vieux-Fossez, tenant d'une part à la rue dés Postes et de l'Arbalète et à la rue de Lursine d'autre,
(1) Voir Perchaux. Histoire de V Hôpital de Lourcine. (Thèse de Doctorat en médecine.) Paris, 1890, p. 31.
(2) Jaillot. Recherches, IV, 84.
(3.) Nous trouvons dans les documents des Archives nationales que Pierre Galland, principal du collège de Boncourt, est poursuivi par le Procureur général pour 300 livres de reliquat dans la reddition des comptes de son frère. Mais comme son frère a laissé de l'argent à l'hôpital et 1100 livres pour marier de pauvres filles, Pierre Galland est tenu quitte pour 100 francs versés au Bureau des pauvres. (Arrêt du 23 mars 1561, manuscrit Z°»S. Table des arrêts du Parlement relatifs aux hôpitaux de Paris, p. 85.)
(4) Félibien. Hist. de Pans, II, p. 1071.
fut potir raugmeatatioû et retenu dudit hotel baillé k rentes au plus offrant et dernier enchérisseur. » La Cour, après avoir prescrit l'examen et le toisage de cette portion de terrain, approuve la demande et prescrit le bail par arrêt du 2 janvier 1561 (I).
Cette dépendance de Thôpital, placée de l'autre côté de la rue de Lourcine doit être notée avec soin. Nous aurons à y insister plus tard (2).
L'administration, établie en 1559, ne parait point avoir été profitable à Thôpital. Nous avons vu en effet, par une des phrases de l'arrêt qui transporte Houël de la maison des Enfants-Rouges à l'hôpital de Lourcine, dans quel état d'abandon était cet établissement.
Ce ne fut pas cependant sans difficultés qu'Houôl put en prendre possession. Il trouva sur son chemin le chapelain Marin Roussel et le commissaire de l'évêque de Paris, se disant l'un et l'autre administrateurs. La Cour de Paris, le jeudi 29 août 1577, appela devant elle les deux opposants (3) ; décida, par arrêt de janvier 1578, que sur les
(i) Archives nationales, manuscrit Z'^ S., p. 85.
(2) La désignation de Vieux Fossés pour cet endroit vague et inutil, nous a longtemps intrigué. II a dû y avoir en effet en ce point des fossés de fortification : or on ne saurait évidemment les rapporter, au moins au XVI* siècle, à l'enceinte de Paris, qui est resté longtemps du côté de TUniversité ou de la rive gauche la vieille enceinte de Philippe-Auguste. 11 est beaucoup plus logique d*y voir des restes de fossés ou de fortifications de la ville Saint- Marcel. Nous avons dit plus haut, d'après Bonnardot, que ces fortifications ont existé autour de Saint-Marcel ; nous avons ajouté que certains plans portent encore la figure d'anciennes portes. Sur le plan de Braun (Paris en 1530), on distingue deux de ces portes très intéressantes à notre point de vue. Elles sont en effet exactement aux deux extrémités des Vieux-Fossés, l'une dans la rue de Lourcine, l'autre placée en travers de la rue de l'Arbalète, près de l'endroit où la rue des Postes y débouche. Je ne sais, dit M. Bonnardot {Anciennes enceintes de Paris, p. 173), si on doit la considérer comme une des entrées de la ville Saint-Marcel. Selon La Tynna, la rue de l'Arbalète se nommait, au XVI* siècle, rue de la Porte de l'Arbalète, sans doute à cause de la porte signalée plus haut. Les deux portes de Lourcine et de l'Arbalète me paraissent indiquer très suffisamment d'anciennes fortifications ou tout au moins d'anciens fossés entre les deux.
(3) Félibien, op, cit., V, p. 5.
lUS de rhôpital, 80 livres seraient données au bureau )auvres et le reste des revenus à la Charité Chrée (1). Le 12 avril de la même année, Houêl est instar les délégués du Parlement dans l'hôpital (2) qui, moment, prend le nom de maison ou hôpital de la é Chrétienne.
Ique dûment établi par l'autorité, le nouveau direcit encore plus d'un ennui. Les anciens administral'avaient point acquitté leurs dettes vis-à-vis du oureau des pauvres ; il restait dû, à la Saint-Remy 1578, vingt-neuf années d'arérages que, par arrêt de mai 1578 (3), le Parlement condamne les administrateurs à acquitter- A la suite de ce jugement, saisie fut faite sur les vignes et loyers de l'hôpital. Houël, alors intendant et gouverneur de la Charité Chrétienne, réclama contre cette saisie, et la Cour lui donna gain de causé, le 12 septembre 1578, en décidant que le bureau des pauvres devait s'adresser, pour les années antérieures à 1578, aux locataires et aux administrateurs précédents. Quant à Houël, il n'aura qu'à payer les 80 livres de la présente année et continuer les années suivantes à verser la même somme (4).
