liv. 7 s
(a) Déduict la valeur des vieilles tuiles.
moyens qu'ils employèrent pour subvenir aux fraii extraordinaires du moment.
Tout d'abord, ils empruntèrent. En 1629, le sieur Mathu* rin de Montcheny, membre de la communauté, leur prêta une somme de 2.000 livres au denier 20, et le sieur Brodeau, avocat au Parlement, 4.800 livres au denier 16. Es 1631, ils* payaient, en même temps que les intérêts de ces deux créances, une rente de 100 livres à un procureur] M. Courtois, ce qui suppose un emprunt de 2.000 livrei environ (1).
Un autre moyen moins dispendieux fut le suivant :
Dans leurs divers examens, les aspirants avaient l'lial)i< tude d'inviter à un festin les membres de la corporation, gui constituaient le jury. La Communauté engagea ces can* ditats à consacrer au payement du jardin l'argent destiné au banquet. De ce chef il y eut, chaque année, une somme notable, qui déchargea d'autant le budget de la corporation. D'après les comptes, les candidats versent généralement 600 livres, quelques-uns jusqu'à 800. En 1626, on recueille de cette façon 1.600 livres; 2.400 en 1627 (2); 3.900 en 1629; 1.200 en 1630; 1.200 en 1631, en somme 9.300 livres pour quatre années.
Cette façon ingénieuse de payer ses dettes, que Texamen des comptes démontre suffisamment, est d'ailleurs très explicitement indiquée dans le document manuscrit, cité plus haut, à l'appui des apothicaires contre les épiciers.
Les gardes, y est-il dit « ont excité ou persuadé de courtoisie les aspirants à la maîtrise de faire quelques gratifi-; cations ou libéralités pour employer à l'usage dudict aschapt » , et plus loin « tellement que ce pouvaient faire lesdits défendeurs (c'est-à-dire les apothicaires) a esté non de se cottiser, mais de recepvoir les liberalitez et honnestetez, et à vray dire les munificences volontaires des aspirants à la maîtrise et leur vacation pour être employei
(1) Voirie compte de cette époque {loc. cit.),
(2) Les comptes nous manquent pour 1628.
AaJMiiM 1
petit à petit et de temps en temps en l'acquit dudict prix de trente-six mille livres ou partie de plus ». ' En 1632, les trois quarts de la somme étaient déjà payés au dire du document ; en |1634, il ne restait plus à acquitter que 240 livres de rentes, soit environ 4.800 en capital.
Les épiciers simples, qui faisaient partie de la même corporation que les apothicaires-épiciers, n'avaient en rien participé aux frais d'achat de la maison et du jardin du faubourg Saint-Marcel. Ils avaient cependant une bourse commune avec les apothicaires, dans leur bureau commun du cloître Sainte-Opportune. En 1629, ils s'avisèrent que le receveur Hubert, garde des apothicaires, avait reçu des sommes importantes dont il ne rendait pas compte à leur bureau commun. C'étaient les dons volontaires des aspi- 'tant^, qu'on appliquait à l'objet spécial pour lequel ils étaient versés. Ils attaquèrent devant le Parlement ledit Hubert, qui fut immédiatement soutenu par le corps des apothicaires; ils demandaient en outre, en participant aux frais qui restaient à payer, d'avoir en commun avec leurs associés la propriété du jardin et de la maison. C'était un moyen fort avantageux de s'assurer du bien à bon marché. Un arrêt de la Cour, du 27 novembre 1632 (I), les débouta de leurs prétentions. Sur la demande desdits marchands épiciers contre J. Hubert , il mit les parties hors de cour et de procès, et ordonna que la maison et le jardin demeureraient en propre aux apothicaires, sans que les marchands épiciers y pussent rien prétendre.
Cet arrêt fut la base d'une transaction intervenue, après bien des retards, en 1640, entre les deux corps épiciers et apothicaires et portant que : « tous les deniers qui proviennent, tant des compositions qui se font avec les aspirants auxdites maîtrises de la marchandise d'épicerieapothicairerie et épicerie, qu'autrement, seront communs et apportés de bonne foi par les conducteurs des aspirants, entre les mains du garde-receveur de ladite
(1) Voir dans le volume (n* 24) des Archives de VÊcole, intitulé : Contestations entre les apothicaires et les épiciers f 1600-1760, à la page 145.
Communauté; desquels deniers il sera pris ce qu'il co& viendra pour rentretenement, augmentation et réparation; utiles et nécessaires, grosses et menues de leur bureai et chambre commune ; ensemble ce qu'il conviendra poui Tentretenement et réparations, grosses et menues, de 1^ dite maison de Saint-Marcel, jardin d'icelle, achat d^ plantes, gages du jardinier, que fournissement des droguesj et médicamens dudit Hôpital, comme pareillement pour M principal des rentes de deux cent quarante livres tournois, dues par, lesdits apothicaires, pour le fait de ladite maison et jardin, et arrérages d'icelles, échus depuis et qui
. écheront jusqu'au rachat qui s*en fera lorsqu'il y aura
. fonds suffisants pour cet effet ; et toutes autres charges généralement quelconques, sans exception, qui seront dues par lesdites communautés, sans néanmoins, ea conséquence de ce, que lesdits épiciers puissent prétendre aucun droit en ladite maison et jardin qui sera et demieurera à l'avenir, comme par le passé, propre auxdits apothicaires, suivant et conformément audit arrêt du vingt- septième jour de novembre mil six cent trente-deux; et néanmoins a été accordé entre lesdites parties, que lesdits gardes épiciers qui seront en charge, et les anciens qui auront été en charge, auront et leur sera donné pai
. HONNEUR chacun une clef de ladite maison et jardin j eti fieront tous les deniers nécessaires pour le fait de ladite!
. maison et jardin fournis par ledit garde-receveur pati
l'avis des cinq autres gardes (dont 3 appartenaient auij épiciers) » (1). \
Voilà donc les apothicaires tranquilles propriétaires de^ leur terrain. Voyons ce qu'ils vont en faire.
(1) Ibidemy p. 119.
iibe Jardin sous la Communauté et le Collège. — Aspect général. — Constructions. — Plantations. — Décorations et embellissements payés par des souscriptions gracieuses des maîtres.
■ La nouvelle propriété des apothicaires ne portait probaiWement que les quelques arbres cultivés communément à 'cette époque dans les jardins. Les pièces du procès avec 'leur voisin Petit-Jean, nous en donnent un aperçu (1). Dans le terrain bas du procureur, deux cabinets en palissade [d'arbres, de sicaumores et d'ormes : contre le mur du même ^côté de Petit-Jean, treilles, ormes, chicaumores, et un arbre appelé mûrier dont les branches s'étendent jusque ' dans le jardin des apothicaires ; du côté du terrain récemment acquis, à peu près les mêmes espèces. Les érables paraissent dominer; ils sont du moins mentionnés en .maints endroits avec l'orthographe la plus variée et la plus fantaisiste (siquomorres, chicaumores, chiquomores, sicaumores) ; avec les ormeaux, ils jouent le rôle principal.
Des plantations nouvelles furent promptement établies ; une pièce authentique en fait foi. C'est la dispense, signée de la main même de Louis XIII, en 1633, de loger des militaires dans les locaux du jardin. Il y est dit « qu'ayant reçu un terrain en friche, les apothicaires l'ont fait rétablir et planter de manière que maintenant par ladjonction de plusieurs autres places attenantes qûilz ont acquises Ion y voit un très beau et grand jardin rempli detouttes sortes de plantes rares et curieuses, servans à ladite profession, dans lequel les estudiants et aspirants à la maîtrise de la '^pharmacie se vont exercer et instruire. » Le même docu-
(1) Ces pièces sont contenues dans le volume des Archives de VÈcole (n** 31), intitulées : Requêtes et transactions, 1501 à 1699, pages 103 et 167.
nent 7 signale « des plantes qu'il serait dangereux dt aîsser à l'abandon de toutes aortes de personnes » (1).
Cette protection de la propriété des apothicaires, fondée ur son utilité pour le bien public, ne se dément point lans la suite : pendant tout le XVIP siècle des faveurs leur ont de temps en temps accordées et, en 1706, Louis XIV «nouvelle la sauvegarde signée par son père pour k naison commune des apotiquaires de la ville de Paris (2).
