‹ Le Jardin des apothicaires de ParisChapitre 3 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE TERRAIN. — LES BATIMEÎ^TS. — l'eAU.

Les Vieux-Fossés. — Acquisitions des Apothicaires en 1626. — Dépenses payées par les dons volontaires des aspirants. — Discussion avec les épieiers. — Transaction de 1640.

En 1624, la Compagnie des apothicaires intervint pour la première fois dans la revendication de l'héritage de Nicolas Houël. Chargée par l'arrêt de la Cour de réaliser les idées du savant philanthrope, en ce qui touchait à rinstruction des élèves et au soulagement des malades, elle chercha de suite à remplir son programme; mais bientôt convaincue qu'il n'y avait rien à faire sur l'emplacement primitif de la Charité chrétienne, que réclamaient les chapelains, elle leur abandonna tout ce qui se trouvait de ce côté de la rue de Lourcine, ne gardant de l'ancienne fondation que le terrain vague appelé les Vieux- Fossés.

Sur ce terrain, ne se trouvait aucune construction importante, quoiqu'en aient dit les épiciers en 1772 dans une des nombreuses contestations qui s'élevèrent entre eux et les apothicaires. Pour faire pièce à leurs adversaires, ils cherchèrent en effet à établir que ceux-ci détenaient le bien des pauvres, en occupant l'emplacement de la chapelle, de

'hôpital et des constructions qui. y étaient attenantes et [u'Houêl aurait, d'après eux, fait élever sur les Vieux- ^'pssés (1) : mais cette légende ne supporte pas Texamen; 1 suffit pour la détruire de suivre Fhistoire que nous ivons tracée ci-dessus de ces édifices et de se reporter iVLX termes de l'arrêt de 1624. Les comptes de la Oomnunauté sont d'ailleurs tout à fait concluants à cet égard : Is montrent qu'on n'eût jamais ni réparation à faire, ni :evenu à toucher de ce côté de la rue de Lourcine, sinon }Our une bicoque dont nous parlerons plus bas. Ce qui est lussi très démonstratif, c'est l'état du revenu dressé par /^udens, en 1625 (2), où il n'est question vis-à-vis la chapelle et de l'autre côté de la rue, que d'une petite maison attenant au grand jardin (des Vieux^Fossés). Enfin, la iéclaration faite en 1656 (3), qui énumère tout ce que pos- Bédaient à ce moment les apothicaires au faubourg Saint- Marcel ne fait aucune mention de pareils édifices, qu'elle place, au contraire, de l'autre côté de la rue de Lourcine. Un seul bâtiment existait aux Vieux-Fossés. C'était une petite maison, qu'on appelle souvent dans les Comptes le Petit logis (4) ; elle était placée dans la partie basse sur la rue de Lourcine, et donnait issue dans cette rue. Le loyer

(1) La seule raison qui paraisse en faveur des épiciers, se fonde sur cette phrase de la charte de Henri III, accordée à Nicolas Houël, en 1585. « Il (Houêl) y a jà commencé plusieurs beaux édifices, ... même une chapelle, en un lieu qui est des appartenances de ladite maison, anciennement appelé les Fossés y hors de toute inondation des eaux illec prochaines ». J'avoue que eette phrase m'a rendu quelque temps perplexe, mais elle est tellement contraire à tous les faits, qu'il faut y voir une simple inexactitude dans la désignation des lieux. L'opinion, qu'ont voulu soutenir les épiciers, les conduit h. une véritable énormité : C'est que les apothicaires ont détruit tous ces édifices, uniquement pour ne laisser aucune trace de la fondation (voyez le mémoire intitulé : Réponse pour le Corps des marchands épiciers contre le Corps des marchands apothicaires, p. 37 et page 48, note (a) ; dans le volume des Archives (n^ 24) de l'École, intitulé : Contestations entre les Apothicaires et les Épiciers, p. 157 et 168.

' (2) Voir plus haut, page 25, note 2.

(3) Il en sera question plus loin.