Libre enfin, ou à peu près, de tous ces embarras (5), Houël s'appliqua à relever l'hôpital de ses ruines. Mais il eut contre lui, dès le commencement de ses travaux, à compter avec les intempéries. En 1579, dans la nuit du mercredi !•' avril, une inondation extraordinaire de la Bièvre vint détruire une grande partie de son œuvre : les eaux s'élevèrent à une hauteur considérable, endommageant tous les
(1) Arrêt conservé dans les Archives nationales, loc. cit.
(S) Pièces indiquées dans l*arrét de 16St4 {Archives de VÉcole).
(3) Archives nationales, loc. cit.
(4) Archives nationales, loc. cit.
(5) Les dissensions intestines continuaient entre le chapelain Marin Roussel et Poissonnet, commissaire de l'évêque soy disant de son côté chapelain et administrateur. Le -Parlement eut à intei*venir pour mettre Marin Roussel à la raison (Arrêt du 16 janvier 1578). Archives nationales, arrêts relatifs aux hôpitaux de Paris, n" IX", x-615.
bâtiments de la Charité Chrétienne, et ne baissèrent qu'ai bout de trente heures. Toutes les chroniques du temps ont transmis le souvenir de cette inondation, que Foi appela : Déluge du faubourg Saint-Marcel. L'événement fil assez de sensation pour que le Parlement en corps vint, le samedi 1 1 avril, à la grande église de Notre-Dame, où fut dite messe solennelle avec prière à Dieu pour apaiser sa colère et à même fin fut le lundi suivant faite une procession générale à Paris (1).
Houël avait, à part le roi, de puissants protecteurs. Le cardinal de Bourbon, en 1578, octroyait un pardon (2) à la maison de la Charité Chrétienne et promettait des indulgences à ceux qui adresseraient leurs dons à cet établissement. M™* de Dampierre était parmi les bienfaiteurs de l'œuvre. En outre la reine, Louise de Lorraine, visita l'hôpital en 1580, et Houël, en lui adressant ses compliments et remerciements (3), lui fit hommage de son advertissement et déclaration de la maison de la Charité Chré-' tienne (4). Ce petit traité est fort intéressant en ce qu'il nous donne une idée de ce que comportait la fondation de Houël.
(1) Du Vendredy X avril (1579). Ce jour la cour ayant mandé le grand Vicaire de Fevesque de Paris et oy, a arrêté et ordonné que pour appaiser rire de Dieu, qui commence punir le peuple par grandes inondations d'eaulx, mesme de celles advenues l'année précédente et ceste cy aux fauxbourgs Saint- Marcel, oïl sont demeurées plusieurs personnes, femmes, enfants, bestial, non seulement audict fauxbourg, mais des villages estant sur des petites rivières
au-dessus , que demain elle se lèvera à dix heures, pour aller en
robbes noires de ce palais en Téglise de Paris avec les prévost des M. et eschevins d'icelle ville, oyr la messe et faire prière à Dieu, à ce qu'il lui playse avoir pitié du peuple et le préserver du danger. (Félibien, op. cit.^ V, 9.)
(2) Voir le texte du Pardon dans Félibien, op, cit. y III, 729.
(3) Lettre de Houël k la Reine très chrétienne et très illustre et charitable princesse Loyse de Lorraine, royne de France; in Félibien, op, cit., 111,1 page 727.
(4) Âdvertissement et déclaration de l'institution de la maison de la Charité- Chrestienne establie ez fauxbourgs Saint-Marcel par Tauthorité du roy et sa Cour de Parlement en 1578, par Nicolas Houël, marcliand bourgeois de Paris, premier inventeur de ladicte maison, intendant et gouverneur d'icelle; imprimé à Paris, chez Chevillot en 1580. Félibien, op. cit., III, 727.