(l)Voir la pièce en qaestioo sar parchemin dans les Archives de l'École, (S) Nous donnons Ici tout au long la eauv^arde en question : Loaia par la grILce de Dieu, Roj de France et de Navarre, k notre très cber t bien ùmé Cousin le Dnc de Guiche, Pair de France, l'un de nos Llentenans ÏBéroni en nos armées. Colonel da régiment de nos gardes fran^oises et à enx qui Luy succideront en la dite charge de Colonel, Salut, ajant pris el lis en notre protection et saniegarde spéciale les Mallres et Gardes de l4 iommnnaaté des Apotbiquaires de notre banne Ville de Paris, ensemble 1> [aiKOfl et Jardin h eux appartenant auTauiboiirg Saint-Marcel do la dite ViVt n considération dn soin qn'ils prennent depnis plusieurs années d'y iuraire la jeunesse dans la connaissance des simples et herbes medecinalea t* ni aurait porté le [eu Roj Louis Xlll notre trfes honoré Seigneur et père à is exempter par ses lettres patentes du treize juin 1633 du Logement de ses ens de guerre, a ces Causes et autres a ce nous moUTBns, Nous, en confia lant en tant que besoin est on serait les dites lettres patentes avons fait el lisons par ces présentes signées de notre main très expresses jnbibiUons el effenses ï tous officiers du dit rigiment de nos gardes fran(oiaes de Loger i souffrir qu'il soit logé aucuns de ceux étant sous leurs charges dans la dite laison jardin et dépendance appartenant ï la dite Communauté des Apothiuairea de Paris, Laquelle nous avons exempté et exemptons du dit logemeal t de toute contribution k icelni, et en conséquence, nous avons permis el ermettons aux Maîtres et Gardes de la dite Communauté de faire mettre et pposer en tels lieux et endroits des dites maison et jardin que bon leur amblera, nos armes, panonceaux et basions royaux i ce que personne n'en uïsse prétendre cause d'ignorance... Si vous mandons et enjoignons de tenir i main k l'exécution dos dites présentes, et ordonnons au Prévost des bandes u dit régiment de nos gaines françoises de se saisir de ceux qni auraient li imérité d'j contrevenir, et d'en faire si prompte et sévère justice, qu'elle DÎsie servir d'exemple aux autres, voulons en outre qu'aux copies des ditst résentes dcumeni collationnées. foy soit adjoutée comme k l'original. Car tel it notre plaisir.
Donné k Uarly le dix neuf* jour du mois de Février l'an de grie* lille sept cent six et de notre règne le soixante et trois*.
Par le Roy,
Nous réservons pour les articles spéciaux de la 'culture et de renseignement Tindication des plantes médicinales établies dans les carrés, leur arrangement par groupes et les procédés suivis pour les faire connaître au public. Nous nous bornerons ici à indiquer la disposition générale du jardin, les divers bâtiments qui y ont été élevés, les arbres d'ornement destinés à sa décoration.
Une déclaration faite, le 17 juillet 1656, devant notaires, à Messieurs de Sainte-Geneviève, par la communauté des apothicaires, des diverses portions qui forment leur maison ^t jardin, nous donne une idée de ce qu'ils avaient à une époque relativement rapprochée de leur établissement. Les trois gardes Bénigne de Lestang, Sulpice Piart et Thomas Noblet reconnaissent qu'ils sont détempteurs et propriétaires d'une maison, d'une cour, de deux puits et d'un jardin, formé par la réunion des deux par eux acquis en 1626, et de celui qui leur a été jadis cédé par Thôpital de la Charité Chrétienne (1).
Le collège de pharmacie, appelé à faire au gouvernement de 1791 une déclaration analogue, pouvait presque se servir des mêmes termes, tant les changements survenus dans les dépendances du jardin furent peu considérables dans l'espace de deux siècles. C'est un fait à noter que dès l'origine les apothicaires établirent au faubourg Saint-Marcel ce qui était nécessaire à leurs élèves, et qu'ils purent développer leur institution au point de vue scientifique sans se trouver trop à l'étroit dans leur cadre primitif.
Le jardin en lui-même ne change point dans son aspect, général. Il est facile de s'en convaincre en parcourant les plans de Paris depuis le milieu du XVII® siècle jusque dans les premières années du XIX®. Tous ceux dans lesquels sont dessinés avec quelque soin les contours des propriétés donnent invariablement la même forme au jardin des apothicaires, forme caractérisée par la disposition des
(1) La pièce en question existe dans le volume des Archives (n* 15)^ intitulée : Notes hisloriques, par Julliot et autres.
Viens}^F(mé$j surtout dans la- partie nord, gui figure unft sorte de bras tendu vers la rue de l'Arbalète, laissanti dans son écartement du corps principal une enclave di forme à peu près triangulaire. Les plans de la Caille, ei 1714, de Tabbé de la Grive, en 1728; de Verniquet, eii 1790-1891, sont parfaitement concordants à cet égard, jusque dans les détails des diverses parties. Les cari telles que celle de Turgot, en 1739, qui donnent non s lement la topographie, mais aussi Taspect pittoresque de la ville et la forme des édifices (1); les vues ill trées (2), les guides, les états ou inventaires officiels fai à diverses époques (3), conduisent à la môme conclusioa Aussi pouvons-nous presque indifféremment prendre V\m ou Tautre de ces documents pour nous représenter ce
(1) Explication de la figure ci-contre, extraite de ce p\a.n, dit d« Turgot : on y vo!t très bien indiqués : les Vieux-Fossés avec leur allée prin^ cipale plantée d'arbres, et la porte vis-à-vis la rue des Postes, le jardin bas contre la rue de Lourcine, le carré du jardin botanique avec son bassin aa milieu; la cour, la maison, sans son aile droite, les petites maisons à gauciiQ de la cour sur la rue de Lourcinc; puis, enclavée dans le jardin, la propriété triangulaire entre les Vieux-Fossés et le corps principal du jardin, enfin dans la rue de TArbalëte les maisons comprises entre les bâtiments de l'École et la porte charretière des Vieux-Fossés. De l'autre côté de la rue de Loureine, Sainte-Valère (rancienne Charité Chrétienne), et sur la rue de l'Arbalète côté du jardin des Apothicaires, Sainte- Agathe, vis-à-vis laquelle aboutit rue étroite des Marionettes.
(2) Nous avons vu, au musée Carnavalet, la 36'. Vue d'optique nouvelle, représentant la perspective du jardin des marchands à l'une des portes Paris (Paris, chez Chereau, rue Saint-Jacques, n" 257), que M. Faucon, li
■ directeur du musée, regarde comme le Jardin des apothicaires. Au delà d'une grille largement ouverte on voit des carrés réguliers et des bosquets dans le fond. Devant la grille des personnages variés, dames avec un chien, enfa: pleurant, tondeur de chiens, hommes portant des miroirs, un baromètre, j diniers sur une double échelle, etc., etc.
(3) Parmi ces pièces officielles, citons : Un état de la maison et jari appelés le Collège de la Pharmacie, dressés en 1788, en présence des p YÔts du collège; une expertise faite à la date du 4 avril 1792, par Mang; architecte. C'est sur ces deux pièces que Guibourt s'est fondé pour établi son : Exposé historique sur l'origine et les augmentations successivi de l'immeuble affecté à l'École de Pharmacie de Paris, que Philippe inséré dans son Histoire de la Pharmacie (p. 250).
qxfétait sous Tancien régime le jardin de la rue de FArbalète.
« La première partie du jardin, lisons-nous dans Guide pour 1787 (1), de forme carrée, a un bassin son milieu. Les quatre carrés sont partagés en plancb où les plantes médicinales tant indigènes qu'exotiqu< sont distribuées. La seconde partie du jardin est un bo quet. » a C'est, dit Guibourt (2), un bois de forme tr irrégulière s'étendant à gauche derrière les proprié voisines jusqu'à la rue de TArbalète où il débouche p une porte charretière ouvrant en face de la rue des Pos En revenant vers Tautre extrémité du bois, à Topposite jardin botanique est un mur à hauteur d'appui, avec bail et escalier en pierre par lequel on descend à un derniei jardin de forme carrée, clos de mur en tous sens et aya issue sur la rue de l'Ourcine. » Ce jardin bas a été tant destiné aux réserves de plantes, tantôt un jardin fruitie tantôt un potager abandonné au jardinier ou au concierj
Tout le jardin était entouré de murs qui le séparaien des voisins. Les constructions existaient du côté de la rue de l'Arbalète.
La principale était la maison, séparée de la rue par una grande cour : elle était percée de huit croisées de face avec porte au milieu, tant sur la cour que sur le jardia Au-devant de la porte du milieu sur chaque face se trouvait un perron en pierre à deux rampes.