(4) C'est la petite maison de l'autre côté (de la rue de Lourcine) dont il s'agit dans l'état du revenu dressé par Audcus, en 1(>25.

qu'on en retirait n'était pas pour enrichir la Communauté., Les locataires étaient pauvres et souvent insolvables. Eu^ 1629, nous trouvons sur les Comptes la mention suivante :

« Du jardinier du faubourg Saint-Marcel, pour de vieilles bardes qu'il avait acheptées d'ung qui est mort au petite logis, ne pouvant avoir aucune autre cbose pour leur loyer,, 6 livres. »

En décembre de la même année, le prix du loyer « est compensé par une couple de pioches fournies par le locataire pour l'entretien du jardin ». En 1631,àcause de la pauvreté des locataires, il faut diminuer la recette. La situation devient plus lamentable encore dans le courant de cette année : les locataires ont^ sans aucun avis, cédé la place à des gens sans aveu, causant dans le voisinage un tel scandale qu'il faut que l'huissier et la police interviennent pour les faire déguerpir (1). Nous n'avons pas les comptes] des années suivantes : mais dans la déclaration de 1656,j il n'est nullement question de ce petit logis qui avait trèsj probablement disparu à cette époque.

On peut se faire une idée des Vieux-Fossés en consultant le plan ci-joint. Ils commençaient par une partie basse en

(1) Voir, dans le volume des Archives (n® 8), intitulé : Comptes financiers, 1604-1652, les comptes de recettes des années indiquées dans le texte. En 1631, nous trouvons dans le <( troisième chapp'* de recepte à cause des loyers receus par le rendant provenant des loccalaires qui occupent la petite maison estant au derrière du jardin de la grande ayant son entrée dans la me de Lourcine :

Ne fera ledict rendant aulcune récepte pour le terme escheu au jour sainct Jean pour y avoir trouvé des personnes qui occupaient lesdicts lieox au lieu et place des susdicts et par iceulx introduitz dans ladicte maison qni menaient mauvaise vie pour lesquelz faire sortir a esté remis ledict loyer... pour appaiser les plainctes des voisins... nihil b.

Et au chapitre des dépenses : « à Thuissier pour un commandement par luy . faict au loccataire au lieu et place du précédent pour la plaincte ordinaire, des voisins k cause du mauvais train qui estait en ladite maison pour sortir et rendre place nette viif.

Audict Georges pour acquitter envers la justice sainte Geneviefve qui se serait transportée sur les lieux pour avoir mis les hiens dudit locataire sur lej carreau pour navoir voulu ohéir qu'au sui^dict commandement... ».

irme de quadrilatère au niveau de la rue' de Lourcine. !!& arain se relevait ensuite brusquement et formait une ainde fort irrégulière et de largeur inégale courant oblittement jusqu'à la rue de FArbalète, vis-à-vîs la rue des estes. Des experts avaient mesuré cette surface, en 1624, t l'avaient évaluée à 1.066 toises carrées.

Cette portion du terrain ne paraît avoir jamais été

Ktrait du plan Verniquet, parachevé en 1791 (réduit au tiers), tel qu'il

a été publié par le Conseil municipal de la ville de Paris. t Jardin s*étend entre la rue de Lourcine et la rue de l'Arbalète. Les Vieux- Fossés forment la bande irrégulière tangeante à Pun des angles du carré, qui est marqué de banquettes et porte un bassin en son milieu.

arnie de banquettes régulières. Dans tous les plans que K)us avons pu consulter, on y voit des allées, dont une rincipale occupant à peu près Taxe de la langue de terre, lantée d'une ou de deux rangées d'arbres. Les intervalles ont garnis d'arbustes ou de plantes herbacées. C'était, à rai dire, une sorte de petit bois.

La partie où s'établit réellement l'École des plantes'

lèdiclnales fut le grand carré que les gardes de l'apothi* airerie acquirent en 1626 et qui devînt plus spécialement ) centre de leur activité scientifique. Leur bureau, ommun avec les épiciers, était depuis longtemps dans un utre quartier, au cloître Sainte-Opportune (1) : ils contiuèrent à s'y réunir, mais tous les actes ordinaires qui onduisaieut les aspirants à la oiaitrise se passèrent dés )rs au faubourg Saint-Marcel.