La maison, y est-il dit, contient cinq membres :
1*» La chapelle dans laquelle se fait le service divin;
2** Xi 'institution des orphelins destinés à être instruits en belles lettres et apothicairerie ;
3** Une apothicairerie garnie de médicaments pour le traitement des pauvres honteux ;
4<* Le jardin des Simples, lequel, à Timitation de celui de la ville de Padoue, sera rempli de plusieurs beaux arbres fruitiers et plantes odoriférantes rares et requises, et de diverses espèces, servant à l'usage de médecine pour le ^secours des malades tant riches que pauvres, qui apportera un grand profit et une grande décoration à la ville de Paris;
5** Le cinquième membre est un hôpital nouvellement bâti et édifié, contigu à ladite maison de Charité, auxquels par chacun jour ont logé les pauvres honteux passant leuf chemin.
Toutes ces parties étaient situées entre la rue de Lourcine et la Bièvre. « Le déluge et inondation îes eaux advenues, ezdicts fauxbourgs a grandement endommagé ladicte maison de Charité et spécialement Tapothicairerie et jardin des Simples, qui était bien commencé et fort advencé; toutefois, nous espérons avec la grâce de Dieu et aide des gens de bieu de le bientôt rétablir. »
Houël dut sm^tout compter pour cela sur ses ressources personnelles. Les fonds que lui avaient attribués les édits de Henri III étaient fort aléatoires. D'ailleurs des lettres de commission pour le Parlement, données par le roi le 14 juin 1584, ordonnent de cesser les recherches entreprises dans ce but (1). D^^iutre part, de nouveaux conflits durent se produire et Houël trouver sur sa route des obstacles que nous ignorons. Car Henri III fut obligé d'adresser, le 8 mai 1585, des lettres de commission au Grand Conseil pour le défendre contre le trouble nouvellement soulevé par quelques prétendants sans aucune cause valable. Le roi rappelle dans cette pièce importante qu'Houël a dépensé
■pf »
(1) FéUbien, ojo. cit., VI, p. 724.
de ses propres deniers plus de 2000 écus sol, et il recommande qu'on le maintienne et conserve dans « la plaine ei paisible possession et jouissance de ladite maison de Charité, ses appartenances et dépendances quelconques (1). » Houël paraît avoir été, dans les dernières années, débordé par les exigences de son œuvre. Il survécut peu à Tarrét de 1585, et mourut en Tannée 1587. Si, par suite des difficultés du temps, il ne put remplir son programme, il en avait du moins établi les bases. Il laissait en état la chapelle, qu'il avait relevée, à Pabri de l'eau, au-dessus de plusieurs marches, dans la partie la plus élevée de terrain; il avait réparé la maison destinée à son institution et à Tapothicairerie, il avait enfin bâti nouvellement la partie qu'il appelait l'hôpital. Il existait en outre, en avant de la chapelle, une petite maison, avec un petit jardin y attenant, et le grand clos descendant en pente jusqu'à la Bièvre. Nous allons voir ce qu'en firent ses successeurs.
Successeurs de Houël. — Audens et Catherine Vallée. — Prétentionsnombreuses autour de la fondation de Houël. — Ârrét de I6â4.
Le successeur immédiat de Houël, fut Audens, maître apothicaire, chargé de l'administration de l'hôpital par des lettres de provision du 11 octobre 1587 (2). En 1588, il épousa Catherine Vallée, veuve de Houël, et fut installé à la Charité Chrétienne, en mai de la même année, par un des commissaires de la Cour (3).
Cependant Henri III, le protecteur de l'œuvre, avait été assassiné en 1589 et, au milieu des troubles qui n'avaient
(1) Félibien, op. cit., m, p. 726.
(S) Gela résulte de l'arrêt de 1624 et des pièces qui y sont mentionnées.
(3) Cela résulte aussi des pièces mentionnées dans l'arrêt.
fait qu'augmenter, les ressources manquaient à la maison de Charité. Henri IV, désireux de récompenser les services de ses soldats, détourna les fonds de leur destination primitive, et, devançant l'idée d'un Hôtel des Invalides, établit dans Thôpital du faubourg Saint-Marcel les pauvres gentilshommes et soldats blessés pour y être nourris, pansés et médicamentés. Cette situation nouvelle devait fatalement amener des conflits entre Audens, jusqae-là seul administrateur, et le sieur Musnier, procureur général des soldats estropiés, qui prétendait à la direction de la maison. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver et l'affaire fut portée devant le Conseil privé du roi. L'arrêt rendu en mai 1596, confirme l'établissement des Invalides et porte qu' Audens continuera à être administrateur de la maison pour servir et avoir, aux despens d'içelle, un apothicaire pour le secours desdits soldats. Mais ce n'est plus lui qui [dirige. C'est Musnier qui doit toucher les fonds, et c'est ?entre les mains de ce rival qu' Audens doit remettre les Ipapiers, lettres et titres nécessaires pour le recouvrement du ^revenu (1). En octobre 1597, des lettres patentes du roi (2) i-conflrment la fondation de Henri IV qui, en juin 1600 (3), ^décide que non seulement les invalides seront pansés, nourris et médicamentés, mais qu'ils seront aussi logés « pour y demeurer et faire leur habitation ». En 1604, en 1606, deux édits du roy (4) prescrivent les mesures nécessaires pour recueillir les fonds affectés à la fondation, et indiquent en même temps la création d'un ordre particulier pour les invalides (5).