Dans cette maison, un' seul étage nous intéresse, c'esl l'inférieur. Il était à moitié souterrain du côté de la coui et formait rez-de-chaussée sur le jardin. En passant sous le perron on arrivait [à un couloir aboutissant au jardin et qui, latéralement, donnait entrée sur la droite à une orangerie, qui devint plus tard un laboratoire et sur la gauche aune cuisine, aux dépens de laquelle avait été: pratiquée une serre. Pendant près de deux siècles ce:
(1) Guide des Amateurs et des Étrangers voyageurs à Paris^ par M. Thierry. Paris, 1787.
(2) Guibourt, loc, cit.
Ce plan est signd de Jacob, qui était architecte do Collège v«rs 1T80. On mil k giucha du grand bUinent, le jardin du réserroir, et le réservoir luimtme. Lu partie appelée Cour et LogemeDt du Concierge, était en cITet deslinéa à cet employé, mais en l'an Sll le eoDCÎerge était encore ft l'aile iroite de ta cour, et le jardioier occupait ie logemeat de gauche. En iSOfi, la loge du portier est k] gauche.
furent les seuls abris pour les plantes qui pouvaient redouter la rigueur des hivers parisiens. L'orangerie dut être établie dès la construction de l'édifice. Quant à k serre attenant à la cuisine, nous n'avons pas de données sur le moment où elle fut installée. En tout cas, d'après un compte de vitrier de 1691, elle devait exister à cette époque.'
En aile, sur la droite de la cour, un petit corps de bâtiment servait, au rez-de-chaussée, de logement au concierge (t). Le jardinier occupait à gauche un appartement dans deux petites maisons, qui s'étendaient le long de la rue de l'Arbalète. Derrière ces maisons (2) se trouvait une petite cour à laquelle on accédait à gauche delà grande cour et qui dominait en terrasse un petit jardin carré, qui est désigné le plus souvent sous le nom de Petit Jardin du Réservoir, parce qu'il contenait en effet jadis le réservoir, d'où se distribuait l'eau nécessaire à la communauté et au jardin. Il était planté de tilleuls en 1768.
Des maisons étrangères au jardin séparaient le logis du jardinier de la grande porte charretière placée vis-à-vis la rue des Postes. Jusqu'en 1779, il n'y eut aucune construc tion de ce côté : mais à cette époque, pour assurer la tranquillité dans le quartier voisin, déjà fort turbulent, le lieutenant de police résolut d'établir un corps de garde pour
(1) Ce petit bâtiment fut construit en 1763, pour y établir une machine destinée à mettre en poudre les médicaments entrant dans la confection d« la Thériaque (a). Les comptes de Deruelle, entrepreneur de bâtiments, indiquent la place laissée à une machine munie d'une roue de 4 pieds de largeur sur 10 pieds de hauteur. Mais cette machine n'a probablement pas senij car en Tan 1764, nous trouvons dans les comptes d'un sieur BruUé, charpentier, des ouvrages exécutés pour transformer le bâtiment neuf, y faire ai; premier un cabinet d'histoire naturelle, et au rez-de-chaussée un logement pour le concierge. i
(2) C'est dans ces maisons que furent logés les trésoriers et secrétairtl agents comptables de l'École. On y vit successivement Cheradame, BouilloiH Lagrange, Bussy et Guibourt.
(a) Voir mon mémoire sur la confection de la Thériaque (Joum, de Pham, et de Chim. [5], t. XXV, p. 490) et les délibérations de la corporation d4 samedi 2 juillet 1863 et 1*' septembre de la même année.J
Dne escouade de la garde de Paris, dans la portion de la rae sur laquelle règne une partie du mur du jardin, et pour moins gêner la voie publique, il lui parut convenable de faire édifier et asseoir une partie du bâtiment dans le jardin. Par délibération du 15 avril de la même année, le Collège y consacra, à côté de la porte charretière, un terrain de dix-neuf toises de superficie (1). Les gardes de Paris Toccupèrent jusqu'en 1808 : il revint alors à ses propriétaires naturels.
Les apothicaires n'avaient pas songé seulement au nécessaire ou à l'utile : ils avaient aussi pensé à l'agrément. Satisfaits de la mesure qu'ils avaient prise en 1629 pour payer leurs dettes, ils la renouvelèrent en 1685, et décidèrent, dans l'assemblée du 17 mai que, pour subvenir à la dépense qu'il convient de faire pour l'embellissement du jardin, les 100 livres que les maîtres donnent lorsqu'ils sont reçus « seront employés à ce sujet à la manière ordinaire et que, cependant, chaque maître donnera un louis d'or, et en cas qu'il y en ait qui refusent de se soumettre à la délibération, ledit louis d'or sera pris et retenu sur leurs jetons lorsqu'on recevra un maître, » Trente-cinq payèrent séance tenante cette cotisation (2); un petit nombre fit quelque résistance. Quant au don gratuit des élèves reçus à l'examen, il devient habituel à partir de cette époque ; nous voyons dans les comptes un chapitre spécial de recette de la somme ainsi versée par les aspirants à la Communauté pour la décoration du jardin.
Ces mots embellissement et décoration doivent être pris dans un sens assez large : le mot^d'entretien conviendrait mieux, si l'on en juge par les articles de dépense.
Nous pouvons cependant mettre au compte de l'ornement du jardin et de son agrément les arbres destinés aux aUées, et qui varient quelque [peu d'espèces suivant les époques. A l'origine ce sont, nous l'avons dit, des ormeaux
(1) Délibérations du Collège de Pharmacie (assemblée du 15 avril 1779) .
(2) Voir le registre manuscrit des délibérations commencé le 15 janvier 1677, page 29 verso.
et des érables ; le jardinier en achète trois quarterons, en 1629. Plus tard, ce sont les marronniers d'Inde; en 1705, il en est porté 28 sur les comptes pour être plantés le long des deux murs des deux allées en entrant : on achète en même temps pour 10 livres de buis pour mettre à Tentour des nouveaux marronniers et 3 livres 18 sols de perches pour soutenir les marronniers, tant les vieux que les nouveaux (il y en avait donc de plantés depuis un certain temps). Le même compte porte la somme de 48 livres pour de la charmille à planter aux deux côtés des deux murs en entrant dans le jardin et »le long des deux murs à côté de la figure en face (1).
La mode était aux berceaux et aux cabinets de verdure ; il en est question à plusieurs reprises dans les pièces de comptabilité. En 1710, on paye 72 livres pour la construction d'un cabinet dans le jardin particulier des plantes (2). Il est aussi fait allusion à une figure, à une perspective, qui étaient là pour l'agrément des yeux. Mais ce n'est pas tout : un jeu de boules existait dans le jardin, et le soin avec lequel il était établi et fréquemment réparé ou remis à neuf, prouve qu'on en usait largement (3). Un berceau de verdure était placé tout au bout et permettait aui curieux de se reposer à l'ombre tout en jugeant des coups (4).
(1) Consulter le volume des Archives, noté A. Liirre pour les comptes du jardin.
A la page 1 : commencé par celuy que rend Joseph Seconds ancien garde cy devant receveur de la Compagnie; des deniers qu*il a reçus et employés pour le jardin provenant des dons gratuits faicts par les aspirans k la Communauté pour la décoration du jardin pendant Tannée 1696.
A la page 33, les dépenses pour Tannée 1705.
(â) Même registre, page 38.
(3) Fait dépence le comptable de la somme de vingt-quatre livres six sols pour les planches, les boules et la peinture pour refaire k neuf le jeu de boules du jardin cy 24^ (même volume, p. 48).
(4) Dito, la somme de neuf livres pour des eschalats pour mettre à an berceau au bout du jeu de bouUe, cy ^ . 9
Dito la somme de 6 livres quinze sols pour cinq charretées de salpestre pour
mettre dans le jeu de bouUe, cy 6* 15'
(Comptes de 1705. — Môme volume, p. 33 et 34)
J'ai tenu à donner ces détails, qui ressortent de l'examen de simples étatç de dépenses. Il nous font pénétrer dans la Tie de nos prédécesseurs, si différente de notre existence fiévreuse, et nous font comprendre rattachement naturel qu'ils portaient à ce jardin, qui était leur œuvre, et qui réunissait pour eux des attractions si diverses. Le laboratoire, où se faisaient les leçons et les examens, était établi à côté de la cuisine où se préparaient fréquemment les repas de leurs fêtes ; le carré des plantes médicinales
où étudiaient leurs élèves s'ouvrait sur les allées de leur
bosquet où» ils pouvaient trouver, à leur choix, le repos, la promenade ou les amusements de leur goût.
Le 'Jardin de l'École de phannacie. — Achat du jardin Mariage. — Souvenir aux élèves morts aux journées de Juillet 1830. -»- Serre chaude. — Amphithéâtre. — Laboratoire des travaux pratiques. — Jardin coupé par la rue des Feuillantines. — Sa translation au Luxembourg.