Le terrain, représenté dans le plan par le carré qut 'étend de la rue de l'Arbalète à l'un des points des Vieuï-! 'ousés était formé de deux jardins attenants. L'un fut cquis de M" Gabriel Hinselin et damoiselle Marguerit«l [ars, sa femme, par contrat de bail à rente passé devant' la Croix et TuUens, notaires au Chàteiet, le 2 décem-' re 1626. Il contenait, lisons-nous dans la déclaration de 656, les deux tiers de deux arpents, soit 1.200 toiaes. l'autre plus petit, mesurait environ 60 perches (540 toises] ; , avait une petite maison, et aboutissait d'un côté à la rue e l'Arbalète et de l'autre, ainsi que celui d'Hlnselin, à li ropriété de M" Petit-Jean, procureur au Chàteiet. Ce econd jardin avait été cédé par contract d'eschange du 3 mai 1626, passé devant Hubert et TuUens, notaires, à n nommé Pierre Dubuisson, par Jacques Petit, sieur des landres, et Marguerite Lempereur, sa femme. Pierre tubuisson l'avait rétrocédé à la Communauté des apothiaires par contrat du 29 décembre 1626 (2).

(Ij Le bureau des épiciers est au cloistre Sain te- Opportune, duis nu «ison qu'on leur tendit ea 1563 pour SOO livres de rentes qu'ils ont rachetiei rec le temps

Autrefois en 1513, leur confrérie se tenait dans l'église ds l'hospital Sainte atberine. Elle se tenait en lSi6 i. Saint-Magie ire, où sont maintenant lai illes pénitentes : depuis elle s'est tenue au cliteur de Ssintc-Oppartune, xRa en 15S9, elle fut transférée aux Grands-Augustins. Ce Corps est ca )sé des épieiei's et des apatbjcaircs et prend la qualité de marchandt groiler» épiciers apothicaires.

(Félibien. Hialoire de Paris, lii. XVllI, p. 997, t. II, 1825),

(S) Voir pour des indications sur ces Tentes : Déciaralion que fait deiul itaires la Communauté des apotbiciires à Messieurs ds Stiate-GeueTièie iTersM portions qui forment leur* maison et jardin, rue de LarbalËtO (!■

I Une fois en possession du terrain, les gardes de la Gomv j munauté se mirent immédiatement à l'œuvre. Ils bâtirent sur la rue de TArbalète un corps de logis, séparé delà rue I par une cour, et s'occupèrent en même temps d'établir ce !que, dans un de leurs procès avec le voisin, ils appelaient un Séminaire de simples. Les comptes de l'époque, les documents les plus complets que nous ayons conservé de ces I commencements, témoignent de leur empressement ; ils nous donnent aussi une idée des sacrifices qu'ils durent s'imposer pour arriver à leurs fins.

« Il ne peut se dire, lisons-nous dans une des pièces dé leur procès avec les épiciers en 1632 (i), combien de frais et quels grands deniers il a fallu que lesdits maîtres apothicaires aient cherché pour parvenir à chef de leur bon dessein. Leurs bourses tant en particulier qu'en commun en sont toutes taries, car en J'aschapt du fond de ladite maison et jardins, bastimens, superficie, plant des simples, restablissement et entretien dudict jardin, il leur en coûte trente-six mille livres et plus. Il a fallu que les gardes de ladicte apothicairerie qui étaient lors en charge et en Tannée mil six cent vingt-six se soient obligés eh leur propre et privé nom pour le prix de l'acquisition de ladicte maison et jardin, sauf à eux à s'en faire payer et rembourser par les maîtres particuliers appoticaires et quant au bastiment qui revient à présent à somme notable, selon que l'œil et la vue en descouvre le faict, s'ont été pareillement lesdicts gardes appoticaires qui en ont faict les marchés et traité avec les ouvriers. »

Il se peut que dans un plaidoyer en faveur des apothicaires, l'avocat ait un peu forcé la note et que la somme de 36.000 livres, dont nous ne contestons pas l'exactitude, représente, avec la dépense principale, beaucoup de frais

3 juillet 1656). — Dans le livre des Archives manuscrites (n* 15], intitulé 2 Notes historiques, par Julliot et autres.

(1) Adverlissement pour les maîtres apothicaires de cette ville de Paris» défendeurs, contre les maîtres et gardes épiciers simples. Signé : CAFiTAilf.

{Archives mantiscrites de VEcole.)

accessoires se rapportant de plus ou moins loin à rétablis sèment du jardin. Nous n'avons pas en mains tous lei< éléments voulus pour contrôler les chiffres.