(1) Arrest du Conseil privé du Roy du 6 mars 1596. Voir Félibien. Op. cit., m, p. 729 et 730.
(2) Le texte en est tout au long dans Félibien. Op., cit., III, 730.
(3) FéUbien. III, 731.
(4) Félibien. IV, 28 et 30.
(5) Une note manuscrite de Julliot (Balthazar), garde en charge en 1767, porte :
Les Estropiés ou Invalides reçus dans Thôpital de la Charité Chrétienne de Nicolas Houêl portaient sur leur habit au côté gauche un ordre établi par le roy qui était une croix ancrée de satin blanc en broderie orlée et brodée de
Dans ces conjonctures, d'autres prétentions se font jour. Ce sont celles des chapelains, qui demandent d'abord la possession de la chapelle et de la maison et jardin y attenants, et peu à peu en arrivent à demander les titres de fondation de la chapelle et de l'hôpital. C'est ainsi que des contestations s'élèvent entre Audens et Jean Pellegrin, chapelain. En 1608, Audens est condamné à rendre compte du revenu de la maison de Charité, à verser 300 livres entre les mains des marguilliers de Saint-Médard pour réparations à l'hôpital. En 1613, il doit laisser s'établir dans la maison le prêtre Jean HouUe, commis par Pellegrin pour desservir la chapelle (1).
Au milieu de toutes ces difficultés, Audens montre une ténacité et une volonté singulières. Malgré les arrêts qui,i diverses époques, lui ordonnent de déposer les titres dei fondation qui doivent permettre de toucher les revenus, il continue à ne pas s'en dessaisir. Bien plus, à diverses reprises, l'autorité établit des pharmaciens chargés de remplir ses fonctions. En 1604, Galliot de Jouifrion, l'uii des apothicaires de Sa Majesté, est nommé à l'état et charge d'apothicaire de la maison de Charité (2) ; en décembre 1618, Jacques Penicher, maître apothicairede Paris, reçoit un brevet de Sa Majesté (3) pour servir les blessés et estro-! pies comme faisaient le prieur Jouffrion et autres, ses pré-
bleu céleste ; au milieu de cette croix un lozange de satin aussi de couleur: bleue céleste chargée d'une fleur de lys d'or; on y lisait ces mots tracés en bro-i derie d'or pour avoir fidèlement servi. Henri IV dans son édit de juillet 1604 dont nous avons parlé fait mention de cet ordre de Chevalerie que portaient lesdits Invalides, aussi bien dans celui de 1606; mais cet ordre de Chevalerie ou cette marque d'honneur n'a pas été connue longtemps, puisque par l'arrêt du Conseil de 1611 lesdits Invalides reçurent l'ordre de se retirer chacun en son païs avec 100 louis qu'on leur donnât et l'édit de 1606 fut révoqué. (Tiré d'un volume manuscrit des Archives de VÉcolCj intitulé : Notes historiques^ par Julliot et autres.)
(1) Voyez les préliminaires de l'arrêt de 1624.
(â) Préliminaires de l'arrêt de 1624.
(3) Brevet mentionné dans une pièce manuscrite de l'École — extraite des registres du Conseil d'État, 29 décembre 1708 — et contenue dans un Yolume manuscrit intitulé i Arrêts du Conseil du Roi^ 1614 à 1777.
iécesseurs. Malgré tout, Audens reste le maître et le directeur des fonds jusqu'au moment (16 mars 1624) où il donne sa. démission. C'était à la veille de l'arrêt de 1624, qui est 3 ans l'histoire de la maison de la Charité Chrétienne un des actes de la plus haute importance (1).