Le Collège de pharmacie avait été créé, en 1779, pour les apothicaires, à Texclij^sion des épiciers; le jardin restait leur propriété, sans que leurs rivaux eussent rien à y prétendre. Ce régime dura jusqu'en 1791; où toutes les corporations étant supprimées, le Collège le fut du même coup, au moins sous son nom officiel. Mais, en réalité, il se continua sous l'appellation de Société libre des pharmaciens de la Seine, avec adjonction de son École gratuite. L'organisation intérieure fut quelque peu modifiée, mais dans sa partie matérielle le jardin ne subit aucuu changement notable.
En l'an XI, la loi du 21 germinal établit, en France, trois Écoles de pharmacie, et le 15 vendémiaire an XII, Bonaparte, premier consul, nomma le directeur (Vauquelin) et les professeurs de l'École de Paris; un décret du 3 frimaire an XII, attribua à cette École, le jardin, les bâtiments,
les objets et collections appartenant au ci-devant Collège.
Comme les jeunes institutions, l'École apporta une grande ardeur à son œuvre. Le jardin fut défoncé et replanté complètement à neuf; une serre fut construite, nous en verrons plus loin l'histoire, et de nouveaux embellissements vinrent s'ajouter à ceux qu'avaient créés Tancien régime. En même temps elle aménagea pour l'usage de son enseignement les divers bâtiments sans que leur aspect extérieur en fut modifié.
En 1808, le petit corps de garde, qu'on lui avait rendu, tombait en ruines; elle le répara et en fit une iiabitation, où le jardinier trçuva plus tard un logement très sortable.
Dans la séance du 20 novembre 1807, un des professeurs proposa de faire peindre, dans le cintre du jardin, correspondant au perron de l'École, un tableau représentant les trois règnes de la nature, d'après un modèle proposé par le peintre Notté. C'était probablement une sorte de développement de l'ancien sceau des apothicaires : le serpent enroulé autour du palmier, s'élevant au milieu de rochers accumulés ; et de l'ancienne devise in his tribus versantur. Nous ne savons si le peintre exécuta jamais ce sujet sur les murs de la propriété des apothicaires. Nous serions cependant disposé à le croire : car nous trouvons dans le détail des comptes de l'époque l'indication d'enduits appliqués sur le mur, d'échafaudages placés pour les peintres, qui pourraient se rapporter à ce projet ; il est aassi question çà et là, dans les livres de dépenses, d'objets placés à droite ou à gauche du tableau.
Cependant l'École se développait : les' nécessités de l'enseignement devenaient plus pressantes et le cadre primitif trop petit; aussi pensait-on à s'agrandir sur le voisin. La première portion de terrain qu'on devait viser était évidemment l'espèce d'enclave qui isolait du corpi principal le bras étendu vers la porte charretière, vis-à-vis la rue des Postes. Cette partie appartenait à un sieui Mariage, graveur en taille-douce, et à ses enfants, héritiers de sa femme décédée, Adélaïde Robert. Vauquelin, direc teur de l'École, s'en fit acquéreur, pour la somme dsf
! 9.000 francs, par jugement d'adjudication du 29 juin 1821.
Ce jardin faisait partie d'une propriété portant le n** 5
de la rue de l'Arbalète, qui avait été divisée en deux lots :
le premier composé de la maison sur la rue, d'un petit
I jardin et d'une terrasse, dont l'École se désintéressait, le
second du jardin en question. Enveloppé de toutes parts
par les terrains de l'École, sauf du côté de la rue de
l'Arbalète, où il venait toucher la terrasse du premier lot
1 et s'étendait en hache derrière les maisons donnant sur la
! rue, il avait une contenance de 357 toises 3/4 et 4 pieds.
Le jugement d'adjudication, inscrit sur parchemin (1), en donne la description suivante :
« Il est presque divisé en deux parties par un grand berceau de treillage garni en ceps de vignes de diverses qualités, ledit berceau de treillage supporté et maintenu par des cercles en fer cloués sur des poteaux en bois. La ; pointe du treillage est remplie par un bosquet et salle de verdure plantée de tilleuls et autres ; les murs sont garnis de treilles, les parties du jardin à droite et à gauche de berceaux de vignes : une plate-bande est au pourtour des murs, avec bordure et treilles, une grande allée fait le tour dudit jardin.
« Les deux triangles restant sont plantés d'arbres fruitiers tant à haute tige que quenouilles, espaliers, contreespaliers et buissons, le tout de différentes qualités et espèces.
« Près du grand perron de la terrasse se trouve un puits mitoyen, lequel est ovale et d'une très petite dimension; il est construit en moellons et forme au-dessus du sol une petite tourelle construite et couverte en pierres de taille.»
Un pavillon était placé dans l'angle du grand jardin, près et joignant l'École de Pharmacie : le tout avait été estimé avant la vente 16.800 francs.
A peijue acheté, le jardin fut livré aux terrassiers. Un compte de l'époque indique la surface qui fut défoncée et
(1) L'École possède dans ses Archives les pièces principales de cet achat, et, très bien conservé, le parchemin dont il est ici question.
mise en état d'être plantée. En même temps les murs de^ séparation avec le carré des plantes et le bosquet de rÉcolej furent démolis. La nouvelle acquisition n'entra pas cepenH dant dans le cadre des plantes médicinales : elle futi destinée à des réserves. En 1830, on proposa de la séparer du jardin botanique par une grille ; mais, par économie, on se contenta de la limiter par une simple charmille (1).
L'École était entrée dans la voie des modifications: elles portèrent sur la maison. De 1826 à 1830, elle subit dans sa distribution intérieure des changements qui, n'altérant pas le cadre ordinaire du jardin, n'ont pas grand intérêt pour nous. Après 1830, ces modifications deviennent plus sensibles, elles touchent à la forme du principal corps de logis ; deux pavillons le prolongent à droite et à gauche au delà des pignons; des ailes rejoignent ces pavillons au mur de clôture de la cour qui, le long de la rue, est reconstruit en pierre meulière et percé en son milieu d'une grande baie, ornée d'une élégante grille en fer. Le perron est refait sur la cour et sur le jardin.
A la même époque un petit monument fort modeste, mais qui rappelle un glorieux souvenir, fut élevé dans le jardin au bout de l'allée centrale du carré des plantes, à l'opposé du perron. Bussy avait fait part à l'École, dans sa séance du 23 octobre 1830, du projet qu'avaient plusieurs élèves d'élever une colonne à la mémoire de leurs camarades morts en combattant dans les journées des 27, 28 et 29 juillet, et du désir qu'ils avaient qu'elle fût placée dans le jardin. L'assemblée admit en principe la proposition et manifesta le désir de contribuer, aux frais du monument. Après en avoir obtenu l'autorisation du ministre, elle vei'sa une somme de 500 francs à ajouter aux 3.000 francs qu'avaient réunis les élèves. Le marbre portant gravés les noms de Ader, Simonneau et Montsarrat fut établi sur son piédestal en juillet 1831, et le 26 de ce mois, les membres de l'École se rendirent en corps sur la place du Panthéon, d'où partit le cortège pour se diriger
(1) Délibération du 14 août 1830.
vers le jardin de la rue de l'Arbalète (1). Le monument, enlevé par la prolongation de la rue des Feuillantines, a été depuis lors rétabli dans le jardin de notre nouvelle école.
Cependant un amphithéâtre un peu vaste devenait
Flso da l'École el du Jsrdio en 1768, montrant la saillie de ramphithéUre sur le jardin, ies bâtiments, le laboratoire des traïaui pratiques et les serres. — Les lignes ponetuées sont la trace de la rue des Feuillantines prolongée, aujourd'hui rue Claude-Bernard, qui a enlevé une partie du Jardin.
nécessaire et, en février 1840, l'École reprit très sérieusement la question, dont elle s'était déjà souvent préoccupée. Des avis divers, relatifs surtout â l'emplacement,
[1} Délibération de l'École du S3 juillet 1831.
(^) Voir particulièrement les séances de l'École du 39 féTrler e U mara (810.
i il fut décidé que la nouvelle construction serait établie att
i; sud du principal corps de logis, faisant une saillie en;
i; demi-cercle sur le carré des plantes. L'œuvre immédia-
ï.; tement entreprise fut terminée en 1841. Les comptes des
^; . années 1840 et 1841 nous ont conservé le détail des
dépenses.