Nous trouvons bien, dans les comptes de 1626, que 1 .600 livres tournois ont été payées au sieur Petit et à damoiselle Marguerite Lempereur, sa femme, pour la rétrocession « de la rente de 100 livres tournois que luy avait donné en eschange ledict Dubuisson pour sa dicte maison et jardin dudict fauxbourg ». Nous y relevons aussi bien des détails concernant cette affaire : honoraires du notaire, arrérages de rentes, loyers dus au sieur du Buisson; nous y trouvons même la mention du pain de sucre royal (soit 9 livres 2 sols tournois) galamment offert à la damoiselle Petit comme épingles du marché. De même pour la vente du jardin Hinselin, le plus important des deux, nous voyons portée, le 22 décembre 1626, la somme de 22 livres "tournois au notaire Tullens pour le .cpntract d'aschapt et, le 16 janvier 1627, une somme qui nous paraît bien considérable de six vingt dix livres tournois (130 liv.) « pour le pot de vin que M. de Vouges avait payé à mademoiselle Hinselin » ; enfin, après bien des recherches, nous concluons d'un passage extrait des pièces d'un procès avec le voisin Petit-Jean, que le fonds de terre avait été payé par une rente de 150 livres, ce qui, au denier 20, représenterait un capital de 3.000 livres (1).

Aux dépenses précédentes, il faut ajouter celles qui furent faites pour la construction, soit 10.994 livres 8 sols,

(1) Item, lesdits demandeurs (c'est-à-dire les apothicaires produisent 9opi0 collationnée d'ung contract de bail à rente faict entre maistre Gabriel

..Pin^elin, conseiller secrétaire du Roy, sa femme et lesdicts demandeurs le deuxiezme décembre mil six cent vingt-six par lequel ledict confesse aroir baillé auxdicts demandeurs une maison, cour, deux puis et jardin...... et ce

• niayepnant cent cinquante livres de rente que lesditcts demandeurs se sont obligez payer et continuer auxdicts Hinselin, sa femmç, leurs hoirs et ayans

, 4MWB#e.,;(/nrcn^aire des pièces pour MM. les Apothicaires contre maître t^iU^ean. —Archive^ manuscrites de J'ÉpQlfi,^ no\. 22, intitulé : Arrêts, manuiSCf^its e,t autres pièces, 1560-1761.)

4oilt les comptes de 1629 donnent le détail (1); les frais d^établissement du jardin, le payement des contrats, et enfin, charge plus lourde, les sommes à donner aux ihommes d'affaires pour les contestations avec le voisin. C'était un beau temps pour les hommes de loi, tout était sujet à procès, et par malheur pour les apothicaires, ils se trouvaient en contact d'un certain procureur, nommé Petit- Jean, dont la chicane était l'occupation normale, et qui ne les laissa pas longtemps tranquilles. Un mûrier, étendait ses branches ^u-dessus du mur de séparation; quelques arbres étaient trop rapprochés de cette même muraille ; c'en fut assez pour mettre les huissiers en campagne et imposer aux nouveaux occupants des frais et des <ennuis dont ils se seraient bien passés. Plaignons les apothicaires de 1626 de cette nouvelle occasion de dépenses, mais félicitons-nous, pour notre part, des renseignements que nous pourrons en retirer : les pièces réunies à l'occasion des procès sont parmi les documents les plus instructifs de cette époque.

Comment les apothicaires purent-ils faire face à ces grosses dépenses? Nous lisons dans plusieurs ouvrages, qu'ils se cotisèrent et s'imposèrent de grands sacrifices personnels. Nous ne trouvons cependant pas trace dans les cornistes des années 1626 à 1631 de ces souscriptions volontaires, dont nous citerons plus tard des exemples. Des documents authentiques nous font connaître les deux

(1) Deniers baillés à tous ouvriers qui ont travaillé à la maison du laulxbotti^. (Résumé du cinquième chapitre de la dépense de Tannée 1629^)

Hasson 4.7S0 Ihr.

Charpentier 3.100

Toiture (a) 800

Serrurier 1.151 liv. 16 s.

Menuisier 865

Autre serrurier 4A liv. 11 s.

Peintre . . , 115

Vitrier 168

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