Il résume en effet et ramène à leur juste valeur toutes les prétentions qui s'étaient élevées autour de la fondation de Houël. Depuis 1611, les invalides avaient été transportés à Bicêtre ou envoyés dans leur famille avec une pension, et l'idée primitive d'Houël pouvait enfin se réaliser. Mais bien des concurrents s'offraient pour en prendre la direction. Indiquons les rivaux en présence :
l* Tout d'abord, Gabriel de Lacona, le successeur de Pellegrin, chapelain de la Charité Chrétienne. Il demande h être maintenu en la possession et jouissance de la maison et jardin attenants à la chapelle; il réclame en outre les titres de fondation et de dotation détenus par Audens; p.nfin, il veut obtenir main-levée de la saisie faite, par le fait d' Audens et de sa femme, des loyers d'une petite maison appartenant à la Charité ;
2** Jean Desgranges pourvu, depuis la démission d' Audens, de l'administration de l'hôpital, demande que la maison de la Charité Chrétienne soit mise en l'état où elle était en 1608;
3° Michel Dallard, maître apothicaire de Paris, réclame l'administration de l'hôpital pour remplir le désir de Houël et instruire les pauvres enfants en l'art d'apothicairerie;
4® La communauté des maîtres des petites écoles pense que c'est à elle que revient la fonction d'instruire ces jeunes orphelins;
5** Les recteur, doyens et suppôts de l'Université se regardent comme naturellement investis de cette mission;
6** Enfin, les docteurs régents en la Faculté de médecine ne mettent pas en doute que le devoir d'instruire en pharmacie les enfants recueillis dans la maison ne leur
(1) Cet arrêt est dans les Archives de l'École, transcrit sur parchemin.
incombe tout spécialement. Ils offrent de planter le jardin^ dépendant de l'hôpital de toutes sortes de simples et d'her-! bes nécessaires tant à renseignement qu'à la compositioD{ des remèdes employés dans Thôpital.
Le Grand Conseil, chargé d'examiner toutes ces deman*^ des, rendit, le 10 septembre 1624, sur le rapport de M. Lemaitre, un arrêt qui apporta un peu d'ordre et de lumière dans cette confusion.
Il commence par écarter les offres des maîtres des petites écoles, celles de l'Université et de la Faculté de médecine, \ et, revenant à la pensée charitable de Houël, il ordonne que la fondation de Fan 1576 sera entretenue à l'hôpital. Pour cela il sera procédé au bail judiciaire du revenu du dit hôpital au plus offrant et dernier enchérisseur. Les deniers provenant de cette ferme seront destinés à Toeuvre de Houël. Les maîtres et gardes de la communauté des apothicaires présenteront, de trois en trois ans, trois maîtres dont l'un sera désigné par le grand aumônier de France pour résider à l'hôpital durant ses trois ans, et distribuer aux pauvres nécessiteux les médicaments ordonnés par deux médecins, qui, deux fois la semaine, feront à l'hôpital des consultations gratuites. Enfin, les maîtres et gardes apothicaires planteront, suivant leurs offres, le clos et le jardin de l'hôpital de toutes sortes de simples et herbes nécessaires pour la composition des médicaments.
Le chapelain Lacona jouira de la maison et du jardin attenant à la chapelle et de six vingt livres sur la ferme des revenus, à la charge d'entretenir en bon et suffisant état chapelle, maison et jardin. Il lui est en même temps prescrit de se faire ordonner prêtre, aussitôt qu'il aura rage requis.
Quant à Audens, il est durement frappé par cet arrêt : condamné à représenter dans huit jours tous les papiers, titres et renseignements se rapportant à la fondation ; à consigner entre les mains d'un notable de cette ville 2.000 livres pour être employées aux réparations de la chapelle, maison et hôpital; à rendre entre les mains du procureur général tous les comptes de Houël et tous ceux
de sa propre administration jusqu^au moment de sa démission ; et à tout cela « sera contraint par toute voye, même par emprisonnement de sa personne ».
Le malheureux fut, en effet, faute de satisfaire au dépôt des 2.000 livres, emprisonné « es prisons du fort Levesque » (1) ; il en sortit bientôt après ; on lui accordait six mois pour rendre ses comptes. Le 3 avril 1625, il donna rétat de revenu de la maison, consistant en immeubles sur place, en maison et terres à Corbeil, à Yvry-sur-8eine et à Villejuif, en rentes, le tout montant, en dehors des maisons et jardins du faubourg Saint-Marcel, à environ 250 livres, puis il rentra dans l'obscurité ; il ne fut plus question de lui dans la gestion de ToBuvre qu'il avait si longtemps dirigée (2).