On s'occupa en même temps d'une serre pour les plantes exotiques. Au temps du collège, l'orangerie, avonis-nous dit, était à droite du couloir souterrain, et la serre chaudei à gauche, à l'extrémité de la cuisine. Dès l'établissementi de l'École, dans la séance du 27 messidor an XII, on décida qu'une serre de 36 pieds de long sur 12 de large serait établie dans le second jardin, contre la propriété du sieur Marchand. Le projet fut exécuté dans l'année même. Un grand poêle économique composé de 18 colonnes de| chaleur avec double plancher en tuiles et briques de Bourgogne, de 4 pieds de long sur 3 pieds de large et ' 4 pieds de haut, recouvert d'une pierre de liais, commu-
niquait avec des tuyaux et des conduits de chaleur de forme carrée de 10 pouces de diamètre, ayant un développement de 72 pieds (1).
V Cette serre et l'appareil qu'elle contenait nécessitèreDl;
de nombreuses réparations. En 1806, des conduits en terre cuite remplacent les tuyaux, des plaques de fer battu forment le plafond dans toute la longueur; en 1810, ou: reconstruit une partie de la conduite de chaleur, et, la même année, il faut démonter le bâtiment tout entier; ou enlève avec soin les 24 châssis, qui forment ensemble une surface de 36 pieds de long sur 10 pieds de haut; on les transporte à grand'peine jusqu'à l'atelier de menuiserie qui est chargé de les réparer et de les remettre en place (2); en 1816, on propose de grosses réparations, on veut
(1) Voir les Comptes de TÉcole et particulièrement : Mémoire de maçon-l nerie faite par Touron, maçon, avec économie, sous les ordres de messieurs les. Directeurs du Jardin de TÉcole de Pharmacie, réglé à la somme de S050', ^[ 38 vendémiaire an XIII.
(2) Comptes de TÉcole : de Touron, entrepreneur, en 1806; de Lardy, menuisier, en 1810.
établir des jours, disposer des poêles (1); mais on se ravise en 1817 et le rapport fait à la séance du 14 janvier concliit de la façon suivante : « L'ancienne serre chaude est dans un état de dégradation qui ne permet plus qu'on la répare sans de grands frais; elle devient inutile pour plusieurs motifs. TNous proposons de la démolir. La serre d'orangerie convenablement échauffée aujourd'hui par l'établissement d'un poêle d'une très grande dimension suffit pour les besoins du jardin botanique ».
L'École adopta les conclusions du rapport et décida que les matériaux de démolition, particulièrement le plomb et les châssis, seraient mis en réserve pour pouvoir servir au besoin.
La solution acceptée par l'École n'était pas des plus satisfaisantes. Le grand poêle se détériorait facilement : en 1820, ses trois cercles en fer « étaient cassés et pourris par la rouille » et il fallait les remplacer (2). D'ailleurs la chaleur qu'il donnait n'était pas toujours sufiisante pour protéger les plantes. Aussi voyons-nous dans les assemblées le professeur de botanique réclamer fréquemment et avec instances l'établissement d'une serre chaude séparée (le l'orangerie. L'École se montre sensible à ses plaintes : elle a de bons mouvements et vote parfois d'entraînement l'exécution de ces vœux, mais la somme totale demandée par les devis qui lui sont présentés, refroidit son zèle (3), et jusqu'en 1841, les plans restent sur le papier. Enfin, à cette époque, tout est prêt; on s'entend sur les dépenses, on s'entend sur l'emplacement qu'on a longtemps discuté, et il est convenu que la construction sera établie contre les propriétés de la rue de l'Arbalète, au nord des acquisi-
(1) Délibération du 11 juillet 1816.
(2) Comptes de FÉcole : Gallot, serrnrier, 18â0.
(3) Voir les délibérations du 17 avril 1827 (Demande du plan d'une serre et d'une orangerie) ; — du 7 juillet 1827 (Exécution du plan ajournée) ; — du 2 avril 1831 (M. Clarion présente le plan d'une orangerie, avec serre ebaude et serre tempérée. L'École adopte l'ensemble du plan, mais arrête que pour cette année on ne s'occupera que de la partie contenant l'orangerie, sauf à ordonner plus tard la première serre et plus tard encore la seconde suivant
tiens de 1821, entre le grand amphithéâtre et la porte qui donne sur la rue des Postes. Cette fois Texécution suivit de près les décisions de l'Ecole et nous pouvons constater dans les comptes mêmes de Tannée la construction d'une grande serre et d'une petite, ayant une superficie totale de 88 mètres carrés. Un chauffage à 'circulation d'eau chaude y fut installé et y a fonctionné jusqu'au déménagement de l'École. Dans la même séance du 28 août 1841, l'assemblée arrêtait Tezécution d'une porte nouvelle en remplacement de celle qui existait vis-à-vis de la rue des Postes, et au-dessus ^e cette porte une inscription pour le jardin botanique.
Cependant l'amphithéâtre avait réduit notablement la superficie du jardin, les plantes étaient à l'étroit dans les banquettes; on pensa à s'étendre sur les terrains environnants. De^ pourparlers avaient été ouverts avec les voisins des divers côtés, à Touest et au midi avec une dame Yon ; à l'est avec un brasseur, Richebé ; au nord sur la rue de l'Arbalète avec les propriétaires des trois maisons placées entre celles de l'École et la porte charretière de la rue des Postes. Le gouvernement poussait dans ce sens : sous le ministère de M. de Salvandy, plusieurs lettres, de 1845 à 1846, témoignent du bon vouloir de l'administration. Mais l'un au moins des propriétaires intéressés, opposait aux désirs de l'École des exigences toujours croissantes : il réussit même à acheter pour son compte à M""" Yon, la propriété qu'elle avait promis par acte notarié de vendre à l'Ecole dans un délai, qu'on avait laissé malheureusement écouler.
Bouillon-Lagrange avait réussi à acheter de M. Prix
les besoins de rétablissement et l'état de la caisse) ; — du 16 i^?ril 1831 (L'orangerie, séparée de la serre, coûterait 8.000 francs ; construction ajournée à Tannée suivante) ; — du 26 mars 1836 (L'École autorise M. Clarion à faire Taquisition d'une serre, mais il est convenu, sur les observations de M. le trésorier, que la serre une fois acquise et établie ne sera employée comme serre chaude que d'après une autorisation spéciale de l'École; — da 25 octobre 1840 (Le plan proposé par l'architecte sur les dispositions du jardin botanique et une serre est adopté, sauf la position de la serre).
Livernois et de sa belle-sœur, la maison de la rue de l'Arbalète, n" 11, qui était contiguë aux bâtiments de rÉcole. L'acte sous seing privé indique le prix d'achat de 20.000 fr.; il porte la date du 25 novembre 1843; mais rÉcole ne devait entrer en jouissance que neuf ans après rautorisation royale accordée au directeur, et par des causes que nous ne nous expliquons guère, cette autorisation ne fut donnée et la vente ne devint définitive qu'en 1847. L'École ne devait donc entrer en jouissance qu'en 1856 (1). Dans cet intervalle, Bussy fit une autre transaction intéressante ; il échangea contre la maison voisine de Prix Livernois, et qui appartenait à M. et M°*® Kreyen- Mehl et à M"* Plampier, un morceau à peu près équivalent du jardin bas de la rue de Lourcine, moyennant une soulte de 1.600 fr. payée par l'École (2).
Cette opération permit de déblayer l'espace compris entre l'École et la maison Manceaux (ancienne maison Mariage), et d'y construire entre la rue et les serres trois laboratoires, ayant une jolie façade sur la rue, mais où l'on accédait par un escalier donnant sur le jardin. Ils furent établis dans les années 1857 et 1858; on y consacra une soixantaine de mille francs (exactement 62.242 fr.) (3). C'est dans une des pièces de ces laboratoires, que M. Berthelot trouva une modeste installation, lors de sa nomination à l'École de pharmacie et qu'il produisit plusieurs de ses importants travaux.
Mais la véritable destination de ces nouvelles constructions était l'installation des travaux pratiques des élèves, qui étaient devenus depuis quelque temps la préoccupation dominante de l'École. Bussy avait cherché depuis plusieurs années un emplacement pour les établir ; il avait eu l'idée d'y consacrer le troisième jardin du fond et nous retrouvons comme commencement de réalisation de son
(1) Archives de l'École. Dossier Prix Livernois.
(2) Archives de TÉcole. Dossier de l'échange Kreyenbiehl.
(3) Les devis et les plans, ainsi que le prix de revient sont dans les Archives de l'École, réunis en un dossier, intitulé : Laboratoires. ^
idée, non seulement les délibérations de l'École qu'il avait provoquées, mais un projet établi sur le papier par l'architecte : une cour sur la rue de Lourcine, avec maison de concierge, et tout un bâtiment avec les aménagements nécessaires. Ce plan fut remplacé par celui de 1858-1859(1). :
Ce fut le moment où le jardin atteignit son plus grandj développement. De nouvelles circonstances devaient, en effet, avoir pour conséquence une sensible diminution deson étendue. |
En 1868, au moment des grands travaux que le préfet Haussmann exécutait dans tous les points de Paris, il vint naturellement à l'esprit de l'administration de prolonger la rue des Feuillantines, déjà ouverte depuis la rue Saint- Jacques jusqu'à celle de l'Arbalète. Le tracé (2) coupait en écharpe le carré des plantes médicinales depuis le bord de l'amphithéâtre jusqu'au delà du petit monument de 1830. Il enlevait une partie du second jardin et tout le petit jardin bas de la rue de Lourcine.
Une mutilation aussi grave demandait une compensation ; on s'en préoccupa sérieusement et nous avons dans les archives de l'Ecole un plan indiquant les terrains qu'on pourrait lui donner en échange. Mais, par diverses causes, ce dédommagement ne lui fut jamais accordé. Le prix du terrain enlevé à l'École fut réservé par l'administration des domaines, et facilita plus tard son transport à l'emplacement actuel du Luxembourg.
Des modifications intérieures résultèrent de cette diminution de terrain. L'ancien jardin Mariage, jusque-là consacré à la réserve des plantes, entra dans le cadre de l'Ecole botannique, dont les banquettes s'étendirent ainsi jusqu'à l'allée des marronniers de l'ancien bosquet.
Tel était l'état du jardin en 1870, au moment de la guerre et du siège de Paris. Les obus prussiens ne l'épargnèrent point; l'un des premiers lancés dans ces quartiers atteignit
(1) Archives de l*École. Plans et projets exécutés ou non.
(2) Voir page 57, le tracé en question sur le plan du Jardin.
la petite maison du jardinier et tua, sous ses yeux^ sa femme et son enfant. Les dégradations, en dehors de cette triste circonstance, ne furent cependant pas considérables.
Après la guerre, la population scolaire revint plus nombreuse ; d'autre part, les travaux pratiques prirent de plus «n plus d'importance, et les laboratoires devinrent insuffisants. Ce fut encore sur le jardin que l'on prit la place qui leur était nécessaire. On les établit, faute de mieux, dans des installations en planches, contre le mur du second Jardin, à l'opposé de la rue des Feuillantines. Puis, lorsque un peu plus tard, les exercices de micrographie vinrent compléter cet enseignement pratique, on installa un long laboratoire contre la rue même des Feuillantines, en bordure et prenant jour sur l'Ecole de botanique.
Ce fut la dernière modification apportée à l'ancien jardin des apothicaires. Le passage de la rue nouvelle, les affouillements des eaux avaient ébranlé les bâtiments. Des lézardes se produisaient de divers côtés ; les constructions étaient soutenues par des étais, comme un infirme par des béquilles. On pensa qu'il valait mieux transporter TEcole dans un nouvel emplacement que de consacrer de grosses sommes à la consolider et à l'étendre sur place. De nouveaux bâtiments s'élevèrent, sous la direction de M. Chatin, dans les terrains de l'ancienne pépinière du Luxem*bourg et, aux premiers jours de l'année 1881, l'École en prit possession, abandonnant, non sans quelque mélancolie, cet ancien jardin des apothicaires, auquel se rapportaient tant de traditions de l'ancienne communauté, du Collège, de la Société libre et de l'École elle-même, d'abord indépendante, rattachée ensuite à l'Université.
Actuellement, d'autres institutions s'y sont établies; tout le grand jardin avec 8e» bâtiments est devenu le lot de rinstitut agronomique, qui s'y est parfaitement installé ; un carré restant du second jardin a été attribué au labo*ratoire de médecine du Collège de France. Des modifications notables ont déjà changé l'aspect des lieux, qui ira s'altérant de plus en plus, au point de devenir méconnais^
sable aux yeux de ceux-là mêmes gui les avaient jadis si souvent fréquentés.
Il nous reste, pour en compléter Thistoire, à parler des plantes médicinales, de leur culture, de leur groupement et de l'enseignement dont elles ont été Tobjet. Nous y consacrerons nos deux derniers chapitres. Mais avant d'aborder ces sujets nous devons parler d'un élément indispensable à toute culture, de l'eau et des voies par lesquelles elle était amenée au Jardin.
fV
Goncessioa de six lignes d'eau. — Embranchement sur le gros tuyau de Vhàpital Saint-Marcel. — Les Filles de la Providence. — Cotisations pour la conduite des eaux. — Regard de Sainte-Agathe. — Boulduc et Pia cèdent chacun quatre lignes d'eau au jardin. — Suppression des anciennes concessions k l'École de Pharmacie.
Une condition s'imposait pour la culture du, jardin : c'était la présence d'une certaine quantité d'eau. La propriété avait deux puits : l'un, vers la rue de l'Arbalète; l'autre, dans le jardin bas de Lourcine. C'était insuffisant pour l'arrosage des plantes. Aussi, dès les premières années de leur installation, les apothicaires firent-ils valoir auprès des autorités parisiennes ce qu'ils avaient entrepris dans l'intérêt public, et « comme l'humidité, dirent-ils, est la principale nourriture des plantes, » ils en réclamèrent ce qui leur était nécessaire pour la mise en valeur de leur établissement. Le 9 août 1633, on leur répondit par la concession gratuite et à perpétuité de quatre lignes d'eau, venant des fontaines de Rungis. En 1638, nouvelle demande : la quantité octroyée n'est pas suffisante : on leur permet de joindre deux lignes d'eau aux quatre précédentes et de les « prendre au regard le plus proche et le
plus commode qu'il se pourra pour les conduire au jardin, à leurs frais et dépens » (1).
Il y avait là une question de dépense que les apothicaires cherchèrent à résoudre économiquement. Pour cela ils s'adressèrent à un établissement voisin, qui avait déjà une concession d'eau, et ils demandèrent de pouvoir embrancher sur son conduit un tuyau de la capacité -voulue pour leurs six lignes. Cet établissement était l'hôpital Saint-Marcel, destiné aux malades de la contagion (syphilis) et qu'on appelait aussi hôpital de la Santé, maison de Santé ou simplement la Santé.
Ces dénominations, hôpital Saint-Marcel ou de la Santé, ont été appliquées, suivant les temps, à des établissements très divers, et il n'est pas inutile de préciser très exactement celui dont il s'agit ici. Il convient pour cela de jeter un coup d'oeil sur les plans de l'époque, et particulièrement sur celui de Gombonst, en 1652, dont nous reproduisoifs ici un petit fragment, dans la partie qui s'étend de la rue d'Enfer à la rue de l'Arbalète, à la hauteur du Valde-Grâce.
On y trouve, entre la rue d'Enfer et la rue du Fauboiu^g- Saint- Jacques, Notre-Dame-des-Ghamps , enclavée dans le couvent des Carmélites.
Une voie étroite perpendiculaire à la rue Saint-Jacques, située exactement vis-à-vis de l'église Notre-Dame-des- Champs, la rue des Marionettes, aboutit directement à la rue de l'Arbalète, à droite de l'emplacement du jardin. Sur la gauche de cette ruelle, à l'angle qu'elle fait avec la rue de l'Arbalète, est marqué un enclos ; un long bâtiment y est figuré : c'était alors l'hôpital de la Santé.
Il ne devait pas garder longtemps ce nom.
Anne d'Autriche avait déjà acheté, en effet, le terrain de tout l'enclos, en avait donné une partie au Val-de-
(1) Voir dans les Archives de VÉcole, dans le volume n** â, intitulé : Concession d'eauj les pièces manuscrites sur parchemin n** 1 et n** 3.
Toutes ces pièces ont été réunies par Guibourt, reliées ensemble avec une table manuscrite, qui facilite singulièrement les recherches.