A partir de 1624, grâce à l'arrêt du Grand Conseil, les situations deviennent beaucoup plus nettes. En octobre
(1) Requeste du Procureur général au Grand Conseil pour l'exécution de l'arrêt de 1624. (Voir Jolliot. Pièces manuscriteSy p. 43.)
(â) État du revenu de la maison et hôpital de la Charité Chrétienne : La grande maison où est située la chapelle y tenant, cour et jardin, de l'autre côté, petite maison contiguë le grand jardin pour y mettre les simples.
livres.
Une rente de cent livres sur le grenier à sel de Paris 100
Sur les aumônes . 100
Dix livres de rentes sur les aydes léguées par M* BouUenger . • . • 10 Quatre livres de rentes sur la maison du Croissant, à Corbeil .... 4
A Lursin, près Corbeil, les terres et blés sont baillées à ferme au nommé Valeryen Testu, laboureur, y demeurant à raison de soixante
livres par an 60
Plus à Yvry-sur-Seine, près Corbeil, que tient un nommé Gaston, fermier de M. Courtin, chanoine de Notre-Dame de Paris, à raison de
trente-six livres 36
Plus 3 arpents et demi de vigne, sis à Villejuif, baillées à ferme à un nommé Nicolas Gollert et à un nommé Jolly, tous deux demeurant à
Tvry, à raison de soixante livres par an 60
Qui est tout ce qui dépend du revenu de ladite Charité, qu'un nommé Charles Audens cy devant administrateur de ladite Charité se purgera par serment devant tels juges qu'il plaira faire ordonner et M'* les gardes apothicaires et épiciers de Paris.
Le 3 avril 1625. Audens.
(Archives de V École.)
1624, Jacques Grégoire, maître apothicaire à Paris, est commis pour résider pendant trois ans à Thôpital, y exercer .et enseigner la pharmacie, distribuer gratuitement des médicaments aux pauvres. Pour cela il recevra le produit du bail judiciaire des revenus; enfin il sera mis en a possession personnelle, réelle et actuelle des lieux non affectés ni réservés au chapelain. » Quant à ce dernier nous avons vu la part que l'arrêt lui avait faite.
Remarquons que c'est la première fois que la communauté des apothicaires-épiciers apparaît dans l'administration de la Charité Chrétienne. Jusqu'ici il a été question de pharmaciens isolés, mais non de la corporation. Actuellement c'est elle qui se trouve représentée par un de ses délégués. En outre, elle est directement en cause par la mission qui lui est confiée de planter le Jardin des Simples.
Jusqu'alors les tentatives faites dans ce sens n'ont jamais abouti : le clos de l'hôpital a été ravagé par l'eau au , moment où il commençait à être planté par Houël. Depuis lors il ne semble pas que rien de sérieux ait été établi. Pendant l'administration fort tourmentée d'Audens, cette partie de l'œuvre primitive a été à peu près oubliée. Mais l'idée n'a point été perdue : elle a survécu à travers toutes les péripéties, et maintenant les apothicaires vont, la reprendre et l'amener à bien, dans cette dépendance du vieil hôpital de Lourcine qui s'étend de l'autre côté de la rue sous le nom des Vieux-Fossés. C'est en réalité le vrai berceau du Jardin des apothicaires^ dont nous nous proposons de poursuivre l'histoire. Mais avant de nous transporter sur ce terrain, nous croyons devoir en finir avec la partie située entre la rue de Lourcine et la Bièvre, qui va rester séparée du vrai jardin et subir de nombreuses transformations jusqu'au moment de sa totale disparition.
nernières années de la Charité Chrétienne. — Son union à rHôtel-Dieu.
Sa démolition définitive en 1768.
L'hôpital, sauf les parties réservées au chapelain, appartient en réalité à la Communauté des apothicaires, chargée de l'administrer par son délégué. Nous voyons en efifet, dans les Comptes de la Communauté, pour 1625, inscrite une somme de 53 livres, pour avoir été mis en possession de rhospital et lieux de la Charité Chrétienne, par M. de la Bistrade, conseiller au Grand Conseil, et d'autres menues dépenses d'entretien se rapportant à la maison et au cLos qui y est attenant (1). Mais l'adjudication du bail judiciaire des revenus ne parait pas avoir réussi, et la somme de 120 livres à payer aux chapelains semble avoir dépassé les revenus disponibles, si bien que les apothicaires, concentrant leurs ressources sur la partie située au
(1) Du 11 janvier 1625, pour avoir été mis en possession de Vhospital et lieux de la Charité, par M. de la Bistrade, conseiller au Grand Conseil et au S' Aubereau, procureur au dit Conseil viip x*.
Du 23, donné au clerc de M' Aubereau xxxii',
Dudit jour, au clerc de M' Bistrade pour le procès-verbal de ce qui nous a mis en possession. xi* iiii'.
Du 24 april, au cocher qui nous mena à l'hospital pour faire la Visitation. xxxii'l
Du 12 juillet à la femme qui se tient à la maison de la Charité pour avoir fait racoustrer la porte du clos xli'.
Du 9 aoust, à Anthoine Bêla, charpentier, pour avoir fait et fourny la porte du clos, de prix fait et par sa quittance xxK
DaXl%au serrurier qui a ferré la porte du clos, par sa quittance. xxiiK
Du 20 septembre, à Anthoine Le Long, masson, qui a fait les murs du clos de la Charité vjc^»
(Extrait des comptes financiers de la corporation et particulièrement du second chapitre contenant tous les frais qui ont été faicts à cause de l'hospital de la Charité et clos d'iceluv).
delà de la rue de Lourcine) abandonnent Tancien hôpit^ Saint-Marcel. 1
En 1661, le cardinal Antoine Barbarin, grand aumônier de France, présente comme chapelain, sieur Claude Jean' Carrière, clerc du diocèse de Paris, pour remplacer un des successeurs de Lacona, maître Antoine Grandet, prêtre du| diocèse, bachelier en théologie; et le chapelain est dit possesseur de ladite chapelle, maison, jardin et autres lieui en dépendant. La chapelle a d'ailleurs passé sous Tinvocation d'un nouveau saint. On voit, en effet, sur les plans de cette époque, les lieux en question, désignés sous les noms de maison, maladrerie ou commanderie de Sainte-Valère.
Plus tard encore, par arrêt du Conseil, du 2 juillet 1700, et lettres patentes du roi, de mars 1701, l'hôpital est uni à l'Hôtel-Dieu ; il était alors occupé par les sœurs de Notre- Dame de la Trappe ou Sainte-Agathe, recueillies par une D"' Guinard, et qui, à ce moment, se transportent de l'autre côté de la rue de Lourcine, et deviennent les voisines du jardin des apothicaires.
En 1704, les ïocaux sont loués, moyennant 250 livres, à la veuve de M. deNesmonds, président au Parlement (1). Quelques années plus tard la maison est occupée par des industriels, par un blanchisseur nommé Haran. Mais en 1768, les bâtiments menacent ruine, et maître Nau, en qualité d'administrateur de THôtel-Dieu, en a fait sortir les locataires, et ordonne la disparition de ce qui restait encore debout, a Le jardinier fleuriste Leroux, y est entré pour 310 livres par an : il s'est engagé à tout démolir et a y bâtir son logement avec les vieux matériaux. » A cette époque, tout a été en effet mis à bas, toute la muraille de face a été reculée de 8 à 10 pieds, et par conséquent, le puits est aujourd'hui comblé et sous le pavé de la rue de Lourcine.
(1) Tous les faits rapportés ci-dessus, depuis Tan 1661 jusqu'en 1704 sont tirés d'une pièce authentique faisant partie des Archives de l* École, du registre (portant actuellement le n** 9) intitulé : Arrêts du Conseil du Roi (de 1614 à 1777). La pièce manuscrite est un extrait des registres du Conseil d'État du â9 décembre 1708.
fait qu'augmenter, les ressources manquaient à la maison de Charité. Henri IV, désireux de récompenser les services de ses soldats, détourna les fonds de leur destination primitive, et, devançant l'idée d'un Hôtel des Invalides, établit dans Thôpital du faubourg Saint-Marcel les pauvres gentilshommes et soldats blessés pour y être nourris, pansés et médicamentés. Cette situation nouvelle devait fatalement amener des conflits entre Âudens, jusque-là seul administrateur, et le sieur Musnier, procureur général des soldats estropiés, qui prétendait à la direction de la maison. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver et l'affaire fut portée devant le Conseil privé du roi. L'arrêt rendu en mai 1596, confirme l'établissement des Invalides et porte qu' Audens continuera à être administrateur de la maison pour servir et avoir, aux despens d'icelle, un apothicaire pour le secours desdits soldats. Mais ce n'est plus lui qui dirige. C'est Musnier qui doit toucher les fonds, et c'est «ntre les mains de ce rival qu' Audens doit remettre les papiers, lettres et titres nécessaires pour le recouvrement du revenu (1). En octobre 1597, des lettres patentes du roi (2) confirment la fondation de Henri IV qui, en juin 1600 (3), décide que non seulement les invalides seront pansés, nourris et médicamentés, mais qu'ils seront aussi logés -« pour y demeurer et faire leur habitation ». En 1604, en 1606, deux édits du roy (4) prescrivent les mesures nécessaires pour recueillir les fonds affectés à la fondation, et indiquent en même temps la création d'un ordre particulier pour les invalides (5).