Grâce, pour en faire des jardins, et destinait tout ce qui était à gauche de la ruelle, aux religieuses connues soui le nom de Pilles de la Providence, que soutenait une da PoUalion, connue à cette époque pour sa générosité ses fondations pieuses (1). Ces religieuses en prirent pos^ session en 1652, et c'est sous leur nom que remplacement est désigné, dans les plans ultérieurs et dans tous ceux: du XVIIP siècle. \
Dans le quartier du Val-de-Grâce, dont les rues principaleâ, étaient la rue d'Enfer et celle du Faubourg- Saint- Jacques, les eaux de sources avaient été emmenées au commencement du XVIP siècle. L'entreprise en avait été accordée par Louis XIII en 1612, et les travaux, parmi lesquels Taque-i duc d'Arcueil, étaient terminés en 1634 (2). L'eau arrivant d'abord à ce qu'on appelait le château d'eau d'Arcueil, au bout du faubourg Saint-Jacques, vis-à-vis Port-Royal et^ non loin de l'Observatoire. De là, elle était dirigée, en] suivant la rue d'Enfer, jusque dans les quartiers de la rive droite, au faubourg Saint-Honoré (3). Dans les environs du Val-de-Grâce, une fontaine était établie, dans la rue du Faubourg, devant Notre-Dame-des-Ghamps (4). De là partait un gros embranchement, qui aboutissait à la Santé. Il n'y avait pas loin de l'hôpital au jardin des apothicaires, et on conçoit qu'ils aient^ demandé à l'administration de l'Hôtel-Dieu, dont dépendait alors l'hôpital
(1) Voir Dulaure, Histoire de Paris, 1824, t. VI, p. 346. Dulaure écrit le nom Pollalion. Dans la pièce manuscrite des gouverneurs de l'Hôtel-Dieu, qu»nous citons plus loin, et qui constate la propriété des tuyaux de plomb dei; apothicaires, le nom est manifestement écrit PoulaiUon.
(2) Voir Félibien, JEfis^oirc de Paris, V (III des pièces justificatives), p. 8il, et Sauvai, Hist. et Antiq, de la ville de PariSy t. I", p. 2U) ; De la Mare, Traité de la Police^ IV, 1738, p. 383.
(3) On peut voir dans la carte jointe au tome IV du Traité de la poHcty de de la Mare, le plan des fontaines, ch&teaux d'eaux, regards et conduites des eaux au siècle dernier. On suit aussi très bien cette distribution dans l'atlas intitulé : Les Travaux de Paris, 4789-1889, publié en exécution d'une délibération du Conseil municipal, sous la direction de M. Alphand. Paris, 1889, carte r% Les Eaux de Paris en 1789. '
(4) On la voit dans le fragment de carte reproduit ci-contre.
Saint -Marcel, de les laisser profiter de ce gros tuyau.
Leur demande fut accueillie, le 9 décembre 1633. Les membres du bureau « désirant gratiffier la dite communauté en ce qui luy est possible à accorder », décida que « faisant par lesdicts apoticaires mettre les dictes quattre lignes d'eau à eux octroyées dans les thuiaux de THostel- Dieu en la présence de l'un des dicts sieurs gouverneurs qui sera député pour vérifier les suppliants puissent reprendre dans les thuiaux au lieu le plus commode que faire se pourra et qui sera accordé entr'eux et les dicts appoticaires en la fasson et manière accoustumée en tel cas et en telle sorte que le cours d'eau de la dite maison de la Santé nen soit diminué et à la charge de contribuer aux frais de Tentretenement du dict thuiau depuis le dict regard du faulxbourg Saint-Jacques jusques au lieu de la dicte prise par proportion (1). »
La même faveur leur fut accordée le 16 août 1644 pour les deux lignes d'eau supplémentaires, qui leur avaient été concédées en 1638. Les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu demandèrent alors au Prévôt des marchands l'autorisation d'agrandir le bassinet situé au regard de Notre-Dame-des- Champs, d'où partait l'eau de l'hôpital du Faubourg-Saint- Marcel, à Teffet d'y comprendre les six lignes d'eau, qui devaient être rendues au jardin de l'Arbalète (2).
Aucun travail n'avait donc encore été entrepris à cette époque. Ce ne fut qu'en 1651 que la communauté se mit à l'œuvre. La première mention que nous en trouvons dans les comptes date du 20 avril de cette année. C'est le prix acquitté « pour avoir thoisé les ouvrages qui étaient à faire pour la conduite des eaux ». Tout fut fini et réglé en février 1652(3).
La dépense totale s'éleva à 1.769 livres 19 sols 6 deniers.
(1) pièce n^ 2 du volume : Concessions d*eaUf cité plus haut.
(2) Pièce n" 6 du môme volume.
(3> Voir dans les Comptes financiers (1604-1654), vol. VIII des Archives de l'École, le compte rendu par Boulduc, en 1652, des recettes et dépenses concernant la conduite dés eaux.
Nous en avons les comptes très circonstanciés, avec tous les frais secondaires: vin payé successivement aux çuvriers fouilleurs de terre, plombiers, menuisiers, serruriers, etc., et la collation faite lorsque l'eau fut prise pour la première fois au regard de Notre-Dame-des- Champs. Il y eut 131 toises d'ouvrages de fouilles : ce qui nous donne à peu près la distance de la Santé au réservoir, qui, nous l'avons vu, était dans le petit jardin carré, ' à gauche de la serre. Les plombiers dépensent 800 livres dans la rue, 400 livres dans l'intérieur du jardin, pour conduites d'eau, réservoir et bassins. Le réservoir construit en bois neuf est consolidé au moyen de bandes de fer (1). Cette fois les maîtres de la communauté se cotisèrent. Le compte spécial à cette opération (2) est vraiment curieux à consulter. Un certain nombre de membres
(1) Ibidem,
(2) Celui donrt il est question à la note 1. Nous en donnerons ici quelques extraits.
Premier chapitre de recepte à cause des deniers donnés par quelques messieurs de ses confrères, selon les espèces' et valleurs d'icelles au temps qu'elles ont été rendues.
Premièrement faict le dict rendant recepte de cinq pistoUes d'Espagne à onze livres la pièce et cinq quarts d'escus donnés par messieurs Le Camus, cy devant, TaHarin et Leroy à présent gardes de ladite communauté v< ensemble la somme de soixante livres pour ce, cy Lx^
Item d'un Louis dor. à onze livres six solz donné par monsieur Lenoir, cy X^vj*
léem dé quatre vingt dix pistolles d'Espagne à onze livres donnez par ioaonsieur de Plancy, valant la somme de neuf cent quatre vingt dix neuf livres pour ce, cy ix^iiij^^xix^
Item de quatre escus dor a cinq livres dix solz la pièce, données par monsieur Lardier, val* les quatre vingt deux livres, cy. xxij
Item d'un quadruple d'Italie de dix neuf livres quatre solz donnés par messieurs Guymier et Gamard, pour ce, cy xix^iiij*
Item de vingt escus dor à cinq livres dix solz la pièce donnez par monsieur Clément, val' la somme de cent dix livres, pour cy. Ox^
Le second chapitre fait recepte de la somme de cinq cent dix livires à laquelle messieurs les Gardes ont converty et évalué le nombre de cinq cent trente cinq jettons qui avaient été laissés entre leurs mains de la distribution pour la maîtrise de monsieur Poitevin par plusieurs de messieurs ses con> frères, cy après nommés : suit la liste de 54 maîtres.
Le troisième chapitre fait recepte des deniers provenant des augmentations
rersèrent entre les mains de Boulduc, chargé de conduire cette affaire, des pièces d'or de valeurs diverses, en général des pièces étrangères : pistoles d'or et réaux d'Espagne, quadruples d'Italie, escus d'or, etc. En outre, 54 maîtres laissèrent à la bourse commune 15 jetons en argent, qui leur revenaient des examens de Poitevin, reçus par eux à la maîtrise. Quelques-uns, cependant, ne rendirent point les 5 jetons qu'ils avaient déjà reçus pour la première épreuve. Boulduc les mentionne en toutes lettres dans son cinquième chapitre de recette, intitulé : « à cause 4x quelques jetions non rendus de quelques messieurs ses confrère$ auxquels ils avaient déjà été distribués au premier examen et qui depuis ne les ont voulu rendre^ lequel chapitre sera tiré seulement icy pour observation et mémoire; et dans son sixième chapitre, il mentionne de même « les jetions non rendus de quelques messieurs ses confrères qui n'ont aucunement contribué ny de deniers ny de leurs jetions^ lequel chapitre sera aussi tiré icy seulement pour mémoire,
La recette fut d*ailleurs satisfaisante : elle dépassa les frais de cent soixante-cinq livres dix-sept sols et six deniers, et de soixante-quatorze jetons d'argent, qui furent remis par Boulduc aux gardes de l'année 1652.
Les apothicaires avaient donc à eux leur conduite en plomb aboutissant à leur réservoir. Une pièce en bonne forme, signée par les gouverneurs de THôtel-Dieu leur en reconnaît la propriété, et la signale à M"® Poulaillon, qui s'occupe des intérêts des Filles de la Providence, pour qu'elle leur permette d'en disposer à leur gré (1).
de la valeur et prix des espèces dor arrivez depuis qu'elles ont esté rendues par le dict rendant.
Nous avons dit dans le texte quels étaient les objets des cinquième et sixième chapitres.