(1) Anrest du Conseil privé du Roy du 6 mars 1596. Voir Félibien. Op. cU.y m, p. 729 et 730.
(2) Le texte en est tout au long dans Félibien. Op. y cit. y III, 730.
(3) Félibien. III, 731.
(4) Félibien. IV, 28 et 30.
(5) Une note manuscrite de Julliot (Balthazar), garde en charge en 1767, porte :
Les Estropiés ou Invalides reçus dans l'hôpital de la Charité Chrétienne de Nicolas Houêl portaient sur leur habit au côté gauche un ordre établi par le roy qui était une croix ancfée de satin blanc en broderie orlée et brodée de
logis, lequel s'étend, par la main droite entre cour et jari din, est le logement dudit blanchisseur, tenant ci la maison anciennement de M. Bouillerot, tanneur, et par delà cette maison de Bouillerot commencent les maisons privilégiées de là rue de Lourcine.
« En revenant à la porte de derrière de notre jardin des apothicaires, vous verres une muraille sur la gauche en face de vous qui clôt un petit jardin attenant la ditte ancienne chapelle de Charité ou Sainte-Valère, qui étai^ sans doute le petit jardin de l'aumônier ou chapell^ d'icelle; puis, rentrés dans la cour, et en traversant ledit bâtiment ou corps de logis vous trouverez tout le fond ou derrière, être ou avoir été un grand jardin (de toute retendue, tant du susdit petit jatdin qui est sur la rue, que dui corps de logis et chapelle). Le grandjardin est aujourd'hui presque inculte, et on y étend le linge à sécher, mais il est par le fond ou derrière clos d'une muraille dont le pied aussi bien que celuy de toutes les maisons voisines, est baigné par la rivière des Gobelins. »
Nous avons rapidement tracé l'histoire de l'hôpital de Lourcine, depuis ses origines jusqueset après sa mort, car, à partir de 1768, il n'existe plus en réalité. Dans son existence de cinq siècles, il a porté bien des dénominations différentes et traversé bien des vicissitudes. C'est d'abord l'hôpital Saint-Marcel-lez-Paris ou l'hôpital de Lourcine, qui vit tant bien que mal, sans avoir été, semble-t-il, jamais bien prospère. En 1559, il est affecté aux syphilitiques ; 20 ans après, nous le trouvons à peu près ruiné et abandonné. Houël s'y établit et lui donne le nom de maison de Charité Chrétienne : il relève la chapelle, bâtit à neuf un hôpital, et essaye de planter le jardin. Après la mort d'Houël, et sous l'administration contestée d'Audens, Henri IV en change la destination, et y établit des invalides qui y restent jusqu'à la mort duroi. Par arrêt de 1624, la Communauté des apothicaires est chargée de s'en occuper, mais par le fait l'établissement tombe entre les mains des chapelains, sous le nom de maison de Sainte-Valère.
En 1700, il est uni comme propriété à l'Hôtel-Dieu, qui
le loue à diverses personnes : un moment il reçoit les demoiselles de la Trappe ou de Sainte- Agathe; puis diverses industries s'y établissent, jusqu'au moment (1768) où s'effondrant presque de lui-môme, il est complètement rasé et loué comme terrain à bâtir.
Une seule partie est restée aux apothicaires : c'est la langue déterre, qu'on appelle les Vieux-Fossés. Sa position, de l'autre côté de la rue de Lourcine, peut-être aussi la qualification de vague et inutile qu'elle porte dans l'acte de 1561, semblent l'avoir mise, à l'abri des contestations. Houël en a été mis en possession par l'arrêt de 1576, et aussi par les lettres de commission de 1585, qui lui attribuent « la plaine et paisible jouissance de toutes les appartenances et dépendances quelconques de l'hôpital ». Enfin, l'arrêt de 1624 le donne aux apothicaires pour y planter le jardin des Simples.
Ils ne tardent pas à s'en occuper et y réalisent d'une manière définitive l'idée favorite de Nicolas Houël. Nous allons les suivre maintenant dans cette œuvre intéressante.