(1) Nous Gouverneurs et Administrateurs de Lhostel Dieu de Paris certifions.... que le thuiau qui a esté appliqué par les marchans apoticaires et espiciers de cette ville de Paris au gros thuiau du susd. hostel Dieu faict en hospital de Saint-Marcel apartient auxdicts sieurs marchans apoticaires et espiciers leur appartient pour avoir esté faict de leurs deniers et partant prions mademoiselle Poulaillon de leur permettre de les enleter, faict an bureau le xiiij* juing mil vi° cinquante un.
N. E. Pois, Cramoisy, Robineau, Sautetôt, PtiiHiàCfiOir, llNSèïtifB.
Mais ce n'était pas la fia de leurs dépenses. Déjà ont 1680, des réparations s'imposent; il faut faire lever le pavé pour mettre en état la conduite, depuis le point de départ du tuyau, qui est au regard de la rue des Marionettes ou des Filles de la Providence à 125 toises du réservoir (1) et les dégradations de la conduite ou son engorgement par les dépôts de Teau calcaire demandent périodiquement de nouveaux frais dont les comptes ont fidèlement gardé le témoignage. — En 1695, nouveau sujet de dépense : un édit royal ordonne que toutes les commu- I nautés payeront une certaine somme pour être confirmées dans la possession des eaux qui leur ont été concédées, et la part des apothicaires est portée à 1 «000 francs plus deux sols par livres (2).
En 1706 deux lignes d'eau furent accordées aux filles de
Sainte-Agathe, qui étaient devenues les voisines du
jardin. Les apothicaires les autorisèrent, comme l'avait
fait pour eux l'hôpital Saint-Marcel, à les faire arriver par
I leur tuyau, dans le mur de la rUe de l'Arbalète, à une
|. cassette de plomb, qui était le point de départ de la dis-
j tribution intérieure de ces eaux pendant le XVIII* siè-
I cle (3). Ce bassinet porta plus tard le nom de petit regard
Idela Providence ; quand les filles de Sain te- Agathe
eurent disparu, en 1753, les eaux continuèrent à aboutir
ien cet endroit, avant d'arriver au jardin (4).
En 1768, dans l'assemblée du 29 avril (5), les gardes constatent que le réservoir est vide, que la culture des plantes est complètement interrompue par la sécheresse au moment où les étudiants abondent au jardin, que le puits du jardin d'en bas ne fournit plus d'eau, et qu'il y a lieu de remettre en état les tuyaux rompus par les gelées
(i) Voir la pièce n" 9 du Yolume : Concessions deau» Permission de leyer le k ytYé poar rétablir les tuyaux, et ii<* 10 (16 janvier 1685) le mémoire des frais I du pavage pour la tranchée faite dans la rue des Marionettes.
(2) Voir pièces 13 et 14 du même volume.
(3) Pièce n<* 18 du même volume.
(4) Voir Juillet. Notes historiques. Archives de l'École, n* 15, page 62.
(5) Voir dans le Registre des déliMrftlioiis.
extraordinaires du mois de janvier. — En 1785 (1), nou velles doléances des prévôts : les tuyaux sont obstrua par les pétrifications de Teau d'Arcueil ; il faut les chaivger, et pour cela enlever le pavé sur une longueur de 160 toises environ, ce qui entraînera une dépense de 4.960 livres, d'après Testimation de TarchitectcLes gardes demandent à profiter de ce que leur confrère Mitouard est échevin pour faire plus économiquement cette ' opéra- 1 tion. L'assemblée les y autorise, et M. Lenoir, le lieute-l nant de police, signe en marge, approuvant la délibéra-: tion. Il est probable cependant que rexé^ûtion en futj ajournée, car dans la séance du 24 mars 1789 (2), les! prévôts font ime demande analogue, en proposant l'usagel du plomb coulé et monté en tuyaux qu'offre au public rétablissement d'une manufacture de plomb fondée à Paris par le sieur Le Roux de Beaulieu, aux Champs- Elysées. L'École eut d'ailleurs les mômes ennuis que la Communauté et le Collège.
. Cependant la quantité d'eau octroyée [au jardin des apothicaires avait doublé dans le courant du XVIIP siècle par les circonstances suivantes.
Il était de règle que les échevins, en sortant de charge recevaient une concession de quatre lignes d'eau, en raison des services rendus à la ville pendant leurs fonctions. En 1728, François Boulduc, écuyer, premier apothicaire du corps du roi, obtint cette faveur (3) , au sortir de son échevinage, et sachant que les six lignes dont jouissait le jardin des apothicaires étaient insuffisantes, « eu égard aux diverses propositions de simples sur lequelles journellement ils s'appliquent à faire de nouvelles découvertes et progrés pour le soulagement et la satisfaction du public, lesquelles épreuves et essais étant considérablement augmentés par la sérieuse application à laquelle ils s'y attachent; ce qui leur cause qu'à peine ont-ils de l'eau pour moitié de leur
(1) Ibidem.
(2) Ibidem.
(3) Pièce n° 19 du volume : Concessions d'eau.
entpepriae», il eut Tidée de céder cette propriété à ses confrères : Par acte notarié du 8 juillet 1734, il leur en fit donation, et obtint, en 1735, l'autorisation pour eux de jouir de cette nouvelle quantité d'eau (1).
Philippe-Nicolas Pia, ancien échevin de la ville, se trouvant, en 1772, dans des conditions analogues, suivit le bon exemple de Boulduc : il subrogea, par acte notarié du 27 juillet 1778, le collège de pharmacie dans la jouissance des quatre lignes d'eau à lui concédées. Un arrêté (2) du bureau de la ville approuva cet acte le 1*' septembre 1778. Un certificat de l'architecte Moreau, joint à l'arrêté, constate que les quatre lignes d'eau ont été prises au regard de la Provideïice,en agrandissant une jauge de deux lignes et en la portant à six, et qu'il existe en outre au bassinet en question deux ouvertures de quatre lignes chacune. Le collège de pharmacie se trouvait donc à cette époque en jouissance de quatorze lignes d'eau, soit 1 .862 litres par vingtquatre heures. Très reconnaissant de la marque d'attachement et d'amitié que lui donnait ce zélé confrère, le collège, avait délégué auprès de Pia, pour le remercier, Laborîe, Tassart, Mitouard et Parmentier. Ces quatre députés remplirent le lendemain cette agréable mission et vinrent en rendre compte au Comité (3).
L'Ecole fut moins bien traitée au point de vue qui nous occupe que la Communauté et le Collège. En 1833, le réservoir et les bassins étaient à vide : un examen fait par l'architecte permit de constater que tous les tuyaux étaient à refaire; en même temps la préfecture de la Seine régla la quantité d'eau qui revenait au jardin au taux de dix lignes (4).
Vingt ans plus tard, Guibourt, qui connaissait très bien les concessions anciennes octroyées à l'École établit dans une note qu'on la lésait de quatre lignes d'eau ; Bussy,
(i) Ibidem, Pièce n» 23.
(2) Ibidem. Pièces n" 24 et 25.
(3) Délibérations du Collège. Assemblée du 10 novembre 1778.
(4) Pièce n* 29 du volume : Concessions cfeau.
directeur, réclama auprès de la préfecture; mais on lu^ répondit en supprimant complètement, au nom des règles ments du service des eaux publiques, toutes les conGesriomj faites jadis à />erpe7mÏ6 aux apothicaires (i). On offrait seu^i lement une indemnité de 1.500 francs pour les vieilles conduites en plomb depuis la Providence au jardin, et un aboit nement non gratuit de 20 hectolitres d'eau par jour àprendre dans la rue des Charbonniers. L'administration de TEcole en appela au ministre, le priant de soutenir ses droits contre la ville : mais celui-ci, vu le peu d'importance 4e la somme, jugea peu opportun d'engager un procès, et invita l'École à accepter les conditions qu'on lui offrait (2). C'est ce qu'elle fit, et àpartir de cette époque (1853) elle jouit, moyennant 100 francs (prix de l'eau de rOurcq), de vingt hectolitres d'eau d'Arcueil. L'École aurait désiré avoir de l'eau du puits de Grenelle, comme plus pure et plus propre aux opérations chimiques ; mais l'éloignement du quartier et le peu d'abondance de l'eau du puits suffisant à peine au voisinage, n'avaient point permis de faire droit à sa demande. Elle resta, jusqu'au moment de son déplacement de la rue de l'Arbalète, bous le régime de l'abonnement que nous avons indiqué.
(1) Lettre (lu 5 mai 1853, signée du préfet fierger.
(2) Lettre du 18 juin 1853, signée : Fortoul.